Gare à Lou! – Jean Teulé

Titre : Gare à Lou!
Auteur : Jean Teulé
Éditeur :Julliard
Nombre de pages : 192
Date de parution :7 mars 2019

 

Jean Teulé nous a habitués aux atmosphères étranges, souvent puisées dans les récits historiques ( Charly 9, Fleur de Tonnerre, Entrez dans la danse )
Cette fois, il construit un monde futuriste, imaginaire un peu glauque où les immeubles sont si hauts qu’on les appellent les écorche-cieux.
Lou et sa mère vivent au 276e étage de la tour de l’Incendie. Plus on est misérable, plus on vit dans les hauteurs.
La mère de Lou, fine, blonde, ravissante vient d’acquérir un animal bizarre à la charnière entre deux mondes. Est-ce lui qui donne un étrange pouvoir à Lou, cette gamine complexée, humiliée dans son école?

 » Je voudrais que tu tombes dans l’escalier. » pense-t-elle pour se venger d’un garçon qui se moque d’elle une fois de plus. Et cela arrive!

A plusieurs reprises, au bar des Sanglots, chez elle, ses souhaits se réalisent, même à distance.
Hannibal Zhan Shu, président hypocondriaque, a vite connaissance de ce phénomène. Il envoie ses trois chefs de guerre capturer la petite fille qui deviendra une belle arme de guerre contre les peuples voisins.

Jean Teulé part dans une histoire rocambolesque où, certes l’univers est bien choisi, mais le scénario bien trop abracadabrant pour moi. Je n’ai pas réussi à suivre l’auteur dans cet univers. Jean Teulé dit souvent qu’en écrivant, il veut avant tout se faire plaisir, s’amuser. Cette fois, ce sera sans moi.

Des larmes sous la pluie – Rosa Montero

monteroTitre : Des larmes sous la pluie
Auteur : Rosa Montero
Traducteur : Myriam Chirousse
Editeur : Métailié
Bibliothèque Hispanique
Nombre de pages : 402
Date de parution :janvier 2013

Auteur :
Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle travaille au journal El Pais.
Elle est l’auteur de romans à grand succès traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (Prix Primavera et best-seller en Espagne), Le Roi transparent et Instructions pour sauver le monde. 

Présentation de l’éditeur :
Etats-Unis de la Terre, 2109. Les réplicants meurent dans des crises de folie meurtrière tandis qu’une main anonyme corrige les Archives Centrales de la Terre pour instrumentaliser l’histoire de l’humanité. Bruna Husky, une réplicante guerrière, seule et inadaptée, décide de comprendre ce qui se passe et mène une enquête à la fois sur les meurtres et sur elle-même. Aux prises avec le compte à rebours de sa mort programmée, elle n’a d’alliés que marginaux ou aliens dans ce tourbillon répressif, vertige
paranoïaque, qui emporte la société. Rosa Montero choisit un avenir lointain, hérité de Philip K Dick et de Blade Runner, pour nous parler de ce qui fait notre humanité, la certitude de notre
mort et de celle de ceux que nous aimons. Ses personnages sont des survivants qui s’accrochent à la morale politique, à l’éthique individuelle, à l’amitié et à l’amour. Elle construit pour nous
un futur cohérent, une intrigue prenante qui nous touche et nous fait réfléchir. Elle écrit avec passion et humour, des outils essentiels pour comprendre le monde.

Mon avis :
Des larmes sous la pluie est un mélange de science fiction et d’enquête policière. L’auteur s’est inspiré du monde de Blade Runner. L’héroïne, Bruna Husky, est une réplicante de combat ou techno-humaine. Ces êtres semblables à l’homme ont été créés par les humains pour effectuer les missions dangereuses. Ils ont une durée de vie limitée et possèdent une mémoire implantée composée de 500 souvenirs écrits par des mémoristes.
L’auteur insère intelligemment des extraits d’archives pour nous expliquer l’évolution du monde de nos jours à l’époque du récit en 2109. On y apprend tout sur les différents habitants des États Unis de la Terre et de la galaxie puisque que des extra-terrestres vivent sur des mondes flottants.
J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur insère dans ce monde futuriste des détails très humains et des valeurs de notre époque. Il est amusant de retrouver par exemple les grèves de transport, le goût pour le vin ou les rivalités entre clans politiques. On y trouve aussi les dérives potentielles des risques environnementaux actuels avec la vente d’air purifié, la douche de vapeur. Les fractures sociales et le sectarisme sont très présents et amplifiés par les différents espèces cohabitantes.
Mais, j’ai apprécié l’humanité de Bruna, sensible à cette mort programmée des techno-humains, à l’amour ou l’amitié, à cette douleur de ne pas avoir de vraie famille mais seulement des souvenirs fabriqués.
L’enquête est elle aussi redoutable car chaque personne côtoyée par Bruna est susceptible de mener un double jeu. Manipulation, infiltration, complot politique, il devient complexe de savoir qui est à l’origine de ces meurtres de réplicants.
La détective Bruna devient vite un personnage très attachant, ce qui est un tour de force dans ce monde étrange.
La science fiction n’est pas vraiment mon domaine préféré mais j’ai aimé le personnage et la vision futuriste de cette humanité toujours perturbée par cette échéance de la mort.
Même si dans ce genre, j’ai préféré le dernier roman de Somoza, L’appât, peut-être plus imaginatif et plus angoissant, j’ai ici beaucoup apprécié les personnages et la projection des défis actuels dans ce monde du futur.

Je remercie babelio et les Éditions Métailié pour l’attribution de ce livre lors de la dernière opération de Masse critique.

plume   bac

 

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L’appât – José carlos Somoza

somoza1Titre : L’appât
Auteur : José Carlos Somoza
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 409
Date de parution : octobre 2011

Résumé :
Fini les détectives, les policiers, les médecins légistes. Place aux ordinateurs, aux profileurs, aux appâts et… à
Shakespeare. L’élite du “dispositif ” est à la manœuvre pour traquer l’insaisissable “Spectateur” qui terrorise Madrid. Où Somoza atteint l’apogée de sa folie et de son art. Génie absolu qui a traversé les siècles ou acteur inculte, presque illettré, usurier, ivrogne ? L’aura de mystère qui entoure Shakespeare repose sur les doctrines occultes qui étayent son théâtre et pose la satisfaction du désir à l’épicentre de notre construction psychologique. Les services de police et de renseignements de Madrid l’ont bien compris, qui dans ce futur proche où la technologie de pointe n’est plus d’aucun recours dans la traque des assassins, consacrent de colossaux moyens financiers et humains à décrypter ces codes élisabéthains. Un centre de formation a été spécialement créé pour initier les agents aux techniques des “Masques” : déterminer à quelle source de plaisir réagit le suspect et le neutraliser par la mise en scène idoine qui lui procure une véritable overdose du seul plaisir auquel il ne peut résister. Ces agents s’appellent “les appâts” et parmi eux, Diana Blanco est le meilleur élément. Lorsqu’elle découvre que sa sœur, qui a choisi d’embrasser la même profession, vient d’être enlevée par le Spectateur, un dangereux psychopathe qui terrorise la ville, elle mène une lutte contre la montre qui la conduira directement jusqu’à l’antre du monstre. C’est du moins ce qu’elle croit. Subversif, inquiétant, inventif, subtil, J. C. Somoza est ici à l’apogée de son art.

Mon avis :
Il y a quelque temps, je disais que l’uchronie n’était pas mon style de lecture.Et pourtant, je viens d’en lire et surtout de l’apprécier au travers de ce roman de José Carlos Somoza. Il faut dire que cet écrivain est un maître en matière de fantastique romanesque.
Tout commence par la passion de l’auteur pour le théâtre de Shakespeare. Le roman est d’ailleurs divisé en actes et s’inspire de nombreuses pièces de l’auteur anglais. Chaque pièce inspire un comportement humain, un masque, un psynome.
Le début du roman est un peu ésotérique tant que l’on n’a pas intégré les différentes notions.
 » D’après cette théorie (psynome), ce que nous sommes, pensons et faisons dépend exclusivement de notre désir, et nous exprimons ce désir à chaque fraction de seconde par les gestes, les mouvements des yeux, la voix… »
« Le psynome serait donc une sorte de code de notre désir. »
 » les sujets de la même philia réagissent de la même façon devant des stimulations semblables.On entraîne les appâts à identifier les philias. »
 » le monde ne serait qu’un théâtre. »
 » Il disait que Shakespeare avait décrit tous les psynomes dans ses oeuvres.
 »
Ainsi, à la suite des attentats du 9 Novembre en Europe, les chefs de la Psychologie criminelle ont eu l’idée de recruter des appâts et de les entraîner à la recherche de dangereux criminels.
Diana Blanco, l’une des meilleures appâts va se lancer sur la piste du Spectateur, un tueur en série de femmes et de l’Empoisonneur. Elle s’investit pleinement lorsqu’elle craint pour la vie de sa jeune soeur, appât débutant.
La construction est celle  d’un roman policier avec du suspens, des rebondissements (peut-être un peu trop en fin de livre), une angoisse quelque fois insoutenable, des scènes macabres. Mais, bien au-delà de l’enquête, il y a l’analyse de comportements humains. Diana a connu un drame familial traumatisant qui définit sa conduite.
L’auteur est aussi psychiatre et il nous illustre ici, le pouvoir de l’esprit, le monde de la manipulation. Il nous fait réfléchir sur les  pouvoirs de la  science, l’exploitation d’êtres humains au service de la police ou de la Politique.
C’est un roman époustouflant qui pousse notre esprit vers les régions fantastiques du pouvoir humain.
Les références permanentes aux œuvres de Shakespeare m’ont donné une cruelle envie de lire les différentes pièces citées et de découvrir ces caractères humains. J’ai un peu honte d’avouer que je n’ai jamais lu Shakespeare.
J’avais déjà apprécié La clé de l’abîme  et je continuerai à lire José Carlos Somoza pour son imagination
fertile, sa maîtrise des intrigues et pour ses personnages ambigus et énigmatiques.

La ballade de Lila K – Blandine Le Callet

Le CalletTitre : La ballade de Lila K
Auteur : Blandine Le Callet
Editeur : Stock
Nombre de pages : 400

Auteur:
Blandine Le Callet est née en 1969. Elle est maître de conférences à l’université Paris-XII et poursuit des recherches en philosophie ancienne et littérature latine sur les monstres dans la Rome antique (elle a publié un essai, Rome et ses monstres, paru en 2005 aux éditions J. Millon). Elle habite en région parisienne. 
Son premier roman, Une pièce montée, a remporté un grand succès auprès de la critique et du public en 2006. Il a reçu le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2007.

Résumé:
La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge. 
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. 
Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité. 
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste
neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore… Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

Mon avis:
L’histoire se passe en 2016 près de Paris. Les gardes sont des automates et les subalternes des chimères, les règles de vie sont étonnantes. Mais ce roman d’anticipation n’est pas si loin de l’actualité. Lila est meurtrie par le souvenir fugace d’une enfance difficile. Élevée dans un placard par une mère qui ne peut plus vivre dignement, Lila est devenue une enfant sauvage. Prise en charge par le Centre, elle va se reconstruire grâce à l’aide de Monsieur Kauffmann, puis de Fernand. Son ambition est de sortir pour enfin retrouver sa mère et comprendre son enfance.
J’ai perçu dans ce roman le clivage accentué entre l’Intra-muros et la Zone, une banlieue de plus en plus misérable. Les grammabook ont remplacé les livres papiers, interdits par esprit de censure.Voilà quelques dérives de notre société que l’on peut facilement entrevoir de nos jours.
Mais il reste les sentiments et c’est ce qui donnera à Lila, la force de continuer après avoir découvert le destin de sa mère.
Son amour pour Milo, un résistant aux règles du Ministère, lui donnera la force de faire semblant et de continuer.
J’ai vraiment beaucoup apprécié ce roman qui se base sur une idée originale, bien construite et qui laisse une part très large aux sentiments
.
J’avais déjà beaucoup aimé Une pièce montée du même auteur et contrairement à certaines critiques que j’ai pu lire, je pense que celui-ci est largement aussi réussi.

 

La clé de l’abîme – José Carlos Somoza

somozaTitre : La clé de l’abîme
Auteur: José Carlos Somoza
Editeur : ACTES SUD
Nombre de pages : 380

Résumé:
Puissant, immense, tout de verre et d’acier, le Grand Train de 7h45 vient de s’ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge sang aux pieds d’un passager. Pour déjouer l’attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui susurre quelques mots à l’oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d’un effroyable secret : l’emplacement de la « Clé » qui pourrait détuire Dieu, détruire surtout la crainte qu’il inspire aux hommes.
Flatté, menacé ou manipulé par deux bandes rivales qui se disputent cette boîte de Pandore, Daniel s’immerge dans un univers peuplé d’ombres, traverse des ténèbres et affronte des mythes et des divinités archaïques. Tels Verne, Stevenson ou Lovecraft, José Carlos Somoza conduit ce thriller futuriste vers des terres inexplorées, des continents entourés de marais, des océans contenus dans des cercueils de verre, orchestrant l’éternelle bataille, ici magistralement renouvelée, entre les méandres de la foi, on revient riche d’une seule certitude : ce « pour ou contre » Dieu qui a forgé notre conscience d’être au monde, cette croyance ou ce déni qui règlent nos vies, il faudra admettre qu’ils ne reposent sur la seule puissance fabulatrice des hommes. Un postulat bâti sur une légende !

Mon avis :
J’ai beaucoup apprécié l’idée générale de ce livre. C’est une quête humaine de la « clé de l’abîme », objet qui peut permettre de détruire Dieu et de s’affranchir ainsi de la peur.
Le scénario est parfaitement conçu puisque l’histoire se déroule dans le futur après qu’un météorite ait percuté la planète (chute de la couleur). Des hommes se sont réfugiés dans une arche pour n’en ressortir que des années plus tard, après les radiations.
Mais cet univers est peuplé d’hommes biologiques et de conception.
Quelle seront leurs croyances et leurs illusions?
Le personnage de Daniel Keane est attachant car il conserve une humanité, il éprouve un amour profond pour sa famille. c’est ce sentiment qui le pousse en permanence dans l’aventure.
Par contre, n’étant pas une adepte de livre de science fiction et particulièrement de LOVECRAFT, j’ai eu beaucoup de difficulté à visualiser les personnages et les combats. j’ai trouvé cette lecture assez difficile car les esprits peuvent investir des corps et changer leur personnalité. Si bien que les alliés se retrouvent suspectés successivement et l’on ne sait toujours pas très bien reconnaître les personnages.
Toutefois, les idées sont très intéressantes. L’auteur suggère effectivement que, des siècles plus tard, un peuple peut croire ce qu’ a écrit  un auteur et son texte peut devenir un livre saint, ses idées deviennent une croyance.
Il y a aussi une réelle réflexion sur la vérité, la croyance et l’avenir du monde.
 » Les historiens affirment qu’en des temps très lointains, il y avait des poètes qui écrivaient des mensonges pour le plaisir des lecteurs… »
« Si tu as une illusion, tu dois essayer de la faire durer jusqu’à ta mort, car ce sera pour toi une forme de vérité. J’ai cette illusion, et je veux qu’elle dure jusqu’à ma mort. »