Retourner dans l’obscure vallée – Santiago Gamboa

Titre : Retourner dans l’obscure vallée
Auteur : Santiago Gamboa
Littérature colombienne
Titre original: Volver al oscuro valle
Traducteur : François Gaudry
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 448
Date de parution : 24 août 2017

Je ne m’attendais pas à lire la vie passionnante d’un des plus grands poètes français dans le roman d’un auteur colombien. Et pourtant, le narrateur glisse dans son histoire, les passages de son livre sur la vie de Rimbaud. Le poète, ce jeune diable des Ardennes, éternel migrant, sur les traces d’un père absent ne rêve finalement que de revenir à Harar, ville d’Abyssinie. «  Cette lointaine vallée était son seul endroit au monde. »
N’est-ce pas finalement le destin de chacun : « juste revenir »?

«  En fin de compte,nous recherchions tous avec anxiété quelque chose qui nous protège, même lointain et invisible. Tout ce qu’on peut faire, c’est raconter des histoires et croire qu’un jour elles nous sauveront. »

Dans ces histoires, on peut reprocher à l’auteur de se disperser, de toucher un peu à tout. Mais finalement, tout se tient, et surtout tout est passionnant sous la plume de Gamboa.

Le narrateur fut consul en Inde pendant sept ans. Là, il s’était occupé du frère de Juana, emprisonné à Bangkok ( Prières nocturnes). Depuis, plus aucune nouvelle de cette fille et de son fils. Jusqu’à ce message reçu en Italie lui demandant de la rejoindre à Madrid.
En parallèle, nous suivons la psychanalyse de Manuela Beltrán. Elle nous conte une enfance douloureuse puis son émancipation grâce à la mère d’une riche amie. Elle a accepté d’endosser une peine de prison pour elle en échange d’une nouvelle vie. Nous suivons ensuite sa rencontre avec une poétesse délaissée par son mari, séduite par le talent poétique d’une Manuela déchirée, brûlée par la vie, rongée par le désir de vengeance envers Freddy, celui qui lui avait volé son enfance.
Quelle similitude avec la vie de Rimbaud, violé lui aussi, amoureux d’un autre poète ( Verlaine) qui l’entraîne vers l’alcool et les drogues, éternel voyageur vers des villes mystérieuses qui abritent des histoires passionnantes.
 » Les héros naissent de la haine et de la rage. »

D’autres personnages viennent s’inscrire dans ce récit, notamment Carlitos, un philosophe messianique populiste et violent et le prêtre Palacios rencontré à l’hôpital. Leurs insertions peuvent déstabiliser certains lecteurs mais faites confiance à Santiago Gamboa, il sait parfaitement où il emmène son lecteur. Et vous ne regretterez pas ce beau voyage.

«  Partir loin, de plus en plus loin, parce que tout voyage est au fond une recherche de sens. »

D’autant plus que l’auteur s’inscrit parfaitement dans l’évolution mondiale avec, bien sûr la récente progression de la Colombie dans l’heure du Pardon depuis l’accord signé entre la guérilla et le  gouvernement  mais aussi la métamorphose de l’Europe, clivée entre riches et chômeurs. L’ arrivée à Madrid se fait d’ailleurs en plein attentat terroriste.

De l’action, de la réflexion, de la poésie, un regard sur le monde. De quoi passer un excellent moment de lecture!

 » Dans notre République, la lecture des œuvres de Shakespeare sera obligatoire.Elles contiennent ce qu’il y a de plus profond et de plus noble : l’honneur, la dignité et les valeurs anciennes de la condition humaine en lutte contre l’ambition,la trahison, le mensonge et l’envie. Et plus grave encore : l’ignorance qui est la mère de tous les maux. »

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A la fin le silence – Laurence Tardieu

TardieuTitre :A la fin le silence
Auteur : Laurence Tardieu
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 176
Date de parution : 18 août 2016

Laurence Tardieu fait partie des auteures dont j’apprécie particulièrement le style. Avec ses longues phrases comme des incantations, elle parvient à aller chercher les émotions au plus profond de soi. Je fais partie de ces gens qui cherchent la compréhension en me parlant mentalement, en laissant sortir les bonnes et mauvaises raisons, en analysant, en triturant mes pensées. L’auteur utilise, selon moi, dans sa façon d’écrire ce qu’elle appelle la ligne verticale.
 » A dix-sept ans, je voulais comprendre ce qu’était l’éternité. Je fermais les yeux, j’essayais de visualiser une ligne qui ne s’arrêtait jamais, qui filait pour toujours vers l’avant….jusqu’au jour où je me suis dit que je me trompais de direction : ce n’était pas à l’horizontal qu’il fallait se projeter mais, peut-être, à la verticale. Ressentir l’instant présent, s’y laisser tomber, totalement tomber. »
Les attentats de janvier puis de novembre 2015 changent le rapport au monde de la narratrice qui, peut-être parce qu’elle est enceinte perçoit encore plus la peur, l’insécurité.
 » Ils ont tiré sur eux et moi je me disperse. »
En ces moments d’insécurité, le besoin d’un refuge physique ou mental est indispensable. La narratrice tente de retrouver le parfum de sa mère, les souvenirs d’une vie insouciante dans la maison de son enfance. Mais Cybèle, la maison de Nice, maison familiale de ses grands-parents maternels italiens représentant un espace de sécurité intérieure est mis en vente. La sensation de dissolution de son monde intime résonne avec celle du monde.
 » La maison, le monde. Le monde, la maison. Je faisais sans fin le va-et-vient, obsessionnelle. »

En 2015, personne n’est resté inchangé suite aux attentats. Même, si les parisiens comme la narratrice, devant prendre le métro quotidiennement, craignant pour la sécurité de leurs enfants, ont peut-être davantage ressenti la peur, cette année nous a montré que l’imprévisible peut frapper n’importe où et n’importe quand. En ce sens, l’auteur comprend que la joie intérieure ne peut se retrouver en se projetant de manière horizontale vers l’avenir. Dès la naissance, on entre dans l’imprévisible. Combien de fois avons-nous échappé à la mort?

Ce roman qui se veut aussi un moyen de transmission d’un héritage familial à l’enfant qui va naître et ne connaîtra pas la quiétude du refuge familial, est, malgré son ambiance assez sombre marqué par la peur, un récit qui ouvre une voie optimiste de recherche de joie intérieure par l’introspection, la recherche d’un refuge au plus profond de soi, de ses souvenirs et expériences positives.
Toutefois, par rapport aux auteurs cités comme David Grossman, Zeruya Shalev, Aharon Appelfeld qui « atteignent en moi, une zone intérieure à laquelle seule, je n’avais pas accès« , Laurence Tardieu se place en personnage lambda. Ce qu’elle décrit, je suppose que nous le vivons tous un peu de la même façon. Si écrire ces mots permet à l’auteur de donner un sens, de sortir des émotions qui ne peuvent rester enfouies au fond de soi, à moi, lecteur, cela n’apporte pas d’enseignement si ce n’est de constater que les événements nous plongent tous dans la même lutte intérieure.

J’ai lu ce livre dans le cadre des Explolecteurs avec lecteurs.com

rl2016

Zone de non-droit – Alex Berg

BergTitre : Zone de non-droit
Auteur : Alex Berg
Littérature allemande
Titre original : Machtlos
Traducteur : Justine Coquel
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 352
Date de parution : janvier 2013, septembre 2014 en Babel noir

Auteur :
Alex Berg est le pseudonyme de Stefanie Baumm. Née en 1963 à Pforzheim, elle est d’abord journaliste avant de devenir écrivain. Dès son premier thriller, Zone de non-droit, elle crée le personnage d’une jeune et brillante avocate, Valerie Weymann, que ses contacts professionnels et personnels avec le Moyen-Orient vont précipiter dans le monde des services secrets allemands, de la CIA et du terrorisme international.

Présentation de l’éditeur :
Ça peut nous arriver chaque jour, partout. Il suffit d’un malheureux hasard. Comme de se trouver sur une photo avec une amie iranienne alors qu’une bombe terroriste vient d’exploser. C’est l’histoire terrifiante de Valérie Weymann, une avocate de Hambourg qui, alors qu’elle prend un avion pour Londres, est arrêtée à l’aéroport et voit sa vie de femme accomplie basculer dans l’horreur.

Mon avis :
Le hasard fait parfois mal les choses. Quand j’ai commencé cette lecture, l’écœurement devant le contexte a failli me faire renoncer. Sans l’engagement de rédiger un avis sur ce roman sous un mois pour Babelio, je serais passée à autre chose.
On commence fort avec cette citation de Benjamin Franklin
 » Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté essentielle pour obtenir temporairement un peu de sécurité ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »
Nous sommes à Hambourg, un mois avant le sommet international sur le climat et le désarmement devant réunir de nombreux chefs d’état. Les agents de la CIA et du Service Fédéral de renseignement (BND) allemand sont sur des charbons ardents, prêts à tout pour arrêter les complices présumés du récent attenta de Copenhague.
Valérie Weyman, avocate, se fait arrêter à l’aéroport car elle était présente sur une photo avec Noor al-Almawi, sa meilleure amie, Mahir Barakat et Safwan Abidi, soupçonnés d’être des proches des auteurs de l’attentat.
Elle est interrogée par Burroughs, agent du CIA plein de haine depuis la mort de sa famille le 11 septembre et Eric Mayer, agent du BND.
Lorsqu’une bombe explose dans la gare de Dammtor alors que Safwan Abidi est repéré sur une caméra de surveillance, Valérie Weyman est emmenée sur un site américain en Roumanie, là, où loin de l’État de droit, les interrogatoires peuvent devenir violents.
Le scénario est parfaitement ficelé, tenant le lecteur dans le doute et le suspense.
Chaque personnage a sa part de mystère. Valérie connaissait parfaitement Noor et Safwan mais quelles étaient au juste leurs relations? Que cache Burroughs pour être aussi véhément contre Valérie ? Marc, le mari de Valérie, n’ayant aucune nouvelle de sa femme, parviendra-t-il à lui garder sa confiance et à trouver les bons interlocuteurs pour se faire aider ? Comment expliquer à ses deux petites filles que maman ne sera pas là pour les fêtes de fin d’année?
Bien sûr, il y a la violence de l’ambiance du terrorisme particulièrement difficile à supporter en ce moment mais ce roman est particulièrement bien construit avec sa dose de peur, d’incompréhension, de rebondissements. L’analyse psychologique des personnages est parfaite. J’ai ressenti la peur de Valérie, la folie de Burroughs, l’humanité de Mayer, la ténacité de Marc.
Zone de non-droit est un très bon roman noir qui résonne toutefois un peu durement avec l’actualité.
 » Tout le monde espérait que le rapprochement européen avec les USA débouche sur une collaboration avec les USA, pour faire de la Syrie un Etat-clé, et faire du règne d’Assad un intermédiaire avec l’Iran, le Hamas et le Hezbollah. Il fallait trouver une ligne commune contre l’extrémisme islamique. »
 » Ce qu’il y a de bien dans la vie, c’est qu’elle continue sans se soucier de toutes les horreurs qui nous entourent, et qu’elle nous pousse à continuer. Et rien que le simple fait d’avancer guérit les blessures. »
C’est un peu plus facile à dire qu’à vivre.

Je remercie Babelio, la SNCF et Actes Sud pour cette lecture dans le cadre du partenariat pour le Prix SNCF du Polar 2016.

 

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Eureka Street – Robert McLiam Wilson

McLiam WilsonTitre : Eureka Street
Auteur : Robert McLiam Wilson
Littérature irlandaise
Traducteur : Brice Mathieussent
Éditeur : 10/18
Nombre de pages : 545
Date de parution : première traduction française chez Christian Bourgois en 1997, Editions 10/18 1999

Auteur :
Robert McLiam Wilson est né en 1964 à Belfast ouest, quartier ouvrier catholique de la ville. Il s’expatrie à Londres ou, après des débuts difficiles, il obtient une bourse d’études à Cambridge, qu’il quitte rapidement pour se consacrer à l’écriture. En 1988, il remporte plusieurs prix littéraires en Grande Bretagne pour son premier roman, Ripley Bogle. Il publie ensuite La Douleur de Manfred,Eureka Street et Les dépossédés. Il a été salué par Granta comme un des auteurs les plus prometteurs de sa génération.

Présentation de l’éditeur :
Dans un Belfast livré aux menaces terroristes, les habitants d’Eureka Street tentent de vivre vaille que vaille. Chuckie le gros protestant multiplie les combines pour faire fortune, tandis que Jake le catho, ancien dur au coeur d’artichaut, cumule les ruptures. Autour d’eux, la vie de quartier perdure, chacun se battant pour avancer sans jamais oublier la fraternité.

Mon avis:
Nina (Readingintherain) avait eu un gros coup de cœur pour ce roman et m’avait convaincue à l’acheter. Pourtant, il dormait dans ma PAL depuis quelques années jusqu’à ce que Mimi m’en propose une lecture commune.
Au travers d’une bande de copains catholiques et protestant ( seul Chuckie est protestant), nous découvrons Belfast dans les années 90 à la fin du conflit nord-irlandais.
«  La ville chérit ses murs comme on tient un journal. Selon cette scénographie saccadée, les murs racontent histoires et haines, ratatinées et décolorées par le temps. »
Jake,  bagarreur après une enfance pauvre, est au début du récit récupérateur d’objets impayés. Un sale boulot qu’il supporte de moins en moins. Larguée par sa copine anglaise, « couillon sentimental« , il cherche l’âme sœur sans grand succès malgré sa mine boudeuse de grand séducteur.
Chuckie, un « gros plein de soupe » aux nombreuses rencontres sexuelles, cherche comment gagner de l’argent sans trop se dépenser jusqu’à sa rencontre avec Max, une américaine dont il tombe follement amoureux.
Souvent regroupés dans les bars, la bande de copains discutent de tout et de rien, un peu de politique au fil des événements mais sans chercher querelles même si le sujet peut parfois être explosif, surtout avec Aoirghe, l’amie de Max.Certes, les actes de terrorisme existent toujours,  » on entendait toujours la violence, proche ou lointaine« et l’auteur décrit l’attentat de Fountain Street  en prenant soin de donner de l’importance à la vie des victimes afin qu’ils ne soient pas juste un nom ou un chiffre sur un bilan. Les murs tagués et les fleurs sur le pavé sont les traces des violences.  » Nous sommes terrifiés. Nous devons être terrifiés. Voilà pourquoi ça s’appelle le terrorisme. »
« Belfast est une ville qui a perdu son coeur« . Mais est-elle plus violente que Broadway, New-York ou San Diego où Chuckie découvre le banditisme.
Le chapitre consacré à la description de Belfast est assez remarquable.
 » Mais la nuit, de maintes manières, simples ou complexes, la ville est la preuve d’un Dieu. Belfast donne souvent l’impression d’être le ventre de l’univers. C’est un décor souvent filmé, rarement vu. Dans chaque rue, Hope, Chapel, Chichester et Chief, grouillent les signes émouvants de milliers de morts qui les ont arpentées. Ils laissent leur odeur vivace sur le trottoir, sur les briques et les seuils et dans les jardins. Les natifs de cette ville vivent dans un monde brisé- brisé mais beau. »
Cette amitié entre Chuckie et Jake, ce pardon de Chuckie envers sa mère, les actes de bienveillance et de solidarité de Jake envers ceux que son premier métier a dépossédés ou envers Roche, ce gamin des rues battu par son père montrent toute l’humanité des irlandais qu’ils soient catholiques et protestants.
 » Vous constatez qu’il existe bien une division entre les gens qui vivent ici. Certains appellent ça la religion, d’autres la politique. Mais la division la plus fiable, la plus flagrante, est celle de l’argent. »

Un roman d’une belle humanité dans un pays qui sort d’une crise violente, d’une guerre entre deux factions qui disaient qu’elles ne voulaient pas se battre.

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Katiba – Jean-Christophe Rufin

rufin1Titre : Katiba
Auteur : Jean-Christophe Rufin
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 391

Résumé :
Quatre touristes occidentaux sont assassinés clans le Sahara. L’attaque est signée al-Qaida au Maghreb islamique, une organisation terroriste implantée dans les anciennes zones d’influence française d’Afrique de l’Ouest. Tout laisse à penser qu’elle veut aller beaucoup plus loin et rêve de frapper la France au coeur. L’événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements, de Washington aux Emirats, d’Alger à Paris.
Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d’Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite.
Quels liens cette Française à l’élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? Quelle secrète influence pèse sur elle depuis la disparition de son mari, consul de France en Mauritanie ? C’est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement. Complice, victime ou agent double, Jasmine incarne le
mélange de répulsion et de fascination que le fondamentalisme religieux exerce inconsciemment sur chacun de nous.

Mon avis :
En général, je trouve les histoires d’espionnage lourdes et compliquées. certes, dans « Katiba », il y a pléthore de personnages mais l’intrigue est bien construite et le style est clair, voire aérien.
Les personnages sont intéressants et mystérieux. On ne découvre qu’à la fin, la vraie nature des protagonistes, notamment Jasmine, Dim et Kader.
De plus, l’auteur dévoile en même temps que l’intrigue, les motivations, les raisons qui poussent Jasmine à
agir de la sorte. plusieurs pistes sont suggérées vers la fin du livre et le rythme s’accélère, le suspense grandit et on ne lâche plus le livre jusqu’au dénouement.
L’auteur a vraiment réussi à construire une histoire agréable à lire sur le thème important et difficile qu’est le terrorisme.
Jean-Christophe Rufin explique dans la postface comment il s’est inspiré de faits réels pour construire cette histoire moderne et réaliste.

Le week-end – Bernhard Schlink

schlinkTitre : Le week-end
Auteur : Bernhard Schlink
Éditeur :Gallimard

Résumé :
Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa soeur Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin. Mais ce week-end, qu’elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge.
Pendant trois jours, les coups de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses. L’amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ? Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ? Le week-end renoue avec la force et la concision du premier grand succès de Bernhard Schlink, Le Liseur, et prolonge avec beaucoup de talent les interrogations qui hantent son œuvre.

Mon avis:
Ce livre est un excellent huis-clos puisqu’ on retrouve pour trois jours dans une vieille maison de campagne les anciens amis et la famille de Jörg. Christiane, sa soeur, vient juste d’aller le chercher à sa sortie de prison. Il vient  d’être gracié par le Président, comme d’autres anciens terroristes de la Fraction Armée Rouge.
Autant dire que les retrouvailles vont être mouvementées. Les anciens amis ont évolué et ne comprennent pas les meurtres qui, pour Jörg ne sont que des dommages collatéraux inhérents à toute lutte révolutionnaire pour un monde meilleur.
Les théories s’affrontent, les comptes se règlent, la curiosité est parfois malsaine mais l’amitié l’emporte malgré tout.
Jörg sera pourtant touché par le jugement de son fils, qui s’est immiscé dans les retrouvailles et accuse son père d’être responsable de la mort de sa mère.
Ce livre nous donne l’occasion de réfléchir sur la culpabilité, la religion, l’amitié, le pardon, la non-réalisation de ses désirs qui pourtant conduit vers un exil où l’on peut être heureux.

Un livre très intéressant et très bien écrit.

La quête de Sana – Richard Zimler

zimlerTitre : La quête de Sana
Auteur : Richard Zimler
Éditeur : Le cherche midi
Collection : Ailleurs
360 pages

Mon avis :
Alors qu’il est en Australie pour la promotion de   livre, Richard Zimler rencontre une danseuse qui mime des scènes avec des oiseaux. Elle aborde l’auteur en disant avoir été influencée par son livre et souhaite une dédicace au nom d’Héléna.
Le lendemain, elle saute par la fenêtre de leur hôtel commun et vient s’écrouler au pied de Richard.
Choquée par cette fin brutale, il sera nécessaire pour lui d’en savoir plus et il va enquêter auprès des personnes qui l’ont connue.
Il rencontrera d’abord Héléna, son amie d’enfance d’origine juive et apprendra que la danseuse se prénommait Sana et qu’elle était, elle, d’origine palestinienne.
Au fil des interviews, on se demandera parfois où est la vérité. Peut-on vraiment faire confiance et connaître les gens que l’on rencontre.
Puis, les évènements vont s’éclaircir. Pendant tout son enfance Sana s’est cachée des soldats, elle a vécu le viol de sa mère, la brutalité de son père, l’emprisonnement, la torture puis le meurtre de son frère. Enfin, elle sera séparée d’Héléna, sa seule confidente pour rejoindre son père en Italie.
Sur les traces du père de Sana, Richard Zimler découvrira les liens avec le terrorisme. Un ami de Sana, qui s’est fait passé pour son père auprès de Richard, est en fait un banquier reconverti vers le financement des groupes terroristes.
Le livre est intéressant pour son témoignage sur les conflits perpétuels entre israéliens et palestiniens et le terrorisme.
L’enquête se précise en seconde partie de livre après les errements, les non-dits et devient vraiment passionnante quand on comprend les motivations de Sana et le lien avec le terrorisme.
La dimension humaine est très importante. On la retrouve, bien sûr, dans cette formidable amitié entre Sana et Héléna mais aussi dans les récits de la vie de Jamal, le frère de Sana. L’auteur nous
présente les personnages sous toutes leurs facettes, leur  caractère, leurs défauts et leur courage comme Samuel, le père d’Héléna ou même Samir, le terroriste. L’auteur est d’un grand altruisme, il comprend et écoute réellement les autres.
Je trouve que le roman est tout de même assez pesant. Le contexte historique, la réflexion sur le suicide et la mort, le terrorisme sont de graves sujets. Le style de narration, le fait de raconter avec précision ses enquêtes, ses réflexions au fil de l’enquête contribuent à cette lourdeur.