Chacune de ses peurs – Peter Swanson

Titre : Chacune de ses peurs
Auteur : Peter Swanson
Littérature américaine
Titre original : Her every fear
Traducteur : Marie-France de Paloméra
Editeur : Calman Lévy
Nombre de pages : 375
Date de parution : 2017

Kate Priddy a vécu un évènement traumatique avec son dernier petit ami, George Daniels. Lorsque son cousin américain, Corbin Dell lui propose un échange d’appartement, elle quitte Londres pour Boston. Ce sera pour elle l’occasion d’un nouveau départ en suivant un cours de design.
Côté appartement, elle n’y perd pas au change. Corbin a un logement luxueux dans une belle résidence de Boston. Par contre, la tranquillité ne sera pas au rendez-vous. Audrey Marshall, la voisine de Corbin est assassinée le jour même de son arrivée.
Encore fragile, Kate se laisse perturber par des choses étranges mais intrépide, elle ne peut s’empêcher de s’impliquer dans l’enquête.
Pourquoi Corbin dit-il ne pas connaître Audrey alors que Alan Cherney, le voisin d’en face un peu voyeur fut témoin de leur relation?
Malheureusement, l’auteur nous donne très vite toutes les clés de compréhension. Il ne reste qu’à découvrir comment le dénouement va se dérouler. Très peu de suspense avec mobiles dévoilés et personnages assez évidents.
Tout cela dans un style très américain « bas de gamme ». Une lecture facile mais sans intérêt pour moi.

Lu dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018, sélection de janvier

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Les loups à leur porte – Jérémy Fel

les loups a leurs portes.inddTitre : Les loups à leur porte
Auteur scénario : Jérémy Fel
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 448
Date de parution : Août 2015

Auteur :
Jéremy Fel a été scénariste de courts-métrages et libraire. Les loups à leur porte est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Un premier roman magistral qui nous plonge dans une atmosphère trouble, entre Stephen King et David Lynch, et nous mène, de rebondissement en rebondissement, à explorer la face monstrueuse du « self made man » américain.

Mon avis :
Ce premier roman de Jérémy Fel est décidément noir, très noir. L’auteur a été bercé par les auteurs américains les plus machiavéliques en la matière ( Stephen King, Joyce Carol Oates, David Lynch…) et il compose ici un roman choral où chacun vit des événements à la hauteur de leurs pires cauchemars.
La construction est intéressante puisque les personnages qu’ils soient en Amérique ou en Europe sont liés de près ou de loin mais le lecteur ne tissera tous les liens  qu’en fin de récit. Mais que le personnage soit un fils, une épouse, un voisin, une personne qui s’intéresse à une autre ou qui aide une autre, il est entouré de violences, de peurs, de folie.
Si je me suis captivée pour l’histoire de Mary Beth, cette jeune femme prise dans les griffes de Walter, le plus horrible tueur qui soit, père de son enfant, j’ai eu plus de distance avec les autres personnages comme Louise, Clément ou Benjamin.
La construction est originale et maîtrisée, mais je regrette que l’auteur ait autant forcé sur le côté sombre de l’âme humaine. Violences familiales, pédophilie, meurtre passionnel, prostitution, élimination au cœur de la pègre, folie. On n’en sort pas. Les cauchemars ajoutent encore un peu de peur aux actes réels.
Heureusement Mary-Beth parvient un peu à me faire entrevoir la force de la rédemption, mais Duane le seul personnage emphatique et un peu normal reste bien trop effacé pour donner un peu de lueur à ce roman noir.

Si l’univers n’est pas vraiment celui que je préfère, l’auteur est à suivre même si je demeure persuadée qu’il restera dans le domaine du roman noir.

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Les assassins – R.J. Ellory

elloryTitre : Les assassins
Auteur : R.J. Ellory
Littérature britannique
Titre original : The anniversary man
Traducteur : Clément Baude
Éditeur : Sonatine
Nombre de pages : 572
Date de parution : août 2015

Auteur :
R. J. Ellory est né en 1965 à Birmingham. Après entre autres, Seul le silence, Vendetta, Les Anonymes, Mauvaise étoile ou Papillon de nuit, Les Assassins est son huitième roman publié en France par Sonatine Éditions.

Présentation de l’éditeur :
Le serial killer le plus dangereux de tous les temps est parmi vous mais seule une personne le sait… Sur dix-huit mille assassinats par an aux États-Unis, seulement deux cents sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne songe à faire un lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et obsédé par les serial killers, celui-ci découvre en effet que ces meurtres ont été commis à la date anniversaire d’un meurtre ancien, œuvre à chaque fois d’un tueur en série célèbre, selon des procédures rigoureusement identiques jusque dans les moindres détails. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s’inspire de ses prédécesseurs et leur rend ainsi un funèbre hommage ? En compagnie de Karen Langley, une journaliste du City Herald, et de Ray Irving, détective du NYPD, John va se livrer à la traque de cet assassin très particulier, à l’intelligence aussi fulgurante que morbide et à la virtuosité impressionnante. Bouleversant tous les clichés de rigueur, R. J. Ellory transfigure ici totalement le genre du roman de serial killer, dont on pensait pourtant avoir fait le tour, en lui insufflant un souffle complètement nouveau, comme seuls les très grands écrivains savent le faire. Avec le formidable sens de l’intrigue, des personnages, du suspense et le pouvoir d’émotion qu’on lui connaît, il nous donne ainsi le roman définitif sur le sujet.
Mon avis :
Les tueurs en série font peur mais ils fascinent. Pour les auteurs de romans noirs, c’est un sujet en or avec ces scènes de crime qui suivent une mise en scène répétitive, une signature macabre, ces équipes de police perdues et déprimées face aux morts qui s’accumulent et cette tentative de comprendre pourquoi un homme, si on peut parler d’homme, se sent investi de cette mission de tuer.
 » Un profileur du FBI, un certain John Douglas, expliquait un jour que tous ces gens-là sont mus par une volonté de définir et de perpétuer leur propre mythologie. Ils veulent tous être quelqu’un mais ne le sont pas. Alors ils sont obligés de se faire passer pour quelqu’un afin d’être entendus. »
Mais si le sujet est classique et semble si aisé pour R.J. Ellory, il faut être un maître du roman noir pour ferrer le lecteur, le faire douter et le maintenir sous pression jusqu’aux dernières pages.
Ray Irving, inspecteur de la brigade criminelle, solitaire depuis la mort de sa compagne, est appelé pour le meurtre de Mia Grant, adolescente de quinze ans. Première victime d’une longue série d’assassinats répartis sur les différents commissariats de New York.
Peu soutenu par les grands chefs soucieux des prochaines élections, il trouve de l’aide auprès de John Costello, un homme étrange, enquêteur pour la journaliste Karen Langley.
A 17 ans, John Costello et son amie furent victimes d’un tueur en série, Le marteau de Dieu. Rescapé, il vit mourir sa compagne et subit un fort traumatisme crânien.
Ayant vécu ça lui-même, il ne voit pas les mêmes choses qu’un policier. Sa mémoire phénoménale et ses longues recherches sur les tueurs en série en font un atout précieux pour Ray Irving. Très vite, il comprend que le tueur remet en scène aux mêmes jours mais des années plus tard des crimes commis par le passé. L’ étrangeté de John et cette façon de comprendre ce qui va se passer en font aussi un des premiers suspects.
Très vite un jeu macabre s’instaure entre Le Commémorateur et l’équipe d’enquêteurs. Le tueur distille des messages pour montrer sa supériorité, John donne des pistes à Ray pour comprendre un peu mieux ce monde des tueurs en série.
Suspense, humanité, scènes de crime, police, presse, victimes tout y est pour composer un roman implacable qui va crescendo vers une fin rythmée et pleine de tension.
Et lorsqu’on découvre que tous ces tueurs imités ont réellement existé, ça fait encore plus froid dans le dos.

Retrouvez de nombreuses lectures de cet auteur sur le blog de À l’occasion du mois Ellory.

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Norte – Edmundo Paz Soldan

paz soldanTitre : Norte
Auteur : Edmundo Paz Soldan
Littérature bolivienne
Titre original : Norte
Traducteur : Robert Amutio
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 352
Date de parution : Octobre 2014

Auteur :
Edmundo Paz Soldán, né à Cochabamba (Bolivie) le 29 mars 1967, est un écrivain et traducteur hispanophone.
Il est professeur associé en littérature hispanique à l’université Cornell (États-Unis). À partir de 1990, il publie à un rythme irrégulier romans et des recueils de nouvelles. Il obtient le « prix national du livre » (Premio Nacional de Novela) en Bolivie pour son roman El delirio de Turing. Il est également lauréat du prestigieux Prix Juan Rulfo 1997 pour sa nouvelle Dochera. Ses œuvres ont été traduites en anglais, en français, en danois, en finnois, en polonais, en grec, en russe, et prochainement en italien et en portugais

Présentation de l’éditeur :
Trois destins, trois époques, une frontière.
Le roman, inspiré de personnages réels, commence en 1984, dans le nord du Mexique, avec Jesús, un adolescent obsédé par la beauté de sa sœur et qui, au fil des années, va devenir le Railroad Killer, l’un des tueurs en série les plus recherchés par le FBI à la fin du XXe siècle. Véritable descente aux enfers, son périple de sang et de sexe dessine une autre carte de la frontière et nous révèle mille routes secrètes pour la traverser.
Nous partons ensuite en Californie où, dans les années 30, Martín Ramírez, un paysan sans papiers, est sur le point d’être envoyé en hôpital psychiatrique. Incapable de parler, il peint inlassablement des hommes à cheval et des scènes de guerre qui finissent par attirer l’attention des médecins mais aussi de la critique. Ramírez est aujourd’hui considéré comme l’un des grands maîtres de l’art brut contemporain aux États-Unis.
Enfin, nous retrouvons, au début des années 2000, Fabián Colamarino, brillant professeur universitaire au Texas. Sa lutte et sa déchéance sont racontées à travers les yeux de Michelle, une ancienne étudiante bolivienne avec qui il entretient une liaison coupable et passionnée.
À travers une langue tantôt onirique et émouvante, tantôt proche du réalisme plus dur d’un Bret Easton Ellis, Edmundo Paz Soldán excelle à décrire ces trois expériences du déracinement et de l’exil, et nous rappelle avec brio que la porte vers le Norte n’est pas toujours celle de l’Eldorado.
Mario Vargas Llosa nous avait prévenus : «Il s’agit de l’une des voix les plus novatrices de la littérature latino-américaine d’aujourd’hui.»

Mon avis :
Norte est le premier roman d’Edmundo Paz Soldan traduit en français. Ecrivain bolivien installé aux Etats-Unis, l’auteur connaît les avantages et inconvénients du passage de cette frontière latino-américaine.
Terre d’exil, l’Amérique est un eldorado pour les boliviens, mexicains et autres sud-américains.
D’un côté, la misère, la colle et le sotol (eau de vie mexicaine), les révoltes et la peur et de l’autre un emploi, la culture, de la vraie drogue mais l’éloignement des racines et surtout des familles.
Jesus, Martin et Fabian et son amie Michelle vivent ce déracinement en plongeant dans la violence, la folie ou la dépression.
Les trois récits s’intercalent, sont indépendants mais tournent autour de la noirceur consécutive au passage de la frontière. L’histoire de Michelle et Fabian, contemporaine insère la mémoire de Jesus, The Railroad killer et de Martin, peintre autodidacte devenu célèbre après sa mort.
L’histoire prépondérante de cet adolescent, Jesus, obsédé par la beauté de sa sœur, détraqué à force de sniffer de la colle et de boire du sotol est d’une grande violence. Lors de sa première peine de prison, il vit la cruauté des autres pensionnaires et entend pour la première fois la voix de l’Innommable.
 » La force qui lui rendait visite avait ni visage ni corps. Elle lui disait qu’il lui appartenait, qu’il avait pas de volonté propre et qu’il devait faire ce qu’on lui dirait. Qu’il était à moitié homme et à moitié ange et qu’il  pouvait pas mourir.. Qu’il se tienne prêt à la pluie de feu et de cendres, et aux inondations qui l’attendaient dès qu’il sortirait de prison. Qu’il se trouvait là seulement pour se préparer à accomplir sa mission purificatrice. C’était la traversée du désert avant l’affrontement final. »
Les âmes sensibles seront choquées par cette description de meurtres sordides, sanguinaires. Aucune compassion ne peut être ressentie pour cet être sauvage même si l’auteur évoque les conditions difficiles de l’enfance et de la prison.
 » Ce contact avec le danger, cette plongée dans l’excitation hors de tout contrôle lui avaient fait connaître le bonheur total. »
Martin Ramirez a laissé sa femme et ses enfants au Mexique sous le joug des fédéraux, pour construire des voies ferrées en Amérique. Retrouvé mutique dans les rues, Martin se retrouve en hôpital psychiatrique à Stockton. Il ne peut communiquer son angoisse qu’au travers de ses dessins et collages. C’est un être touchant dans sa fragilité et son amour pour sa famille et ceux qui le soutiennent.
Fabian Colamarino est professeur de littérature à Landslide, en rupture avec l’autorité des doyens, plongeant facilement dans l’alcool et la drogue pour oublier sa première femme, Mayra, repartie à Saint Domingue et son échec littéraire.
 » Aux States, il y a de la place que pour un seul « grand écrivain étranger » à la fois. »
Fascinée par son professeur, Michelle, étudiante bolivienne devint sa maîtresse avant de quitter ses études pour écrire des bandes dessinées hantées de zombis. Michelle s’épuise dans cette relation avec un homme cynique et désabusé, « Perdus dans l’incertitude de l’amour et de l’absence d’amour« .
Ces trois destins de « latino-américains perdus dans l’immensité des États -Unis » sont d’une grande noirceur. La lecture du roman est certes un choc mais elle nous met face à la violence de l’immigration, à la douleur de l’exil, à l’impossible retour, à la folie germant dans les faibles esprits d’êtres qui se sentent exclus.
La phrase d’une animatrice américaine d’une émission d’information :  » avec des lois laxistes sur l’immigration, le pays serait bientôt non seulement envahi par tous les mexicains, mais il allait être contaminé par la violence impitoyable qui sévissait là-bas. » et la prépondérance du récit violent des actes de Jésus nous incitent à regretter ce flux migratoire. Mais cette phrase généralisatrice peine Rafael Fernandez, policier d’origine mexicaine et parvient à tempérer ces positions trop rapides.
Edmundo Paz Soldan a un style qui retracent la véracité de ces destins perdus. Sa force et sa provocation nous entraînent irrémédiablement vers la descente aux enfers des personnages. Violent, parfois insoutenable mais criant de réalisme.

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