Gens de brume – Nimrod

Titre : Gens de brume
Auteur : Nimrod
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 64
Date de parution : 4 octobre 2017

«  Tout instant de nos vies a son odeur. »
Nous avons tous notre madeleine de Proust.
La collection Essences publie des moments intimes d’auteurs autour des parfums qui ont guidé leur vie.

Enfant, sur les bords du fleuve Chari, au Tchad, Nimrod se souvient de la bouillie de riz à la pâte d’arachide que lui servait sa mère tandis que son père allait pêcher les harengs.
Des senteurs d’amande, de lait, de miel couvrent l’odeur de poisson qui suit à la trace les gens de brume.
A l’école, il découvre l’amour avec un parfum qu’Odile dépose sur son poignet et derrière l’oreille.
«  Odile est une fée qui brûle du désir de m’emporter, mais je suis trop jeune pour répondre à sa prière. Je suis trop sot. Aussi se contente-t-elle de me parfumer. »
Il la retrouvera plus tard, jeune fille gracieuse à la féminité imposante lors d’un baptême collectif sur les bords de la Chari.

Avec Brom, un camarade de classe, «  ce pongo, aux membres noueux que couronnait une tête de carnaval bordée d’oreilles de singe et un nez de toucan d’un noir charbonneux », il découvre le parfum exotique de Baudelaire et la littérature.

Récemment divorcé de Déborah, l’homme se retrouve seul dans leur maison de Provence.
«  Déborah m’a fait don de quelque chose en ce pays. »

Tout n’est finalement qu’histoires d’amour. Le ciel, la lumière, le sortilège des parfums entraînent le narrateur, au crépuscule de sa vie, à se remémorer ses plus belles rencontres.

«  Des mots rayonnants, des mots de lumière, avec un rythme et une musique, voilà ce qu’est la poésie » disait Théophile Gauthier. Ce texte court et lumineux est un moment de poésie.

Dans cette même collection, retrouvez Baumes de Valentine Goby.

Les racines de yucca – Koulsy Lamko

lamkoTitre du livre : Les racines de yucca
Auteur : Koulsy Lamko
Editeur : Philippe Rey
Nombre de pages : 284
Date de parution : avril 2011

 

Présentation de l’éditeur :
Un écrivain africain vivant à Mexico est atteint d’un incroyable mal : une allergie au papier… Son étiopathe lui conseille de voyager, de retrouver la nature. Il part donc dans le Yucatan animer des ateliers d’écriture dans un village de réfugiés de la guerre du Guatemala des années quatre-vingt. Une de ses stagiaires, Teresa, lui présente son journal des années de guerre. Fasciné par ce texte, l’écrivain décide de l’aider à le rédiger jusqu’au bout. Il va amener Teresa à accoucher des démons qui sommeillaient dans sa mémoire. Mais il va aussi réveiller les siens…Généreux et ambitieux, ce roman tisse des liens solides entre l’imaginaire latino-amérindien et celui d’une Afrique confrontée aux affres des guerres, des trahisons multiples, des errements de politiques suicidaires.

Mon avis :
« Mon humble vœu secret était qu’au terme de sa lecture du livre, le lecteur se rende compte que j’avais écrit pour dire que
cela ne servait à rien de raconter l’horreur du monde et que les mots ne suffisaient pas , n’avaient pas le dos assez large pour porter les corps et les cœurs déchiré
s. »
L’auteur qui a vécu pendant la guerre civile au Tchad , exilé, imagine dans ce roman qu’il ne peut plus écrire son histoire du fait d’une allergie au papier. Sur les conseils de son thérapeute, il rejoint un village de mayas, exilés suite à la guerre du Guatemala des années 80 dans ce village mexicain de Kesté.
En aidant Teresa à écrire ses mémoires de réfugiée traumatisée par les horreurs de l’ extermination des mayas, et en écoutant Maria, il tente d’exhumer son histoire personnelle et celle de Léa, son amie d’enfance, dont le père et le mari ont été tués sauvagement par ce guerrier qu’elle prendra ensuite comme concubin. Et
reviennent sans cesse cette adulation pour son bourreau et l’image de « ce pays de merde que j’adore. »
Car l’amour de sa terre est telle le lien avec la mère, l’exil est un suicide. Il est difficile de se plier à une autre culture, une autre langue et se sentir toujours traiter de nègre ou d’étranger.
Mais, après l’allergie au papier, la volonté du narrateur d’être le passeur de mémoire sera empêchée par le mauvais fonctionnement d’un magnétophone, comme si cette histoire ne devait pas être écrite pour  » ne pas transgresser le silence des vies cachées ».
Le style est d’une grande richesse avec un mélange d’un vocabulaire riche et de langage de la rue. Il écrit avec nostalgie, poésie, et rage. Le récit est toutefois déstructuré, l’auteur se laissant souvent aller dans la description de ses cauchemars. Il insère ses impressions en tant qu’écrivain, décrit les  fiches qui guident son écriture. Mais cette déconstruction reflète l’état de ses souvenirs.
Les racines de yucca est un livre difficile à aborder pour sa construction et son contexte mais il témoigne avec
passion et réalisme de la douleur des exilés, des paysans torturés, des civilisations anéanties  pour l’appât de la terre en vue du commerce et du profit.
 

J’ai lu ce livre dans le cadre du océans organisé par France Ô et  babelio

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