Treize jours – Roxane Gay

Titre : Treize jours
Auteur : Roxane Gay
Editeur : Denoël
Littérature américaine
Titre original : An untamed state
Traducteur : Santiago Artozqui
Nombre de pages : 475
Date de parution : 24 août 2017

«  Un roman brillant, choquant et qui laisse des marques longtemps après la dernière page. », cette accroche du Washington Post est plutôt bien adaptée.

Pour ce premier roman, Roxane Gay puise dans ses propres ressources donnant à ce récit une force et une analyse vraie assez exceptionnelles. L’auteur est américaine d’origine haïtienne et elle a été violée à l’âge de douze ans.

Mireille, d’origine haïtienne passe des vacances à Port-au-Prince chez ses parents devenus riches par la force de leur travail, avec son mari, Michael, un américain du Nebraska et leur bébé, Christophe. Lors d’une sortie, Mireille est sauvagement enlevée devant sa maison laissant son mari blessé et son fils choqué. Elle passera treize jours dans ce qu’elle appelle une cage, violée dès sa première rébellion par les sept hommes du gang puis détruite physiquement et moralement par Le Commandant et son acolyte alors que son père rechigne à payer la rançon. Inutile de vous dire que certaines scènes sont parfaitement violentes mais Roxane Gay a l’intelligence de nous emmener au-delà de cette sauvagerie.

Le récit est aussi la résistance hors du commun d’une femme qui plonge dans la douceur de ses souvenirs auprès d’un mari aimant, d’une vie équilibrée en Amérique, qui se protège en s’effaçant, en séparant la femme, la mère qu’elle était et l’objet qu’elle est devenue. Dans cette cage, elle assène en boucle «  Je n’étais personne ». «  Il n’y a rien que vous ne puissiez faire quand vous n’êtes personne. »

En évoquant le passé de Mireille, l’auteur nous donne les clés de compréhension de ce pays où la richesse de certains donnent des envies de vengeance aux laissé-pour-compte. Elle pose aussi les jalons d’une histoire, les éléments importants sur lesquels la phase de reconstruction s’appuier, notamment une relation difficile avec sa belle-mère.

Si la violence d’Haïti est mise en exergue, l’auteur laisse toutefois toute réflexion ouverte. Les parents de Mireille sont riches mais ils viennent de familles pauvres. Ils ont migré aux Etats-Unis pour se construire une nouvelle vie, connaissant aussi le racisme et les difficultés. Mireille est avocate et reste attachée à sa terre natale, «  endroit au monde à la fois si beau et si laid, si plein d’espoir et si désespéré »; elle la défend auprès de son mari, fermier américain.

«  Il y a trois Haïti, le pays que les Américains connaissent, le pays que les Haïtiens connaissent et le pays que je croyais connaître. »

«  Il n’y a aucune place pour ce genre de subtilités dans un pays où trop de personnes doivent se battre bec et ongles pour satisfaire leurs besoins et n’ont cependant rien à quoi se raccrocher. »

Le roman se construit en deux parties : le récit des treize jours de détention entrecoupé des souvenirs de Mireille puis la phase du choc traumatique lors de la libération et de la reconstruction, si toutefois elle est possible. La narratrice communique sa peur, ses errements, ses émotions avec une telle intensité que le lecteur semble le vivre dans sa chair.

Un roman qui ne peut laisser indifférent et qui vous poursuit par l’intensité des émotions de la narratrice et le regard sur un pays contrasté. Une plongée en apnée dans l’enfer d’une femme détruite par la violence de ses ravisseurs et l’égoïsme de son père.

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La délicatesse – Cyril Bonin

img_1578Titre : La délicatesse
D’après le roman de David Foenkinos
Auteur : Cyril Bonin
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 96
Date de parution : 4 novembre 2016

 
Nombreux sont ceux qui connaissent l’histoire de Nathalie, cette jeune femme meurtrie par l’accident mortel de son mari François que l’on suit dans son univers professionnel dans une entreprise suédoise, le temps de sa reconstruction. Certains ont lu le roman de David Foenkinos, d’autres ont vu l’adaptation cinématographique avec Audrey Tautou et François Damiens.
Pour suivre une tendance très actuelle, Cyril Bonin propose aujourd’hui son adaptation en bande dessinée. Une adaptation très juste qui se focalise sur les choses simples et délicates de cette histoire. A l’image d’Audrey Tautou, le personnage de Cyril Bonin a cette fragilité, ce regard touchant qui exprime toute son histoire.
 » En se tuant, il avait figé leur amour. Il les avait propulsé dans une éternité fixe. »

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Les expressions des visages m’ont toutefois semblé assez lisses tout au long des dessins. Je peine à voir le bonheur de Nathalie et François sur les premières pages, le regain de vitalité de Nathalie et le « sourire suédois » de Markus et la complicité de la grand-mère qui m’avait touchée dans le roman.

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Mais l’essentiel est présent, cette délicatesse qui illumine la rencontre de Nathalie et d’un Markus à l’air dépressif mais doté d’un humour si simple et charmant contre cette goujaterie du patron de Nathalie.

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Cyril Bonin réalise une bonne adaptation tout en simplicité, gentillesse et humour. Le dessinateur privilégie la douceur avec des teintes pastel, des expressions tendres, des textes simples ce qui correspond parfaitement à la délicatesse de ce roman aux nombreux prix littéraires!

Ceux qui ont aimé le roman auront plaisir à lire cette adaptation fidèle et soignée.

Bianca – Loulou Robert

RobertTitre : Bianca
Auteur : Loulou Robert
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 294
Date de parution: 4 février 2016

Quand je lis les critiques de la presse sur ce premier roman, tout tourne autour de Loulou Robert, cette jeune mannequin, fan de David Bowie, fille du journaliste d’investigation qui a dévoilé l’affaire Clearstream. Oui, elle est belle, jeune, intelligente et médiatisée. Tout cela m’éloignerait plutôt de son écriture. Cette fois, il ne fallait pas avoir de tels préjugés car ce premier roman est d’une grande lucidité et sensibilité.


Une tentative de suicide à seize ans conduit Bianca aux Primevères, un hôpital psychiatrique. Qu’est-ce qui pousse un adolescent à renoncer à la vie? La violence d’un père, les abus sexuels, la perte d’un être cher sont les raisons de Simon, Clara ou Jeff. Mais Bianca est-elle simplement une éponge qui absorbe tous les malheurs qu’elle rencontre? A-t-elle simplement un jour arrêter de manger à force de solitude et de tristesse?
 » Ce n’est pas nous qui sommes fous, c’est le monde qui est fou. Et si on est abîmés c’est parce qu’on s’en est aperçus. »
Les Pervenches, ce sont des activités obligatoires sur lesquelles les jeunes rechignent, la prison fenêtres condamnées, les soignants qui font semblant d’être heureux mais aussi la complicité avec les autres adolescents et le soutien du vieux Jeff.
Amitiés, amours adolescentes, espiègleries parfois dangereuses et surtout Jeff ( «  le film ne tiendrait pas sans lui« ) redonnent quelques couleurs de vie et quelques grammes à la sensible Bianca.
«  Il y a des gens comme ça qui vous rendent la pluie supportable, des parapluies du cœur. »
Jeff a lâché prise à la mort de sa fille. Après la dépression, c’est le cancer qui le ronge. Bianca, il ne veut pas la laisser partir. Il lui redonne la possibilité de lire, activité interdite par le psychiatre comme un refuge qui l’empêche d’avancer. Et surtout il lui donne des conseils de vie sans aucune morale  » Il faut vivre, c’est tout…Moi je te conseille de tout essayer, de tout aimer et d’être aimée. »
Aimer? Trouver celui qui, enfin, s’intéresse à vous, vous qui n’êtes rien pour personne.
«  C’est dangereux, l’amour, et tellement compliqué. Pourquoi on aime lui et pas un autre? C’est dur de raisonner. »
C’est peut-être la jeunesse de l’auteur qui lui donne une si jolie mémoire de ce qu’est l’adolescence. Cette période où les autres sont « chiants« , où l’on a l’impression d’être partout dans des cages, où l’amour usé des parents et tout ce qui se passe dans le monde ne vous donnent plus envie d’y croire.
Nul doute, avec des phrases courtes, simples, l’auteur va droit au but. Là où les adultes se perdent souvent dans le questionnement, l’introspection, Bianca explose de naturel. Sa sensibilité et son regard sur les autres la rendent fragile mais aussi belle et unique.
 » Pourquoi vouloir toujours chercher une raison à la tristesse. Justement, ce qui est triste, vraiment triste avec elle, c’est quand elle ne vient de nulle part. »

Un très beau premier roman sur l’adolescence.

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