Rouge impératrice – Leonora Miano

Titre : Rouge impératrice
Auteur : Leonora Miano
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 608
Date de parution : 3 septembre 2019

 

Tout comme Laurent Binet dans Civilizations, Leonora Miano invente le monde pour mieux nous questionner sur notre société.

Avec Rouge impératrice, elle invente Katiopa, une Afrique future, unifiée et prospère. Uchronie politique mais aussi une histoire d’amour qui rapproche les peuples.

Ilunga, membre de l’Alliance est le chef de Katiopa depuis cinq ans.

«  Le Katiopa unifié n’était pas seulement un territoire, il était une vision, trop fragile encore pour se laisser perturber. »

Ilunga doit prendre une décision importante sur l’avenir des Fulasis, ceux que l’on nomme les Sinistrés, descendants des colons européens, de français ayant fui Pongo ( Europe) suite à l’invasion des migrants. Les Sinistrés vivent en vase clos, sauvegardent leurs traditions et continuent à adorer leurs dieux. Représentent-ils un risque pour la paix de Katiopa? Auront-ils un jour l’ambition de reprendre le pouvoir sur ce continent? 

Igazi, le chef de la sécurité intérieure, pense qu’il faut les exterminer. Ilunga, plus modéré, accepterait de les renvoyer ailleurs.

«  Katiopa, tu l’aimes ou tu la quittes. »

Mais sa rencontre et son coup de foudre pour Boya, surnommée la Rouge à cause de sa chevelure flamboyante, risque de le faire changer d’avis au grand dam d’Igazi.

Boya est une universitaire spécialisée dans les pratiques sociales marginales. Elle s’implique dans la protection des filles abandonnées et s’intéresse de près aux Fulasis.

Le roman est l’histoire controversée de la passion d’un chef d’état pour une jeune femme considérée comme une traîtresse par Igazi. Leur amour sera-t-il assez fort pour résister au-delà des manœuvres du démoniaque Igazi?

Au début un peu impénétrable par l’utilisation d’un vocabulaire des dialectes africains, ce roman reste assez complexe par son lien avec le monde des esprits, la perception d’un monde futuriste. Il reste pourtant une vision très intéressante sur notre société. En déplaçant notre situation dans un autre monde, Leonora Miano nous fait réfléchir sur la construction d’un monde idéal qui ne pourra réussir que lorsque chacun admettra la part d’étranger qui le compose. 

Une très belle démonstration, parfois un peu longue et complexe mais rendue plus abordable par une histoire d’amour et de jalousie au sommet du pouvoir et des personnages passionnants.

 

 

Gare à Lou! – Jean Teulé

Titre : Gare à Lou!
Auteur : Jean Teulé
Éditeur :Julliard
Nombre de pages : 192
Date de parution :7 mars 2019

 

Jean Teulé nous a habitués aux atmosphères étranges, souvent puisées dans les récits historiques ( Charly 9, Fleur de Tonnerre, Entrez dans la danse )
Cette fois, il construit un monde futuriste, imaginaire un peu glauque où les immeubles sont si hauts qu’on les appellent les écorche-cieux.
Lou et sa mère vivent au 276e étage de la tour de l’Incendie. Plus on est misérable, plus on vit dans les hauteurs.
La mère de Lou, fine, blonde, ravissante vient d’acquérir un animal bizarre à la charnière entre deux mondes. Est-ce lui qui donne un étrange pouvoir à Lou, cette gamine complexée, humiliée dans son école?

 » Je voudrais que tu tombes dans l’escalier. » pense-t-elle pour se venger d’un garçon qui se moque d’elle une fois de plus. Et cela arrive!

A plusieurs reprises, au bar des Sanglots, chez elle, ses souhaits se réalisent, même à distance.
Hannibal Zhan Shu, président hypocondriaque, a vite connaissance de ce phénomène. Il envoie ses trois chefs de guerre capturer la petite fille qui deviendra une belle arme de guerre contre les peuples voisins.

Jean Teulé part dans une histoire rocambolesque où, certes l’univers est bien choisi, mais le scénario bien trop abracadabrant pour moi. Je n’ai pas réussi à suivre l’auteur dans cet univers. Jean Teulé dit souvent qu’en écrivant, il veut avant tout se faire plaisir, s’amuser. Cette fois, ce sera sans moi.

Nous, Louis, roi – Eve de Castro

CastroTitre : Nous, Louis, roi
Auteur : Eve de Castro
Éditeur : L’iconoclaste
Nombre de pages : 120
Date de parution : 26 août 2015

Auteur :
Eve de Castro est l’auteur de nombreux romans historiques à succès, dont Nous serons comme des dieux (Albin Michel, 1996, prix Maurice-Genevoix), Le Roi des ombres (Robert Laffont, 2012) et Joujou (Robert Laffont, 2014). Elle a reçu le Prix des libraires et le Prix des deux magots. Eve de Castro est également journaliste et scénariste pour le cinéma (Le Roi danse) et la télévision (Rastignac ou les Ambitieux, L’École du pouvoir).
Présentation de l’éditeur :
20 août 1715. Devant le bassin de Latone, dans le fauteuil à roues qu’il ne quitte plus, Louis XIV jette de la brioche à ses carpes. Ces poissons dorés sont immortels, l’émissaire du Japon le lui a juré. Pour la première fois, il songe qu’ils lui survivront.
Depuis le début du mois, il a effroyablement maigri, et malgré la chaleur, il grelotte. L’enflure de son pied gauche a gagné le mollet, les élancements le taraudent. Les médecins ont diagnostiqué une sciatique, ils ne parlent pas de gangrène, mais au fond de lui, Louis sait.
Le compte à rebours a commencé. Il lui reste dix-sept jours. Dix-sept jours pour faire le bilan. Solder les comptes. Avec les hommes. Avec Dieu.
Dans Nous, Louis, roi, Eve de Castro se glisse sous la peau d’un Roi Soleil vieillissant qui tombe le masque d’Apollon et se retrouve homme avant tout. Un ultime face à face, en forme de confession.

Mon avis :
Eve de Castro m’a initialement séduite avec Le peseur d’âmes, une atmosphère sombre dans les faubourgs de Saint-Pétersbourg et des personnages énigmatiques. J’ai ensuite retrouvé la force et la liberté d’expression de l’auteur avec une histoire passionnelle, Cet homme-là. Depuis, je sais que l’auteur correspond à mon univers. Le roi soleil est dans ma PAL et je viens d’avoir l’occasion de découvrir Nous, Louis,roi.
Nous connaissons tous le roi Soleil ( nous fêtions en août dernier les 300 ans de sa mort) mais peut-être pas à quelques jours de sa mort, alors qu’il agonise d’une gangrène de la jambe.
En quelques pages, l’auteur nous dévoile un homme pour qui le pouvoir est devenu nécessaire.  » Régner n’est pas seulement un métier et un plaisir. C’est un devoir, le plus pressant des devoirs. » On retrouve alors ce qui motive, séduit n’importe quel dirigeant. Le roi est un acteur permanent qui doit prouver au peuple sa vigueur, son dynamisme.
 » En soixante-trois ans de règne je n’ai pas connu un jour sans que le souci de l’État occupe mes pensées, mais je n’ai jamais souhaité d’autre métier. Régner, c’est avoir les yeux ouverts sur toute la terre. Apprendre à toute heure les nouvelles de toutes les provinces et de toutes les nations, le secret de toutes les cours, l’humeur et le faible de tous les princes et de tous les ministres étrangers. Être informé d’un nombre infini de choses qu’on croit que nous ignorons. Pénétrer ce que nos sujets nous cachent avec le plus grand soin. Découvrir les ambitions les plus tortueuses de nos courtisans, leurs intérêts les mieux dissimulés. Ce pouvoir-là donne du plaisir. Un plaisir plus vif que celui qu’on prend auprès des dames, plus vif qu’un long galop dans la forêt, plus vif que l’hallali du cerf, plus vif même qu’une voix angélique chantant des motets italiens. »
Grisant, le pouvoir, difficile d’y renoncer…
Cette réflexion hors du temps sur l’humanité qui se cache derrière un roi, se glisse entre les rappels rapides de la vie de Louis XIV ( sa naissance, son début de règne avec Mazarin, ses femmes et maîtresses, ses proches comme Lully mort lui aussi de la gangrène, ses campagnes, sa succession) et surtout l’état aléatoire de la médecine de l’ époque.

« Nous, Louis, roi, voulons et ordonnons » Au cours de ces dix-sept jours avant la mort, Louis se dépouille petit à petit de son habit et de ses obligations royales tout en y faisant le plus longtemps face avec courage pour devenir cet homme qui fait le bilan de son règne.  » J’ai défié mon créateur » et celui-ci s’est vengé sur la France et a décimé la famille royale.

Un roman fort, historique et universel.

Je remercie dialogues pour la lecture de ce roman.

RL2015

La dernière nuit du raïs – Yasmina Khadra

KhadraTitre : La dernière nuit du raïs
Auteur : Yasmina Khadra
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 207
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Yasmina Khadra est le pseudonyme de l’écrivain algérien Mohammed Moulessehoul, né en 1955 dans le Sahara algérien.
Yasmina Khadra est salué dans le monde entier. Sa trilogie Les Hirondelles de Kaboul, L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad a largement contribué à sa renommée. La plupart de ses romans sont traduits dans de nombreux pays. Ce que le jour doit à la nuit – meilleur livre de l’année 2008 pour le magazine Lire et prix France Télévisions 2008 – a été adapté au cinéma par Alexandre Arcady en 2012.
Son site Internet : http://www.yasmina-khadra.com
Présentation de l’éditeur :
« Longtemps j’ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J’étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd’hui, je n’ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence.
Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l’Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l’on n’est que ce que les autres voudraient que l’on soit. »
Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.

Mon avis :
Yasmina Khadra nous offre la dernière nuit du colonel Khadafi. C’est bel et bien un cadeau que de pouvoir entrer dans le cerveau de ce révolutionnaire acculé par les forces rebelles en cette journée et nuit du 20 octobre 2011.
En le faisant s’exprimer à la première personne, Yasmina Khadra donne la voix à Mouammar Khadafi sans exprimer aucun jugement. L’auteur n’est pas là pour juger mais pour tenter de comprendre l’âme de cet homme.
Retranché dans des lieux de Syrte, acculé par les rebelles et les frappes de l’OTAN, Khadafi, l’enfant béni du clan des Ghous, peut revenir sur son enfance hantée par les mensonges au sujet de son père, son adolescence rebelle, ses premiers éclats dans l’armée. Autant de secrets, de rebuffades qui lui donneront l’esprit de vengeance.
Lorsqu’il renverse la monarchie en 1969, il devient le Guide du peuple. Un peuple qui pourtant, se retourne en ce jour contre lui.
 » Ce peuple m’a-t-il sincèrement aimé ou n’a-t-il été qu’un miroir qui me renvoyait mon narcissisme démesuré? »
Embarqué dans sa mégalomanie (  » C’est l’Histoire qui m’a écrit« ), à l’image de Dieu (  » Je suis comme le bon Dieu, le monde que j’ai créé s’est retourné contre moi.« ), soutenu par l’obédience des quelques fidèles prêts à mourir pour lui le raïs ne comprend pas cette trahison du peuple qui sort de sa condition de cheptel.
 » Ne permets pas au menu fretin de te faire choir de ton nuage. » Le raïs se pense un être d’exception, guidé par les Voix, persuadé de son invincibilité et de sa protection divine.
L’orgueil, la susceptibilité ont fait d’un révolutionnaire adulé un tyran redouté. Mais face à son destin, la honte, la peur le questionnent sur le fondement du pouvoir.
Si au départ, je n’avais pas d’envie particulière à lire un roman sur Khadafi, personnage pourtant complexe et capital, c’est avec cet élargissement aux réflexions du pouvoir que j’ai complètement trouvé mon intérêt. Car, en ce moment de vérité où le destin d’un roi, d’un général, d’un leader se retourne, j’ai retrouvé la philosophie du pouvoir des bonnes tragédies.

Et puis c’est toujours un plaisir de lire Yasmina Khadra qui nous éclaire par sa grande culture sur cet événement historique et nous délecte de moments particuliers comme ce face à face avec le fantôme de Saddam Hussein ou cette obsession de Van Gogh.

D’autres avis élogieux chez Jérôme, Cultur’elle, Le blog de Natiora

RL2015

Je remercie Babelio et les Éditions Julliard pour l’attribution de ce livre lors de la dernière opération Masse Critique