Aimons-nous les uns les autres – Catherine Clément

clementTitre : Aimons-nous les uns les autres
Auteur : Catherine Clément
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 408
Date de parution : 2 octobre 2014

Auteur :
Catherine Clément est l’auteur d’une bonne soixantaine d’ouvrages (romans, essais, poésies, Mémoires…) dont certains, comme La Senora , Pour l’amour de l’Inde ou Le Voyage de Théo, furent des succès internationaux.

Présentation de l’éditeur :
En 1871, la Commune de Paris, la révolution la plus généreuse que la Terre ait portée, embrase les cœurs et les rues. « J’avais beau me souvenir que notre Commune voulait refaire le monde sous le feu de deux armées, celle des Prussiens et celle du Foutriquet installé à Versailles, j’avais beau me dire chaque jour que la Commune était foutue d’avance, eh bien, elle avançait. »
Catherine Clément raconte avec fièvre ces mois d’espoirs et de rêves, jusqu’à la fameuse « Semaine sanglante ». Son roman convoque des figures historiques devenues légendaires (Louise Michel, Charles Delescluze, Giuseppe Garibaldi, Victor Hugo, Karl Marx, Georges Clemenceau) mais aussi d’inoubliables anonymes, qui réinventent le récit de ces jours tragiques et glorieux. Un couple anime l’histoire : le tout juste nommé ministre du Travail, Léo Frankel, un juif hongrois, et la sublime Elisabeth Dmitrieff, jeune Russe ascétique et flamboyante, envoyée par Marx au cœur de la tourmente.
Savoureux, haletant, d’une intraitable liberté de ton, ce roman donne à voir une Commune enfin démythifiée, plus proche de nous qu’elle ne le fut jamais.

Mon avis :
Il y a deux grands livres fondateurs dans mon histoire de lectrice, Le monde de Sophie de Jostein Gaarder qui fut une approche de la philosophie et Le voyage de Théo de Catherine Clément, approche des religions.
Catherine Clément est une des rares auteurs à me faire aimer l’Histoire et elle nous propose ici une vision personnelle de la période de la Commune de Paris.

Abel Gornick, juif d’Ukraine et franc-maçon et Léo Frankel, hongrois sont tous deux installés à Paris sous l’Empire, comme orfèvres. Paris est sous le feu des Prussiens et des Versaillais gouvernés par Adolphe Thiers, surnommé Le Foutriquet.
Les deux jeunes hommes ont des vues très différentes.

 » – J’ai toujours su que tu étais pacifiste. Tu ne supportes pas la violence, Abel. Moi, je suis du côté de l’insurrection et de la violence légitime, mon vieux. Si le peuple souffre, il se révoltera.
– Tu ne diras point, j’ai dit à voix basse. Aimons-nous les uns les autres.
– Qu’est ce que c’est que ces bondieuseries? a dit Léo, fâché. Tu cites les lois de Moïse maintenant?
– Je vois que tu t’en souviens.
– Mais je me fous de Moïse et de sa religion! Je me fous de Jésus et de son commandement, aimez-vous les uns les autres, et quoi encore?
– Ce n’est pas « aimez-vous », c’est « aimons-nous », j’ai dit très calmement. Et c’est la devise brodée sur la bannière de ma loge. Pas un ordre tombé du ciel, mais un mot d’ordre lancé à toute l’humanité.
– Très touchant, a ricané Léo. Quand les canons prussiens viendront nous bombarder, je te la ressortirai, celle-là. Sois pacifiste, mon vieux! Les pacifistes ont toujours tort. »

Aussi, Léo deviendra élu délégué du XIIIe sur la liste de l’Internationale et ministre du Travail et Abel se contentera d’aider tout le monde en commençant par son ami Léo qu’il aime tant.

Catherine Clément nous entraîne en pleine révolte contre les Versaillais avec Napoléon La Cécilia, un militaire ami de Garibaldi, avec la belle et jeune russe Lisa Dmitrieff, une protégée de Karl Marx. Nous montons sur les barricades avec les femmes, Saubade, une jeune nonne, Madame Jules, Lisa et Louise Michel. Abel assure le repli, en premier de sa belle et tendre Sophie Gold mais aussi de Léo et Lisa.

Après la répression de La Commune par les Versaillais, chacun a quitté Paris : Louise Michel au bagne, Lisa en Russie, les autres en Angleterre puis en Egypte et à Bakou.
 » La bataille ne s’arrêterait pas entre la minorité qui accapare – c’était Le Foutriquet et ses sbires- et la majorité qui produit – c’était nous. »

Catherine Clément éclaire une partie de l’Histoire de Paris avec la participation de certains personnages réels dont  Abel Gornick,  son arrière-grand-père et d’autres fictifs comme Yvonne Jules, Sophie Gold ou la nonne. Avec son érudition et son talent littéraire, elle nous entraîne une fois de plus dans la grande Histoire avec une version alerte et agréable.
Le naturel, le ton et le regard d’Abel m’ont toutefois laissé un peu en spectateur de cette période mouvementée. J’aurais aimé en savoir plus sur les forces en présence, sur la participation de Louise Michel, sur la famille de Marx, le rôle de Victor Hugo ou de Clemenceau. Mais ce sera pour un autre roman.

Coïncidence : j’ai retrouvé ici l’évocation d’Anna Korvine ( celle qui a refusé d’épouser Dostoïevski) et de sa sœur Sofia, grande mathématicienne, toutes deux présentes dans le livre d’Alice Munro, Trop de bonheur. A l’époque, je regrettais de survoler leurs vies passionnantes. Une fois de plus, Catherine Clément me met l’eau à la bouche mais j’en sais toujours très peu. Je ne désespère pas de trouver un roman sur leur vie.

J’ai lu ce roman avec dialogues

rentrée bac2014

La princesse effacée – Alexandra de Broca

de brocaTitre : La princesse effacée
Auteur : Alexandra de Broca
Editeur : Points
Nombre de pages : 403
Date de parution :  octobre 2011
Première parution : mai 2010 chez Robert Laffont

Auteur :
Alexandra de Broca est scénariste pour la télévision. Elle a notamment écrit le scénario du téléfilm Jeanne Poisson, marquise de Pompadour. La Princesse effacée est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
A la prison du Temple, en 1795, un seul membre de la famille royale oublié de tous, a échappé à la Terreur. C’est Marie-Thérèse de France, fille de Marie-Antoinette et du roi Louis XVI. Pour adoucir sa réclusion, ses geôliers dépêchent auprès d’elle Renée Chantereine, une femme d’origine modeste. Au bord de la folie, la princesse se confie à elle : Pourquoi a-t-elle été emprisonnée sans jugement ? En quoi est-elle coupable ?

Mon avis :
 » Je ne sais pas me libérer de mon passé et pourtant, sans lui, je ne suis rien. »
Voilà bien tout le dilemme de la jeune Marie-Thérèse, fille de Marie-Antoinette, seule rescapée de la famille royale.
Lorsque commence ce roman qui est en fait davantage une biographie très richement documentée, la princesse est enfermée depuis trois ans au Temple. En 1795, Barras, député de la convention, craignant le retour de la monarchie pense qu’il est temps de s’occuper ce cette jeune femme. Chantereine, femme du peuple est choisie pour aller visiter et soutenir Marie-Thérèse, devenue une vraie sauvageonne dans sa prison sale et obscure. Personnellement, l’attrait primordial de ce roman est la relation entre ces deux femmes issues de milieux différents. Chantereine finit par se faire accepter et convainc Marie-Thérèse que son salut viendra par l’écriture de l’histoire de sa famille.
Il est alors intéressant de voir comment l’esprit royaliste, l’étiquette est ancrée chez cette jeune femme et son autorité ressort dès que ses conditions de détention s’améliore.
Dans cette première partie, j’ai apprécié le récit historique de l’emprisonnement de la famille royale, la vision du roi en tant que père de famille, la force de Marie-Antoinette et de sa belle-sœur Elisabeth. L’auteur nous offre une vision différente de cette épisode historique.
La seconde partie relate l’exil de la princesse puis son retour en France avec son oncle Louis XVIII. Ce sont aussi les retrouvailles des deux femmes puisque Chantereine n’avait pas pu suivre la princesse dans son exil. Marie-Thérèse retrouve les Tuileries puis Versailles, et surtout ce peuple français versatile qui lui fait peur et qu’elle hait. Malgré les tentatives de Chantereine pour l’aider à se rapprocher du peuple, la princesse reste marquée par son passé. L’auteur analyse tellement finement les réactions des personnages que Marie-Thérèse devient une capricieuse autoritaire, qui malmène souvent Chantereine, la seule personne en qui elle semble pourtant avoir confiance. Et cette pauvre vieille dame est soumise, tant elle aime celle qu’elle a sauvé de la prison et qu’elle considère comme la fille qu’elle n’a jamais eue. Toutes deux poursuivent à écrire l’histoire qui réhabilite la famille de Louis XVI.
Alexandra de Broca a écrit un roman passionnant sur une princesse oubliée de l’Histoire, traumatisée par le mal qui a été fait à sa famille. Derrière cette biographie, il y a aussi et surtout l’analyse très fouillée de deux personnages et le récit émouvant d’une rencontre entre une princesse et une femme du peuple.
 » dans son esprit, un homme qui échoue dans la conduite des affaires de l’Etat peut être remplacé, mais doit-il
ê
tre puni?« 

 

 

Dix mille guitares – Catherine Clément

clementTitre : Dix mille guitares
Auteur : Catherine Clément
Editeur : Points
Nombre de pages : 430
Date de parution : février 2011

Résumé :
En 1578, la dernière croisade s’achève au Maroc avec la disparition du roi portugais Sébastien le Désiré. Mort ou vif ? Son favori, réincarné en un rhinocéros de l’Inde, attend le retour de son maître. Lisbonne, Prague, Stockholm : dans l’Europe des tourmentes, l’animal conte son périple à travers les guerres de religion, les folies des Habsbourg, la passion de la reine Christine pour René Descartes.

Mon avis :
Je ne choisis pas, à priori, les romans historiques. Mais, chaque fois que j’ai eu l’occasion d’en lire un, je n’ai pas été déçue.
Là, j’ai choisi de lire Catherine Clément parce que j’avais beaucoup aimé un précédent roman Le voyage de Théo. Je savais donc où je m’engageais.
A l’école, les cours d’histoire pouvaient être passionnants, à condition d’avoir un professeur charismatique. Catherine Clément sait trouver les petites histoires croustillantes qui vous font aimer la grande Histoire.
 » Corne de rhinocéros des Indes orientales offert au roi Sébastien en 1577, un an avant la défaite d’Alkacer-Kebir, repris par le roi Philippe II d’Espagne. propriété de Rodolphe de Habsbourg, puis de Christine de Suède, léguée au cardinal Decio Azzolino en 1689. »
Fil rouge sur ce roman, le rhinocéros nous fait vivre le fabuleux destin de Sébastien, roi du Portugal descendant des Aviz puis le côté alchimiste de Rodolphe, empereur d’Autriche et l’étonnante masculinité de la reine Christine de Suède.
Catherine Clément fait parler les animaux, les objets et les grands de ce monde.
Elle évoque la bataille de l’Alkacer-Kébir, la guerre de Trente ans et ainsi les différentes religions. Grâce à l’exil de Sébastien au Maroc, la religion musulmane est évoquée. Avec la rencontre de Rodolphe et du rabbin de Prague, le Maharal, c’est la religion juive et le mythe du Golem qui apparaissent.Mais il y a
aussi la religion des brahmanes avec la réincarnation du rhinocéros et bien sûr les différentes branches des chrétiens, catholiques, protestants . C’est une épopée passionnante qui ouvre les XVI et XVIIe siècles, riche en anecdotes et découvertes avec les rencontres d’Arcimboldo ou de Descartes.
Le style de Catherine Clément est soutenu et poétique.
 » La nuit vint. Les vaincus entassés dans la boue dormaient sous bonne garde. De temps en temps, résonnait dans le noir une corde pincée, le son d’une guitare qu’une main effleurait. Près des lumières de feux, les vainqueurs déchiraient leurs vêtements et pleuraient sans réserve, ô nuit au goût amer! »
L’auteur décrit avec passion ses personnages au caractère atypique. Elle nous les fait aimer grâce à leurs faiblesses et leurs forces.
L’édition de Points est complète avec la liste des personnages et la chronologie des évènements relatés.
Voilà donc une auteure que je relirais sans restriction. Comme je suis aussi passionnée par l’Inde, je lirais dès que possible Pour l’amour de l’Inde.

Je remercie Partage Lecture et les Éditions POINTS pour ce partenariat.