Je vais passer pour un vieux con – Philippe Delerm

Titre : Je vais passer pour un vieux con
Auteur : Philippe Delerm
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 144
Date de parution : 13 septembre 2012

 

Partir de petites choses de la vie courante, celles que l’on ne remarque parfois plus et en tirer une ou deux pages de fine analyse de nos comportements. Il en a fait sa marque de fabrique, nous sommes désormais bien habitués aux contenus des petits recueils de Philippe Delerm

« Je vais passer pour un vieux con. » Ce sont ici des petites phrases, que l’on prononce ou prononçait au mot près, souvent avec la même intonation. Des phrases qui survivent au fil des générations, plutôt utilisées au cours de conversations entre amis comme « Il y a longtemps que vous attendez? »

L’auteur les décortique au mot près pour mettre en évidence les pensées cachées qu’elles suscitent chez celui qui les prononce ou celui qui les reçoit. Les adverbes sont particulièrement significatifs, cachant la fausseté ou le mensonge.

J’aimerais beaucoup entendre ces textes lus par des acteurs comme Fabrice Luchini ou Edouard Baer. Ces petits recueils doivent gagner en sagacité en version audio.

C’est drôle, perspicace. Ça vous embarque en titillant vos habitudes.

« C’est vraiment par gourmandise. »

Certaines phrases, un peu dépassées sont aussi l’occasion de voir l’évolution de la société avec l’ère du numérique ou la disparition de l’esprit de village.

D’autres sont comme des petites madeleines de Proust. «  Joli chapeau madame » replonge les plus anciens au coeur des dimanches après-midi, derrière la télé, écoutant les commentaires sportifs de Michel Dhrey à Roland-Garros.

Toutefois, la plupart de ces expressions sont intemporelles. Chacun se sentira concerné.

Si vous aimez l’univers de Philippe Delerm, rendez-vous le 12 septembre 2019 pour la parution de son dernier recueil, L’extase du selfie.

Sur les barricades – Léa Tourret et Eärendil Nubigena

Titre : Sur les barricades
Auteur : Léa Tourret
Illustrateur : Eärendil Nubigena
Éditeur : Le Laboratoire existentiel
Nombre de pages : 192
Date de parution : 18 octobre 2017

 

 

 

 

 

Istanbul, Erdem Gunduz, danseur et chorégraphe reste debout immobile sur la place Taksim en signe de protestation bientôt suivi par d’autres ici, ailleurs dans la ville, dans le pays et dans le monde.

« Les corps sont singuliers, certes, mais c’est la mise en commun des singularités et donc le tout qui fait la force d’une barricade. »

A l’heure où avec les véhicules souterrains, aériens, les drones et les réseaux sociaux, il est impossible de bloquer les flux qu’est devenue la barricade, construction urbaine délimitant les espaces entre l’opposition et le pouvoir?

La barricade, oeuvre technique éphémère réalisée avec les objets du lieu et de l’époque, reste un témoin historique des ruptures entre les mondes des insurgés et des forces de l’ordre. On se souvient surtout des barricades du XIXe siècle.

Si la rue reste toujours un « espace de mise en lumière des dysfonctionnements d’une société », c’est avec les manifestations, squats, barrages, blocages des flux que les insurgés luttent ensemble affichant souvent la même sociabilité que sur les barricades d’antan.

Léa Tourret, philosophe spécialisée en anthropologie de l’objet, propose ici une véritable thèse universitaire sur les barricades et autres formes de « théâtralisation » de l’opposition au pouvoir politique.

En respectant le principe de cette jeune maison d’édition qui veut, suivant la phrase de Jules Verne, que « l’illustration bonifie le récit », la plasticienne, Eärendil Nubigena, illustre avec talent corps et chaos des situations insurrectionnelles.

Pour drainer un plus large public, l’ancrage sur des situations ou personnages particuliers aurait pu alléger un essai qui reste très singulier et universitaire. Par exemple, insister davantage sur certaines figures des communards, sur Erdem Gunduz ou sur ces femmes de caractère rapidement évoquées dans ce monde viril de la contestation.

Le Laboratoire existentiel se démarque par des ouvrages de qualité, tant sur le fond que la forme. Ce sont des petits livres qui attirent l’oeil pour ensuite engager une réflexion sur le monde contemporain.