Le jour d’avant – Sorj Chalandon

Titre : Le jour d’avant
Auteur : Sorj Chalandon
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 336
Date de parution : 16 août 2017

 

 

Steve Mc Queen était son héros
Ses rêves de Formule 1
Se sont perdus dans le cambouis
A la terre du paysan, Joseph préfère
La contribution à la nation
La fraternité de la mine
C’est comme ça la vie

Trop de sécurité, pas de rendement
Le 27 décembre 1974, 42 mineurs
De la fosse 3 bis de Saint-Amé
Perdent la vie.
Joseph les rejoint au trou
Après 26 jours d’hôpital.
La mine nous tuera tous

Venge-nous de la mine
Sont les derniers mots du père
au seul fils qu’il lui reste
Trop jeune, Michel fuit la région
mais se recueille en son mausolée
Attendre que tous soient rangés
Au cimetière pour retourner à Saint-Vaast

Si l’assassin est le grisou
Le contremaître est responsable
De la mort de ceux qui ne sont plus
Que le numéro de leur taillette.
Jamais trop tard pour affronter ses démons
Michel remonte du fond pour lancer
Le grand procès de la mine

Nous sommes tous des victimes de la mine
Mais seuls ceux du pays peuvent le comprendre

Emotion à fleur de mots, fraternité, compassion, réalisme, coup de théâtre, Le jour d’avant aurait largement mérité quelques citations lors des sélections de Prix Littéraires.
Je lui décerne le prix de ma meilleure lecture de cette rentrée littéraire.

Merci à Price Minister et surtout à Sylire, une des quatre marraines de l’opération  pour cette belle découverte.

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Retourner dans l’obscure vallée – Santiago Gamboa

Titre : Retourner dans l’obscure vallée
Auteur : Santiago Gamboa
Littérature colombienne
Titre original: Volver al oscuro valle
Traducteur : François Gaudry
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 448
Date de parution : 24 août 2017

Je ne m’attendais pas à lire la vie passionnante d’un des plus grands poètes français dans le roman d’un auteur colombien. Et pourtant, le narrateur glisse dans son histoire, les passages de son livre sur la vie de Rimbaud. Le poète, ce jeune diable des Ardennes, éternel migrant, sur les traces d’un père absent ne rêve finalement que de revenir à Harar, ville d’Abyssinie. «  Cette lointaine vallée était son seul endroit au monde. »
N’est-ce pas finalement le destin de chacun : « juste revenir »?

«  En fin de compte,nous recherchions tous avec anxiété quelque chose qui nous protège, même lointain et invisible. Tout ce qu’on peut faire, c’est raconter des histoires et croire qu’un jour elles nous sauveront. »

Dans ces histoires, on peut reprocher à l’auteur de se disperser, de toucher un peu à tout. Mais finalement, tout se tient, et surtout tout est passionnant sous la plume de Gamboa.

Le narrateur fut consul en Inde pendant sept ans. Là, il s’était occupé du frère de Juana, emprisonné à Bangkok ( Prières nocturnes). Depuis, plus aucune nouvelle de cette fille et de son fils. Jusqu’à ce message reçu en Italie lui demandant de la rejoindre à Madrid.
En parallèle, nous suivons la psychanalyse de Manuela Beltrán. Elle nous conte une enfance douloureuse puis son émancipation grâce à la mère d’une riche amie. Elle a accepté d’endosser une peine de prison pour elle en échange d’une nouvelle vie. Nous suivons ensuite sa rencontre avec une poétesse délaissée par son mari, séduite par le talent poétique d’une Manuela déchirée, brûlée par la vie, rongée par le désir de vengeance envers Freddy, celui qui lui avait volé son enfance.
Quelle similitude avec la vie de Rimbaud, violé lui aussi, amoureux d’un autre poète ( Verlaine) qui l’entraîne vers l’alcool et les drogues, éternel voyageur vers des villes mystérieuses qui abritent des histoires passionnantes.
 » Les héros naissent de la haine et de la rage. »

D’autres personnages viennent s’inscrire dans ce récit, notamment Carlitos, un philosophe messianique populiste et violent et le prêtre Palacios rencontré à l’hôpital. Leurs insertions peuvent déstabiliser certains lecteurs mais faites confiance à Santiago Gamboa, il sait parfaitement où il emmène son lecteur. Et vous ne regretterez pas ce beau voyage.

«  Partir loin, de plus en plus loin, parce que tout voyage est au fond une recherche de sens. »

D’autant plus que l’auteur s’inscrit parfaitement dans l’évolution mondiale avec, bien sûr la récente progression de la Colombie dans l’heure du Pardon depuis l’accord signé entre la guérilla et le  gouvernement  mais aussi la métamorphose de l’Europe, clivée entre riches et chômeurs. L’ arrivée à Madrid se fait d’ailleurs en plein attentat terroriste.

De l’action, de la réflexion, de la poésie, un regard sur le monde. De quoi passer un excellent moment de lecture!

 » Dans notre République, la lecture des œuvres de Shakespeare sera obligatoire.Elles contiennent ce qu’il y a de plus profond et de plus noble : l’honneur, la dignité et les valeurs anciennes de la condition humaine en lutte contre l’ambition,la trahison, le mensonge et l’envie. Et plus grave encore : l’ignorance qui est la mère de tous les maux. »