Bianca – Loulou Robert

RobertTitre : Bianca
Auteur : Loulou Robert
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 294
Date de parution: 4 février 2016

Quand je lis les critiques de la presse sur ce premier roman, tout tourne autour de Loulou Robert, cette jeune mannequin, fan de David Bowie, fille du journaliste d’investigation qui a dévoilé l’affaire Clearstream. Oui, elle est belle, jeune, intelligente et médiatisée. Tout cela m’éloignerait plutôt de son écriture. Cette fois, il ne fallait pas avoir de tels préjugés car ce premier roman est d’une grande lucidité et sensibilité.


Une tentative de suicide à seize ans conduit Bianca aux Primevères, un hôpital psychiatrique. Qu’est-ce qui pousse un adolescent à renoncer à la vie? La violence d’un père, les abus sexuels, la perte d’un être cher sont les raisons de Simon, Clara ou Jeff. Mais Bianca est-elle simplement une éponge qui absorbe tous les malheurs qu’elle rencontre? A-t-elle simplement un jour arrêter de manger à force de solitude et de tristesse?
 » Ce n’est pas nous qui sommes fous, c’est le monde qui est fou. Et si on est abîmés c’est parce qu’on s’en est aperçus. »
Les Pervenches, ce sont des activités obligatoires sur lesquelles les jeunes rechignent, la prison fenêtres condamnées, les soignants qui font semblant d’être heureux mais aussi la complicité avec les autres adolescents et le soutien du vieux Jeff.
Amitiés, amours adolescentes, espiègleries parfois dangereuses et surtout Jeff ( «  le film ne tiendrait pas sans lui« ) redonnent quelques couleurs de vie et quelques grammes à la sensible Bianca.
«  Il y a des gens comme ça qui vous rendent la pluie supportable, des parapluies du cœur. »
Jeff a lâché prise à la mort de sa fille. Après la dépression, c’est le cancer qui le ronge. Bianca, il ne veut pas la laisser partir. Il lui redonne la possibilité de lire, activité interdite par le psychiatre comme un refuge qui l’empêche d’avancer. Et surtout il lui donne des conseils de vie sans aucune morale  » Il faut vivre, c’est tout…Moi je te conseille de tout essayer, de tout aimer et d’être aimée. »
Aimer? Trouver celui qui, enfin, s’intéresse à vous, vous qui n’êtes rien pour personne.
«  C’est dangereux, l’amour, et tellement compliqué. Pourquoi on aime lui et pas un autre? C’est dur de raisonner. »
C’est peut-être la jeunesse de l’auteur qui lui donne une si jolie mémoire de ce qu’est l’adolescence. Cette période où les autres sont « chiants« , où l’on a l’impression d’être partout dans des cages, où l’amour usé des parents et tout ce qui se passe dans le monde ne vous donnent plus envie d’y croire.
Nul doute, avec des phrases courtes, simples, l’auteur va droit au but. Là où les adultes se perdent souvent dans le questionnement, l’introspection, Bianca explose de naturel. Sa sensibilité et son regard sur les autres la rendent fragile mais aussi belle et unique.
 » Pourquoi vouloir toujours chercher une raison à la tristesse. Justement, ce qui est triste, vraiment triste avec elle, c’est quand elle ne vient de nulle part. »

Un très beau premier roman sur l’adolescence.

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Ne t’approche pas – Luana Lewis

LewisTitre : Ne t’approche pas
Auteur : Luana Lewis
Littérature anglaise
Titre original : Don’t stand so close
Traducteur : Perrine Chambon et Arnaud Baignot
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 320
Date de parution : 18 février 2016

Stella, psychologue trentenaire, vit recluse à Hilltop, vaste demeure de son mari, le Docteur Max Fisher, patron de la clinique psychiatrique de Grove Road.

 » Hilltop était son royaume, son château et sa prison. »

Alors que son mari est absent pour deux jours, quelqu’un sonne à sa porte en cette soirée où les routes sont coupées par les abondantes chutes de neige.
Entre la peur et la conscience qu’une personne puisse être en danger, Stella hésite à ouvrir. Blue Cunningham,  » mélange improbable d’adolescente boudeuse et de séductrice » se tient derrière la porte et souhaite absolument voir Max.
Le récit de cette rencontre à Hilltop se croise avec d’une part l’enquête deux ans plus tôt de Stella sur le comportement de Lawrence Simpson, père violent qui réclame la garde de sa fille contre sa femme alcoolique et des séances entre un psychiatre et une jeune patiente nymphomane.

Luana Lewis nous trouble en permanence avec les comportements de ses personnages. Vraie folie ou dépendance aux médicaments, fantasmes ou scènes réelles, protection ou manipulation, Stella est-elle schizophrène comme sa mère ?
 » Je prends des tas de médicaments. Ils m’aident à tenir. Ils ont arrêté les flash-back et les cauchemars. »
Qui ment, qui protège, qui manipule?
Au fil des trois récits, les liens se font, les faits expliquent l’agoraphobie de Stella mais l’ambiance reste en permanence tendue.

Luana Lewis est psychologue clinicienne ce qui lui donne une réelle légitimité dans la vraisemblance de ce scénario. Et ce premier roman est une belle réussite.

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Les pissenlits – Yasunari Kawabata

kawabataTitre : Les pissenlits
Auteur : Yasunari Kawabata
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 246
Date de parution : mars 2012

Auteur :
Né à Osaka en 1899. Prix Nobel de Littérature en 1968. Il publie son premier chef-d’oeuvre, La Danseuse d’Izu, en 1926. Kawabata s’est donné la mort en 1972.

Présentation de l’éditeur :
Ineko souffre d’une étrange maladie : des moments de cécité partielle qui l’empêche de voir tel objet, telle partie de son corps ou de celui de son amant Hisano. Sur le chemin du retour de l’hôpital psychiatrique où ils viennent de la faire enfermer, dans un paysage étincelant de pissenlits en fleur, la mère de la jeune
fille et Hisano poursuivent une conversation étrange : une ronde parolière semée de réminiscences, de questionnements saugrenus, de réflexions surréalistes. Inédit en France, ce roman inachevé dévoile une nouvelle facette de la virtuosité littéraire de Kawabata. On y retrouve le goût de l’ellipse et de l’ambiguïté inhérents à son univers, sur lequel plane ici encore le thème obsédant du désir et de la mort.

Mon avis :
Après avoir laissé Ineko à l’hôpital psychiatrique, Hisano et la mère d’Ineko ne peuvent se résoudre à s’éloigner. Leurs conversations permettent de prolonger l’attachement à cette jeune fille, fille et amante.
La majorité du récit est sous forme de dialogues. Les deux personnages se posent des questions sur la maladie étrange d’Ineko.
Comment a-elle commencé, quelle en est la cause? C’est l’occasion de raconter le passé, de s’interroger sur le sentiment de culpabilité, sur le rôle du destin. La mort brutale du père d’Ineko, un brave militaire brisé suite à la capitulation du Japon est-elle la cause de la maladie d’Ineko. Serait-ce arrivé sans la jalousie de la mère?
L’auteur montre aussi par les hallucinations successives de la mère qui croit voir un elfe, d’Hisano qui voit une souris blanche dans les herbes ou du père d’Ineko qui fut sauver du suicide par l’apparition d’une jeune fille, que la vision peut être trompeuse et que la folie guette chacun de nous.
Les japonais sont très sensibles aux perceptions visuelles et sonores. Ainsi, l’auteur insiste sur la beauté des fleurs (pissenlits, camélias), des oiseaux ( les aigrettes de la tombe de l’empereur Nintoku) et peut disserter longtemps sur la perception du son d’une cloche. Les dialogues peuvent ainsi paraître quelquefois oiseux.
Il ne faut pas lire ce livre si l’on attend à une histoire concrète. Déjà, c’est un roman inachevé et il s’agit davantage d’une réflexion sur la mémoire, le destin, l’origine de la folie.
J’ai beaucoup aimé la beauté du sentiment amoureux d’Hisano, son respect pour la mère d’Ineko et son besoin touchant de comprendre sa future femme en écoutant son passé.
Un très beau texte, tout en nuances qui m’incite à découvrir d’autres romans de ce grand auteur japonais.
Je remercie les Éditions Albin Michel qui m’ont proposé de découvrir ce texte inédit. C’est une occasion de
s’initier à la littérature japonaise, invitée d’honneur au  salon de livre de Paris 2012.