Jours heureux à Flins – Richard Gangloff

gangloffTitre : Jours heureux à Flins
Auteur : Richard Gangloff
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 238
Date de parution : mars 2013

Auteur :
Richard Gangloff est né en 1951. Une jeunesse dans un milieu modeste, en banlieue parisienne où il pratique plein de petites activités, notamment chez des constructeurs automobiles. Jours heureux à Flins est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Mai 68, Flins, l’usine-modèle de ce qu’on appelle alors la Régie Renault.
Pendant que la société se soulève, à mille lieux des « cadences infernales », Bertrand l’utopiste, Marie la révoltée, Luc le débrouillard, Ginette la bonne copine pas farouche et Gilbert, le populaire patron du comité d’entreprise, fréquentent « Le Cinq », un bar clandestin, tout en se moquant des ordres lancés par une hiérarchie grotesque.
Ils font des courses sauvages en R8 Gordini et arrêtent les chaînes de montage lorsque l’envie de batifoler les prend. Combines, truandes, coulage… on profite de la vie dans une bonne ambiance. Jusqu’au jour où la paye des employés est volée, probablement grâce à des complicités internes, semant la panique au sein de l’usine. Qui sont les auteurs de ce braquage ?
Dans cette désopilante chronique où une bande de copains se débrouille pour s’en sortir, Richard Gangloff dresse le tableau iconoclaste d’une époque dont nous avons tous une certaine nostalgie.

Mon avis :
« Voilà, c’est comme ça la vie à Flins : pour certains, pour beaucoup, c’est la routine nourricière et fatigante, pour d’autres, nettement moins nombreux, c’est une source de conneries à déguster, une mine de combines à exploiter, un terrain de plaisirs à cultiver. »
A Flins, on travaille chez Renault de père en fils dans des conditions difficiles avec de lourdes charges, du travail à la chaîne ou avec des produits toxiques. Et pourtant, pour certains, il y fait bon vivre. Notamment grâce à un comité d’entreprise à faire rêver, une bibliothèque, une super cantine, des ouvrières peu farouches qui vous offrent des moments privilégiés pour arrondir les fins de mois, des combines sur le dos de l’entreprise pour améliorer le quotidien de l’ouvrier.
Bertrand et ses copains vont toutefois vouloir l’améliorer un peu trop en préparant le  » casse du siècle ». Fort heureusement, les vigiles ne sont pas très vaillants et les évènements de Mai 68 vont quelque peu embrouiller les données.
Richard Gangloff nous rappelle une certaine image de la société des années 60 avec le plein emploi mais des conditions de travail difficiles (quoique nos copains ne semblent pas trop souffrir), le poids des syndicats, et surtout ce côté très « franchouillard » illustré par la présence d’alcool et de plaisirs sur le lien de travail.
Il y a de très bons moments comme la première entrée de Bertrand dans l’atelier des filles ( très vulgairement appelé Le parc aux moules) ou la punition donnée à un vigile qui a eu la main un peu lourde sur une des filles.
Avec un style très simple et basique, l’auteur nous donne une vision humoristique et tendre de la vie des ouvriers dans les années soixante.
Je remercie les Éditions Albin Michel pour la lecture de ce premier roman de Richard Gangloff.

 

 

 

7 femmes – Lydie Salvayre

salvayreTitre : 7 femmes
Auteur : Lydie Salvayre
Éditeur : Perrin
Nombre de pages : 240
Date de parution : avril 2013

Auteur :
Lydie Salvayre est l’auteur de douze romans, parmi lesquels La Déclaration (Prix Hermès du premier roman), La Compagnie des spectres (Prix Novembre, aujourd’hui Prix Décembre) et BW (Prix François-Billetdoux). Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues. Certains ont été adaptés au théâtre.

Présentation de l’éditeur :
Sept portraits intimistes et enlevés des plus grandes figures littéraires et féminines du début du XXe siècle.

Sept femmes. Sept allumées pour qui l’écriture n’est pas un supplément d’existence mais l ‘existence même. Sept œuvres dont la force e t la beauté ont marqué Lydie Salvayre et décidé pour beaucoup de sa vie. Sept parcours, douloureux pour la plupart, dont elle suit les élans, les angoisses, les trébuchements et les fragiles victoires.

Mon avis :
Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes.
 » J’étais simplement portée par le désir de faire durer encore l’émotion que j’avais éprouvée à les lire, et de me tenir en quelque sorte, affectueusement (je m’arrogeai ce droit), à leur côté. »
J’avais un peu le même sentiment lorsque j’ai découvert que Lydie Salvayre avait écrit un livre sur ses sept femmes de lettres.  » sept allumées pour qui écrire est toute la vie. » Tsvetaeva avait même inventé ce mot qui les définit si bien « vivrecrire ».
Pour tous ceux et celles qui ont aimé les livres de ces auteurs, vous prendrez plaisir à en comprendre les inspirations. Mon seul regret est que chacune aurait mérité un livre à part entière et que les quelques dizaines de pages consacrées à chaque femme passionnée et passionnante me semblent trop courtes.
Emily Brontë est née dans le Yorshire et elle sera tellement attachée à son Haworth natal que chaque éloignement la rend malade. Un père pasteur, une famille décimée par la tuberculose, un frère prometteur qui sombre dans l’alcool, c’est une enfance difficile mais centrée sur l’imagination (lecture de journaux et romans noirs)qui forgera son caractère. Elle possède une grande force qui l’amène à soigner une morsure de chien en appliquant un pique-feu sorti des braises sur la plaie sans lâcher une seule plainte. Tout le monde connaît Heathcliff, le héros du roman Les hauts du Hurlevent, cet homme « sauvage, orgueilleux, métaphysique, asocial et d’une intransigeance implacable. » Si ce roman fait scandale a l’époque, il sera un siècle plus tard désigné  » comme le plus grand roman d’amour de tous les temps. » Son frère et elle, meurent de la tuberculose en 1848.

Djuna Barnes est américaine, née d’un père volage et d’une mère soumise. Elle est élevée  à la campagne comme un garçon avec ses quatre frères. Devenue journaliste, elle débarque à Paris en 1920 et rencontre tous les américains et anglais de Paris ( Joyce, Man Ray, Hemingway…). Elle est à la fois élégante et fruste. Elle fréquente les américaines lesbiennes et emménage avec Thelma Wood. Leur rupture la fera sombrer dans l’alcool.
 » Djuna Barnes trouva-t-elle dans sa relation à Thelma le malheur qu’elle cherchait. »
Dans son roman Les bois de la nuit on retrouve les personnages qu’elle rencontre, notamment Thelma en Robine et Dan Mahoney, un ami homosexuel lui inspire le Docteur O’Connor. Lorsqu’elle rentre aux Etats-Unis avec pour seule ressource la pension de Peggy Guggenheim, elle s’isole complètement, tombe dans l’aigreur, ne mange plus jusqu’à mourir seule à 90 ans.

Sylvia Plath connaît le bonheur lorsqu’elle épouse Ted Hughes. Mais les blessures de l’enfance sont profondes ( perte douloureuse de son père). Elle a un besoin profond de réussite et le refus des éditeurs l’amène à sa première tentative de suicide. Le succès de Ted la dévalorise encore davantage. Lorsque leur union prend fin, Ted ayant succombé aux charmes d’Assia poète elle aussi, Sylvia se retrouve seule avec deux enfants dans le triste Devon. Ses poèmes deviennent alors encore plus ironiques et violents.
 » Que les plus beaux poèmes de Plath soient nés dans cet état d’extrême souffrance, dans cette tête piétinée, saccagée, à vif, ne cesse encore de m’interroger. » En 1963, installée à Londres dans la maison où Yeats a vécu, elle se suicide en ouvrant le gaz. Ariel, son dernier recueil de poèmes sera un succès posthume. La cloche de détresse pourtant passé inaperçu à sa sortie deviendra ensuite un best-seller.

Colette est un être qui manie l’ambiguïté. Elle préfèrera au soir de sa vie l’amour de la nature à celui des hommes. Sa mère, Sido l’élève dans l’esprit de la liberté et de la découverte. Son père est plus effacé mais elle l’aime beaucoup parce que, comme elle, il rêvait d’écrire. Après son mariage avec Willy, elle mène une vie excentrique au cœur de la Belle Epoque. Les infidélités de son mari la poussent vers l’homosexualité et elle enchaîne les scandales. Elle se marie avec le baron de Jouvenel qui lui confiera ensuite la gestion de son journal, Le matin et prendra son beau-fils comme amant. L’auteur définit l’originalité de son style à  » la tournure gracieuse d’une phrase, à l’usage insolite d’un mot, au chic d’une expression. »

Marina Tsvetaeva vit successivement en Russie et en France. Elle refuse d’adhérer aux règles sociales, et refuse tous les camps et toutes les églises. Elle se marie en 1911 avec Sergueï Efron mais aura ensuite de nombreuses aventures tant avec des hommes que des femmes. Elle entretient une amitié épistolaire avec Boris Pasternak qu’elle reniera quand il s’engagera auprès de Staline. Lorsque son mari et sa fille sont soupçonnés d’appartenir aux services secrets français, elle retourne en Russie. Sergueï est fusillé, sa fille emprisonnée. En 1941, considérée comme une ennemie du peuple, brutalisée par les agents du NKVD, elle préfère mettre fin à ses jours.

Virginia Woolf n’a jamais pu affronter la mort. Elle en rit pour ne pas la voir. Et la mort la poursuit puisqu’elle perdra sa mère, sa sœur Stella opprimée par son père, son frère et un jeune neveu tué par les franquistes. Bien qu’antisémite, elle épouse un juif peut-être parce qu’à 29 ans après avoir flirté avec le mari de sa sœur, elle doit se caser. Elle est à la fois mondaine et solitaire. Ecrire est sa seule façon de ne pas devenir folle mais lorsque le livre est terminé elle sombre dans la mélancolie, déçue par le résultat. Après la mort de son jeune neveu, rattrapée par la folie, elle se noie dans l’Ouse, les poches remplies de pierres.

Ingeborg Bachmann est la plus moderne. Elle aussi est tiraillée par un dilemme.  Elle est déchirée entre un père qui adhère au parti national socialiste et son amour pour Paul Celan juif interné en camp de travail dont les deux parents sont morts en déportation. Contrairement à Emily Brontë, elle renie son pays, l’Autriche « où l’horreur nazie a fait régner une nuit profonde » et déménagera treize fois dans différents pays d’Europe. Le suicide de Celan et sa séparation avec l’écrivain Max Frisch la plongent dans la dépression. Elle abuse des somnifères et trouvera la mort à Rome en 1973. Elle défendait une littérature ancrée dans la réalité et enrichie des plumes d’autres écrivains.

Sept femmes marquées par un pays ( Emily Brontë avec son cher Haworth, Marina Tsvetaeva brisée par le régime de Staline, Ingeborg Bachmann fuyant l’Autriche nazie),  par un père ignoble ( Virginia Woolf, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes), par la mort de proches ( Emily Brontë, Colette, Ingeborg Bachmann, Marina Tsvetaeva), par leur besoin d’être reconnue pour leur art ( Sylvia Plath, Marina Tsvetaeva), par des liaisons sulfureuses ( Djuna Barnes, Colette) mais surtout par un besoin d’écrire pour exister, pour ne pas sombrer dans la folie, pour témoigner, pour défendre le droit des femmes (qui souvent devaient écrire sous un pseudonyme masculin pour espérer être publiée).
Lydie Salvayre nous parle de ses femmes dans un style très agréable qui mêle citations de leur œuvre et souvenirs, réflexions personnelles. Ces récits montrent la reconnaissance de l’auteur pour ces sept femmes, sa passion pour la littérature. Et je note cette phrase qui explique l’addiction de certaines lectrices dont je fais partie:
 » car un auteur aimé vous amène vers ses livres aimés, lesquels vous amènent vers d’autres livres aimés, et ainsi infiniment jusqu’à la fin des jours, formant ce livre immense, inépuisable, toujours inachevé, qui est en nous comme un cœur vivant, immatériel mais vivant. »

Je remercie les Editions Perrin pour la lecture de ce livre qui me donne envie de redécouvrir quelques œuvres de ces sept femmes de lettres.
Les Hauts du Hurlevent d’Emily Brontë, Malina d’Ingeborg Bachmann, Les bois de la nuit de Djuna Barnes, Orlando de Virginia Woolf, Sido de Colette, Mon Pouchkine de Marina Tsvetaeva, Ariel de Sylvia Plath.

plume

La femme de nos vies – Didier Van Cauwelaert

dvcTitre : La femme de nos vies
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 304
Date de parution : mars 2013

Auteur :
Didier van Cauwelaert cumule prix littéraires et succès public. Prix Del Duca pour son premier roman en 1982, prix Goncourt et prix Nimier pour Un aller simple en 1994, il a publié récemment Les témoins de la mariée et Double identité.

Présentation de l’éditeur :
Nous devions tous mourir, sauf lui. Il avait quatorze ans, il était surdoué et il détenait un secret. Moi, on me croyait attardé mental. Mais ce matin-là, David a décidé que je vivrais à sa place.
Si j’ai pu donner le change, passer pour un génie précoce et devenir le bras droit d’Einstein, c’est grâce à Ilsa Schaffner. Elle m’a tout appris : l’intelligence, l’insolence, la passion. Cette héroïne de l’ombre, c’est un monstre à vos yeux. Je viens enfin de retrouver sa trace, et il me reste quelques heures pour tenter de la réhabiliter.

La femme de nos vies fait partie des dix ouvrages sélectionnés pour le Prix Cabourg du roman 2013.

Mon avis :
En janvier 1941 Jürgen Bolt, jeune paysan autiste léger, dénoncé par ses parents est interné à l’hôpital psychiatrique d’ Hadamar. Son voisin de lit est David Rosfeld, un garçon juif surdoué dont la mère, célèbre scientifique a été assassinée.
La veille de l’euthanasie de ces jeunes enfants différents par les nazis, Jürgen et David échangent leur identité.

 » Je refuse d’être le meilleur dans une société sans âme qui tue ceux qu’elle juge inférieurs. »

Ilsa Schaffner récupère des enfants surdoués pour les projets scientifiques du Reich. Elle avait repéré David et elle emmènera donc Jürgen. Dans le château d’Helm en Bavière, elle gère une école de surdoués avec son ami Gert qui lui, dresse des chiens pour l’armée nazie. Hitler est très intéressé par les progrès des animaux et attend des enfants qu’ils mettent au point la bombe atomique, chose possible avec les archives de Yael Rosfeld.
Soixante dix ans plus tard, David alias Jürgen est au chevet d’Ilsa et il y croise Marianne Le Bret, sa petite-fille. Elle souhaite arrêter l’acharnement thérapeutique sur sa grand-mère qui pour elle, n’est qu’un bourreau nazi.
Dans une longue conversation indirecte, David tente de réhabiliter la mémoire de celle qui lui a sauvé la vie,  » la femme qui a fait ma vie.« .  Et cette empathie constructive, cette intelligence du cœur qui caractérisent Jürgen m’ont totalement convaincue. Car dans ce récit avec Marianne, Jürgen est à la fois passionnant, fripon, curieux, philosophe. Jürgen communique sa sensibilité lorsqu’il sauve un veau de l’abattoir, sa passion devant la belle Ilsa, son admiration pour l’intelligence et la bonté de David, son impulsivité quand il assène un coup de poing à Hoover qui insulte la mémoire d’Einstein, sa curiosité lorsqu’il se mêle de la vie intime de Marianne.
Certes l’histoire est intéressante avec le projet et le destin d’Ilsa, la rencontre avec Einstein, mais c’est surtout cette façon de raconter qui m’a ravie avec un double objectif pour le narrateur, celui de réhabiliter Ilsa Schaffner et de redonner à Marianne le bonheur et la douceur de vivre.

«  A force de tout garder au fond de soi, on passe pour quelqu’un d’insensible, et on en veut aux autres d’être aussi mal jugés. »

 » Toujours cette peur de blesser ceux qu’on aime en ouvrant notre cœur. Ce qu’ils  déduisent de nos silences leur fait tellement plus mal… »

Je remercie les Éditions Albin Michel pour la lecture de ce nouveau roman de Didier Van Cauwelaert.

La première chose qu’on regarde – Grégoire Delacourt

delacourtTitre : La première chose qu’on regarde
Auteur : Grégoire Delacourt
Éditeur : JC Lattès
Nombre de pages : 250
Date de parution : mars 2013

Auteur :
Né en 1960 à Valenciennes, Grégoire Delacourt est publicitaire. Après le succès de L’Écrivain de la famille, son premier roman (20 000 exemplaires vendus en édition première, prix Marcel Pagnol, prix Rive Gauche), La Liste de mes envies, paru en février 2012, lui a valu une renommée internationale.

Présentation de l’éditeur :
Le 15 septembre 2010, Arthur Dreyfuss, en marcel et caleçon Schtroumpfs, regarde un épisode des Soprano quand on frappe à sa porte.
Face à lui : Scarlett Johansson.
Il a vingt ans, il est garagiste.
Elle en a vingt-six, et elle a quelque chose de cassé.

Mon avis :

 » C’est la pire chose qui puisse arriver d’être la plus jolie fille du monde. »

Toutes les jeunes filles rêvent de ressembler à une actrice sans savoir comment l’apparence peut gâcher une vie. Être réduite à un objet de désir peut s’avérer très frustrant.
Arthur Dreyfuss et Jeanine Foucamprez vont en mesurer toutes les conséquences.
Lui est garagiste à Long, un petit village de la Somme. Il ressemble à Ryan Gosling, en mieux. Elle est mannequin vedette  pour la tournée Pronuptia et elle est le sosie parfait de Scarlett Johansson. Cette belle apparence lui vole toute sa personnalité.
Elle l’aperçoit alors qu’il répare le vélo d’ une petite fille. Le sourire de l’enfant lui révèle toute la douceur et l’importance du jeune garagiste. Elle décide alors de débarquer chez lui. Il lui ouvre la porte en caleçon schtroumpfs et marcel blanc et reste bouche bée devant cette Scarlett.
C’est l’histoire d’une rencontre de  » deux grands blessés d’amour, deux victimes du chagrin. »
Tous deux ont fait le deuil d’un père, ont été oubliés par leur mère. Il a perdu sa sœur dévorée par un chien lorsqu’elle avait deux ans. Elle a subi un beau-père photographe un peu trop pressant.
A l’image de  ce livre de poésie de Jean Follain, trouvé par Arthur dans une voiture accidentée, l’auteur met de l’amour, de la beauté, de la simplicité dans des vies chaotiques.
Si l’auteur s’est amusé en utilisant un ton ironique, en se référant au cinéma, cet emballage a, pour moi, noyé la pureté des sentiments. Je trouve cela un peu dommage car l’histoire est belle si on l’épure des abus ironiques.
Par contre, l’auteur reste fidèle à son univers en opposant deux mondes, celui des stars et celui des gens simples. On retrouve aussi son profond attachement à sa région natale avec des allusions au langage, aux spécialités culinaires, aux sites géographiques. Grégoire Delacourt met un point d’honneur à décrire les petits villages tant dans l’aspect que la manière d’y vivre. Il explique en ajoutant des parenthèses explicatives assez drôles.
Comme dans La liste de mes envies, on retrouve la simplicité du bonheur et la dérive dramatique liée aux apparences.
En somme (sans jeu de mots), l’auteur reste fidèle à son univers en s’amusant avec un ton différent, qui n’est pas forcément celui que je préfère.

J’ai lu ce livre avec une communauté de lecteurs d’Entrée Livre, vous pouvez retrouver sur le site toutes nos critiques de livres. N’hésitez pas à nous rejoindre sur Entrée Livre afin de dénicher des idées de lecture.

entree livre

Un père en colère – Jean-Sébastien Hongre

hongreTitre :Un père en colère
Auteur : Jean-Sébastien Hongre
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 224
Date de parution : mars 2013

Auteur:
Jean-Sébastien Hongre est l’auteur de Un joueur de poker (Anne Carrière, 2010). Originaire de Picardie, il vit à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Et si c’était au tour des parents de se rebeller ?
« Un père en colère » : la révolte d’un homme dépassé par le comportement de ses enfants. Sa lutte pour reconstruire sa famille et renouer avec sa femme. Son cri pour raviver la tendresse dans le cœur de ses deux adolescents en dérive.
Une fiction à l’intrigue implacable, qui ne triche pas avec la réalité et qui creuse au fond de notre époque pour en extraire la voie de l’espérance.

Mon avis :
Stéphane, 48 ans, se rend à Saugny, une banlieue difficile où vivent sa femme et ses deux enfants. Nathalie l’a appelé au secours. Fred et Léa, les deux enfants envahissent la maison avec leurs copains dealers.

«  on ne devrait jamais héberger en soi ces pensées terribles sur ses propres enfants, se dit-il. Mais comment accepter ce que Fred et Léa font subir à leur mère ? Comment accepter qu’ils l’aient manipulée au point qu’un mur de photos soit devenu le seul miroir où elle puisse se regarder. »

Lorsque Nathalie se retrouve dans le coma alors que sa voiture a percuté un mur de plein fouet, Stéphane explose. Son cri de colère, il le lance sur un blog. Il dénonce la responsabilité de ses enfants, drogués et dealers.Ces premiers échanges lui font du bien mais très vite, il s’épanche un peu trop. Lorsque les médias s’accaparent de son histoire, toute la famille se retrouve en danger.

L’auteur met ainsi en exergue la lâcheté de la société face à la ghettoïsation,  les dangers de la médiatisation, les abus des patrons et l’abandon d’une éducation basée sur la fixation de limites.

Certes, la vision de cette société dénaturée est un tantinet partiale et classique. Une génération d’après-guerre qui s’est laissée vivre et en a oublié la rigueur nécessaire à l’éducation des enfants. Des écoles envahies par de jeunes étrangers qui sèment la peur parmi les sages collégiens et lycéens, des professeurs qui préfèrent ne rien voir par peur des représailles et des proviseurs qui craignent la mauvaise réputation. La tentation de l’argent facile pour ces jeunes désabusés par la mauvaise situation économique.

Les enfants de Stéphane ont préféré basculer du côté de la bande des « Gremlins », seul moyen d’éviter les moqueries et coups.

 » Je pense qu’entre être une victime et un bourreau, Fred a fait le choix de manière ultime, radicale, et sans limites. Sans doute qu’il s’est dit que c’était la meilleure façon d’aider sa sœur. »

Nathalie, professeur à Saugny, voulait aider ces jeunes en difficulté et rester sur place pour ne pas être lâche comme les autres. Mais elle ne verra pas la détresse de ses propres enfants.

Pour ne pas tirer de généralités, l’auteur évoque le contre exemple de Kamel, un enfant de la cité qui est en classe préparatoire et qui intégrera Centrale Lyon.

Cette démonstration est très bien construite avec la découverte progressive de ce qui a amené deux adolescents à se détruire et à briser une famille. Le style est très simple, donnant plutôt au récit un aspect de reportage. Même si les constats sont un peu faciles, les dénoncer dans une situation personnelle et concrète leur donne davantage de poids et d’émotion.

Je remercie les Editions Max Milo pour la lecture de ce roman.

Sur le même thème, vous aimerez peut-être, Fleur de béton de Wilfried N’Sonde.

Froid mortel – Johan Theorin

theorinTitre : Froid mortel
Auteur : Johan Theorin
Traducteur : Rémi Cassaigne
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 448
Date de parution : février 2013

Auteur :
Né en 1963 à Göteborg, ancien journaliste, Johan Theorin est l’auteur de trois thrillers parus chez Albin Michel – L’heure trouble (2009), L’Echo des morts (2010) et Le Sang des pierres (2011) – tous Nº 1 sur la liste des best-sellers en Suède.
Prix du meilleur roman policier suédois pour L’Heure trouble, il a aussi reçu le prestigieux prix anglais International Dagger Award pour L’Echo des morts.

Présentation de l’éditeur :

Il y a pire qu’être enfermé dans la Clinique…
… ne pas pouvoir y pénétrer.

Une école. Un centre de détention psychiatrique. Entre les deux, un couloir souterrain… que les enfants franchissent régulièrement pour rendre visite à leur parent interné. Jan Hauger, qui a réussi à se faire embaucher au sein de ce dispositif expérimental étroitement surveillé, ne rate pas une occasion d’être leur accompagnateur. Mais que cherche-t-il ? Et que se passe-t-il réellement dans les sous-sols obscurs et labyrinthiques de la clinique ? Irrésistiblement attiré par des criminels dangereux et des malades incurables, ne risque-t-il pas de passer définitivement de l’autre côté ?
Virtuose des climats troubles et envoûtants, Johan Theorin remonte le fil d’un passé lourd de secrets. Un thriller sombre, machiavélique et implacable.

Mon avis :
Froid mortel est avant tout un thriller psychologique puisque l’auteur base le suspense sur l’ambiguïté des personnages et surtout sur celle de Jan, professeur de maternelle.

Jan vient de se faire embaucher à la maternelle qui jouxte le centre de détention psychiatrique Sainte Barbe, plus communément appelée  » Sainte-Barge » car on y « traite » de dangereux malades complètement isolés du monde extérieur, comme Ivan Rössel un célèbre tueur en série. Pour adoucir ce traitement, quelques pensionnaires peuvent parler à leurs enfants qui se trouvent dans cette maternelle expérimentale.

Car le fil conducteur principal du roman est l’enfance. Comprendre comment elle peut perturber une vie, comment elle peut être traumatisante, comment chacun doit la protéger.

Lors de son entretien d’embauche, il est évident que Jan souhaite cacher un point crucial de son passé. Mais lorsqu’il est au contact des enfants, il semble les aimer et savoir se faire aimer d’eux.

Ses zones d’ombre, il les transcrit dans une bande dessinée qu’il écrit depuis plusieurs années, Le Farouche et la bande des quatre. En alternant les chapitres sur son nouveau travail et sur son passé, Jan va dévoiler ce que représente ces personnages de bande dessinée et qui est la mystérieuse Rami qu’il souhaite contacter dans l’antre si bien fermée de Sainte-Barge.

Pour mieux tisser l’intrigue, l’auteur densifie aussi le mystère autour des autres personnages. Ses collègues, Lilian et Hanna, cachent des secrets, l’une sous l’alcool et l’autre sous une froideur énigmatique. Leurs objectifs secrets vont s’allier avec la complicité de surveillants de l’hôpital.

« Si on part chercher quelqu’un qui s’est perdu dans la forêt, on peut très bien s’y perdre à son tour. »

Qui se perdra dans les sous-sols de Sainte-Barge?

L’auteur brouille les pistes et nous réserve un dénouement inattendu à la hauteur du mystère de ses personnages. Il me semble toutefois que la fin souffre d’un raccourci un peu rapide avec un Ivan Rössel peu crédible.

Je n’ai pas lu les précédents romans de Johan Théorin qui apparemment étaient « des histoires policières plus complexes ». L’auteur tente ici une approche plus psychologique qui est parvenue à capter mon intérêt, sans toutefois me faire frissonner. Mais cela correspond davantage à ce que je recherche dans un roman policier.

Je remercie La librairie Chapitre d’Orléans qui m’a prêté ce livre dans le cadre du Club de Lecture.

polars


Cherchez la femme – Alice Ferney

ferneyTitre : Cherchez la femme
Auteur : Alice Ferney
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 550

Date de parution : mars 2013

Auteur :
Alice Ferney, est un écrivain français née en 1961 à Paris.
Elle  a été maître de conférences à l’Université d’Orléans.
Ses thèmes principaux sont la féminité, la différence des sexes, la maternité et le sentiment amoureux.

Présentation de l’éditeur :
Étude de caractères, portrait minutieux, autopsie exhaustive d’un mari occupé de lui-même et d’une épouse qui veut franchir les turbulences, le nouveau roman d’Alice Ferney passe au tamis d’une écriture indiscrète et addictive les heurs et malheurs de la biosphère conjugale.

Mon avis :

 » Serge avait choisi une femme solide et contre elle il s’était brisé. »

L’issue d’une relation amoureuse est-elle prédéterminée ? C’est ce que s’applique à démontrer Alice Ferney dans son dernier roman  Cherchez la femme.
Elle dissèque avec opiniâtreté, parfois répétition pour mieux asseoir sa démonstration.
Nos actes sont le reflet de notre caractère, lui-même façonné par nos origines, notre éducation.
Pour cela, elle remonte sur plusieurs générations. Les premiers chapitres sont consacrés à l’histoire de Vladimir et Nina, les parents de Serge. Vladimir a perdu sa mère très jeune. Lorsqu’à 26 ans, il rencontre la jeune Nina, il voit en elle une future mère.

 » Je veux que tu sois la mère de mes enfants. Il oubliait, par la force de sa quête, qu’il disait cela à une fille de quinze ans et demi. »

Nina, élevée par sa grand-mère, réfugiée russe en mal d’enfant, ne vit pas chez ses parents. Son père, mineur, est alcoolique et sa mère est trop faible pour reprendre sa fille à l’autorité de la grand-père. Vladimir, ingénieur des Mines, est une opportunité pour sortir de son  milieu.
Trop jeune pour être mère, Nina regrettera bien vite ses ambitions bafouées et reportera ses envies de succès sur Serge, enfant doué et loué.
Serge et Jean, son frère vont grandir au milieu des cris et reproches de Nina, subissant les déménagements successifs liés au métier de Vladimir. Serge est intelligent, sportif et l’adulation de sa mère renforce son besoin de paraître, d’être mis en lumière, d’être reconnu.
Quand il rencontre la belle Marianne, fille d’une famille bourgeoise parisienne, il sait que l’aura de cette femme lui permettra d’être remarqué. Commence alors le récit de cette union face aux exigences des vies professionnelles, personnelles et contraintes des familles de Serge et de Marianne.

Marianne est le seul personnage qui fait l’effort de parler (peut-être un peu trop), de comprendre. Mais face à l’ambition de Serge, à la superficialité de ses motivations, elle peine à sauver leur famille composée maintenant de trois enfants. Son succès professionnel, son assurance mettent en exergue les failles de Serge, sans qu’elle s’en rende vraiment compte.

Derrière cette analyse psychologique très fine, cette dissection à la loupe de chaque comportement des différents personnages, il y a une réelle histoire de familles, de couples. Grâce au style simple et clair, au mélange subtil d’analyse et d’histoire, j’ai traversé ce long roman avec une réelle envie de connaître l’issue de ces couples.
Certains pourront se lasser de cette analyse trop poussée, mais personnellement, j’ai apprécié ce regard presque clinique de l’auteur sur le couple et la vie. Parce que nous les connaissons presque intimement, les personnages sont riches et attachants. Vous éprouverez peut-être de la peine ou de la haine pour Nina, cette trop jeune mère « si soucieuse de faire impression qu’elle en oubliait d’exister« . Vous aurez envie de jeter Serge, cet enfant adulé devenu un ambitieux superficiel et indifférent. Vous serez agacé par Marianne « droguée qui réclamait sa dose de Serge« . Et vous aurez envie de savoir si leurs destins étaient effectivement déterminés par leur éducation.
Et vous apprécierez cette magnifique photo de couverture de Norman Parkinson, célèbre photographe anglais, notamment pour Vogue.

Je remercie Actes Sud pour la lecture de ce roman richement construit, prenant et foisonnant.

plume