Les voies parallèles – Alexis Le Rossignol


Titre : Les voies parallèles
Auteur : Alexis Le Rossignol
Editeur : PLON
Nombre de pages : 177
Date de parution : 14 janvier 2021

 

Antonin, fils unique d’un couple sans tendresse traîne sa jeunesse timide dans le village de Saint Savin, frappé par la crise avec la fermeture des usines.

Son père, ancien ouvrier chez Deulié, aujourd’hui fermé, est conducteur de bus. Antonin préfère dire qu’il travaille dans le tourisme et que sa mère au foyer ne travaille pas pour le moment. Sans amour ni regard de ses parents, il est difficile pour un adolescent de se construire. Surtout dans un village où beaucoup sont désoeuvrés.

Gilles, le patron du bar s’ennuie dans une vie qu’il n’a pas choisie. Johan, ancien espoir du basket traîne son corps blessé tentant en vain de se faire des amis. Son frère s’est suicidé quelques années plus tôt. Et c’est maintenant Maxime, un ami de lycée d’Antonin qui vient de se tuer en sortant d’une discothèque.

Cet accident marque un tournant dans la vie d’Antonin. L’adolescent en pleine évolution quitte la docilité de l’enfance pour entrer dans la peau d’un jeune rebelle.

Contrairement à la décision du lycée et sans prévenir ses parents, Antonin va à l’enterrement de Maxime avec son amie Lisa et sa mère. Il découvre la vie différente d’une famille aisée, tolérante et aimante. Il est prêt à tout pour que Lisa s’intéresse à lui.

Ce premier roman d’Alexis Le Rossignol est une peinture un peu sombre mais réelle de la France rurale où les familles gardent leur dignité face à la crise. Véronique, divorcée avec deux enfants en est un bel exemple, tout comme le père d’Antonin. C’est aussi un roman d’apprentissage très sensible avec un jeune garçon qui tente de sortir d’une ambiance familiale morose, attiré par la lumière de la vie bourgeoise de Lisa pour vivre autre chose.

La fin du roman ressemble à une fin de nouvelle, inattendue, sous-entendue, d’une belle délicatesse qui rend hommage à la dignité des modestes.

 

Nés de la nuit – Caroline Audibert

 

Titre : Nés de la nuit
Auteur : Caroline Audibert
Editeur : PLON
Nombre de pages : 176
Date de parution : 5 novembre 2020

 

 

 

 

«  Nous sommes des loups. Si l’un de nous tombe, d’autres se relèvent. Ensemble, nous ne mourrons pas. Nous venons de la nuit. Nous allons parmi les bêtes et les hommes, nous allons parmi les chants de la forêt, à peine séparés de la terre, pleinement nous-mêmes. Vieux peuple qui revient, qui grandit, qui lutte. Je foule la terre des ancêtres, louve farouche contre la terre aux pelages chamarrés. »

Caroline Audibert écrit un livre original en se plaçant dans la tête d’un loup. Et plus précisément le premier loup venu des Abruzzes à s’être installé dans le Mercantour. Il n’était alors qu’un louveteau fuyant les chasseurs qui venaient d’abattre sa mère et ses frères.

Pour cela l’auteur s’approche au plus près d’une langue fauve en privilégiant les sens et en se limitant parfois à quelques mots juxtaposés.

Le loup est proche de la forêt. Les arbres rassurent particulièrement celui-ci qui fut sauvé en se cachant dans le tronc fendu d’un hêtre. En fuyant dans les montagnes, il voit ce que les hommes infligent à la nature, abattant les arbres, incendiant les forêts, posant des barbelés et imposant la lumière là où ils vivent.

« Je me méfie des mangeurs de nuit. Où ils vivent, nous les animaux, nous ne pouvons plus naître, à peine survivre. »

Le loup, attaquant les troupeaux de brebis, est une bête à abattre pour l’homme.

En réincarnant successivement l’âme de ce premier loup du Mercantour, en lui laissant même une forme de vie dans son crâne transformé en presse-papiers sur le bureau d’un homme de sciences, l’auteur montre la permanence de la vie sauvage.

Ce roman original nous rappelle une fois de plus l’importance de la vie sauvage, la nécessité du respect de toute vie animale et végétale.

«  Les hommes ne savent rien de tout ça. Ils ne sont pas amoureux de la terre…..Les hommes ont oublié. Ils veulent régir les grands équilibres. »

La mise en scène finale d’une petite fille dans un musée peut nous laisser croire que les nouvelles générations seront plus réceptives au langage sauvage d’une nature à protéger.

 

 

La discrétion – Faïza Guène

 

Titre : La discrétion
Auteur : Faïza Guène
Editeur : PLON
Nombre de pages : 256
Date de parution : 27 août 2020

 

 

Dès ses premiers romans, Faïza Guène m’a interpellée par son style bien particulier, une langue moderne, vive, teintée d’argot de la rue. A l’image du titre de ce dernier roman, l’auteure me semble ici plus discrète pour rendre hommage à la génération de ses parents, ceux qui ont dû faire profil bas pour s’insérer dans un milieu qui ne voulait pas essayer de les comprendre et de les intégrer. La vigueur argotique de Faïza Guène, on la retrouve peut-être ici dans le personnage d’Hannah, une des filles du couple de Yamina et Brahim Taleb. Si Yamina, aujourd’hui septuagénaire, ne voit pas ou refuse de voir la condescendance dans les propos de certains français, Hannah réagit violemment face à un agent administratif impoli.

En alternant l’histoire de cette famille en Algérie, au Maroc puis à Aubervilliers et le présent de parents résignés et d’enfants marqués par une histoire familiale fragmentée , Faïza Guène illustre ce qu’est la vie des générations d’immigrés. Yamina est née en 1949 dans un village de l’ouest de l’Algérie, alors colonisée. Fille aînée, elle sera privée d’éducations pour élever ses frères et soeurs qui, eux, auront un métier. A trente ans, son père se résout à la marier à Brahim Taleb, un immigré de quarante ans qui l’emmènera en France et lui fera quitter à grand regret sa terre natale. Si l’exil est particulièrement difficile pour cette jeune femme très attachée à son père et sa terre, elle finira par aimer Brahim, un homme bon et si amoureux de sa femme qu’il en est très touchant et que ses filles auront bien du mal à trouver un partenaire à la hauteur. Ils auront quatre enfants, trois filles de caractère bien différent et un fils, inévitablement choyé au point de perdre toute confiance en lui. « La misogynie se transmet de mère en fille » dit Amin Maalouf.

Dans le pays en guerre de Yamina, «  rester invisible était une question de survie. ». Ce sentiment, elle le gardera toute sa vie. En France, dès son arrivée et surtout après les attentats, cette phrase est toujours d’actualité. Et, elle le reste pour les enfants, nés sur le territoire français, écartelés entre deux cultures.

Sans s’appesantir sur les violences d’un passé qu’on devine et connaît, Faïza Guène décrit pourtant parfaitement les blessures de Yamina. La difficulté de l’exil est présente, nimbée de quelques bonheurs éphémères que le couple a su préserver : une famille honnête, des retours réguliers au pays, un coin de jardin où pousse un figuier emblématique.

Avec ce roman, l’auteure expose parfaitement la difficulté de cette génération qui ne trouve sa place ni en Algérie ni en France. « Raciste? Pas raciste? » pour eux, la question se pose à chaque rencontre.

« Quand on est légitimement français, on n’a pas besoin de le prouver, encore et encore! »

Une histoire maintes fois lue mais toujours nécessaire à rappeler pour qu’enfin chacun puisse vivre ensemble. La douceur et la discrétion de Faïza Guène servent particulièrement bien cette histoire qui devient un hommage à tous ces parents sacrifiés mais si aimants et soucieux de livrer une bonne éducation et à ces héritiers d’une histoire en fragments avides de pouvoir vivre sans honte et sans violence.

 

La seconde vie de Rachel Baker – Lucie Brémeault

Titre : La seconde vie de Rachel Baker
Auteur : Lucie Brémeault
Editeur : PLON
Nombre de pages : 275
Date de parution : 6 février 2020

Rachel Baker est serveuse dans un diner en Alabama. Sa vie bascule le jour où trois hommes débarquent et fusillent dix-sept personnes dont son fiancé, son amie serveuse et six enfants. Rachel est l’unique rescapée.

« De la chance? C’était sans doute ce qui pouvait lui arriver de pire. Maintenant, elle devra vivre avec ça jusqu’à la fin de sa vie

Très rapidement, Sam Forrest, un suprémaciste blanc est arrêté avec ses deux associés.

Malgré sa psychologue et la bienveillance de l’enquêteur Nick Follers, Rachel, vingt-neuf ans, ne pense qu’à se venger. Elle trouve une arme chez son voisin et abat Sam Forrest le jour où il doit comparaître au tribunal.

Rachel, paralysée suite à un accident de voiture lors de sa fuite, est incarcérée pour sept ans à la prison de Monk.

Commence alors le récit de sa vie en prison, rythmée par les visites de Nick Follers, ténébreux et amoureux. Nous apprenons à connaître les co-détenues, des femmes de tous âges, tombées parce que la vie n’a pas toujours été tendre avec elles.

« On aurait pu penser que la taule n’accueillait que des filles tatouées, la gueule en biais, les muscles saillants et un air de bouledogue affamé, mais la plupart d’entre elles étaient juste des femmes comme on en voit tous les jours dans les rues et les restaurants. »

Sauf, peut-être, celles qu’on appelle « les putes à Poutine », des russes qui viennent mettre un peu de violence dans ce milieu plutôt fraternel.

Il y a quelques belles rencontres mais elles sont assez convenues et bienveillantes. Rachel, petite blondinette sympathique, s’endurcit tout de même un peu. Depuis un an, elle ne voit plus Nick Follers, intégré à la DEA et en mission d’infiltration dans les milieux de la drogue.

A sa sortie, Rachel hante le bar où il lui écrivait ses petits mots d’amour. Un bar, lieu qui lui rappelle aussi la violence du passé. Y trouvera-t-elle un peu de sérénité et de bonheur?

J’ai choisi ce premier roman d’une jeune bretonne pour son sujet, étrangement installé en  Alabama. Lucie Brémeault a une écriture fluide, facile et agréable à lire. Ses personnages sont sympathiques et attachants. Peut-être trop pour ce milieu, trop lisses. Pour moi, un tel sujet demande de la force, de la profondeur. Je regrette de rester ici dans la demi-teinte, frôlant parfois le sentimentalisme ou le pathos.

L’auteur propose une playlist Spotify pour rythmer la lecture. J’y ai fait de belles découvertes musicales.

Je remercie Babelio et les Éditions PLON pour la réception de ce livre dans le cadre de la dernière opération Masse critique.

 

 

Le livre de la jongle – Stéphane de Groodt


Titre : Le livre de la jongle

Auteur : Stéphane de Groodt
Editeur : PLON
Nombre de pages : 215
Date de parution : 5 novembre 2015

 

J’avais découvert l’humour de Stéphane de Groodt lors de l’émission Le Petit Journal sur Canal+. C’est après l’avoir vu sur un stand du Salon du Livre que j’avais acheté ce livre.

Cet acteur belge reprend ici des expressions de la langue française bien connues puis déforme les mots pour délirer sur un champ lexical ou jouer sur les sonorités.

Ne comptez pas apprendre le sens ou l’origine de ces expressions. Là n’est pas l’objectif. Ce n’est que du plaisir, de l’humour un peu absurde mais excellent, des blagues « un pot-pourri » . Mais c’est « ibère » sympa!

Quelques pages sont illustrées par Raphaël Cruyt.

 

 

 

Ces pages vous donnent aussi un aperçu du style d’humour. C’est un livre à reprendre de temps en temps pour voyager en absurdie. On ne rate pas une page, même celle d’une expression inventée, histoire de voir si le lecteur ne décroche pas.

Ça fuse dans tous les sens, à toute vitesse. L’ancien pilote de course s’adonne aujourd’hui à sa carrière cinématographique.

Nouvelle parution de Stéphane de Groodt en ce mois de novembre.

 

La nuit avec ma femme – Samuel Benchetrit

BenchetritTitre : La nuit avec ma femme
Auteur : Samuel Benchetrit
Éditeur: Plon
Nombre de pages : 135
Date de parution : 25 août 2016

Douze à treize ans après sa mort, le fantôme de la femme revient passer une nuit avec le narrateur. Même si il ne donne pas son nom, cette femme est Marie Trintignant. Samuel était son mari. Elle l’a quitté alors qu’elle jouait dans son premier film.
Samuel garde leur fils depuis qu’elle est partie tourner dans ce pays froid avec l’homme qu’elle aime.  » Tu es une aimante. »
Cette présence surnaturelle attise le souvenir. De cette femme qu’il a aimé profondément, de ce jour où sa beauté et sa vie furent détruites sous les coups, de ce difficile deuil pour lui et son fils de cinq ans, de cette difficulté à vivre normalement quand cette sordide histoire est médiatisée, Samuel nous en parle avec rage et pudeur. La douleur est toujours vibrante. Samuel ne peut prononcer les noms. Celui de sa femme, celui de l’assassin.
 » Parfois notre fils le prononce. Alors je maudis la gravité et tout ce qui me retient. »
Samuel connaissait la violence de cet homme jaloux des contacts que Marie gardait avec celui qui était toujours son mari.
 » Quelqu’un m’a dit un jour que tu étais morte parce que tu étais tombée sur un mec qui n’avait pas d’humour. C’est sûrement vrai. Et les gens sans humour sont les plus dangereux du monde. »
Cette nuit du 26 juillet 2003, où sous les coups,  » ton cerveau avait frappé la paroi de ton crâne« , Samuel était avec une fille. Cet homme, «  celui qui t’a tuée. Celui que tu aimais. » lui a téléphoné, ne sachant que faire.
En tant qu’époux, c’est à Samuel que revient la décision de laisser mourir Marie. En tant que père, il doit aussi annoncer la nouvelle à son fils de cinq ans. «  Ce ne sera plus jamais complètement marrant. » Si le père protège l’enfant, les camarades de classe ne se priveront pas de répéter les sarcasmes de leurs parents.
«  Le contraire de la liberté n’est pas l’enfermement, c’est la violence, toujours la violence physique à la fin. »
La nuit avec ma femme est un témoignage poignant. Le style claquant et poétique de Samuel Benchetrit en fait un vibrant hommage.

Nos âmes seules – Luc Blanvillain

BlanvillainTitre : Nos âmes seules
Auteur : Luc Blanvillain
Éditeur : Plon
Nombre de pages : 330
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Luc Blanvillain est l’auteur de plusieurs romans jeunesse remarqués. Professeur de lettres, il vit à Morlaix, en Bretagne.

Présentation de l’éditeur :
Chez Vogal Software, société high-tech perchée au treizième étage de la tour Eole, à la Défense, Clément pilote habilement sa carrière. Hyper adaptable, hyper connecté, il analyse, stocke, classe, utilise la moindre inflexion qui finit toujours par trahir ses rivaux. Sa compagne, Myriam, constitue sa meilleure alliée dans le jeu du pouvoir.
Mais le monde ne perd pas si facilement de son épaisseur. La vie s’impose, complexe, visqueuse. Elle freine ses gestes, envahit ses pensées, lui fait rencontrer Meryl.
Sensible, bizarre, abîmée, la jeune femme n’essaie pas de paraître normale. Sa puissance est incalculable.
Entre eux, une relation inédite se noue. Une nouvelle alliance est possible, un contrat faustien. Clément y perdra-t-il sa liberté ?

Mon avis :
Dès les premières pages, l’auteur nous place dans un climat mystérieux et cette pression va perdurer en balayant la cruelle rivalité du monde de l’entreprise, les difficultés de la vie de couple et l’atmosphère de la capitale.
Jeune, volontaire, doué d’une écoute hors du commun, Clément possède tout pour réussir chez Vogal Software, entreprise du riche Serge Cherkesly dont les bureaux sont situés à La Défense. Mais si il n’a aucun complexe à dénoncer les collègues, il garde tout de même le réflexe d’aider les autres, vague éducation de ses parents.
De toute façon dans cette entreprise qui pratique l’évaluation à 360°, chacun tente de s’attirer les attentions des chefs.
Sa rencontre avec Meryl, une jeune fille instable, obsédée par la possibilité de mourir en ingérant médicaments ou particules dangereuses, va lui offrir un autre regard sur la vie. « Et si elle donnait corps à un manque immense dont il n’avait pas conscience jusqu’ici? »
La vie de Clément, les bases de son équilibre volent en éclats. Est-il vraiment heureux avec Myriam, sa petite amie du moment qui voudrait s’installer, avoir un enfant? Un couple, des enfants, ce ne sont pas des projets qui aident son collègue JJ, divorcé avec une petite fille de cinq ans toujours malade, ou qui assurent une vie heureuse à ses parents.
Seul son projet professionnel semble le stimuler et les analyses froides et directes de Meryl le rassurer.
 » De même qu’elle sait habiter le presque rien, elle possède l’art du premier degré. Elle sait rester en surface sans être superficielle, le délivre du poids des profondeurs. Chez Vogal, on écoute à peine les mots. »

Luc Blanvillain maîtrise parfaitement son intrigue et la déroule dans un style fluide et romanesque très agréable. Son analyse de l’entreprise, du monde moderne est perspicace. Clément illustre toute la complexité des jeunes cadres parisiens tiraillés entre la pression des objectifs d’entreprise et les aléas de la vie de couple.  De plus, l’auteur parvient à captiver le lecteur, nous ferrant grâce une ambiance mystérieuse qui s’épaissit de plus en plus.

Un premier roman prometteur.

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Le chardonneret – Donna Tartt

tarttTitre : Le chardonneret
Auteur : Donna Tartt
Littérature américaine
Traducteur : Edith Soonckindt
Éditeur : PLON
Nombre de pages :  790
Date de parution : janvier 2014

 

Auteur :
Donna Tartt, née le 23 décembre 1963 à Greenwood au Mississippi, est une femme écrivain américaine.
Elle a grandi dans la ville de Grenada, voisine de sa ville de naissance. Elle a été publiée pour la première fois à treize ans, dans une revue littéraire du Mississippi.
Elle a étudié au Bennington College dans le Vermont et là elle s’est liée d’amitié avec l’écrivain Bret Easton Ellis, à qui elle a dédicacé son chef-d’œuvre, Le Maître des illusions. C’est à ce moment qu’elle a commencé à l’écrire, livre qu’elle a mis huit ans à terminer.
Ce roman fut un grand succès de librairie, étant vendu à plus de cinq millions d’exemplaires.
Dix ans après Le Maître des illusions, Donna Tartt publie son deuxième livre : Le Petit Copain. Bien que critiqué par certains des lecteurs du premier roman, Le Petit Copain reste dans le style précis et descriptif des personnalités développées par la romancière. Onze ans plus tard, elle récidive avec Le Chardonneret, qui obtient le prix Pulitzer de la fiction.

Présentation de l’éditeur :
Qui est Theo ? Que lui est-il arrivé à New York pour qu’il soit aujourd’hui, quatorze ans plus tard, cloîtré dans une chambre d’hôtel à Amsterdam comme une bête traquée ? Qu’est devenu le jeune garçon de treize ans qui visitait des musées avec sa mère et menait une vie de collégien ordinaire ? D’où vient cette toile de maître, Le Chardonneret, qu’il transporte partout avec lui ?
À la fois roman d’initiation à la Dickens et thriller éminemment moderne, fouillant les angoisses, les peurs et les vices de l’Amérique contemporaine, Le Chardonneret laisse le lecteur essoufflé, ébloui et encore une fois conquis par le talent hors du commun de Donna Tartt.

Mon avis :
 » Qui a dit que la coïncidence était juste la façon qu’a Dieu de rester anonyme? »
fabritiusThéo vit seul avec sa mère depuis que son père les a quittés. En adolescent un peu perturbé, il vient de se faire exclure du collège. En allant à un rendez-vous avec l’école, il passe avec sa mère au musée voir et revoir ce célèbre tableau de Carel Fabritius qu’elle aime tant, Le chardonneret, peint en 1634.
Instant fatal puisqu’un attentat terroriste détruit le musée faisant de nombreuses victimes dont un vieil homme Weltie, croisé par hasard et surtout remarqué par Théo à cause de la jeune fille rousse (Pippa) qui l’accompagnait. Théo, ne sachant où se trouve sa mère passe quelques instants près du vieil homme mourant et recueille ses dernières volontés qui le mettront sur le chemin de son destin, grâce à deux objets qu’il sortira du musée, la bague de Weltie et le fameux tableau de Fabritius.
Commence alors un récit d’initiation où nous allons suivre les déboires du jeune Théo, passant d’une famille d’accueil ( les parents d’un copain de classe, les Barbour) puis rejoignant son père à Végas. Autant de rencontres et d’évènements qui façonnent sa vie de jeune homme.
Hobie, l’associé de Weltie, cet homme « distrait et gentil; négligent, brouillon, humble et doux »  restera toujours l’homme de confiance, le soutien. Mrs Barbour verra en lui un fils retrouvé. Pippa qui  » représentait le royaume perdu, la partie non meurtrie de mon être qui avait disparue avec ma mère« , sera le seul amour de sa vie, inaccessible parce qu’elle a vécu le même drame au musée. Et enfin, Boris, un jeune garçon rencontré à Végas sera l’éternel ami malgré ses tendances aux mauvaises actions, son goût pour l’alcool et la drogue.
« Il faisait toujours confiance à la mauvaise personne » mais  » Tu peux prendre le mauvais chemin et aboutir quand même là où tu veux. »
Théo gardera toujours en lui un sentiment de culpabilité, une peur des foules qu’il contrôle par abus de médicaments ou de drogues. Le tableau de Fabritius est un lien indissociable avec sa mère et il guidera à épisode régulier, un peu comme un fil rouge, le sens de sa vie.
Pourquoi ce tableau? Parce que, si l’art est universel, chacun a un attrait particulier pour une œuvre d’art, quelque chose de magique et personnel qui touche le coeur. En contant cette histoire, Théo souscrit à l’immortalité d’une œuvre d’art.
 » J’ajoute mon propre amour  à l’histoire des amoureux des belles choses. »
Si Donna Tartt a mis plus de dix ans à écrire ce volumineux roman, j’ai pris une bonne semaine à le lire. Ce sont tout de même près de huit cent pages bien tassées avec malheureusement un rythme un peu plat (thriller moderne, bof!) et un contexte insuffisamment exploité. Si il y a de très belles réflexions sur l’Art, sur le sens de la vie, « ironie implacable » ou  » divine providence« , sur les blessures morales de victimes d’attentat, sur les addictions aux drogues, celles-ci me semblent simplement effleurées.
 » J’aimerais croire à une vérité au-delà de l’illusion, mais j’en suis venu à la conclusion qu’il n’y en a pas. Parce que, entre la réalité d’un côté et le point où l’esprit la heurte de l’autre, il y a une zone intermédiaire, un liseré irisé où la beauté vient au monde, où deux surfaces très différentes se mêlent en une masse indistincte pour offrir ce que n’offre pas la vie; et c’est l’espace où tout l’art existe, et toute la magie. »
En lisant la conclusion, je comprends ce que souhaitait montrer l’auteur mais n’est-ce pas un peu tardif ?
 » Et si notre méchanceté et nos erreurs étaient la matière même qui détermine notre destinée et nous amènent vers le bien? Et si, pour certains d’entre nous, on ne pouvait y arriver d’aucune autre manière? »

J’aurais aimé que le récit d’initiation soit davantage enrichi par un contexte social ou artistique ou une réflexion plus poussée, afin de diversifier et relancer mon intérêt au cours de cette lecture.
Le chardonneret reste un livre marathon qui nécessite la ténacité d’un lecteur acharné.

rentrée 14 romancières bac2014

 

 

 

 

Les reflets d’argent – Susan Fletcher

fletcherTitre : Les reflets d’argent
Auteur : Susan Fletcher
Littérature anglo-saxonne
Traducteur : Stéphane Roques
Éditeur: PLON
Nombre de pages : 462
Date de parution : avril 2013

Auteur :
Susan Fletcher est née à Birmingham en 1979. Les Reflets d’argent est déjà son quatrième roman, après Un bûcher sous la neige, Avis de tempête et La Fille de l’Irlandais (tous disponibles chez J’ai lu), qui s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires en France et a reçu le prestigieux prix Whitbread (l’équivalent du Médicis au Royaume-Uni).
De plus en plus connue et reconnue en France, Susan Fletcher confirme à chaque nouveau roman un talent hors norme et s’impose à présent parmi les écrivains de la nature, comme une voix singulière, sensible et rare.

Présentation de l’éditeur :
Une légende raconte qu’il y a très longtemps un homme, pleurant son amour perdu, entendit sur une plage de l’île de Parla, une voix portée par le vent, ce mot soufflé par la mer : Espère. Il se tourna alors vers le large et vit une silhouette flotter dans la mer déchaînée. Puis disparaître sous l’eau. Le corps, celui d’un homme, se terminait par une queue de poisson.
Ce jour-là, sur cette même rive, le jeune Sam Lovegrove découvre le corps d’un inconnu, il s’approche terrorisé, croyant faire face à un cadavre. Puis recule en criant, car l’homme n’est pas mort. Sur l’île, cette apparition bouleverse chacun, tout comme les cheveux noirs et la barbe de cet inconnu, qui réveillent les souvenirs d’un disparu.
Tout à coup, les légendes semblent réelles, les hommes semblent réécrire l’histoire de l’île, ramasser ses mythes sur le rivage, leurs espoirs bouillonnant dans les flots comme autant de reflets d’argent sous le vent.

Mon avis :
Avant de lire cette chronique, je vous préviens de suite, je ne vais sûrement pas être impartiale. J’ai eu un coup de cœur pour Un bûcher sous la neige et j’attendais impatiemment un nouveau roman de Susan Fletcher.
D’emblée, je suis aux anges car le récit commence avec un mythe, celui de l’homme poisson qui redonne espoir aux désespérés.
L’histoire se passe sur l’île de Parla. Là où des bottes en plastique de couleur, dépareillées attendent sur les pieux de la clôture. Rythmé avec le faisceau de la lumière du phare, les descendants de Bundy et les Lovegrove vivent de l’élevage des moutons, de la pêche aux homards ou du tourisme. De la mer, « nous ne connaissons que l’écume« , les coquillages, le bois flotté et les algues qui restent sur la grève après la marée. Le reste est mystérieux et laisse la place aux légendes du livre d’Abigail, Folklore et mythe.
Pour oublier la cruelle réalité d’un homme violent ou la disparition d’êtres chers, les maris content des légendes aux femmes, le frère aîné invente des histoires au plus jeune. Tous préfèrent le rêve à la dure réalité. L’île fut pendant quatre ans sous le poids de la disparition de Tom, fils, mari et frère. Aussi, lorsqu’un inconnu s’échoue sur la plage de Sye, la légende devient espoir. Cet homme providentiel et amnésique procure un mois de vie, d’espoir et d’enchantement à ceux qui n’attendaient qu’un signe de la mer.
«  Qu’est-ce qui fait une bonne histoire…il faut qu’il y ait du bonheur- des gens qui le trouvent. Il faut un paysage qui nourrisse l’esprit, et soit si parlant qu’on ait l’impression d’y être. Il faut de l’amour. Peut-être un peu de tristesse. Et il faut voyage, d’une façon ou d’une autre. »
Susan Fletcher a vraiment réussi une très bonne histoire qui vous laissera un goût de sel sur les lèvres, une blessure au coeur face aux sentiments de culpabilité ou de deuil mais un éclat d’espoir et une sensation d’enchantement.
Elle nous donne à connaître chaque personnage en initiant des « il était une fois« . Tous ont une histoire touchante. Et l’on vit ce mois de changement avec l’homme-poisson qui peut-être repartira à la prochaine grande marée.
On pourra reprocher un trop grand enchantement. La nature est belle, les hommes sont affables, les femmes sont belles et douces. Et, même si quelques uns ont des petits défauts, ils finissent par se libérer.
Mais parfois les belles histoires font du bien.
 » Je sais ceci : le chagrin n’a pas de sens. Aucun modèle, aucune forme, aucune texture, et aucun livre ni aucune histoire ne peut diminuer la douleur de perdre un être que l’on a aimé et que l’on aimera toujours. Il n’y a pas de règle avec le deuil. »

Je remercie babelio et les Éditions PLON qui m’ont permis de lire ce livre lors de la dernière opération Masse Critique.

plume  challengeABC2013  bac  keep-calm-and-read

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La fille de l’irlandais – Susan Fletcher

plonTitre : La fille de l’irlandais
Auteur : Susan Fletcher
Editeur : PLON
Nombre de pages : 310
Date de parution : 19 janvier 2006

Présentation de l’éditeur :
Eve Green, huit ans, de père inconnu, sa mère subitement morte, se trouve renvoyée chez ses grands-parents dans un petit village du beau et sauvage pays de Galles. Un univers dur, où les mesquineries et le mépris jalonnent sa vie d’écolière. Un jour, la plus jolie fille de la classe disparaît, et le microcosme villageois se met en ébullition : enquête, soupçons, mensonges, faux témoignages, vengeance, culpabilité – à huit ans, c’est une drôle d’éducation à la vie qui lui tombe dessus. Seuls deux amis réussissent à gagner sa confiance, jusqu’au jour où l’un d’eux disparaît à son tour… Vingt ans plus tard, enceinte de son premier enfant, Eve remet en place, dans la sérénité et dans l’amour, le puzzle de sa vie ; et il en surgit ce magnifique conte d’innocence perdue, de paix et de bonheur retrouvés, de mystères résolus. Ce livre, couronné par les deux prix littéraires les plus prestigieux attribués aux premiers romans en Grande-Bretagne (le Whitbread et le Betty Trask Award), s’est déjà vendu à 200 000 exemplaires en Angleterre.

Mon avis :
 » c’est ça une cicatrice : la preuve qu’on a vécu un événement qui mérite un récit. »
Éve (Evie ou Evangéline suivant l’âge) en a des cicatrices, corporelle et morale.
Si dès le départ, on connaît le récent drame de sa vie qu’est la mort prématurée de sa mère et son départ obligé à 7 ans  la ville de Birmingham au Pays de Galles, l’auteur distille ensuite les autres fêlures.
En alternant les narrations de la jeune Evangéline de 7 ans, puis celle de la femme Ève de 29 ans, le mystère perdure. Seuls des indices sont révélés et maintiennent le suspense.
Ainsi l’auteur crée un récit assez riche puisqu’il y a à la fois une intrigue sur le mystérieux père de la petite fille, sur une jeune enfant disparue et sur un incendie et en même l’évolution d’Evangéline dans cette difficile contrée du Pays de Galles.
Moi qui avait tant aimé Un bûcher sous la neige, j’ai retrouvé ici, en moins maîtrisé (mais il a été écrit avant) un personnage fort en la présence de la rousse Evangéline, un pays difficile très présent, et des relations à la fois simples et intenses entre les personnages.
C’est toujours agréable de se glisser dans les pensées d’une enfant, d’autant plus que celle-ci est un peu rebelle. Après sa vie en ville, elle découvre à Pencarreg les climats rudes, la vie avec les animaux, les promenades dans la lande. Elle rencontre deux personnages essentiels à son évolution. Tout d’abord Daniel, un ouvrier de ses grands-parents est toujours présent pour la consoler et Billy, un solitaire défiguré par une ruade et mis à l’écart par tout le village.
Les évènements, la recherche de ses racines et la recherche d’une stabilité pour sa future vie de maman au cœur d’un village où tout le monde se connaît font de ce livre un roman dense et passionnant qui m’incite à continuer sans hésitation la lecture de cette auteure.

 J’ai lu ce livre en lecture commune avec Sandrine, Liliba et Mirontaine.

 

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