La fièvre de l’aube – Péter Gardos

GardosTitre : La fièvre de l’aube
Auteur : Peter Gardos
Littérature hongroise
Titre original : Hajnali láz
Traducteur : Jean-Luc Moreau
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 270
Date de parution : 11 avril 2016
«  Laissez-nous rêver! »
Myklós Gárdos, poète et journaliste hongrois, a vécu l’enfer des camps pendant la seconde guerre mondiale. De ce qu’il y a subi, le lecteur en saura peu mais suffisamment pour comprendre qu’ en juillet 1945, en centre de traitement suédois il se tourne vers la vie.
 » Vous avez traversé des épreuves terribles, et vous avez survécu. Oui, vous avez survécu, Miklós. Ne lâchez rien, c’est la dernière ligne droite. »
Quand il est arrivé à Lärbo, sur l’île de Gotland, il ne pesait plus que 29 kilos, avait perdu 12 dents remplacés par des dents de métal, avait le typhus et la tuberculose. Chaque matin,à l’aube, une forte fièvre le terrasse. Lorsque le médecin du camp, Lindholm lui annonce qu’il lui reste six mois à vivre, il recense les femmes hongroises de sa région natale recueillies dans les centres de traitement suédois et leur écrit une lettre.
 » Ces cent dix-sept lettres, il aurait pu les multiplier au papier carbone. Elles ne différaient les unes des autres que par un seul mot : le nom de la destinataire. »
Sur les dix-huit réponses, celle de Lili Reich, retient son attention. Sans nouvelles de sa mère, Lili, dix-huit ans, est de santé très fragile. Elle aussi, a vécu le cauchemar des camps de concentration. Parrainée par une famille suédoise catholique, elle souffre d’avoir renié sa judéité. Sur les conseils d’une de ses amies, elle répond à Myklós.
De lettres en lettres, d’espoirs de rencontre en visites surveillées, Myklós et Lili vont mettre tous leurs espoirs l’un en l’autre. Ils ont tant besoin de chaleur humaine.
Péter Gárdos est son fils, c’est lui qui raconte cette histoire à partir des lettres retrouvées à la mort de son père. Des échanges épistolaires, il raconte la vie dans les centres de traitement, les amitiés, la joie de recevoir enfin des nouvelles de Hongrie, les doutes et problèmes de santé de chacun, l’espoir socialiste.
La douceur de Lili, la volonté de Myklós, la preuve que l’obstination est une promesse d’espoir sont des points forts de ce récit, qui, toutefois, par le biais du fils perd de sa spontanéité et de sa profondeur.
Péter Gardós a lui-même adapté ce premier roman au cinéma.

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Etta et Otto – Emma Hooper

HooperTitre : Etta et Otto ( Russell et James)
Auteur : Emma Hooper
Littérature canadienne
Titre original : Etta and Otto and Russel and James
Traducteur : Carole Hanna
Éditeur : Les Escales
Nombre de pages : 432
Date de parution : 21 octobre 2015

Auteur :
Élevée au Canada, Emma Hooper étudie la littérature et la musique en Angleterre où elle vit actuellement. Devenue musicienne, elle joue dans différents groupes tout en enseignant à l’université de Bath. Etta et Otto (et Russell et James) est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Dans sa ferme du fin fond du Saskatchewan, Etta, 83 ans, n’a jamais vu l’océan. Un matin, elle enfile ses bottes, emporte un fusil et du chocolat et entame les 3 232 kilomètres qui la séparent de la mer.
« J’essaierai de ne pas oublier de rentrer. » C’est le mot qu’elle laisse à Otto, son mari. Lui a déjà vu l’océan, il l’a même traversé des années plus tôt, pour prendre part à une guerre lointaine. Il comprend la décision de sa femme mais, maintenant qu’elle n’est plus là, ne sait plus comment vivre.
Russell, l’ami d’enfance d’Otto, a passé sa vie à aimer Etta de loin. Il ne peut se résoudre à la laisser seule et part à sa suite. Et qui sait, peut-être pourra-t-il chasser le caribou en chemin.
Bercé par le rythme des vagues, Etta et Otto (et Russell et James) vogue du souvenir à l’oubli. Un roman lumineux sur la mémoire, l’amour et la poésie des mots

Mon avis :
Il y a une ambiance très particulière dans ce roman où parle un coyote, où une vieille dame à la mémoire qui flanche part sur les chemins, où un vieil homme un peu sourd fait des sculptures de papier et un autre à la jambe morte tente de rencontrer un cerf.
Un petit côté naïf, comme si la poésie était tout ce qui restait à ces personnages dont la jeunesse fut marquée par la guerre.
A cette époque, les jeunes hommes valides partaient vers Halifax, certains ne reviendront pas, d’autres en garderont une blessure physique mais tous, hommes et femmes en seront marqués.
Mais de cette guerre, nous en savons peu. Les noms, les dates sont découpés. D’un côté, Otto qui rêvait de s’engager vivra les combats avec ses anciens camarades d’école, de l’autre Etta, l’institutrice l’attend, travaille et danse avec Russel, le seul garçon qui ne peut pas partir.
Dans ce récit, l’auteur mêle trois périodes. Etta a quatre-vingt-trois ans et décide de partir avant de tout oublier, laissant Otto à sa solitude. Mais nous remontons le passé pour comprendre l’enfance des ses deux personnages. Etta a perdu sa sœur, recluse dans un couvent pour cacher une grossesse à ses parents. La famille d’Otto comptait quatorze enfants auxquels s’ajoutait souvent le jeune voisin Russell. Dans ce village poussiéreux, les enfants allaient à l’école de manière alternative, entre les corvées de la ferme. Et nous vivons surtout la rencontre d’Etta et d’Otto et, cette fois, l’attente d’Etta auprès de Russell quand Otto s’engage à la guerre.
Les trois personnages principaux ont une douceur particulière grâce à cette forte amitié qui les lie depuis l’enfance, cet attachement à leurs racines et surtout ce désenchantement au moment de la vieillesse. A cet âge, on part pour oublier, on étale de la pâte de fleurs de lin sur les paupières pour dormir et éloigner les rêves, on s’entoure animaux imaginaires pour tromper la solitude. Etta et Otto se confondent parfois ( un peu étrange d’ailleurs, j’ai parfois cru à des erreurs de traduction), se retrouvent dans leurs rêves tant leur attachement est fort.
Emma Hooper écrit un premier roman assez touchant, un peu étrange où l’ambiance parfois onirique prime sur la profondeur de l’histoire.
A découvrir.

Today we live – Emmanuelle Pirotte

pirotteTitre : Today we live
Auteur : Emmanuelle Pirotte
Éditeur : Le Cherche Midi
Nombre de pages : 238
Date de parution : 3 septembre 2015

Auteur :
Emmanuelle Pirotte est scénariste. Today we live est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Une rencontre improbable…
Décembre 1944. C’est la contre-offensive allemande dans les Ardennes belges. Pris de panique, un curé confie Renée, une petite fille juive de 7 ans, à deux soldats américains. Ce sont en fait des SS infiltrés, chargés de désorganiser les troupes alliées. Les deux nazis décident d’exécuter la fillette. Au moment de tirer, Mathias, troublé par le regard de l’enfant, tue l’autre soldat.
Commence dès lors une cavale, où ils verront le pire, et parfois le meilleur, d’une humanité soumise à l’instinct de survie.
Aucun personnage de ce roman palpitant n’est blanc ou noir. La guerre s’écrit en gris taché de sang. Une écriture efficace et limpide
Mon avis :
Difficile de rester insensible au charme de cette petite fille avec ses grands yeux noirs qui vous transpercent, ses boucles brunes et son doudou de chiffon dans la main gauche. Tous succombent devant son innocence, sa lucidité, sa façon de raconter les légendes et contes qu’elle aime sauf, peut-être ceux qui ont peur qu’une enfant juive les condamne.
Mais, c’est quoi être juive? A sept ans, elle n’en sait rien. Est-ce parce que les juifs ont tué Jésus qu’on les pourchasse? En tout cas, ce qu’elle sait est qu’elle doit fuir le château de Sœur Marthe où elle a perdu sa meilleure amie et passer de maisons en caves devant l’avancée des allemands dans les Ardennes.
Et ce regard désarmant lui sauvera la vie lorsqu’elle se retrouve mise en joue par deux allemands habillés d’uniformes américains. Parce que Mathias est lui aussi un être asocial perdu dans ses convictions, il voit en cet enfant cette liberté qui l’animait lorsqu’il était trappeur dans le Grand Nord parmi les Indiens cris. Ce n’est pas dans cette guerre où il est devenu une machine à tuer qu’il trouvera ce que la vieille indienne avait perçu au fond de lui.
Leur rencontre a quelque chose de miraculeux.  » Ils ne se ressemblent pas, mais ont quelque chose en commun, une sorte de vibration animale, une énergie farouche, qu’on ne rencontre pas souvent. »
Emmanuel Pirotte construit son roman de manière assez subtile avec ces deux personnages très instinctifs que sont Renée et Mathias mais aussi avec un groupe de civils assez représentatifs de la société en cette période de guerre. Dans ce huis clos, nul ne sait quel rôle chacun jouera face à cette rencontre incroyable d’un soldat allemand et d’une jeune juive. Chaque personnage a son intérêt et sa place.
D’autre part, l’auteur dresse un fond historique bien réel avec un sujet peu souvent traité. Je découvre ici l’opération Grief ( infiltration de SS entraîné pour passer pour de vrais américains) initié par Otto Skorzeny ( je retrouve ici les figures de ma récente lecture du roman de Jean-François Bouchard Sauvez Adolf Hitler!) et l’ambiance assez tumultueuse de la fin de la seconde guerre mondiale dans les Ardennes.
Voici donc un premier roman bien campé avec des personnages principaux très attachants, de riches personnages secondaires et une histoire émouvante où l’incroyable devient possible.

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Margarine – Guillaume Lemiale

LemialeTitre : Margarine
Auteur : Guillaume Lemiale
Éditeur : Les Éditions du sonneur
Nombre de pages : 280
Date de parution : 24 septembre 2015

Auteur :
Guillaume Lemiale est né en 1968. Autodidacte, musicien de formation, il est aujourd’hui écrivain public et concierge à Paris. Son premier roman, Margarine, est lauréat du du Concours du premier roman du 1-Hebdo.

Présentation de l’éditeur :
Margarine est la confession d’une baronne parisienne d’origine tchèque, devenue écrivaine. Sur son lit de mort, elle narre, d’une plume tant lucide que désabusée, son passé et dévoile son terrible secret, une jeunesse tragique qui la ronge : violée par son oncle, prostituée par la force d’un destin tragique pendant la Seconde Guerre mondiale, cette vieille femme désormais respectée de tous revient sur ses aveuglements, sur son ignorance, sur cet instinct de soumission qui l’empêcha de se révolter.
Tirée de faits réels, son histoire nous entraîne de Neveklov, un camp d’entraînement pour volontaires français engagés dans la Waffen SS, jusqu’aux ruines du Berlin des derniers jours du Troisième Reich.
Dans Margarine, Guillaume Lemiale crie l’absolue nécessité pour l’être humain de lutter contre la manipulation et d’accéder à la connaissance — unique voie vers la liberté.

Mon avis :
Dès les premières pages, le lecteur invétéré est conquis par les assertions sur les vertus de la lecture.
 » Celui qui ne lit plus se condamne vite à être aveugle. »
Margarine ( ou Tamara) est aujourd’hui une vieille baronne privilégiée, sa jeunesse ne lui a pas ouvert les portes du savoir. Jeune fille tchèque, élevée par une tante mythomane et un oncle violeur puis contrainte à la prostitution, elle ne peut que subir la domination des hommes pour survivre, habituée à toujours avoir besoin d’un maître.
 » Riche et vieille, j’impressionne, pauvre et jeune, je cherchais ma laisse. »
La culture et l’argent d’Edgar, héritier d’une grande banque française lui permettront de trouver l’indépendance et la liberté à défaut de l’amour.
Car l’amour pour elle fut unique et se nomme François Morin , un jeune français de Montargis engagé volontaire dans les Waffen SS.
 » François ne m’a pas seulement donné goût à la vie, il m’a donné une vie, une existence propre, une ouverture au monde, aux choses, à l’amour, à la révolte, à l’exaltation salvatrice, ainsi qu’à la sainte colère. Si je suis aujourd’hui baronne et écrivain, c’est parce qu’un SS m’a ouvert l’esprit! »
Mais François a l’obéissance dans les gènes et il est entièrement dévoué à son chef.  » C’était lui, la vraie putain, la putain d’Hitler. »
Tamara, écrit le récit de sa vie en sublimant peut-être quelques passages, en rendant aussi hommage à ce jeune garçon débrouillard que fut Alexandre, en confiant dans les moindres détails ses rencontres avec les hommes.
Vous l’avez compris sur les quelques citations, Tamara a un franc parler plus proche de la prostituée qu’elle fut que de la baronne qu’elle est devenue.
Ici, en plein Berlin bombardé et assiégé par les russes,  » la terre était rouge de feu, de sperme et de sang. »
Et le récit de guerre se termine dans une librairie comme une issue de secours sur le moyen de devenir enfin quelqu’un.
Voici un bel hommage aux livres  » La vie habitait ces objets inertes, une vie de raisons et de folies, de vérités espérées et de mensonges oniriques. »

Si le ton de Tamara peut choquer et devenir lassant, il n’en demeure pas moins suffisamment original pour faire de ce récit une lecture inhabituelle et intéressante avec, en plus, une histoire passionnante et parfaitement construite.

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« Sauvez Adolf Hitler! » de Jean-François Bouchard

BouchardTitre :  » Sauvez Adolf Hitler ! »
Auteur : Jean-François Bouchard
Éditeur : Thaddée
Nombre de pages : 350
Date de parution : septembre 2015

Auteur :
Jean-François Bouchard est l’auteur de thrillers (L’homme qui torpilla Wall Street, Cent millions pour Al Qaïda), d’un roman (Sombre tango d’un maître d’échecs), d’essais (Sept leçons de sortie de crise pour Monsieur Hollande et autres monarques européens ; L’empereur illicite de l’Europe) et d’une biographie consacrée à Hjalmar Schacht, président de la Reichsbank puis ministre de l’Économie du Troisième Reich (Hjalmar Schacht, le banquier du diable).

 

Présentation de l’éditeur :
A la conférence de Téhéran, en novembre 1943, Roosevelt et Staline se rallient au point de vue sidérant de Churchill : hors de question de supprimer Hitler ! Diabolique meneur d’hommes, le Führer est un stratège militaire incohérent, aveuglé par l’idéologie nazie et en proie à la démence, au grand dam de ses généraux qui, par servilité, en viennent à collectionner les défaites. Aussi, pour vaincre le Troisième Reich au plus vite, il ne faut surtout pas l’assassiner, mais au contraire laisser Hitler commettre erreur sur erreur. C’est sur la base de ce fait historique méconnu qu’est construite l’intrigue étourdissante de ce thriller à multiples rebonds, richement documenté, une plongée au cœur de la Deuxième Guerre mondiale.
Les espions de Churchill sont confrontés à un impossible défi : Staline a déjà donné ordre à Lavrenti Beria, le sinistre chef du NKVD, de liquider Hitler. Des agents triés sur le volet ont infiltré les rangs des SS et approchent petit à petit du dictateur nazi. Impossible de les neutraliser ? Pas si sûr pour le comité « Double Cross » du MI-5, présidé par le so british professeur, Sir John Cecil Masterman, et ses as de la désinformation créative..

Mon avis :
Entre 1933 et 1943, de nombreuses tentatives d’assassinat ont été dirigées vers Adolf Hitler.
 » Adolf Hitler était protégé par la force du diable qui le rendait invulnérable. »
Jean-François Bouchard, en excellent historien, nous conte ici l’opération Lune noire.
Lors du sommet à Téhéran réunissant les chefs d’état russe, américain et anglais, Staline apprend à Roosevelt et Churchill qu’il a en 1939 créé un commando de dix russes d’origine allemande pour infiltrer les réseaux proches d’Hitler afin de le supprimer.
Churchill s’oppose à l’assassinat d’Hitler. Sa folie et son incompétence militaire sont les meilleures chances d’abréger la guerre.  » Débarrassez-vous d’Hitler et vous aurez Rommel!  » général plus expérimenté.
Sur les dix soldats russes infiltrés, huit sont morts, un est disparu et le dernier semble proche du but. Staline, incapable de joindre son assassin charge Churchill d’intervenir à Berlin.
John Cecil Masterman, professeur d’histoire et responsable de la désinformation des services d’espionnage allemand au sein du MI-5, se voit confier cette mission. Aidé de son bras droit, Peter Landsdowne, John envoie Milena, jeune et lascive bessarabienne ( deux personnages fictifs) proche du gratin nazi à Berlin afin d’identifier l’espion russe infiltré dans la garde rapprochée d’Hitler.
Sur place, elle trouve un allié en la personne de Canaris, chargé du Renseignement à la Wehrmacht, homme prévoyant trop intellectuel, trop raffiné pour être un nazi convaincu.
Malgré des anecdotes parfois « bon enfant », l’auteur construit un récit bien rythmé, enrichi de vérités historiques avec des personnages bien campés et attachants quelque soit leur camp.
J’ai beaucoup apprécié les dialogues piquants et surtout les bons mots prêtés au truculent Churchill.
 » Quand deux hommes sont toujours d’accord entre eux, c’est que l’un d’eux ne sert à rien. »
 » Quant à l’alcool…C’est le pire ennemi de l’homme! Mais la Bible nous apprend qu’il faut aimer ses ennemis. Or je suis profondément chrétien, sachez-le!  »
Derrière cette histoire traitée de manière un peu légère, j’ai découvert des anecdotes historiques de la seconde guerre mondiale et apprécié quelques réflexions, quelques analyses psychologiques notamment les états d’âme de Canaris partagé entre l’amour de son pays, son devoir de soldat et sa conscience humaine.
 » Je suis si fatigué! Je vis depuis dix ans au milieu de la lie de l’humanité…En vérité, Professeur…je suis terrifié! L’Allemagne est dirigée par un bataillon de déments, de tueurs fous, pour qui la réalité de la situation ne compte plus. Ils vont mener le pays tout entier à une destruction totale…Trahir mon pays? Au service duquel j’ai passé toute ma vie? …Je suis un soldat, Professeur! Avec nos nationalités, c’est une autre chose qui nous différencie! »
Avec un style fluide, une narration simple, Jean-François Bouchard nous instruit et nous divertit avec cette mission visant à arrêter l’assassin d’Hitler envoyé par Staline.
Un roman léger malgré les circonstances, divertissant, riche d’informations et teinté d’humour grâce à la bonhomie des personnages.

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Appartenir – Séverine Werba

WerbaTitre : Appartenir
Auteur : Séverine Werba
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 264
Date de parution : 19 août 2015

Auteur :
Après avoir été journaliste et productrice de documentaires, Séverine Werba travaille aujourd’hui pour la série policière Engrenages, diffusée sur Canal+. Appartenir est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué.
Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille.
Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés.
Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.
Séverine Werba nous livre une enquête profane, intense, et part à la recherche de l’histoire dont elle procède comme d’elle-même. Elle montre qu’écrire est sans doute la façon la plus poignante de rompre et d’appartenir.
Mon avis :
C’est en perdant Boris, son grand-père que Séverine comprend qu’elle n’a pas posé suffisamment de questions sur le passé de cet homme si discret, qu’elle est passée à côté de l’essentiel.
 » J’en veux à mon grand-père d’avoir verrouillé la porte de son passé et je m’en veux de ne pas lui avoir posé de questions. »
Boris était né à Torczyn, il a quitté sa famille en 1923 pour faire des études à Berlin puis s’est retrouvé à Paris, s’est marié avec Nelly, une femme non juive. Il a perdu toute sa famille trois fois, le jour de son départ, le jour de son mariage et le jour où ils ont été tués.
En découvrant des photos de Rosa, la sœur de Boris et de sa petite fille Lena, la jeune mère qu’est devenue Séverine sent le besoin d’enquêter, de redonner vie à cette jeune enfant de deux ans, internée pour le motif  » en surnombre dans l’économie nationale« .
Recherches auprès des Archives nationales, voyages en Israël et en Ukraine, l’auteur se lance dans « une enquête insensée, perdue d’avance. Fondamentale. » se pose des questions, imagine ce qui a pu se passer et redonne vie à ces anonymes.
Rafle du Vel d’Hiv, ghettos de Torczyn et de Loutsk, toutes les horreurs maintes fois écrites dans les romans s’appliquent ici à la famille de Boris. J’ai retrouvé une similitude avec la quête de Julia dans Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay.
Là est un peu ma déception vis à vis de ce récit, un passé commun à tant de familles revu par le prisme personnel d’un auteur.
Mon intérêt s’est un peu aiguisé en lisant une approche plus novatrice sur l’attitude mensongère actuelle des ukrainiens  » Personne ici n’honore la mémoire de ceux qui vivaient là. Rien dans le présent ne parle du passé. La vie s’est arrêtée net, puis elle a repris avec d’autres. »

Toutefois, ce premier roman est très bien écrit et donne une voix supplémentaire à tous ces anonymes «  ni morts, ni vivants…absents. »
 » La famille de mon grand-père errait dans sa maison, elle flottait dans l’air, invisible et obsédante. C’est elle que je cherchais dans les placards. C’est elle qui revenait dans le goût du hareng et le thé brûlant. Dans les lettres hébraïques, les concombres au sel et le pain au cumin. »

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Paradis amer – Tatamkhulu Afrika

afrikaTitre : Paradis amer
Auteur : Tatamkhulu Afrika
Littérature sud-africaine
Titre original : Bitter Eden
Traducteur : Georges-Michel Sarotte
Éditeur : Presses de la Cité
Nombre de pages : 295
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Poète et écrivain, Tatamkhulu Afrika (1920-2002) est né en Egypte d’un père égyptien et d’une mère turque. Ses parents meurent lorsqu’il est encore enfant, il est alors recueilli par des amis de la famille en Afrique du sud. Tandis qu’il participe à la Seconde Guerre mondiale en Afrique du nord, il est fait prisonnier à Tobruk, en Libye ; c’est cette expérience qui sera à l’origine de la rédaction de Paradis amer. De retour en Afrique du sud, il devient fervent militant anti-apartheid, et se retrouve enfermé pendant onze ans dans la même prison que Nelson Mandela.

Présentation de l’éditeur :
« Un livre extraordinaire, comme l’on en voit peu. Un texte qui doit être lu, étudié, et aimé. Une véritable oeuvre d’art. »New York Journal of Books

Un vieil homme, Tom Smith, reçoit une lettre et un colis de la part d’une personne qu’il n’a pas vue depuis cinquante ans : Danny, qui fut prisonnier avec lui pendant la Seconde Guerre mondiale, en Afrique du Nord. Dans cette intimité contrainte, tous deux se surprirent à ressentir l’un pour l’autre de forts sentiments qui les aidèrent à supporter les terribles conditions de détention, mais qui furent aussi source de conflits violents et passionnés…
Roman autobiographique, Paradis amer nous plonge avec virtuosité dans l’atmosphère d’un camp de prisonniers et évoque avec finesse la fatigue des corps, mais aussi la naissance du désir.

«Paradis amer est incisif et lyrique, caustique et émouvant. C’est une lecture enivrante. » Christos Tsiolkas

Mon avis :
La réception d’une lettre et d’un colis de la part d’un notaire s’occupant du testament d’un ancien ami plonge Tom dans les souvenirs de sa détention en camp de prisonniers pendant la seconde guerre mondiale.
Dans un premier camp géré par les Ritals, Tom se retrouve un peu contre son gré avec Douglas Summerfield, un jeune père de famille qui possède toutefois des manières féminines avec un langage précieux et une tendance à materner son ami. Cependant sa grande gentillesse les rapproche et ils s’associent pour subvenir à leurs besoins. Dans le camp, il faut se débrouiller afin de pouvoir troquer cigarettes ou travail contre des colis de nourriture.
Pourtant, une nuit, Danny, un anglais sportif, se reconnaît dans le cauchemar de Tom. Danny comprend que Tom a subi dans l’enfance les mêmes sévices que lui.  » Dans ton rêve tu disais à ton père d’arrêter de te faire une chose que mon père avait l’habitude de me faire. »
Danny et Tom, pourtant farouchement révulsés par l’attitude de certains homosexuels du camp, se rapprochent inévitablement dans une amitié masculine. Si Danny passe son temps à faire du sport, Tom aime faire l’acteur de théâtre pour Tony, un metteur en scène homosexuel. En lui proposant un rôle de femme, Lady Macbeth, Tony révèle peut-être peu à peu une part dormante de la féminité de Tom. Lorsqu’il est sur scène, Tom n’est qu’ « un être androgyne culpabilisé » qui prend en compte « la douceur du pouvoir et l’amertume de son déclin programmé » et oublie ainsi les rigueurs du camp.
L’auteur nous plonge dans l’enfer des camps avec la promiscuité des corps, les conditions sanitaires déplorables mais aussi les débrouilles des uns et des autres pour tenter de survivre et d’occuper dignement ses journées.
 » Le grand égaliseur qu’est l’indigence est désormais parmi nous et la seule société vraiment sans classes commence à s’établir, à notre corps défendant, comme le cancer ou la vieillesse. »
C’est dans les moments les plus difficiles, comme le transfert à pied du camp italien à un camp allemand, que les amitiés se révèlent indispensables à la survie, créant ainsi des liens inoubliables plus fort que toute vie antérieure.
 » Chaque jour surviennent des petites horreurs qui, nous le savons, nous hanterons plus longtemps qu’un massacre. »
Tatamkhulu Afrika évoque avec des mots assez crus cet univers d’hommes captifs ( je regrette que nombre de choses finissent en étrons ou autres matières corporelles ) mais c’est peut-être aussi cette juxtaposition de comportements sans tabous et de cette sensibilité contenue, réprouvée mais saisissable entre Tom et Danny qui fait toute la finesse de ce récit.
L’amitié des deux hommes se révèle être comme un joyau, un sentiment pur émergeant des conditions difficiles de survie de ces corps décharnés et avilis.
Et c’est avec cette pureté de sentiment que l’auteur touche son lecteur. Sans cette fois dénaturer le sentiment par le rapprochement vulgaire des corps, la sensualité et l’émotion prennent le pas sur les instincts primaires.
Cette lecture pourra déplaire par son réalisme souvent cru ( j’avoue avoir plus d’une fois été agacée par cette ambiance très masculine) mais elle cache une très belle histoire d’amitié dans un récit qui se veut aussi un témoignage historique autobiographique.

Je remercie Babelio et les Éditions Presses de la Cité pour l’attribution de ce livre lors d’une opération Masse Critique spéciale.

 

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