Ne préfère pas le sang à l’eau – Céline Lapertot

TItre : Ne préfère pas le sang à l’eau
Auteur : Céline Lapertot
Editeur : Viviane Hamy
Nombre de pages : 144
Date de parution : 2018

Il m’a fallu attendre son troisième roman pour découvrir cette jeune auteure, professeur de français à Strasbourg. Belle découverte! J’aime d’emblée son écriture incantatoire, son sens de la tragédie et son regard lucide sur les problèmes actuels de société.

Rien de tel pour ouvrir les yeux que de s’inscrire dans un roman d’anticipation, de travailler ses personnages au plus près en les icônisant, de fondre ses messages dans une fable bien construite, à la fois concise et profonde.

Tout commence avec le mouvement et le désir. Trois cent « nez-verts » assoiffés arrivent à Cartmandua, avec dans le coeur «  Cet espoir immense en la chance d’un autre destin, d’une opportunité, où tout sera aussi facile que le fait de tourner le robinet d’eau froide. Et boire. »

Mais le village tombe sous la dictature de Ragazzini, faisant exploser la citerne qui trônait  comme un trophée de nantis. Installés dans leur confort, personne, hormis Pia, la mère de Thiego, n’a rien vu venir. 

«  On n’écoute pas quand on est trop confortable dans son bien-être. »

Le corps noyé de la jeune Karole, qui avait tant chéri la citerne à son arrivée symbolise la perte de tout espoir. Morte par ce qui devait la sauver. Les images sont fortes pour dénoncer l’inhumanité.

En alternance, nous découvrons Thiego dans la prison de Cartmandua. Le jour de l’explosion de la citerne, il avait appris la maladie de sa mère et décidé de combattre l’injustice avec ses armes, les mots. Dans la tête de Thiego passent toutes les difficultés de la vie en prison, le manque, les regrets, les amitiés et les trahisons. Il résiste en pensant aux mots des livres, aux mots qu’il taguait sur les murs. Il survit en pensant à sa femme, en écrivant son nom sur les murs de sa prison. 

«  Il en aura fallu du sang pour qu’on comprenne que l’eau ça se partage. »

Avec ce roman d’anticipation, Céline Lapertot traduit remarquablement l’espoir et la peur des migrants, l’égoïsme des nantis. La force des mots évoque des images choc, symboliques. Le regard sur notre société est percutant, intelligemment glissé dans cette fable aux personnages d’une grande sensibilité.

 

Je remercie la Librairie Dialogues pour cette lecture de ce superbe roman.

Le clan suspendu – Etienne Guéreau

guereauTitre : Le clan suspendu
Auteur : Étienne Guéreau
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 480
Date de parution : 21 août 2014

Auteur :
Le clan suspendu est le premier roman de ce jeune auteur musicien.
Né à Vannes en 1977, Etienne Guéreau grandit essentiellement à Paris et en région parisienne. Inscrit très jeune au conservatoire, il découvre le répertoire classique, mais aussi le jazz qu’il étudie dans une école privée.
Aujourd’hui, Étienne Guéreau partage son temps entre l’écriture, la scène et l’enseignement.

Voir son site : Etienne Guéreau

Présentation de l’éditeur :
Un clan haut perché dans les bois. Un ennemi étrange. Seule une jeune fille osera désobéir afin d’échapper à son destin.
Ismène vit parmi les siens, dans un village accroché à dix mètres de hauteur. Tous pratiquent des rites immuables et répètent inlassablement Antigone, la tragédie qu’il leur faut connaître sur le bout des doigts.
Descendre leur est interdit, car en bas une créature sanguinaire massacre ceux qui s’aventurent sur son territoire…
Quand le jeune Hémon décide de contester l’ordre établi, tout bascule. Pour fuir cet univers oppressant et comprendre le sens profond de la tradition qui leur a été inculquée, Ismène va devoir percer le secret qui menace son clan.

Mon avis :
Le Suspend, une communauté dans les arbres où la vie s’organise avec une hiérarchie, des rituels et une peur maintenue du danger de la forêt d’en bas. Anne l’ogresse y capture et tue ceux qui descendent.
Seuls les Premiers, les anciens ont une mémoire de la vie d’avant ce qui crée leur pouvoir. Les enfants vivent dans le mythe avec pour seule connaissance la pièce d’Antigone.
Lorsque Gaspard, le chasseur commence à initier deux enfants à la chasse dans la forêt, Hémon le plus téméraire prend du pouvoir au détriment de Polynice, le fils du Premier.
Poussé par les Dieux auxquels il croit, Hémon s’oppose au Premier et se proclame roi par la ruse et la violence.
Ismène, jeune fille de douze ans plus intelligente et curieuse que les autres, convoitée par Hémon mais amoureuse de Polynice sera la seule à braver les démons pour tenter de comprendre le passé.
Envisager un retour aux sources pour s’éloigner d’une civilisation devenue dangereuse, maintenir un peuple dans la superstition et la peur pour mieux le diriger sont les fondements de ce conte inventé par Etienne Guéreau.
L’idée est intéressante, même si elle a été largement traitée, mais la démonstration me semble plate et parfois grotesque.
Ainsi sur le principe de l’oralité, des évènements anciens sont connus par la nouvelle génération par des expressions déformées comme l’Abel au Bois dormant.
Je ne suis assurément pas le bon lecteur pour ce roman qui est tout de même retenu dans les Talents 2014 de Cultura. La genèse de l’histoire me semble invraisemblable, son déroulement est une succession de clichés, le style m’a semblé très plat.
Seule l’idée sauve le livre à mes yeux.

« Le clan s’était bâti contre un mur de superstitions »

 » Un peuple peut-il survivre parmi les ruines de ses valeurs, se jucher sur des éboulis de croyances. »

J’ai lu le livre dans le cadre d’ « On vous lit tout, en partenariat avec Libfly et le Furet du Nord »

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