La tête et le cou – Maureen Demidoff

Titre : La tête et le cou
Auteur : Maureen Demidoff
Éditeur : Éditions des Syrtes
Nombre de pages : 215
Date de parution : 24 août2017

 

Elles sont nées sous le régime de Staline (1924-1953), « le père céleste », sous Gorbatchev avec la pérestroïka, ou n’ont connu principalement que Poutine. Elles sont nées à Moscou, à Saint-Petersbourg, à Omsk, à la ville ou à la campagne. Elles se confient en tant que femmes, en toute simplicité, avec leurs différences mais aussi avec, ce qui est plus marquant leurs points communs, notamment dans leur vision de la féminité et du mari idéal.

«  Les Romains disaient que l’homme est la tête et la femme est le cou. La tête ne bouge que grâce au cou qui la commande, et ne regarde que la direction que le cou indique. C’est un proverbe largement répandu en Russie que nous utilisons beaucoup. »

Quatorze femmes mettent en évidence les points clés de l’Histoire de l’Union Soviétique puis de la Russie, éclairant ainsi naturellement les caractères de la femme et de l’homme moderne.
«  C’est ce que nous a appris la vie : à tenir et à ne pas se plaindre, à ne pas être exigeant et à garder notre dignité face à nos existences. »
Avec quelques divergences d’opinion, les facteurs clés de ces témoignages sont récurrents. Malgré la peur ambiante, les plus âgées reconnaissent l’importance d’une enfance prise en charge par l’État dès le plus jeune âge dans le système scolaire ( Octobristes, Pionniers puis Komsomol).
«  J’avais un sentiment fort d’appartenance à une communauté, à un système bien organisé, et cela malgré les craintes et les imperfections de notre société. »
D’une société patriarcale menée par un leader, père de la nation, la dissolution de l’Union Soviétique a créé ensuite une génération perdue. Les guerres ont décimé la population masculine, les conditions économiques et l’alcool ont affaibli l’homme russe accentuant le nombre de divorce, laissant une large place à une femme initialement féminine, courageuse et autoritaire. Les témoignages des plus jeunes femmes mettent en évidence cette génération sans père. Beaucoup sont élevés par les mères et grand-mères.
Toute l’ambiguïté du désir féminin apparaît alors sous divers témoignages : l’envie de connaître un homme fort, semblable à l’image de Poutine et loin des hommes faibles de la génération perdue mais la crainte de perdre en liberté sous la domination et la violence du mâle. Les mères alimentent malgré elle le paradoxe.
«  Aucune maman au monde ne traite son enfant comme le futur mari de qui que ce soit. »

L’évocation de leur passé illustre les conditions de vie sous les différents dirigeants soviétiques, éclaire leur vision actuelle du pays. Elles sont pro ou anti Poutine mais chacune reconnaît que seul un homme fort peut diriger cet immense pays, et qu’aujourd’hui il semble le seul à pouvoir le faire.

Ces témoignages, sincères et simples, m’ont éclairée sur l’Histoire de la Russie, sur la condition des femmes russes et sur la société russe actuelle. La plupart des témoignages vont dans le même sens : coïncidence ou une réalité ?
Je regrette que Mikhaïl, seul témoignage masculin, se soit réfugié sous sa casquette de psychanalyste. Un avis sincère d’homme en tant que père ou mari aurait été intéressant.
Par contre, la postface de Hélène Yvert-Jalu précise parfaitement les jalons historiques et amorce une analyse perspicace.

 

 

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Tolstoï, oncle Gricha et moi – Lena Gorelik

gorelikTitre : Tolstoï, oncle Gricha et moi
Auteur : Lena Gorelik
Littérature allemande
Traducteur : Amélie de Maupeou
Éditeur : Les Escales
Nombre de pages : 352
Date de parution : 8 janvier 2015

Auteur :
Née en 1981 à Saint-Pétersbourg, Lena Gorelik émigre avec sa famille en Allemagne en 1992. Jeune auteure prolifique, elle a été nominée pour le Deutscher Buchpreis, l’équivalent du prix Goncourt en Allemagne. Tolstoï, oncle Gricha et moi est son premier roman traduit en français.

Présentation de l’éditeur :
Sofia écrit des listes, partout et tout le temps : les diminutifs gênants, les phrases qu’elle aurait souhaité ne jamais avoir dites ou les restaurants les plus mauvais. Une obsession qui lui permet d’affronter un quotidien morose : sa fille de deux ans et demi doit se faire opérer du coeur pour la troisième fois, Alzheimer emporte peu à peu sa grand-mère, et ce n’est certainement pas sa mère, grande collectionneuse d’autocollants Panini et adoratrice de Tolstoï, qui peut lui apporter son aide.
De ses origines russes, la jeune femme ne sait que très peu de choses. C’est en trouvant chez sa grand-mère de mystérieuses listes écrites en cyrillique qu’elle découvre l’existence de Gricha, un oncle dont elle ignorait tout. Qui était cet homme passionné, fougueux et marginal ? À travers lui, l’histoire familiale de Sofia se dévoile peu à peu pour livrer ses plus lourds secrets.

Mon avis :
A l’image du titre, Lena Gorelik superpose les récits, construit étapes par étapes son scénario et unit ainsi les personnages dans une même histoire.
Sofia a beaucoup voyagé pour son métier. Elle écrit. Mais depuis quelques temps, à part ses listes, elle n’a pas l’esprit à ça. On comprend vite qu’elle est très attachée à cette grand-mère  » gâteau », russe, aujourd’hui confinée dans une maison de retraite, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Et puis, il y a l’inquiétude pour Anna, sa fille, née avec un demi coeur qui doit subir sa troisième intervention chirurgicale.
Parfois, les discussions avec Flox, son mari, s’enveniment. Normal, avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Les conversations avec sa mère ne sont pas évidentes et Frank, son beau-père parle peu même si il la soutient chaleureusement.
En parallèle, Gricha, né en 1945 à Moscou, raconte sa jeunesse. Il vit dans un appartement collectif avec ses parents, son frère et sa sœur. Peu stable, il rêve d’autres choses, sèche l’école pour aller à l’enterrement de Boris Pasternak ou à des réunions politiques, fait des caricatures ou des listes. Il rend malheureux ses parents par inquiétude.
Progressivement, l’histoire se dévoile et le lien avec Sofia se fait. Les mots entendus dans la bouche de sa grand-mère, des feuillets en cyrillique retrouvés, les confessions de Frank nous donnent les pistes pour reconstruire cette histoire de famille.
Sofia m’a touchée par sa sincérité. Elle ose dire ses peurs, ses pensées et affronte avec beaucoup de courage les tempêtes de sa vie. Bien sûr, elle s’énerve parfois contre la foi de Flok, elle passe des nuits blanches, elle craque mais ses listes lui donnent de la force et la calment.
Si les deux histoires ne s’intègrent pas facilement au départ, les couches se superposent toutefois habilement pour reconstruire cette famille et comprendre les peurs et les silences de chacun.
Lena Gorelik traite des sujets graves comme la maladie d’un enfant ou les violences soviétiques avec un voile de douceur et de pudeur qui lui permet de ne jamais tomber dans l’horreur ou le drame.
La construction du récit avec des sujets variés, des bribes d’information dans un style assez froid et classique ont eu du mal à capter mon intérêt sur la première moitié du roman. Puis, les liens se font, les personnages se découvrent et l’histoire ainsi construite pièce par pièce prend toute son amplitude.
Un premier roman prometteur.

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Noces de neige – Gaëlle Josse

josseTitre : Noces de neige
Auteur : Gaëlle Josse
Éditeur : Autrement
Nombre de pages :158
Date de parution : mars 2013

Auteur :
Gaëlle Josse est un écrivain français née le 22 septembre 1960. Études de droit, de journalisme et de psychologie, quelques années passées en Nouvelle-Calédonie. Elle travaille actuellement comme rédactrice dans un magazine et pour un site Internet à Paris.

Présentation de l’éditeur :
« Irina sait qu’elle a menti. Un peu. Rien de très grave.
Mais menti quand même. Certes, elle a bien vingt-six ans… Mais elle n’a jamais travaillé au Grand Café Pouchkine, comme elle l’a écrit à Enzo. »
Elles sont des centaines à rêver d’une autre vie. Mais pour Irina, rêver ne suffit pas. De Moscou, le Riviera Express doit la conduire à Nice, jusqu’à Enzo. Elle est prête à saisir sa chance. N’importe quelle chance. Mais sait-on vraiment ce qui nous attend ?
Irina n’a jamais entendu parler d’Anna Alexandrovna, jeune aristocrate russe, ni de son long voyage en train, en sens inverse, de la côte d’Azur à Saint-Pétersbourg, un huis clos où
les événements tragiques se succèdent. Qui s’en souvient ?

Mon avis :
«  Notre existence est façonnée par ce que nous avons vécu, par les évènements qui nous ont portés, construits ou défaits à jamais. »
Un même train entre Nice et Saint Pétersbourg en sens inverse, deux histoires de femmes russes à 130 ans d’intervalle en quête d’amour.
Anna Alexandrovna est une jeune aristocrate russe, rejetée par sa mère trop occupée par les mondanités. Laide et désagréable, elle ne trouve de chaleur qu’auprès des chevaux. C’est d’ailleurs un succès équestre qui lui vaut un compliment du beau Dimitri, cadet du tsar. En mars 1881, dans ce train qui l’emmène de Nice en Russie avec sa famille et ses serviteurs, elle ne rêve que de revoir Dimitri.
En 2012, Irina fait le chemin inverse. Elle quitte la Russie pour rejoindre Enzo à Nice. Elle ne le connaît pas mais correspond avec lui sur Internet par le biais d’un site de rencontre. Séparée d’un ancien amoureux devenu violent, d’origine modeste, elle n’a pas d’autre solution pour changer de vie.
C’est toujours un grand plaisir de lire Gaëlle Josse. Le style est aérien, les personnages sont touchants quelque soit leur nature. L’alternance des deux histoires donne un rythme et une variété à la lecture et l’auteur nous éclaire en fin de récit sur le lien entre les deux histoires. J’ai beaucoup apprécié les réflexions sur le sentiment amoureux très rarement partagé. Tous ces gens qui ne peuvent aimer ou être aimés à cause de leur physique, des horreurs qu’ils ont vécues, ne peuvent-ils plus générer que le mal. Les rêves et les besoins d’amour entraînent les personnages vers des limites et des excès parfois préjudiciables à l’entourage.
Si j’ai une fois de plus été séduite par la plume, le fait d’imbriquer deux histoires me laisse une impression de moins grande maîtrise de la profondeur de l’intrigue. Mais, l’auteur parvient sans difficulté à me faire partager le destin des personnages et à sentir toute leurs nuances et leur fragilité.
 » Il me reste désormais chaque jour de ma vie, dans son couchant, pour me souvenir que nous poursuivons en vain un horizon qui se dérobe, et que nos songes ne sont que des châteaux de sable, inlassablement détruits par la mer et par le vent. »

Je lirai avec plaisir le prochain roman de l’auteur en septembre, Le dernier  gardien d’Ellis Island.

 

PALété  New Pal 2014 challenge-marry-me

 

L’inconnue de Birobidjan – Marek Halter

halter1Titre : L’inconnue de Birobidjan
Auteur : Marek Halter
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 435
Date de parution : janvier 2012

Présentation de l’éditeur :
1950, New York. Après Orson Welles et Arthur Miller, McCarthy et son équipe interrogent une certaine Maria Apron, 37 ans, actrice. Elle est accusée d’être entrée en Amérique avec un faux passeport et d’avoir assassiné un agent secret de l’OSS en Union soviétique. Pour se défendre, Maria Apron n’a que ses souvenirs.
En actrice consommée, elle va, telle Shéhérazade, les distiller à ses accusateurs au cours des cinq journées que dure son interrogatoire. Devant une cour médusée elle raconte sa vie pour sauver sa tête. Elle commence par une révélation scandaleuse : oui, elle a connu Staline ; elle a même été sa maîtresse ! Et cette histoire a détruit tous ses rêves. Car, pour lui échapper, Marina Gousseiev (c’est son vrai nom), talentueuse actrice moscovite, se fait passer pour juive et se réfugie au Birobidjan, Etat juif autonome créé par Staline le long du fleuve Amour. Là, elle devient la maîtresse d’un espion américain qu’elle sauve du Goulag, avant de fuir aux Etats-Unis, où, ironie de l’histoire, McCarthy l’accuse d’espionnage… Avec Marina, on traverse une période extrêmement trouble de la Seconde Guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre. De 1932 à 1950, on la suit de Moscou au fleuve Amour, du Goulag aux tribunaux de New York, passant du monde russe au monde yiddish, puis américain. On vit la bataille de Moscou, la domination perverse de Staline sur son propre peuple, y compris les Juifs. On approche de l’intérieur certains faits de guerre méconnus, ainsi que l’épouvantable réalité du Goulag… On apprend l’existence d’un monde juif insoupçonné pendant la Seconde Guerre mondiale. Un monde d’une richesse intellectuelle étonnante, où le théâtre joue un rôle capital. L’Inconnue de Birobidjan : un panorama inédit de l’histoire contemporaine, une héroïne digne de Pasternak, et l’histoire incroyable de cette région juive autonome, le Birobidjan, personnage à part entière du roman.

Mon avis :
« Marina Andreïeva Gousseïev faisant renaître son passé par sa magie de conteuse. »
Interrogée par la commission HUAC, commission des activités anti-américains, elle va tenter de convaincre Nixon, McCarthy, le procureur Cohn et le juge Wood de son innocence. Mais en cette période chasse aux sorcières et suite au démantèlement d’un groupe d’espions ayant livré des plans de la bombe atomique aux Russes, les mensonges de cette actrice et son tempérament ne jouent pas en sa faveur.
 » A quoi ressemble la vérité, dans la bouche d’une actrice? »
Seul un journaliste de New York Post se laisse convaincre par sa beauté.
Je suis assez réfractaire aux histoires d’espions qui me paraissent toujours très compliquées. Mais ici, l’auteur n’en abuse pas et s’étend plutôt sur le récit de la vie de Marina, de Moscou à Birobidjan. Et c’est une vraie épopée, avec des histoires de séduction, d’exils, de passion amoureuse. Alternant les audiences aux États-Unis et les récits en Russie, l’auteur me semble un peu trop dans le narratif.
Je n’ai été passionnée que par la découverte de cette communauté juive â Birobidjan où la réserve mais la solidarité des juifs sont émouvants.
Au delà de cette histoire un peu romanesque, le roman permet de retracer des périodes historiques importantes des États-Unis, de la Russie et de l’Europe. D’ailleurs le tableau récapitulatif en fin de livre nous restitue les événements sans oublier les faits importants artistiques. J’ai apprécié ces annexes qui authentifient les faits et les personnages. Je ne connaissais Birobidjan, cet espace désertique et glacé attribué aux juifs par Staline. L’auteur, apparemment moins que dans ses autres romans, défend les traditions juives et dénonce ces perpétuelles agressions contre leur peuple.
 » Les murs se souviennent de la musique de nos rêves, et c’est ce qui rend fou les nazis, là-bas, en Pologne et en Ukraine. C’est pour ça qu’ils détruisent, détruisent, détruisent encore… Ça ne leur suffit pas, de massacrer les corps de tous les juifs du monde. Il leur faut aussi détruire nos murs pour ne plus entendre nos rêves. »

L’inconnue de Birobidjan est donc un roman pour ceux qui aiment les grandes histoires romanesques sur fond d’espionnage, avec tout de même un contexte historique important et une découverte des richesses du peuple juif.

Je remercie livraddict_logo_middle et les Éditions Robert Laffont pour ce partenariat qui m’a permis de découvrir Marek Halter. 

Les enfants de Staline – Owen Matthews

matthewsTitre : Les enfants de Staline
Auteur : Owen Matthews
Éditeur: Belfond
Nombre de pages : 399 pages

Résumé de quatrième de couverture:
Dans une cave de l’ancien quartier général du KGB à Tchernigov, au cœur des terres noires ukrainiennes, un épais dossier de carton brun prend la poussière sur une étagère. Il renferme près de un kilo et demi de papier sous sa couverture rongée par le temps. Les documents, soigneusement numérotés et classés, concernent le père de ma mère, Boris Lvovitch Bibikov. Son nom, calligraphié en belles lettres rondes d’une étonnante distinction, figure sous l’intitulé du dossier, frappé à la machine : « Top secret. Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Bloc antisoviétique des droitistes-trotskistes en Ukraine. » Ce dossier retrace les derniers jours de mon grand-père, mort aux mains de la police secrète de Staline alors que l’été 1937 virait à l’automne. Je l’ai lu dans un bureau minable de Kiev, cinquante-huit ans après les faits. Il pesait sur mes genoux comme une grosse tumeur étrangement malveillante. Une odeur musquée, presque acide, s’en dégageait. »
S’appuyant sur le dossier de cet homme victime des purges de 1937, mais aussi sur les centaines de lettres que ses parents se sont adressées entre juillet 1964 et octobre 1969 – son père, un Anglais russophile, a refusé de coopérer avec le KGB ; sa mère, Russe, est devenue une intellectuelle dissidente – et sur sa propre expérience de la Russie contemporaine, Owen Matthews a décidé de raconter les destinées des membres de sa famille tout en mettant en lumière sa vision de la société russe. Une chronique poignante, palpitante, d’une remarquable puissance d’évocation.

Mon avis :
De nombreux ouvrages racontent la période russe sous Staline, avec les tortures du NKVD, les passe-droits, les périodes de purge et de misère. Malgré le titre du livre d’Owen Matthews, ce récit est beaucoup plus que cela.
Ce n’est pas seulement un témoignage supplémentaire mais c’est un document romancé qui retrace une histoire personnelle sur trois générations. C’est l’occasion de ressentir l’atmosphère russe pendant les années Staline mais aussi pendant les années 60 avec Melvyn et les années 90 avec son fils. Lors
des années 60, les russes et surtout les étrangers vivent avec l’omniprésence du KGB. Owen Matthews décrit parfaitement les années 90 avec la puissance de l’argent facile, la décadence des mœurs mais aussi le fossé qui se creuse entre les nouveaux riches et les gens de plus en plus pauvres. Le témoignage sur la guerre avec la Tchétchénie est court mais très évocateur.
L’histoire romancée de Ludmila et Melvyn prend le lecteur par la passion. Comment ne pas aimer Ludmila qui a subi tant de violences et qui pourtant garde confiance face aux hasards heureux qui jalonnent sa vie.
La partie où Melvyn tente de faire sortir Ludmila de Russie est un peu longue car il subit de nombreux
échecs. Mais je comprends ainsi comment leur vie de couple s’est ensuite trouvée difficile et décevante car il n’y avait plus cette volonté, cet espoir.
En plus du récit documentaire, ce livre pose quelques réflexions sur les difficultés des couples mixtes, sur
l’attachement à une patrie, la vie de couple, sur la légitimité de répondre au chantage d’un état.
Le style est simple, facile à lire. Les documents photographiques permettent de mieux appréhender et
apprécier les personnages.
En conclusion, je pense que « Les enfants de Staline » est un très bon témoignage romancé du vingtième siècle russe.

 

Les enfants de Staline – Owen Matthews

matthewsTitre : Les enfants de Staline
Auteur : Owen Matthews
Editeur : Belfond
Nombre de pages : 399 pages

Résumé de quatrième de couverture:
Dans une cave de l’ancien quartier général du KGB à Tchernigov, au cœur des terres noires ukrainiennes, un épais dossier de carton brun prend la poussière sur une étagère. Il renferme près de un kilo et demi de papier sous sa couverture rongée par le temps. Les documents, soigneusement numérotés et classés, concernent le père de ma mère, Boris Lvovitch Bibikov. Son nom, calligraphié en belles lettres rondes d’une étonnante distinction, figure sous l’intitulé du dossier, frappé à la machine : « Top secret. Commissariat du peuple aux Affaires intérieures. Bloc antisoviétique des droitistes-trotskistes en Ukraine. » Ce dossier retrace les derniers jours de mon grand-père, mort aux mains de la police secrète de Staline alors que l’été 1937 virait à l’automne. Je l’ai lu dans un bureau minable de Kiev, cinquante-huit ans après les faits. Il pesait sur mes genoux comme une grosse tumeur étrangement malveillante. Une odeur musquée, presque acide, s’en dégageait. »
S’appuyant sur le dossier de cet homme victime des purges de 1937, mais aussi sur les centaines de lettres que ses parents se sont adressées entre juillet 1964 et octobre 1969 – son père, un Anglais russophile, a refusé de coopérer avec le KGB ; sa mère, Russe, est devenue une intellectuelle dissidente – et sur sa propre expérience de la Russie contemporaine, Owen Matthews a décidé de raconter les destinées des membres de sa famille tout en mettant en lumière sa vision de la société russe. Une chronique poignante, palpitante, d’une remarquable puissance d’évocation.

Mon avis :
De nombreux ouvrages racontent la période russe sous Staline, avec les tortures du NKVD, les passe-droits, les périodes de purge et de misère. Malgré le titre du livre d’Owen Matthews, ce récit est beaucoup plus que cela.
Ce n’est pas seulement un témoignage supplémentaire mais c’est un document romancé qui retrace une histoire
personnelle sur trois générations. C’est l’occasion de ressentir l’atmosphère russe pendant les années Staline mais aussi pendant les années 60 avec Melvyn et les années 90 avec son fils. Lors des années 60, les russes et surtout les étrangers vivent avec l’omniprésence du KGB. Owen Matthews décrit parfaitement les années 90 avec la puissance de l’argent facile, la décadence des mœurs mais aussi le fossé qui se creuse entre les nouveaux riches et les gens de plus en plus pauvres. Le témoignage sur la guerre avec la Tchétchénie est court mais très évocateur.
L’histoire romancée de Ludmila et Melvyn prend le lecteur par la passion. Comment ne pas aimer Ludmila qui a subi tant de violences et qui pourtant garde confiance face aux hasards heureux qui jalonnent sa vie.
La partie où Melvyn tente de faire sortir Ludmila de Russie est un peu longue car il subit de nombreux
échecs. Mais je comprends ainsi comment leur vie de couple s’est ensuite trouvée difficile et décevante car il n’y avait plus cette volonté, cet espoir.
En plus du récit documentaire, ce livre pose quelques réflexions sur les difficultés des couples mixtes, sur
l’attachement à une patrie, la vie de couple, sur la légitimité de répondre au chantage d’un état.
Le style est simple, facile à lire. Les documents photographiques permettent de mieux appréhender et apprécier les personnages.
En conclusion, je pense que  Les enfants de Staline  est un très bon témoignage romancé du
vingtième siècle russe.