Le petit prince cannibale – Françoise Lefèvre

lefevreTitre : Le petit prince cannibale
Auteur : Françoise Lefèvre
Éditeur : Actes Sud Babel
Nombre de pages : 158
Date de parution : 1990, Babel août 2005

Auteur :
Françoise Lefèvre, née le 22 novembre 1942 à Paris, est une écrivaine française. Elle a reçu le Grand prix des Lectrices de Elle en 1975 avec son premier roman, La première habitude et le prix Goncourt des Lycéens en 1990 avec Le petit prince cannibale.

Présentation de l’éditeur:
Femme déchirée, femme déchaînée, la narratrice est un écrivain qui tente de raconter l’histoire de Blanche, une éblouissante cantatrice que la mort ronge vivante. Mais elle est d’abord la mère de Sylvestre, l’enfant autiste qu’elle veut à tout prix faire accéder à la vie et au monde des autres. Or le petit prince cannibale en ce combat dévore les phrases, les mots de la mère écrivain. Dès lors c’est un véritable duo concertant qui s’élève dans les pages du livre entre deux voix, entre deux femmes, l’une, superbement triviale, s’affrontant à tous les interdits et préjugés qui menacent son enfant, l’autre, la romancière, passionnée, dont les espoirs et les désespoirs se mêlent à ceux de Blanche, son héroïne.

Mon avis :
Françoise Lefèvre est une auteure discrète mais sa vie se retrouve dans ce roman. La narratrice est mère de quatre enfants dont Jean-Sylvestre, jeune garçon autiste ( l’auteur est mère de quatre enfants dont Julien-Hugo, Hugo Horiot qui a plus tard fait paraître un récit de sa maladie, L’empereur, c’est moi, aux éditions de l’Iconoclaste en 2013).
Pour cette mère, avoir un enfant autiste est à la fois une épreuve souvent insurmontable mais aussi une rare occasion d’amour. Les cris (  » bien plus que de ton silence c’est de tes cris que j’ai souffert.« ), les colères, le regard et l’incompréhension des autres sont éprouvantes. Mais chaque petite victoire est un cadeau.
 » Mais le jour où j’ai compris que tu étais enfermé dans cette folie muette qu’est l’autisme, j’ai aussi compris que c’était à moi de t’en tirer. D’abord parce que j’ai ressenti l’urgence de nous sauver comme si une vague déferlante nous arrivait dessus. Ensuite parce qu’il faut être sur le terrain, rien que sur le terrain. »
 » Mais, toi, aujourd’hui, je te remercie de me donner la possibilité de vivre un grand amour. Je te remercie de m’avoir ouvert les yeux sur une part du monde et sur les autres enfants. »
Courage, persévérance, abattement puis espoir au moindre succès, la narratrice nous fait partager son quotidien.
Mais plus que la mère, c’est l’écrivain qui souffre. Comment trouver le temps et l’énergie d’écrire? Et pourtant, l’écriture lui est nécessaire. Elle a besoin  de « cette porte secrète, cette caverne » où se cacher, se ressourcer, même si le sujet de son roman est parfois sombre. Et Blanche, cette héroïne de roman semble souffrir d’un mal identique à l’auteur. Cette cantatrice bafouée, mal aimée, lutte contre un problème de peau étrange. Elle est la « noyée du bassin » qui hante les nuits de la narratrice.
La symétrie entre la narratrice et Blanche est évidente sans jamais se dévoiler mais parfois en se confondant. Elles luttent toutes deux contre une maladie dévorante avec ténacité et courage, l’une soutenue par sa musique et l’autre par son écriture. Toutes deux cherchent un véritable amour (celle d’un homme ou d’un enfant) dont elles se sentent privées.
Avec cette alternance, l’auteur parvient à donner une dimension plus féerique à son récit afin de ne pas tomber dans le mélodrame et le découragement.
Je regrette seulement de ne pas en savoir davantage sur la vie de la narratrice partiellement effleurée, sur l’intégration ds autres enfants. Mais, je suppose que l’œuvre de l’auteure pourrait m’en apprendre davantage.

« J’ai toujours pensé que je te guérirais à force d’étreintes, de caresses, de peau contre peau. »
Très beau témoignage de mère.

Je devais lire ce roman depuis longtemps ( Challenge A tous Prix) et comme tant d’autres, il dormait dans ma PAL. Jusqu’à ce que Ariane m’en propose une Lecture Commune. Retrouvez son avis sur Tant qu’il y aura des livres.

New Pal 2015 orsec logochallengeamoureux

 

Du domaine des murmures – Carole Martinez

martinezTitre : Du domaine des murmures
Auteur : Carole Martinez
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 208
Date de parution : 18 août 2011
Prix Goncourt des Lycéens 2011
 

Résumé :
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire
« oui » : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe. Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et son souffle parcourra le monde jusqu’en Terre sainte. Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d’une sensualité prenante.

Mon avis:
Je vais faire court parce que ce livre a largement été commenté et plébiscité sur la toile. En tout cas, il mérite largement son Prix Goncourt des Lycéens, référence littéraire pour bon nombre d’entre nous.
Esclarmonde refuse la condition féminine du XII e siècle et préfère s’emmurer plutôt que d’accepter un mariage dont elle ne veut pas.
Et pourtant, dans son isolement, elle est au carrefour des trajectoires. Elle écoute les pèlerins, elle vit au travers de son fils les épisodes sanglants des croisades auxquelles son père et ses frères participent. Et surtout, elle connaît cette joie et cette crainte d’être mère.
Au côté de cette sainte, Bérengère, un autre personnage féminin, femme corpulente habillée de vert, une fée tonitruante qui semble le seul recours d’Esclarmonde.
C’est une histoire d’un autre temps qui nous fait renouer avec le lyrisme des contes et légendes.
 » le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant le force des vieux récits. »
Avec ce roman, Carole Martinez nous fait retrouver « la magie, le spirituel et la contemplation. »
C’est une histoire de femmes, peut-être lointaine mais si proche du vécu des mères d’aujourd’hui.
Quelle joie de savoir que ce roman est le premier d’une série de sept livres consacrés aux femmes au travers des siècles, « sept figures de femmes rebelles à l’ordre masculin« . J’espère que cette information pêchée sur le site de France 2 est vraie. Dans ce cas, je ne raterais aucun de ces futurs romans.