De l’ardeur – Justine Augier

Titre : De l’ardeur : histoire de Razan Zaitouneh avocate syrienne
Auteur : Justine Augier
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages: 320
Date de parution : septembre 2017

Comprendre un peu mieux ce pays meurtri qu’est la Syrie par le récit de l’engagement de Razan Zaitouneh, avocate syrienne enlevée à Douma en décembre 2013, voilà ce que j’attendais de ce document. Il ne faut jamais commencer un livre avec une attente précise.

Le portrait de Razan est assez bien développé. Née en Libye dans une famille de classe moyenne, conservatrice, moyennement religieuse, Razan, enfant, a beaucoup voyagé dans le monde arabe au gré des déplacements de sa famille. Razan a treize ans quand ses parents s’installent à Damas.
En juin 2000, à la mort de Hafez al-Hassad, au pouvoir depuis trente ans, son fils, Bachar reprend le pouvoir.
Avocate, journaliste, auteure, activiste, Razan commence par un stage dans un cabinet d’avocats où elle défend les prisonniers politiques. Très vite, cette blonde et frêle jeune femme crée l’Association syrienne des Droits de l’Homme.
«  Elle accumule la matière pour qu’un jour puisse s’écrire l’histoire de ceux que le pays fait taire. »

Témoignage nécessaire des exactions d’un régime. Arrestations, tortures, bombardements, usage des armes chimiques. Des organisations internationales qui semblent abandonner un peuple qui souffre.
Razan est décrite comme une boulimique de travail, une hyperactive un peu kitsch, aimant les chats, le café et les cigarettes. Elle est un leader reconnu des organisations internationales et des locaux mais souvent elle s’isole perdant parfois un peu de son crédit.
En défendant des valeurs occidentales, elle incarne ce qui est suspect. Mais, si elle force ses amis à quitter le pays, elle, tient à rester avec le peuple.

Vie souterraine, clandestinité, elle se fait finalement enlevée avec Wael, son mari, Samira Khalil ( la femme de l’écrivain syrien Yassin al-Haj Saleh) et Nazem dans le quartier de la Ghouta.
Régime de Bachar al-Hassad, armée de l’Islam, ennemis du régime, pas facile de juger.
Justine Augier décrit souvent des photos sur lesquelles figure Razan, j’aurais aimé les voir pour m’imprégner davantage du combat de cette femme qui est parfois ici présentée comme un personne froide, obsessionnelle. Les témoignages externes me semblent souvent plus concrets.

Document essentiel mais trop complexe, ambitieux. Il ne m’a pas permis, à moi, habitant de la « rive d’en face » de saisir clairement la situation.

Mais, aujourd’hui, les titres des journaux confirment que la situation dans La Ghouta, quartier à l’est de Damas, est toujours dramatique pour la population, «  Des gens meurent en silence. »

 Prix Renaudot Essai 2017, Lu dans le cadre du 

Charlotte – David Foenkinos

foenkinosTitre : Charlotte
Auteur : David Foenkinos
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 224
Date de parution : 21 août  2014

 

Auteur :
Romancier français né en 1974 à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.
Ce roman a obtenu les PRIX RENAUDOT 2014  et PRIX GONCOURT DES LYCÉENS 2014

Mon avis :
Lorsque David Foenkinos découvre l’oeuvre de Charlotte Salomon, avec Vie? Ou Théâtre?,  » une conversation entre les sensations. La peinture, les mots et la musique aussi. Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d’une vie abîmée. C’est le choix qui s’impose pour la recomposition du passé.« , il éprouve une vraie passion pour cette jeune femme.
Il enquête, part sur ses traces mais comment parler de Charlotte?
 » Alors, j’ai compris qu’il fallait en parler ainsi. »
Une phrase par ligne, c’est un style qui perturbe, qui bride l’émotion. Mais c’est le choix de l’auteur et il l’assume parfaitement jusqu’au bout de son récit. Alors certes, il y a de petites phrases un peu faciles, une limite à la description ou à la profondeur mais je suis parvenue à finalement en faire abstraction et à ressentir cette émotion pourtant retenue derrière la brièveté des phrases. J’y ai même trouvé des moments profonds comme l’arrestation du père, la colère du grand-père, la création de son œuvre ou la passion amoureuse pour Alfred ou Alexander.
Parler de la vie des juifs avant et pendant la seconde guerre mondiale est un sujet si largement traité qu’il faut trouver un biais, un style inédits pour susciter la découverte, l’intérêt. David Foenkinos a trouvé son personnage et son style.
 » Charlotte comprend tôt que les morts font partie de la vie. »
Née dans une famille où le suicide semble la seule issue, Charlotte oscille parfois entre la passion excessive et l’absence rêveuse. L’intérêt de ce roman est de ne pas se limiter aux rafles nazies et aux camps de concentration mais de nous toucher aussi sur l’ostracisme envers les juifs allemands avant la seconde guerre mondiale et surtout sur le destin de cette famille où le suicide semble la seule issue.
Souvent critiqué pour sa superficialité et son succès populaire, David Foenkinos a été largement décrié par la presse pour ce nouveau roman qui se voulait peut-être différent.
J’aurais effectivement préféré en savoir davantage sur l’œuvre de Charlotte Salomon et me serais par contre volontiers passée des incursions de l’auteur parti sur les traces de son héroïne mais je respecte cette volonté de l’auteur de rendre hommage à une artiste méconnue dans une forme originale.
J’ai découvert une artiste mais surtout une jeune femme passionnée au destin tragique perdue dans un monde où la folie n’est pas que familiale.

CharlotteSalomonPour aller plus loin au sujet de Charlotte Salomon, Les Éditions Le Tripode publieront en octobre 2015 Vie? ou Théâtre?, l’ intégralité de l’œuvre de la peintre allemande Charlotte Salomon. « Conçu dans une maquette de Margaret Gray, responsable de la section typographique de l’École Estienne, le livre constituera la première initiative mondiale de reproduction intégrale de  Vie ? ou Théâtre ? (près de 1600 gouaches et calques) ».


Lecture commune avec Nath, Ariane, et Lydie.
rentréeNew Pal 2015bac2015
orsec

Notre-Dame du Nil – Scholastique Mukasonga

mukasongaTitre : Notre-Dame du Nil
Auteur : Scholastique Mukasonga
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 222
Date de parution : mars 2012

Auteur :
Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda dans une famille appartenant à l’ethnie Tutsi. Elle vit et travaille actuellement en Basse-Normandie. 

Présentation de l’éditeur :
Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota  » ethnique  » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi. Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un  » vieux Blanc « , peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresques les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines de Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour la jeune vie de l’héroïne, et pour bien d’autres filles Prélude exemplaire au génocide rwandais, le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, fonctionne comme un microcosme existentiel fascinant de vérité, décrit d’une écriture directe et sans faille. Scholastique Mukasonga, rescapée du massacre des Tutsi, nous donne ici son premier roman, où des jeunes filles à mains nues tentent d’échapper à l’Histoire monstrueuse qui a décimé sa propre famille.

Mon avis :
Notre-dame du Nil est une école du Rwanda, perchée à l’écart du monde. Elle accueille les jeunes filles, de préférence Hutu, le peuple majoritaire pour en faire de futures femmes de personnalités. Les sœurs et pères de l’Eglise,  les professeurs belges et français leur apprennent morale, français et culture du monde.
Cette école se doit d’accueillir un quota de filles Tutsi, elles sont ici représentées par Veronica et Virginia.
L’histoire est avant tout l’initiation de jeunes filles qui découvrent la réalité de la vie. Si ce n’est qu’elles sont beaucoup plus naïves car élevées avec de nombreux tabous et des croyances populaires, notamment sur le pouvoir des sorciers. Le récit se porte successivement sur des anecdotes de différentes filles comme Frida, choisie par un ambassadeur, Véronica qui s’incarne dans la renaissance d’Isis auprès d’un colon blanc ou Godelive qui s’imagine partir en Belgique chez la reine Fabiola.
Mais ce qui soude l’ensemble de ces histoires, c’est la réalité du pays, avec notamment les prémisses de l’acharnement contre les Tutsi. Gloriosa est le symbole de cette rébellion. Jeune fille révolutionnaire, elle entraîne l’école dans la révolte contre les Tutsi.
L’auteur parvient ainsi à créer un environnement émotionnel et à sensibiliser le lecteur sur ce futur génocide. Car, un écrivain ne peut pas aborder un tel sujet de front et la vie quotidienne des filles de Notre Dame du Nil permet de brosser une vision réaliste de ce pays dirigé par les militaires Hutu et guidé par le roi de Belges.
Derrière les différents récits, j’ai apprécié de découvrir les croyances d’un peuple, sa manière de vivre et d’être sensibilisée au martyr des Tutsi.
Scolastique Mukasonga écrit ainsi un livre agréable à lire, mais surtout fondamental pour le témoignage d’un peuple.
J’ai lu ce livre dans le cadre du Prix Océans.

océans  plume