China dream – Ma Jian

Titre : China dream
Auteur : Ma Jian
Littérature anglaise
Titre original : China dream
Traducteur : Laurent Barucq
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 208
Date de parution : 9 janvier 2019

En novembre 2012, celui qui va devenir le nouveau président de la Chine se rend au Musée national de Chine pour parcourir La Route vers le Renouveau, une exposition qui retrace l’histoire du pays de 1939 à nos jours, tout en occultant les périodes du Grand Bond en avant, de la Révolution culturelle et du massacre de Tian’anmen.

Le «  rêve chinois du renouveau national » de Xi Jinping suppose d’ôter certains souvenirs de la tête des chinois pour mieux y installer son projet.

Dans l’avant-propos, Ma Jian, exilé à Londres et interdit de publication en Chine, ne cache pas sa colère contre la politique chinoise. Dans cette fable subversive, il mêle réalité et fiction. En ajoutant des faits inventés pour insister sur l’absurdité du projet, l’auteur crée un roman d’anticipation, une farce ironique qui reste inquiétante tant on retrouve la vraisemblance de certains actes et la réalité de l’Histoire.

Ma Daode, directeur du Bureau du rêve chinois a grandi pendant la Révolution Culturelle. Sa mission est de mettre au point une puce neuronale capable d’effacer les souvenirs afin de mieux implanter le projet national dans toutes les têtes. Il sera le premier à la tester.

Mais curieusement, cet homme un peu surmené par la gestion difficile de sa vie sentimentale avec sa femme et ses douze maîtresses, est depuis peu assailli par des souvenirs de sa jeunesse.

Fils d’un homme bafoué pour son appartenance à la droite, et d’une femme accusée d’espionnage avec un couple anglais, Ma est renvoyé de l’armée des Gardes Rouges. Il rejoint alors la faction rivale, l’Orient rouge.

« Nous étions adolescents, des élèves du secondaire, reprend Ma. Nous séchions les cours et nous nous sommes lancés dans la révolution avant même de pouvoir choisir un camp. »

Entre la pression de la réussite dans un gouvernement sans concession et l’afflux de souvenirs atroces qui lui ont fait perdre amis et famille, Ma perd pied.

« Mais lorsqu’on déconnecte la vie du passé, elle perd tout son sens. »

Ma Jian réussit le tour de force de construire une comédie satirique où la richesse d’une histoire, les finesses de construction et surtout le mélange de fiction et de réalité bien choisie donnent foi à une fiction subversive loufoque mais inquiétante.

Les miscellanées d’USVA en parle aussi sur son blog.

La plume – Virginie Roels

Titre : La plume
Auteur : Virginie Roels
Éditeur: Stock
Nombre de pages : 315
Date de parution : 2017

Dans la lecture je cherche avant tout la découverte, l’éloignement du quotidien, parfois le moyen de réfléchir sur notre société. Avec La plume, nous plongeons dans le fameux débat actuel sur la morale et la politique. Le roman de Virginie Roels est une satire, le reflet des affaires sordides auxquelles les politiques nous habituent depuis quelques mois.
Ce roman ne va nullement redorer cette fonction, si, toutefois, cela était possible. A tous les étages, président, ministres, conseillers, industriels, les personnages sont foncièrement corrompus, suffisants, magouilleurs. Un poil caricaturés? L’actualité m’en fait douter. En tout cas, du langage au comportement, ils sont de véritables machos détestables. Effectivement, il n’y a pas de femmes parmi les politiques de ce livre. Les femmes sont reléguées au titre de compagne idiote ( comme Catherine Maillet, la partenaire comédienne du Président. Comédienne, chanteuse, cela vous rappelle quelque chose? ), de superbes accompagnatrices pour les cocktails, de prostituées.
Sauf cette journaliste qui fleure le scoop lors du débat télévisé d’entre deux tours de l’élection présidentielle et va nous entraîner sur une enquête ( bien menée) dans les bas-fond du pouvoir.

Jean Debanel, actuel président en chute libre dans les sondages affronte son adversaire  » coriace et colérique » Yves Cranchon lors d’un débat auquel assiste un auditoire restreint d’intervenants triés sur le volet par le ministre de l’Intérieur, Tarrand. Un intervenant, Julien le Dantec, étudiant à Nanterre, va pourtant faire trembler et tomber le Président Debanel. Pourquoi? La journaliste semble la seule à le remarquer. En rencontrant un garde du corps évincé suite au débat, elle dresse une liste des proches de l’ancien président curieusement déplacés pendant les six mois précédant ce fameux débat.
Libération d’otages, sujets sensibles sur l’immigration, inauguration d’un pôle multi-culturel en banlieue, le Président a besoin de bons discours pour remonter dans les sondages. La demande du Président descend les étages parmi les énarques auxquels on a appris  » à tricher, cacher, prendre des risques » pour atterrir dans un amphi de l’Université où excelle Le Dantec.
Un voyage présidentiel au Maroc en compagnie de deux industriels met le feu aux poudres. Financement illicite de la campagne présidentielle, abus de pouvoir des nababs de l’Industrie pris en flagrant délit avec une enfant marocaine, achat du silence auprès d’Al Zahir, soupçonné d’appartenance au djihadisme, récemment ami avec Le Dantec.
Tout le monde se tire dans les pattes.
 » Faites fuiter l’existence de ses comptes au Panama. Balance-le aux chiens, à la presse, à l’opposition! »

En grande journaliste, Virginie Roels mène une enquête d’investigation qui, parfois sous des accents ironiques n’en met pas moins en évidence le cruel problème actuel de la morale en politique. L’auteur emportera l’adhésion des amateurs de romans noirs grâce au rythme du récit et à l’habileté à croiser des trajectoires personnelles de personnages aveuglés par l’attrait du pouvoir.

Personnellement, déjà excédée par les affaires actuelles de la campagne présidentielle, je n’avais pas envie de me retrouver dans ce milieu. C’est peut-être ce qui a aiguisé mon esprit critique.
Si l’enquête est bien menée, que l’auteur maîtrise un style fluide, je déplore le manichéisme des personnages. Ce roman enfonce le clou sur les clichés qui font mal à notre société. L’esprit de la satire y est parfaitement respecté, ce qui n’est pas mon genre littéraire préféré. J’aurais voulu trouver une lueur d’espoir dans ce monde politique de plus en plus corrompu. Réalité ou cynisme, je ne l’ai pas trouvé.
Le sujet n’était pas pour moi, ce qui ne retire rien à la plume.