Enfants du diable – Liliana Lazar

LazarTitre : Enfants du diable
Auteur : Liliana Lazar
Littérature francophone
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 272
Date de parution: 3 mars 2016

«  Un pays fort est un pays peuplé. » Cette devise a guidé la politique nataliste de Ceausescu pendant sa dictature de 1965 à 1989. La contraception et l’avortement étaient interdits à toute femme ayant moins de quatre enfants ( la limite passera à cinq enfants en février 1984). Les familles pauvres ou les femmes ne voulant pas d’enfants les abandonnaient  en nurserie puis les enfants étaient regroupés dans des orphelinats dès leur troisième année.
Ces dizaines de milliers d’enfants abandonnés étaient appelés les enfants du diable.
Elena Cosma, célibataire de trente cinq ans un peu disgracieuse exerçait dans les années soixante-dix,le métier de  sage-femme à Bucarest. Elle était une des rares à pratiquer des interruptions de grossesse pour les épouses des cadres du Parti. Mais, lorsque Zelda P., cette belle et jeune veuve rousse déjà mère de deux enfants, se présente à elle enceinte, la sage-femme en mal d’enfants voit une opportunité d’avoir enfin pour elle une bel enfant sain. Elle signe un pacte avec Zelda, simule une grossesse et devient ainsi la mère de Damian le premier juillet 1978.
Mais Zelda ne se laisse pas  écarter aussi facilement. En 1984, Elena fuit Bucarest en acceptant une mutation à Prigor, village moldave proche de Iasi.
Dans ce coin reculé où la nature est généreuse, la misère est moins visible et l’oppression politique moins forte. Toutefois, le maire, Miron Ivanov, vétérinaire et homme violent, y impose sa loi. Avec ses connaissances médicales, Elena parvient à affirmer ses talents et fait rapidement office de médecin en ce lieu assez rustre. Très vite, sa présence entraîne l’obligation de contrôler la fécondité des habitantes, de dénoncer les tentatives d’interruption de grossesse.
Elle s’oppose à la volonté d’avortement de Rona Ferman, la femme du tonnelier. Cette décision causera la perte de cette sympathique famille.

Pour obtenir plus d’avantages, Elena souhaite se rapprocher du Parti en proposant la création d’un orphelinat à Prigor.
« Les effectifs des orphelinats grimpaient d’année en année. Mais peu de gens savaient que les vrais orphelins y étaient rares. On trouvait là des enfants non désirés, nés hors mariage, dans des familles décomposées, de parents divorcés, de malades, de délinquants, de prisonniers ou de vagabonds. Le plus souvent, ils étaient issus de familles trop pauvres pour nourrir une bouche de plus. Des pères et des mères en détresse se tournaient vers l’État pour lui confier un bambin le temps que leur situation s’améliore. Des saisons passaient, puis des années, d’autres enfants naissaient et les parents ne revenaient pas chercher celui qu’ils avaient laissé. »
Toute l’horreur de ces maisons d’enfant est alors étalée avec cet exemple de Prigor. Violences, faim, abus sexuels, manque de médicaments, abus de tranquillisants, micro-transfusions en guise de vitamines, humiliations et obligation de reconnaissance au père de la Nation devant le portrait de Ceausescu entraînent un taux de mortalité élevé et des effets secondaires irréversibles.
 » C’est lui ton père! C’est grâce à lui qu’on t’a donné un abri, c’est lui qui te nourrit ! »
Ces passages sont poignants d’autant plus que nous suivons dans cette horreur les deux enfants de Rona Ferman. Et que face à ce destin cruel, Damian reste protégé par l’amour très protecteur d’Elena.
«  Le cocon que sa mère avait patiemment construit pour le protéger des dangers du monde était en train de se transformer en tombeau incandescent. »

Enfants du diable est un roman fort qui dénonce les conséquences à court et long termes de la politique nataliste de la Roumanie, pays touché aussi par la proximité de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Ce témoignage s’insère dans l’histoire d’Elena et le récit du destin de Damian. Les personnages et les relations humaines sont complexes et riches. Elena est une femme déterminée, contrainte à une alliance tacite avec Ivanov mais aussi parfois empreinte de doutes qui la pousseraient à réagir si elle ne craignait tant pour son fils. Supporte-t-elle toutes ces horreurs par fidélité au Parti, par nature ou par crainte pour son fils? Il est difficile de l’aimer ou de la détester. Comme si le diable faisait peser sur tous ses sujets des tendances morbides.

Après le succès de son premier roman, Terre des affranchis, Liliana Lazar traite ici un sujet fort de la Roumanie où elle a grandi. A la fois un éclairage vibrant des méfaits de la dictature de Ceausescu et une histoire solide et sensible d’une femme au cœur de ces exactions, ce livre confirme le talent de Liliana Lazar. Si le côté ténébreux est moins présent ( on retrouve toutefois l’étang tentateur et la peur des fantômes), la force narrative et la densité des personnages font de ce roman une lecture marquante.

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La petite communiste qui ne souriait jamais – Lola Lafon

lafonTitre : La petite communiste qui ne souriait jamais
Auteur : Lola Lafon
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 320
Date de parution : Janvier 2014

Auteur :
D’origine franco-russo-polonaise, élevée à Sofia, Bucarest et Paris, Lola Lafon s’est d’abord consacrée à la danse avant de se tourner vers l’écriture.
Après des publications dans des fanzines et des revues alternatives , elle a été repérée par des revues littéraires ( la N.R.V, entre autres, qui a publié ses premières nouvelles en 1998 et jusqu’en 2000.)
Ses  trois premiers romans sont parus chez Flammarion : Une fièvre impossible à négocier (traduit en espagnol et en italien et lauréat du  « Prix  A tout lire »),  De ça je me console  et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce , (Prix Coup de Cœur de la 25ème heure au salon du Livre du Mans et finaliste du Prix Marie-Claire).
Egalement musicienne, Lola Lafon organise fréquemment des concerts-lectures.
La petite communiste qui ne souriait jamais a reçu le Prix de la Closerie des Lilas en 2014.

Présentation de l’éditeur :
Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

Mon avis :
Lorsque Nadia Comaneci obtient la note extraordinaire et maximale de 10 à ses prestations de gymnastique lors des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, Lola Lafon n’a que quatre ans. Mais l’image de cette maigre gamine cambrée, à la queue de cheval serrée d’un ruban rouge fera le tour du monde des années durant.
 » La grâce, la précision, l’amplitude des gestes, le risque et la puissance sans qu’on en voie rien » font de cette enfant une promesse redoutable pour la renommée internationale de ce pays de l’Est.
D’origine roumaine, Lola Lafon nous fait revivre l’ascension, la consécration et le déclin de cette gymnaste exceptionnelle dans une Roumanie en proie aux restrictions et surveillances du régime communiste de Ceausescu.
Les deux aspects du récit ( histoire de Nadia et Histoire de la Roumanie) sont remarquablement maîtrisés.
Depuis Montréal, l’auteur reprend la jeunesse de Nadia, de ses premières compétitions à l’âge de huit ans, son entraînement intensif et douloureux avec son manager Bela dans son village natal d’Onesti, ses participations internationales. Puis, en grandissant, Nadia se déteste en constatant les formes de l’adolescence, elle se perd à Bucarest avec un autre entraîneur.
 » De grande gamine, elle est devenue une femme. Verdict : le charme est rompu. »
On lui reproche de trop manger, de grandir, de ne plus être ce petit corps sans relief  » côtes saillantes sous le tissu serré. »
Sous l’histoire personnelle de Nadia, se déroule aussi l’Histoire de la Roumanie sous Ceausescu. Les sportifs sont exploités, poussés à l’extrême tant qu’ils sont des moyens de valoriser le communisme à l’étranger. L’auteur décrit les périodes de restrictions alimentaires, la surveillance et les interdictions de la Securitate, la politique nataliste qui va jusqu’à instaurer une police des menstruations, la tentation de fuir le pays comme le feront Bela puis Nadia avant la révolution de 1989.
Toutefois, l’auteur adopte une construction particulière et originale pour maintenir une ambiguïté volontaire. Elle alterne le récit de faits historiques avec un dialogue fictif entre la narratrice et Nadia, une façon d’interpréter, de combler les vides de l’histoire. Et je comprends alors qu’il est peut-être rapide de critiquer une censure politique quand sévit ailleurs et plus tard la censure économique.
 » Tous les sportifs qui gagnent sont des symboles politiques. ils promeuvent des systèmes. communisme, à l’époque, capitalisme, aujourd’hui. »
Que l’entraînement intensif et abusif des gymnastes est aussi, au moins pour Nadia, une volonté personnelle.
 » Essayons de ne pas faire de ma vie ou de ces années-là un mauvais film simpliste. »
Que la révolution de 1989 n’a pas comblé les attentes.
 » En 1989, ont-ils donné leur vie pour que nous ayons plus de coca-cola et de Mc Donalds? »
 » Avant on n’avait pas l’autorisation de sortir de la Roumanie, mais aujourd’hui, personne n’a les moyens de quitter le pays. »
Que les reproches d’un pays comme les États-Unis sur des rumeurs d’adultère peuvent être aussi blessantes que les mauvais coups des entraînements intensifs et les privations alimentaires.
 » Je rêvais de liberté, j’arrive aux États-Unis et je me dis: c’est ça la liberté? Je suis dans un pays libre et je ne suis pas libre? Mais où alors, pouvais-je être libre. »
Vous l’avez compris, Lola Lafon choisit de montrer toute l’ambivalence du personnage de Nadia Comaneci et de tout système politique.

En lisant les premières pages du roman lors de sa sortie, je n’avais pas envisagé de lire ce livre, manque d’accroche sur le style. Devant les nombreuses chroniques enthousiastes ( Clara, Théoma,MissAlfie, Charybde….) j’ai cédé à la tentation. Je ne regrette pas mon choix car le roman a attisé ma curiosité et j’ai apprécié la richesse du travail de l’auteur. Mais ma réserve sur la présentation, le style demeure. Ces dialogues fictifs, cette réserve sur le personnage, cette ambivalence permanente m’ont obligée à rester dans l’analyse au détriment de la passion que j’aurais pu ressentir pour un personnage inoubliable.

Enfin, la longueur de ma chronique (désolée pour mes lecteurs) prouve que j’ai trouvé un certain intérêt ( voire un intérêt certain) à cette lecture.

rentrée 14

 

Animal du coeur – Herta Müller

mullerTitre : Animal du coeur
Auteur : Herta Müller
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 231
Date de parution : mars 2012

Auteur :
Herta Müller, est née en 1953 à Nitzkydorf, Roumanie, au sein de la minorité germanophone, elle vit en Allemagne depuis 1987.
Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais, et son oeuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires dont le plus prestigieux, le Prix Nobel de Littérature, en 2009. D’elle, les Éditions Gallimard ont déjà publié L’homme est un grand faisan sur terre (Folio n° 2173) et La bascule du souffle (Du monde entier, 2010).

Présentation de l’éditeur :
« Un père, au jardin, désherbe l’été. Debout près de la bordure, une enfant se dit : mon père en sait long sur la vie. Car le père place sa mauvaise conscience dans les plantes les plus nulles et les arrache. Juste avant, l’enfant a souhaité que les plantes les plus nulles échappent à la binette et survivent à l’été. Mais elles ne peuvent pas s’enfuir, parce qu’elles doivent attendre l’automne pour avoir des plumes blanches. Alors seulement, elles apprendront à voler. »
Lola a quitté sa province pour échapper à la misère et faire ses études à Timisoara. Un jour, on la retrouve pendue dans son placard. À cette mort misérable s’ajoute son exclusion infamante, à titre posthume, du Parti communiste. La narratrice, ancienne camarade de chambre de Lola, ne croit pas à la thèse du suicide, pas plus qu’Edgar, Kurt et Georg. Mais l’amitié qui se noue entre elle et les trois garçons, puis avec Tereza, est menacée cette société qui broie l’individu et tous ceux qui s’y opposent.
Animal du cœur dépeint le régime de terreur de Ceausescu et ses conséquences sur de très jeunes vies. L’auteur y interroge la capacité de l’homme à résister à toute normalisation et à sauver son
humanité profonde. Ce roman est écrit dans la langue d’une richesse poétique inouïe qui fait la singularité du puissant style de Herta Müller.

Mon avis :
« Se taire, c’est déplaire, dit Edgar; et parler, c’est se ridiculiser. »
Le roman commence et finit  par cette phrase. Herta Müller, née dans la région souabe de la Roumanie (minorité germanophone), a vécu cette oppression de la dictature de Ceausescu. Ce roman est paru en 1994 en Allemagne et vient juste d’être édité en France. On y trouve une part de la vie de l’auteur puisque la narratrice est issue de la même région, elle est aussi fille d’un ancien soldat SS et elle est traductrice dans une usine roumaine.
C’est le roman d’une amitié entre la narratrice et trois jeunes garçons, Edgar, Kurt et Georg, réunis par le suicide de la camarade de chambrée de la narratrice. Ces jeunes vivent sous la peur constante d’être interpellés, poussés au suicide ou envoyés au cimetière. Ils voudraient témoigner de toutes ces morts suspectes, du mauvais traitement des prisonniers. Pour eux, c’est une perpétuelle méfiance, un harcèlement constant.
 » On sentait le dictateur et ses gardes qui planaient au- dessus de tous les secrets des projets de fuite, on les sentait à l’affût, en train d’inspirer la peur. »
Chaque lettre doit être codée et renfermer un cheveu témoin.
 » Nous restions dépendants les uns des autres. les lettres contenant un cheveu n’avaient servi qu’à lire la peur de l’un dans l’écriture de l’autre. »
Les fouilles de domicile, les interrogatoires sont permanents. Il n’y a que deux issues possibles, le suicide ou la fuite qui conduit très souvent à la mort.
Le roman est difficile car l’auteur utilise elle- même des codes de langage. Elle réinvente une langue où la mort est un sac, la noix, une tumeur. Des phrases et des mots viennent rythmer constamment le récit, on retrouve de manière récurrente les coiffeurs et les couturières, les moutons en fer-blanc (sidérurgie), les melons de bois (transformation du bois), les buveurs de sang(abattoirs).
Dans ce récit viennent aussi se mêler les souvenirs de l’enfant face à son père, les folies des grand-parents.
Sens cachés, métaphores, incursions compliquent la lecture du roman mais l’atmosphère est ainsi créée et le dénouement est particulièrement intense et émouvant.
Et l’animal de notre cœur, lui-aussi se met à remuer en nous.

Je remercie les Éditions Gallimard pour la découverte de ce roman.

 

La bascule du souffle – Herta Müller

muller2Titre : La bascule du souffle
Auteur : Herta Müller
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 308
Date de parution : 30 septembre 2010

Auteur :
Herta Müller, née en 1953 dans le Banat roumain au sein de la minorité germanophone, vit en Allemagne depuis 1987. Elle est l’auteur de plusieurs romans, récits et essais.
Son œuvre fut couronnée par d’innombrables prix littéraires, dont le plus prestigieux, le prix Nobel de littérature, en 2009.

Résumé :
Nous sommes en Roumanie, en janvier 1945 : la population germanophone de Transylvanie vit dans la peur de la déportation. Cette mesure, exigée par le nouvel allié soviétique de Bucarest, vise une population soupçonnée d’avoir soutenu l’Allemagne nazie pendant la guerre. Le jeune Léopold sait qu’il est sur la liste. II prépare sa petite valise, des affaires chaudes, quelques livres, puis, quand la police roumaine vient le chercher, à trois heures du matin, par moins quinze, il reçoit les mots de sa grand-mère  »
Je sais que tu reviendras  » comme un viatique. L’usine de charbon, la tuilerie, la cimenterie, des baraquements élémentaires, une ration de pain et deux rations de soupe par jour, les diarrhées et les poux : tel sera le quotidien de Léopold pendant cinq ans. La bascule du souffle nous invite à lire la chronique terrifiante de ces années de froid, de faim et de découragement qui tuent dans un camp de travail en Russie. Mais la singularité du livre de Herta Müller réside dans sa faculté incomparable de transcender le réel, de l’illuminer de l’intérieur. Sous sa plume, le camp devient un conte cruel, une fable sur la condition humaine. Ici les arbres parlent, le ciment boit, la pendule a mal à son ressort cassé, la faim voyage dans le corps d’un ange, et le coeur, dans une pelle. Herta Müller souhaitait écrire ce livre à quatre mains avec le poète germano-roumain Oskar Pastior – le modèle de Léopold – mais ce projet fut interrompu par la mort de Pastior. La prose de Herta Müller, poétique et maîtrisée, sèche et puissante, toujours surprenante, lui rend hommage de la plus belle manière qui soit. Certes, La bascule du souffle aborde un tabou historique, mais s’impose surtout comme une oeuvre de portée universelle. Un événement bouleversant.

Mon avis :
La couverture et le titre du livre sont particulièrement en cohérence avec le récit. Parce que l’auteur joue est à la limite entre la poésie et le drame (fleur, froid), elle nous tient sur le fil entre le rêve et la réalité, à deux doigts de la bascule dans l’horreur.
Herta Müller a choisi un thème qui la touche particulièrement puisqu’elle fait raconter à Léo ses cinq années de détention dans un camp de travail en Russie. Effectivement, à la fin de la guerre, les Russes ont envoyé en camp de travail les allemands de Roumanie. ce fut le cas de la mère de Herta et d’un ami, le poète Oskar Pastior. C’est grâce à eux que Herta Müller a pu concrétiser ce récit.
Bien entendu, elle témoigne de la difficulté de vie dans ces camps (la faim, les poux, le froid, les travaux pénibles et dangereux, la mort) mais ses descriptions longues et poétiques favorisent l’optimisme;
Même la faim omniprésente est personnifiée en ange.
Léo est un être courageux. Il se remémore sans cesse la phrase de sa grand-mère « Tu reviendras ». Son seul sentiment négatif naît lorsqu’il apprend la naissance de son frère, jaloux que sa mère lui ait substitué un fils.
Quand il est enfin libéré, on comprend toute la difficulté de la réinsertion. Il est difficile de retrouver une vie normale, d’avoir un rapport sain avec la nourriture. Une autre phrase le hante alors « J’y ai été ».
Je souhaitais découvrir cette auteure, à la suite de son Prix Nobel et je suis ravie d’avoir lu cette finesse d’écriture, ce style poétique et onirique, cette bascule fragile entre la réalité et l’espoir.