Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette

ColletteTitre : Les larmes noires sur la terre
Auteur : Sandrine Collette
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 2 février 2017

Quitter son île sans avenir, espérer une vie meilleure en suivant Rodolphe, un français de quarante ans en région parisienne, voilà le rêve de Moe, jeune tahitienne de vingt ans.
Malgré les avertissements de sa grand-mère, la jeune femme est persuadée que l’herbe sera plus verte ailleurs. Elle ne pouvait imaginer que cette décision la ferait tomber de Charybde en Scylla.
Pas de soleil, pas de mer bleue dans cette banlieue parisienne grise et raciste, un homme qui devient violent, une belle-mère exigeante à soigner. Moe enchaîne les petits boulots mal payés pour économiser un billet retour vers son île. Quelques heures d’amusement au bal, Moe se retrouve enceinte.
 » Mais elle avec son petit, ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut, tentaculaire et dévorant, où la seule façon de s’en sortir est de se battre bec et ongles pour gagner quoi, pas même un petit morceau de bonheur, juste la hargne pour survivre, boire, manger et mettre de l’essence dans la voiture, un combat stérile et épuisant, trouver une place de misère et la conserver coûte que coûte. »
Sous les conseils de Réjane, la fille d’une vieille dame qu’elle soigne, Moe quitte Rodolphe. Que peut espérer une jeune femme sans qualification flanquée d’un nourrisson. Se faire violer par les patrons pour garder un boulot mal payé. Moe finit à la rue et se fait embarquer par les services sociaux. Pour tomber dans l’enfer de La Casse. Un espace de vieilles carcasses de voiture. « des voitures comme des tombes aux portes ouvertes. » louées à un prix exorbitant au pied d’un barrage.
C’est pourtant là que Moe trouve le plus d’humanité auprès d’Ada, de Poule, de Nini-peau-de-chien, de Jaja de de Marie-Thé. Au fil du récit, chacune lui confiera son passé et les raisons de leur chute dans La Casse.
 » un agrégat de destins rognés, de trajectoires atrophiées, des existences qui auraient pu être belles et que quelque chose, à un moment, a obligées à dérailler. »
Dans cet enfer quotidien, Moe a son enfant, « quelqu’un pour qui se battre« . Elle est prête à tout pour amasser les quinze milles euros réclamés pour sortir du camp.
Dans un style d’une grande richesse qui véhicule les émotions, l’auteur extrapole ce que pourrait être un ghetto où la société tire encore parti des plus démunis. Les parcours de chacune prouvent qu’il suffit d’un écart, souvent d’une enfance brisée, pour se retrouver au ban de la société et qu’il faut alors encore et toujours payer pour espérer s’en sortir.
L’espoir se retrouve dans les yeux d’un enfant, qui pourtant risque dans ce milieu de finir plus proche des bêtes que des hommes, dans un milieu où règne la loi du plus fort. Et dans les sourires, les attentions de ces femmes. Dans le lien entre ces six filles, « qu’une seule bouge, et toutes le ressentent. »
Comme le titre de ce roman le laisse augurer, c’est un roman très sombre où seuls les sourires et les espoirs des six femmes de ce quartier laissent apparaître un brin d’humanité. Où un rocher au chocolat volé est le seul plaisir de vies vouées à l’échec. Tant de malheur est peut-être le seul point qui place ce nouveau roman juste en-dessous du génial Il reste la poussière. En maître du roman noir, Sandrine Collette maîtrise son scénario, nous laissant dans l’expectative jusqu’au dénouement, que personnellement je n’attendais pas et regrette un peu.

En tout cas, Sandrine Collette confirme son talent. En commençant cette lecture, j’ai pensé à Toni Morrison. Belle référence, n’est-ce pas?

Les clameurs de la ronde – Arthur Yasmine

YasmineTitre : Les clameurs de la ronde
Auteur : Arthur Yasmine
Éditeur : Carnet d’Art
Nombre de pages : 85
Date de parution: 2015

 » On sait écrire des dissertations, des mémoires, des thèses, des magazines, des blogs, des essais, des romans, des nouvelles qui parlent de poésie…Mais sait-on encore écrire des poèmes? »

Arthur Yasmine s’engage pour défendre la poésie avec ce recueil qui propose différentes formes. Du sonnet classique ( Sonnet à la nouvelle Aphrodite), des rhapsodies, des extraits de correspondance amoureuse ( Je t’espère), des fragments de livres, un message virulent aux éditeurs de poésie française…différents fragments de travaux poétiques des sept dernières années de l’auteur. Pour « faire jaillir la parole comme un poignard »
Arthur Yasmine, transforme en poésie ses révoltes face à la société occidentale.
 » J’offre le peu de terre putréfiée que j’arrive à transformer en or. C’est ce qu’il faut faire en Poésie. ».
Et il le fait dans l’urgence et la rage afin que les mots du poète nous interpellent, nous sortent de la pensée commune et pointent avec excès les dérives de la comédie sociale actuelle.
 » Sachez qu’il porte le sang d’un homme à la contemplation ardente et à l’urgence vitale; c’est le sang pur et brûlant d’un poète. »
Comme tout poète, il sait aussi parler d’amour, et pas seulement de celui de la Poésie. Ses lettres d’amour peuvent  être fulgurantes de beauté.
 » J’ai besoin de te l’écrire…Tu me dépasses. Oui, ces nuits d’étourdis, faudrait les écrire avec du feu. Elle et son homme -toute une mémoire pour cet hymen évanescent qu’on a grillé comme une clope. Toute une mémoire pour tes reins creusés par la sueur, pour nos corps dansant l’un contre l’autre, pour tes lèvres, pour ta langue vulgaire, pour ton charme de statue, pour la garce, pour la grâce. Toute une mémoire pour toi qui t’agaces et moi qui compte depuis le début…Combien de sculptures peut-on dédier à ton visage éperdu? »
Bien loin de cet amour des rêveurs critiqués dans la Lettre sur l’animalité ( lettre centrée sur les inégalités sociales),   » Mais on en avait vraiment pas besoin de l’amour, nous, les pauvres! La misère, ça ne laisse pas le temps de rêver. »

La poésie est-elle réservée à l’élite ou est-elle morte? Son caractère souvent ésotérique l’éloigne d’une culture de masse mais elle n’en est que plus précieuse.
Un auteur comme Arthur Yasmine a une voix à donner pour provoquer la réaction de manière subversive face aux incohérences de la société.
Ses mots claquent comme un éclair de lucidité nous évitant de sombrer dans la pensée unique qui nous emporte vers la médiocrité de nos sociétés actuelles.

Comme une ronde, le recueil commence avec un poème Invocation à la jeune morte et se termine avec Éclair pour la jeune morte, deux superbes poèmes en hommage à la Poésie. L’auteur nous invite alors à lire en boucle ce carnet.

Dommage que nous n’ayons ici que des fragments. Mais c’est peut-être une invitation à se laisser porter plus loin, au-delà de l’indifférence de ces premiers cris.

Je remercie Arthur Yasmine pour l’envoi de ce livre et j’espère bien modestement m’associer à sa volonté de  « Sortir la Poésie du marasme et lui redonner sa majesté perdue »

 

Terre de colère – Christos Chryssopoulos

ChryssopoulosTitre : Terre de colère
Auteur : Christos Chryssopoulos
Littérature grecque
Traducteur : Anne-Laure Brisac
Éditeur : La contre allée
Nombre de pages : 96
Date de parution : mars 2015

Auteur :
Né en 1968, Christos Chryssopoulos est l’un des jeunes romanciers et nouvellistes le plus remarqué de la littérature néo-hellénique. Ses livres sont traduits en cinq langues. En 2009, il reçoit le prix de littérature européenne.

Présentation de l’éditeur :
Au fil d’une déambulation composée de plusieurs tableaux, parfois fantasmagoriques mais toujours ancrés dans la réalité, Christos Chryssopoulos enquête et observe les symptômes d’un mal qui nous ronge. Il y pose le constat d’une société de surveillance, qui isole et oppose. Où l’incommunicabilité grandit au point que la colère s’impose (à nous) comme ultime possibilité de sortir de soi et fait de nous sa première victime.
Nous sommes ainsi tour à tour confrontés aux idéologies racistes, à la violence au travail, aux relations entre hommes et femmes, à la cellule familiale, au milieu scolaire, à travers un subtil jeu de dialogues qui rend compte des difficultés de communication entre ceux qui possèdent la parole et ceux qui ne l’ont pas.
L’auteur-narrateur apporte un commentaire à la manière d’un chœur antique entre chaque tableau et finit, dans le dernier tableau, par prendre corps en tant que personnage, en suivant un autre à son insu et rendant ainsi compte au lecteur de son mode opératoire.

Mon avis :
La présentation de l’éditeur analyse l’essentiel de ce court roman. L’auteur nous expose rapidement une situation, embraye sur des dialogues puis montre comment des dialogues stériles se bloquent, s’enveniment. La colère répond souvent à la colère.
Dans tous les milieux, la société, le monde du travail, la famille, le couple, le manque de dialogue profond, le refus de prendre conscience de l’autre, de tenter de le comprendre entraînent la violence verbale.
C’est une spirale infernale qui se transmet de l’un à l’autre et de génération à génération.

 » Au fur et à mesure que passent les années, la colère grandit. Elle se transmet, tel un héritage sacré, des parents aux enfants et elle s’accroît d’une génération à l’autre. »

La colère ( thumos en grec) est la méthode de victimisation ( thuma en grec) la plus radicale.
Si la démonstration de l’auteur est claire ( l’incommunicabilité entraîne la colère, la violence), le texte est explicite mais court. Les dialogues sont parfois longs, trop factuels et tournent rapidement au vulgaire sous l’effet de la colère.
La morale, dans tout ça…Il faut commencer par maîtriser sa propre colère, celle qui nous ronge, avant de la déverser contre les autres.

«  La colère dont on souffre le plus n’est pas celle qu’on subit, mais la sienne propre que l’on dirige contre les autres sans pouvoir la maîtriser. »

Si je ne suis pas vraiment convaincue par ce trop petit récit, je ne manquerai pas de relire cet auteur sur un texte plus conséquent.

Je remercie Libfly et les Éditions de La contre Allée pour la découverte de cet auteur et de cette collection Fictions d’Europe.

L’avis du Monde de Tran.

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Nous sommes jeunes et fiers – Solange Bied-Charreton

bied charretonTitre : Nous sommes jeunes et fiers
Auteur : Solange Bied-Charreton
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 240
Date de parution : janvier 2014

Auteur :
Solange Bied-Charreton vit et travaille à Paris. Son premier roman, Enjoy, a paru chez Stock en 2012.

Présentation de l’éditeur :
« Ensemble ils avaient eu des désirs d’ailleurs, mais ce n’était jamais un ailleurs misérable. Le dénuement pour vivre mieux, pas pour mourir. La vie dans des huttes, si l’on voulait, mais dans une ambiance détente, où ne se trouverait aucun clochard. Ils auraient eu peur de rencontrer de vrais pauvres. Enseignante en banlieue nord, Noémie en fréquentait pourtant tous les jours, mais c’étaient des pauvres accessibles, qu’on aimait instruire, issus de la diversité, et qui l’enrichissaient de leurs différences. Avec les autres, on ne savait pas, c’était trop loin, ils avaient sans doute des maladies, des bras en moins. Ce loin pourtant qu’ils chérissaient se devait de comporter des dangers, des surprises. Ils s’y préparaient pour quand ils se décideraient à franchir le pas, aller là-bas, à l’autre bout de la Terre, sans savoir où. »
Nous sommes jeunes et fiers est le récit d’un retour aux sources. Mais quelles sources convoque-t-on lorsque celles-ci renvoient au désir d’un monde débarrassé de civilisation ? Produits des discours publicitaire, écologique et culturel, Ivan et Noémie, nouveaux Adam et Ève à l’insatisfaction permanente, bercés par le vœu chimérique d’une vie plus vraie, sont les figures tragiques d’une époque où la quête de sens prend parfois la forme inattendue d’un voyage sans retour.

Mon avis :
Un peu frustrée de ne pas avoir eu le temps de lire le premier roman de Solange Bied-Charreton, Enjoy qui a connu un beau petit succès littéraire, je me suis lancée à la découverte de l’auteur avec Nous sommes jeunes et fiers.
Le style et l’univers de l’auteur sont effectivement remarquables avec des envolées descriptives très contemporaines ( comme par exemple quelques superbes pages définissant la France à un étranger), un habile choix des mots, un regard critique de notre société et un flirt avec le roman moderne voire le surréalisme.
Ivan et Noémie, respectivement 29 et 33 ans sont un couple de parisiens aisés. Elle est enseignante dans une ZEP en banlieue nord, il est mannequin. Ils sont l’image même du couple « bourgeois bohême« , plein de contradictions. Ils mangent bio, prônent l’écologie, parlent de protection des espèces mais sont un tantinet racistes, roulent en voiture dans Paris et n’hésitent pas à stationner sur les places réservées aux handicapés.
 » Ce monde c’était le leur, à la fois d’opulence et de dénuement, de plaisir et de restriction, de profit et d’interdiction. »
Bien sûr, ils rêvaient d’une autre vie, d’un retour aux sources, à l’image de la tribu des Penaraks refusant le progrès et la modernité.
Lorsque survient l’accident de travail d’Ivan, l’univers du couple dégringole en pente douce. La peur d’un coma qui se prolonge, la rééducation, le handicap, puis la perte des amis qui, gênés, n’acceptent plus la tristesse de ce couple brisé.
La surconsommation, l’hypocrisie des fêtes, la superficialité des relations amicales deviennent alors insupportables.
 » L’importance de la représentation sociale, le crédit apporté aux masques, toute notre vie réelle camouflée dans du faux. Un plan machiavélique pour dominer le monde, y parvenir avec facilité et en tirer une certaine reconnaissance, comme les deux fouets d’un batteur électrique fondent la paix sociale, obtiennent des résultats grandioses dans le domaine de la cuisine des familles. »
Acculés, il faut alors trouver un lieu de vie en accord avec leur nouvelle condition, un lieu où vivre autrement. L’auteur nous entraîne alors dans des alternatives possibles, passant de la société futile et moderne à l’utopie d’un retour à une nature poétique et sauvage.
 » On se contentera donc d’imaginer la jalousie de ces esclaves d’eux-mêmes restés en France dans leur tout petit monde devenu un musée géant, en cravate et veste de costume, avec leur souris d’ordinateur, leurs épouses Weight Watchers et leurs enfants sous Théralène. »
Un roman ironique, un peu caustique sur le style de vie moderne en France où l’auteur mêle habilement réalité et conte moral.

 

Je remercie dialogues  qui m’a permis de découvrir cette auteure.

rentrée 14

Regarde les lumières mon amour – Annie Ernaux

ernauxTitre : Regarde les lumières mon amour
Auteur : Annie Ernaux
Éditeur : Seuil / Raconter la Vie
Nombre de pages : 80
Date de parution : mars 2014

 

Auteur :
Annie Ernaux, née en 1940 à Lillebonne (Seine-Maritime), est une écrivaine française, professeur de lettres. Son œuvre littéraire, pour l’essentiel autobiographique, entretient des liens étroits avec la sociologie.

Présentation de l’éditeur :
Pendant un an, Annie Ernaux a tenu le journal de ses visites à l’hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situé en région parisienne. « Voir pour écrire, c’est voir autrement », écrit-elle. On redécouvre en effet à ses côtés le monde de la grande surface. Loin de se résumer à la corvée des courses, celle-ci prend dans ce livre un autre visage : elle devient un grand rendez-vous humain, un véritable spectacle. Avec ce relevé libre de sensations et d’observations, l’hypermarché, espace familier où tout le monde ou presque se côtoie, atteint la dignité de sujet littéraire.

Mon avis :
J’aime beaucoup l’univers d’Annie Ernaux, ses capacités d’analyse en lien avec la sociologie, sa sensibilité et son regard sur la vie. Ses courts romans s’adaptent particulièrement aux collections particulières de maisons d’édition ( Les affranchis, Raconter la vie…)

Habituée à subir la corvée des courses depuis de nombreuses années pratiquement de manière hebdomadaire, je me suis sentie très concernée par cette étude. Hasard géographique, mon lieu habituel est aussi un magasin Auchan, situé au centre commercial des Trois Fontaines mais dans une autre région. Est-ce cette coïncidence qui m’a vraiment fait ressentir les mêmes impressions ?

Dès que je franchis, la ligne de départ, je devine le prochain évènement du calendrier. En ce moment, c’est le foot mais nous allons bientôt, à peine les vacances commencées, voir débouler les fournitures scolaires. Oui, les grandes enseignes nous obligent à respecter un calendrier pour nos achats, nous obligent à penser à l’avenir sans même savourer le moment présent.

Cloisonné dans les rayons et les cerveaux, les jouets garçons et les jouets filles sont bien distincts, les rayons bio et les rayons « hard-discount » sont aussi éloignés que les classes sociales qui les visitent. L’hypermarché nous cloisonne, nous éduque, nous maintient dans nos carcans sociaux. Il n’est qu’un microcosme de la société.

 » Dans le monde de l’hypermarché et de l’économie libérale, aimer les enfants, c’est leur acheter le plus de choses possibles. »

Annie Ernaux, auteur et moi, grande lectrice ne pouvons nous résoudre à jeter un œil au rayon Librairie et nous (en tout cas moi) insurger de constater ce « top 10 » des ventes. La semaine dernière, le tiercé gagnant était encore Marc Lévy, Guillaume Musso et Katherine Pancol. Je ne peux m’empêcher de regarder mais toujours de loin. Alors, moi aussi, il m’arrive de lever la tête, de constater ce dédale de gros conduits et éventuellement quelques vols d’oiseaux perdus. Par contre, je n’ai pas encore vu de souris mais j’ai constaté la forte odeur du rayon poissonnerie coincé chez nous aussi en bout de magasin.

Alors, bien évidemment, j’ai apprécié la plume de cette grande auteure, mais son analyse n’a fait que confirmer mon expérience de femme contrainte à rejoindre cette « communauté de désirs » de manière régulière.
Fort heureusement, l’auteur ne se limite pas à la description et fait prendre conscience au lecteur des risques sociaux (notamment pour les caissières) et humains (pour les ateliers de confection au Bangladesh) de cette course à la diminution des coûts.

Ce témoignage restera un souvenir nostalgique  quand nos « lieux de promenade »  auront disparu  au profit des Drive ou autres solutions qui nous cloisonnent encore davantage dans la solitude. La vieille dame qui profite de vous demander d’attraper un article en hauteur pour lier conversation aura alors perdu une occasion de discuter.

 

 

 

 

 

Conflit de voisinage – Rafaële Rivais

rivaisTitre : Conflit de voisinage
Auteur : Rafaële Rivais
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 190
Date de parution : juin 2013

Auteur :
Rafaële Rivais est journaliste au Monde depuis vingt-cinq ans. Elle a passé plusieurs années à Bruxelles avant de revenir à Paris. Cette histoire s’inspire de faits réels.

Présentation de l’éditeur :
Elle se mit à guetter les allées et venues de sa voisine. Quand elle la savait prête à sortir de l’immeuble, elle préparait une bassine d’eau. Elle la vidait sur sa tête. Elle l’entendait avec jubilation remonter chez elle pour se changer. Lorsqu’elle l’apercevait dans la rue en train de rentrer chez elle avec sa poussette double et les petites dedans, elle bravait le flot des voitures pour arriver avant elle au pied de l’immeuble : elle maculait d’huile la poignée de la porte d’entrée.
Audrey Nichelong envie tellement sa voisine, Rachel Kubler, qu’elle lui fait vivre un enfer. Cette dernière, confrontée successivement à l’indifférence du bailleur social, de la police et de la justice, met de côté ses principes pour assurer sa sécurité et celle de sa famille …

Mon avis :
Sartre nous a bien démontré que  » l’enfer c’est les autres » et si on a inventé la fête des voisins c’est bien pour tenter d’améliorer ces relations de proximité qui peuvent parfois être un peu tendues. Ici, la tension devient effectivement un enfer pour Rachel Kubler, cette quarantenaire journaliste, mère de deux jumelles qui vient s’installer dans un logement social à Paris à son retour de Belgique.
Sur le palier d’en face, partageant la même terrasse vit Audrey Nichelong. Une jeunesse très difficile, un divorce, un petit boulot, deux enfants et des chats errants en font une caricature de la fille souffrant d’un complexe d’infériorité, d’une jalousie exacerbée et d’une méchanceté maladive.
Après avoir tétanisée son ancienne voisine, elle s’en prend à « cette bourge de journaliste ».
Très vite, Rafaële Rivais intensifie et dramatise cette relation de voisinage entre la vicieuse manipulatrice et la sociable journaliste.
Derrière cette confrontation, l’auteur met en évidence les difficultés des logements sociaux, l’indifférence de la Police soumise au respect de ses propres objectifs, le classement abusif de la Justice dépassée par le nombre de dossiers.
Avec un style et un œil de journaliste, Rafaële Rivais écorche le système français (en comparaison avec la Belgique) avec notamment la durée de travail hebdomadaire, le prix des loyers, la défection des systèmes de Police et de Justice.
 » Rachel, qui avait goûté pendant dix ans au charme du compromis belge, se dit qu’elle était bien revenue au pays de la lutte des classes. »
Cette fiction inspirée de faits réels est à la fois drôle, effrayante et réaliste même si parfois je me suis demandée si de tels comportements sont possibles.
Après avoir lu ce livre, vous vous rappellerez ce proverbe marocain :  » Choisis tes voisins avant ta maison. »

Je remercie les Éditions Max Milo pour cette lecture qui éclaire (en accentuant) une nouvelle fois une dérive de notre société.

plume challengeABC2013

On n’est pas sérieux quand on a 60 ans – Madeleine Melquiond

melquiondTitre : On n’est pas sérieux quand on a 60 ans
Auteur : Madeleine Melquiond
Editeur : Max Milo
Nombre de pages : 174
Date de parution : février 2013

Auteur :
Née en 1945, Madeleine Melquiond est agrégée d’histoire-géographie et diplômée de l’ENS. Après une carrière de journaliste et de pédagogue, elle se consacre à l’écriture. Elle a déjà publié Longtemps j’ai vécu avec une bouteille ( Albin Michel, 2008), collabore à la revue Verso et à La revue des cent voix. Elle participe également à des ateliers d’écriture et de lecture à voix haute.

Présentation de l’éditeur :
Madeleine Melquiond dénonce les clichés sur les seniors, les conseilleurs en tout genre qui prétendent dire aux sexagénaires ce qu’il faut faire et livre un portrait d’elle-même et des retraités tout aussi drôle qu’émouvant.

Elle démontre que les sexagénaires ne sont plus des vieux, mais des adultes enfin détendus, que la société devrait respecter plutôt que de les infantiliser. Elle incite tous ceux qui n’acceptent pas d’être jugés improductifs parce qu’ils ont passé le cap de la retraite à faire entendre leurs voix, diverses et sans complexes, et à ne pas être la proie du « marketing pour seniors ».

Mon avis :
Lorsque j’ai découvert la maison d’édition Max Milo, le titre du livre de Madeleine Melquiond m’a tout de suite accrochée. Ce parallèle avec le ver de Rimbaud, transposé à un âge qui s’approche davantage du mien, me semblait prometteur tant en conseils qu’en divertissement.
L’auteur a 60 ans, elle sait donc de quoi elle parle. Elle est retraitée, ancienne journaliste et pédagogue et connaît donc bien le domaine des  » donneurs de leçons » qui profitent de ce nouveau marché des sexagénaires.
Tout est bien vu avec une bonne dose d’ironie, de remarques acides mais pourtant si réelles. Est-ce la peur de la solitude et de la mort ou ce marketing acharné qui poussent les sexagénaires à avoir un emploi du temps de ministre en répondant aux offres de voyages, de clubs sportifs, de bénévolats, de cours d’université du
troisième âge et même des sites de rencontre.
Je me suis retrouvée dans la morale de l’auteur qui tend à déculpabiliser le sénior et qui prône la sagesse, la paresse, la liberté.
Je rejoins cette citation de Pascal,  » J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne
pas savoir demeurer en repos dans une chambre
. »
Bien évidemment, il est facile de dire qu’il suffit de rester indifférent aux remarques désobligeantes des plus jeunes, d’assumer son âge, ses envies de continuer à porter des jeans ou à faire des tours de manèges tant que la maladie ou les symptômes de dégénérescence ne vous perturbent pas trop la vie.
Chacun a la liberté de vivre son âge comme il l’entend sans se sentir obligé de suivre ces règles de marketing sur la retraite active.
« Ne pas baisser les yeux, c’est plus important que de lisser ses paupières au laser. »
Voici un livre qui me déculpabilise de profiter d’une grasse matinée, de passer un après midi plongée dans la lecture d’un roman, qui m’évitera de porter une coupe courte et rousse et de m’inscrire à un voyage organisé au Maroc ou ailleurs.
Voilà, après ce beau discours, je vais aller faire ma demi heure de marche quotidienne en vieux survêtement molletonné avec mon petit toutou. Mince, j’ai pas de chien, ni de survêtement molletonné.

Je remercie les Éditions Max Milo pour cette divertissante mais réaliste lecture.

plume