La femme aux cheveux roux – Orhan Pamuk

Titre : La femme aux cheveux roux
Auteur : Orhan Pamuk
Littérature turque
Titre original : Kirmizi saçli kadin
Traducteur : Valérie Gay-Aksoy
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 304
Date de parution : 14 mars 2019

Première lecture d’Orhan Pamuk,écrivain turc, Prix Nobel de Littérature en 2006. Et je ne m’arrêterai sûrement pas là.

Ce magnifique récit en trois parties sur les relations père/fils tisse sa trame autour des mythes légendaires que le premier narrateur, Cem, découvre dans les livres anciens.

Enfant, Cem, voulait devenir écrivain. lorsque son père, pharmacien et anarchiste, quitte le foyer, Cem doit travailler pour payer ses droits d’inscription à l’université de Besiktas.
En 1985, l’adolescent travaille dans une librairie où il découvre l’histoire d’Oreste qui tua son père, épousa sa mère et finit par se crever les yeux.
Maître Mahmut, un puisatier qui repère l’intérêt du jeune homme pour son travail, lui propose de l’accompagner pour l’aider à forer un puits dans le village voisin d’Öngören. Chaque soir, sous les nuits étoilées, le puisatier conte des histoires souvent empruntées au Coran au jeune apprenti.

 » Dans la nuit noire et lugubre d’Öngören, vieux livres, légendes, images anciennes et antiques civilisations luisaient d’un éclat si lointain ...  »

Souvent, le soir, ils se rendent au village où Cem découvre le Chapiteau des légendes édifiantes et sa troupe de théâtre dont la femme aux cheveux roux. L’adolescent tombe immédiatement amoureux de cette femme de quinze ans son aînée. Un soir de représentation, il découvre la mise en scène de l’histoire d’un filicide.

Rentré à Gebze auprès de sa mère, Cem reste hanté par son admiration pour Mahmut, père de remplacement et son amour pour Gülcihan, la femme aux cheveux roux.

«  Nous avons tous plusieurs pères dans ce pays : la patrie, Dieu, les militaires, les chefs de la mafia…Personne ne peut survivre sans père ici. »

Devenu ingénieur géologue, marié à Ayse, Cem voyage beaucoup. Le couple ne peut pas avoir d’enfant, ils comblent ce manque en cherchant dans les bibliothèques, les musées, les témoignages sur le Livre des rois et l’histoire de Rostam et de son fils, Sohrâh.
Absence de père, absence de fils et ardeur d’en trouver d’autres de substitution. Cem et Ayse créent leur entreprise qu’ils baptisent Sohrâh.
Des calomnies contre son père, une exposition publicitaire trop fastueuse ramènent le passé à la surface, sur la route de Cem.

Ce roman puissant, superbement construit joue des mythes et légendes pour déteindre sur la vie des personnages en quête d’identité. Les liens tentaculaires, cycliques rendent envoûtant cette construction où les destins s’imbriquent. Cette figure de femme aux cheveux roux qui prend la parole en dernière partie donne de la flamboyance, de la majesté à cette histoire d’ adolescents en recherche de figure paternelle.
Ce grand roman possède tous les arguments pour figurer dans mes coups de cœur.

 

Beloved – Toni Morrison

morrisonTitre : Beloved
Auteur : Toni Morrison
Littérature américaine
Titre original : Beloved
Traducteur : Hortense Chabrier et Sylviane Rué
Éditeur : 10/18
Nombre de pages : 380
Date de parution : Mai 2008, première traduction française 1989, éditée chez Christian Bourgois

Auteur :
Toni Morrison est née en 1931 à Lorain (Ohio), dans une famille ouvrière de quatre enfants. Après L’oeil le plus bleu, elle publie en 1977 Le Chant de Salomon, couronné par le Grand Prix de la critique, qui remporte un énorme succès. Dix ans plus tard, elle reçoit le prix Pulitzer pour son cinquième roman : Beloved. Parce que « son art romanesque, caractérisé par une puissante imagination et une riche expressivité, brosse un tableau vivant d’une face essentielle de la réalité américaine », l’Académie de Stockholm lui a décerné, le 7 octobre 1993, le prix Nobel de littérature. Aujourd’hui retraitée de l’université de Princeton, Toni Morrison a été faite docteur honoris causa par l’université de Paris VII. Home est son dernier roman paru.

Présentation de l’éditeur :
Inspiré d’un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l’horreur et la folie d’un passé douloureux. Ancienne esclave, Sethe a tué l’enfant qu’elle chérissait au nom de l’amour et de la liberté, pour qu’elle échappe à un destin de servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable.
Loin de tous les clichés, Toni Morrison ranime la mémoire et transcende la douleur des opprimés. Prix Pulitzer en 1988, Beloved est un grand roman violent et bouleversant.

Mon avis :
La condition des esclaves noirs à la fin du XIXe siècle dans les États du Sud de l’Amérique ( notamment le Kentucky et la Géorgie) est au cœur de ce roman.
«  Ces blancs-là ont pris tout ce que j’avais ou rêvais d’avoir, disait-elle, et aussi, ils m’ont cassé les cordes du coeur. La seule malchance de ce monde, c’est les Blancs. »
Travail pénible dans les plantations du Kentucky, fers au pied dans les tranchées prison de Géorgie, mors aux dents qui vous donnait un sourire éternel, pendaison, crémation, lynchages, viols, utilisation des femmes à la reproduction de main d’œuvre bon marché, classement suivant des caractéristiques animales.
«  A la différence d’un serpent ou d’un ours, un nègre mort ne pouvait pas être écorché avec profit ni ne valait son propre poids mort en argent. »
Sethe rejoint Bon Abri, une ferme du Kentucky tenue par les Garner, des Blancs respectueux de leurs esclaves. Marié à quatorze ans à Halle, un esclave noir de la ferme, elle va souffrir dans son âme et sa chair lorsque Maitre d’Ecole vient seconder Madame Garner à la mort de son mari.
Elle parvient à faire fuir ses trois enfants puis à s’échapper après de nombreuses humiliations et violences vers l’Ohio où la famille s’installe à Bluestone Road, chez Baby Suggs, la mère de Halle, affranchie après avoir été rachetée par son fils contre des années de travail.
Ce semblant de liberté où l’on peut décider de ce que l’on fera de sa journée peut très vite se transformer lorsque les chasseurs d’esclaves surgissent dans la cour de la maison de Bluestone Road. Seule la mort peut sauver d’une vie d’esclave.
« Que si je ne l’avais pas tuée, elle serait morte et que je ne l’aurais pas supporté. »
Cette phrase bien étrange montre à quels excès sont poussées les mères de famille pour épargner leurs filles.
Dans la veine des croyances d’un peuple et avec une imagination poétique, Toni Morrison en ramenant Beloved d’entre les morts, montre comment le remords peut finir de détruire une vie.
 » Jusqu’à quel point un nègre est-il censé tout accepter? »
Jusqu’où l’amour d’une mère peut-il conduire.

Cette lecture fut pour moi assez laborieuse tant par la dureté des faits que par la construction qui telle la plaie lancinante de l’humiliation et du remords tourne sans cesse dans le passé et dans les brumes d’un entre-deux-mondes.
Cette noirceur et cet acharnement sont toutefois un rappel de faits réels que Toni Morrison se doit de révéler.

Retrouvez l’avis d’Ariane ( Tant qu’il y aura des livres) qui m’a accompagnée pour cette lecture commune.

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Les grand-mères – Doris Lessing

lessingTitre : Les grand-mères
Auteur : Doris Lessing
Littérature anglaise
Traducteur : Isabelle D. Philippe
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 140
Date de parution : 2005

Auteur :
Doris Lessing est née en Perse en 1919 et a vécu une grande partie de son enfance au Zimbabwe. Devenue célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), elle est aussitôt apparue comme un écrivain engagé aux idées libérales.

Présentation de l’éditeur :
Pendant un été au bord de la mer, Lil et Roz, deux femmes mûres et encore belles, sont amies depuis toujours. Mais l’affection qu’elles se portent s’est doublée peu à peu d’un amour très fort de chacune pour le fils de l’autre, marié et père de famille… Un roman sur les amours scandaleuses, qui prend la défense de la liberté d’aimer contre le poids des conventions sociales.

Mon avis :

Tout commence par la vision idyllique d’une belle famille en bord de mer.

Les pères, Tom et Ian, deux hommes séduisants d’une quarantaine d’années, les grand-mères « , Roz et Lil, assez belles pour que personne n’eût songé à les juger vieilles » et deux petites filles  » dont les cris de joie faisaient écho au tapage des goélands. »
Lorsque Mary, la femme de Tom survient un paquet de lettres en main, troublée et furieuse, le scandale éclate.
Retour en arrière sur la vie des deux grand-mères. Roz et Lil sont amies depuis l’enfance, elles ont pratiquement été élevées comme des soeurs jumelles. Double mariage, un fils chacune, elles décident de vivre ensemble lorsque Lil perd son mari et que Roz divorce.
Tom et Ian sont élevés par les deux femmes. Proximité maladive, dépendance affective, Roz et Lil sont inséparables et font passer leur amitié avant toute autre chose.
Doris Lessing aime les sujets sulfureux, les amours qui choquent un peu la bonne société.
Mais si l’ambiance peut sembler malsaine, l’auteur parvient à semer le doute, la compréhension. Certes, les grand-mères sont égoïstes et possessives mais elles ont aussi une certaine fragilité, une émotion touchante.
En tant que femme, Doris Lessing pointe aussi du doigt les incohérences sexistes. Pourquoi le mariage d’Harold, l’ex mari de Roz, avec une petite jeunette de vingt cinq ans ne choque-t-il personne?

Ce court roman qui ne peut que nous questionner sur le sentiment amoureux et la morale, est la base du film d’Anne Fontaine, Perfect mothers sorti sur les écrans en 2013.

J’ai lu ce roman en commun avec Kimysmile.

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Les pissenlits – Yasunari Kawabata

kawabataTitre : Les pissenlits
Auteur : Yasunari Kawabata
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 246
Date de parution : mars 2012

Auteur :
Né à Osaka en 1899. Prix Nobel de Littérature en 1968. Il publie son premier chef-d’oeuvre, La Danseuse d’Izu, en 1926. Kawabata s’est donné la mort en 1972.

Présentation de l’éditeur :
Ineko souffre d’une étrange maladie : des moments de cécité partielle qui l’empêche de voir tel objet, telle partie de son corps ou de celui de son amant Hisano. Sur le chemin du retour de l’hôpital psychiatrique où ils viennent de la faire enfermer, dans un paysage étincelant de pissenlits en fleur, la mère de la jeune
fille et Hisano poursuivent une conversation étrange : une ronde parolière semée de réminiscences, de questionnements saugrenus, de réflexions surréalistes. Inédit en France, ce roman inachevé dévoile une nouvelle facette de la virtuosité littéraire de Kawabata. On y retrouve le goût de l’ellipse et de l’ambiguïté inhérents à son univers, sur lequel plane ici encore le thème obsédant du désir et de la mort.

Mon avis :
Après avoir laissé Ineko à l’hôpital psychiatrique, Hisano et la mère d’Ineko ne peuvent se résoudre à s’éloigner. Leurs conversations permettent de prolonger l’attachement à cette jeune fille, fille et amante.
La majorité du récit est sous forme de dialogues. Les deux personnages se posent des questions sur la maladie étrange d’Ineko.
Comment a-elle commencé, quelle en est la cause? C’est l’occasion de raconter le passé, de s’interroger sur le sentiment de culpabilité, sur le rôle du destin. La mort brutale du père d’Ineko, un brave militaire brisé suite à la capitulation du Japon est-elle la cause de la maladie d’Ineko. Serait-ce arrivé sans la jalousie de la mère?
L’auteur montre aussi par les hallucinations successives de la mère qui croit voir un elfe, d’Hisano qui voit une souris blanche dans les herbes ou du père d’Ineko qui fut sauver du suicide par l’apparition d’une jeune fille, que la vision peut être trompeuse et que la folie guette chacun de nous.
Les japonais sont très sensibles aux perceptions visuelles et sonores. Ainsi, l’auteur insiste sur la beauté des fleurs (pissenlits, camélias), des oiseaux ( les aigrettes de la tombe de l’empereur Nintoku) et peut disserter longtemps sur la perception du son d’une cloche. Les dialogues peuvent ainsi paraître quelquefois oiseux.
Il ne faut pas lire ce livre si l’on attend à une histoire concrète. Déjà, c’est un roman inachevé et il s’agit davantage d’une réflexion sur la mémoire, le destin, l’origine de la folie.
J’ai beaucoup aimé la beauté du sentiment amoureux d’Hisano, son respect pour la mère d’Ineko et son besoin touchant de comprendre sa future femme en écoutant son passé.
Un très beau texte, tout en nuances qui m’incite à découvrir d’autres romans de ce grand auteur japonais.
Je remercie les Éditions Albin Michel qui m’ont proposé de découvrir ce texte inédit. C’est une occasion de
s’initier à la littérature japonaise, invitée d’honneur au  salon de livre de Paris 2012.