Détails d’Opalka – Claudie Gallay

gallayTitre : Détails d’Opalka
Auteur : Claudie Gallay
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 224Date de parution : avril 2014

Auteur :
Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L’Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay), Dans l’or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux éditions Actes Sud : L’amour est une île (2010) et Une part de ciel (2013).

Présentation de l’éditeur
:
Évocation subjective et captivante de la vie, de l’œuvre et de l’engagement si singuliers du peintre Roman Opalka, le sculpteur du temps, qui éclaire de façon inattendue la création romanesque de Claudie Gallay, et établit une filiation secrète entre les deux œuvres

Mon avis :
 » Opalka a consacré toute sa vie à raconter la fuite du temps, il en a creusé l’idée, l’a développée, ramifiée jusqu’à sa philosophie et complète perfection, pour en faire un programme, une œuvre d’art qui illustre parfaitement l’idée qu’un artiste qui travaille au plus près de sa vie peut rejoindre un universel qui nous concerne tous. »

Opalka, peintre polonais né en 1931 consacre son oeuvre à la sculpture du temps. De 1965 à sa mort, il écrit en peinture blanche sur un fond noir les nombres de 1 à son infini  atteint lors de sa mort. Enfermé dans le noir d’un camp de concentration, élevé dans l’attente, sa vie influence son oeuvre. Le fond noir de ses toiles sera atténué de tableau en tableau avec 1 pour cent de blanc jusqu’à devenir « ce mur blanc » vers lequel nous avançons. Très vite, il associe à ses tableaux, une photo de son visage vieillissant toujours dans la même exposition et la même tenue. Puis la voix de l’artiste égrenant cette succession de nombres peints rythmera la monotonie de l’épreuve.

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Claudie Gallay a aussi ce rapport au temps dans ses romans. Dans Seule Venise, la narratrice se photographie chaque mois et dans Une part de ciel, Carole photographie chaque jour une même scène. L’intérêt de l’auteur pour ce peintre de l’infini ne pouvait donner qu’une belle rencontre.

Dans ce court récit, Claudie Gallay m’a fait découvrir un artiste que je ne connaissais pas, m’a intéressée à son analyse de l’oeuvre grâce à une réflexion pertinente sur le passage du temps, sur l’art conceptuel, sur le sens de la vie d’un artiste.

 » Chaque homme se construit à partir du sens qu’il donne au temps. »

 » C’est seulement quand on tourne le dos à ce que l’on doit faire qu’on se perd. »

 » L’art doit rendre heureux. Être questionnée, interpellée, émue, émerveillée, c’est ce que je recherche dans une œuvre. »

 » Je n’écris pas pour laisser ma trace mais pour donner de l’épaisseur au temps que j’ai à vivre. »

 » L’œuvre d’Opalka, c’est de la vie, il ne revient pas en arrière, il ne recommence rien, il avance avec ses erreurs et il continue. »

Et l’excellence de l’auteur est de savoir communiquer sa passion pour un artiste qu’elle n’a jamais osé rencontrer mais qui guide son oeuvre, de parvenir à insuffler un rythme et même un suspense dans ce récit de la vie d’Opalka en décrivant  » l’allant tenace d’un homme qui s’avance vers la mort. »

Un peu déçue par le dernier roman de Claudie Gallay, Une part de ciel, je retrouve ici une auteur qui sait communiquer ses passions, provoquer le questionnement du lecteur, émouvoir par ses doutes et son acharnement à comprendre.

 » J’aime l’art quand il me raconte une histoire, qu’il m’égare, m’enivre, me trouble ou me dérange, pas quand il va dans le mur en une surenchère qui frise la supercherie. »

Si je remplace « l’art » par « un livre« , vous comprendrez pourquoi j’ai vraiment aimé cette lecture.

Vous trouverez sur le site officiel de Roman Opalka sa biographie complète et les photos de son œuvre.
Roman Opałka (né le 27 août 1931 en France, mort le 6 août 2011 à Chieti en Italie) est un peintre franco-polonais.
De 1965 à sa mort, il se consacre à l’œuvre de sa vie dont le but est d’inscrire une trace d’un temps irréversible. Ses moyens d’expressions sont majoritairement ses « Détails » (ces fameuses suites de nombres peintes sur toile), des autoportraits photographiques, des enregistrements.

La chasseuse d’astres – Zoé Valdès

valdesTitre : La chasseuse d’astres
Auteur : Zoé Valdès
Littérature cubaine
Traducteur : Albert Bensoussan
Nombre de pages : 342
Date de parution : février 2014

Auteur :
Née en 1959 à Cuba, Zoé Valdés vit exilée en France depuis 1995. Poète, scénariste, romancière, elle a vu ses ouvrages traduits dans une quinzaine de langues. Des succès internationaux comme Le Néant quotidien, La Douleur du dollar, La Fiction Fidel ou Danse avec la vie en ont fait l’un des écrivains cubains les plus connus.

Présentation de l’éditeur :
Venue chercher l’inspiration au bord de la mer, Zamia, écrivaine cubaine, rencontre sur la plage une jeune femme mystérieuse, qui se présente comme une chasseuse d’astres. C’est Remedios Varo, grande artiste surréaliste oubliée de nos contemporains, comme beaucoup de femmes. Deux femmes qu’un siècle sépare, et dont les histoires résonnent pourtant avec harmonie.Peintre et artiste surdouée née en Espagne au début du XXe siècle, Remedios Varo fut l’amie de Dali, Lorca et Breton. Elle fuit à Paris au début de la Guerre Civile, puis s’installa à Mexico pendant l’occupation allemande. Zoé Valdés dresse le portrait de cette femme exceptionnelle, de son rapport absolu à l’art, de ses quêtes amoureuses. En creux, se dessine le portrait de Zamia, jeune cubaine qui lutte à sa façon pour faire entendre sa voix d’artiste. Epouse d’un diplomate installé à Paris, elle vit avec le poids de la surveillance, la censure jusque dans son propre foyer, et l’envie désespérée de liberté.Avec La Chasseuse d’astres, Zoé Valdés revient aux thèmes qui lui sont chers : l’élan créatif, l’exil et la manière dont l’art se réfugie parfois dans les moindres recoins de nos vies.

Mon avis :
 » Grande artiste surréaliste du siècle passé, Remedios Varo est aujourd’hui oubliée des amateurs d’art. J’ai écrit La chasseuse d’astres pour qu’elle m’habite toujours. Je pense avoir réussi. Au travers de son histoire, j’ai enfin pu raconter la mienne, sans rancœur, avec passion et avec raison. » Zoé Valdès

L’auteur a plus que réussi ce portrait d’une artiste, une grande amoureuse de l’art, de la liberté et des hommes. Et ce sont même deux artistes qui m’habiteront longtemps.
Zamia, jeune poétesse cubaine, La chasseuse de mers, qui par une espèce de rencontre surréaliste décide d’écrire sur La chasseuse d’astres, une peintre  contemporaine de Breton ou Dali. L’une est née en 1960, l’autre en 1908. Elles ne se sont jamais rencontrées, si ce n’est lors d’un rêve en bord de mer.
Remedios quitte l’Espagne en 1937. Elle fuit l’anarchie avant la guerre civile, sans son premier mari, Gerardo Lizarraga, basque anarchiste.  A Paris, elle vit misérablement avec son second époux Benjamin Péret jusqu’à la guerre. En 1940, elle doit évacuer sous les conseils d’Esteban Frances, son amant, dans le Sud de la France. Peret, communiste est emprisonné. Elle vit quelques temps dans une cabane sur la plage avec son autre amant Victor Brauner, un artiste roumain. Puis, avec l’aide de Varian Fry, œuvrant pour le Comité de salut d’urgence financé par l’américaine Guggenheim (voir Le fil de la vie de Nine Moati), elle prend le bateau à Oran pour Cuba puis le Mexique.
 » C’est au Mexique que je me suis sentie accueillie et assurée. »
Remedios n’était pas le genre de femmes à aimer un seul homme. Elle n’eut jamais d’enfants mais ses maris et amants étaient ses enfants.
 » Elle n’a jamais accepté d’avoir des enfants. Enceinte de Benjamin Péret, elle a avorté, sans traumatisme. Elle était la mère de la lune. »
Elle les aimait tous d’un même amour sincère et fidèle. Seul son dernier mari, Walter Gruen, valorisera son œuvre et la fera connaître par des expositions largement saluées.
Les récits et souvenirs de Remedios se mêlent à ceux de Zamia. Elle, aussi, connaît l’exil à Paris. Elle est mariée à un diplomate devenu violent et a un amant, Alvaro. Sa vie privée est très surveillée par les services de la Sécurité de l’État. Ses écrits avec une autre exilée cubaine, ses photos nues faites pour gagner un peu d’argent lui vaudront un cruel chantage. Zamia rêve aussi de liberté pour assouvir son art de l’écriture. Tout comme Remedios, elle vit d’étranges rencontres, des visions surréalistes, des expériences communes de prémonitions auprès de prêtresses de culte cubain. L’une comme l’autre sont des femmes envieuses de liberté, destinées à transcrire leurs visions et leurs rêves  dans l’art.
 » cette femme, avec sa vie, m’a transmis un legs, m’a faite sa fille, m’a engendrée, parce qu’en m’identifiant à son destin et à ses valeurs elle m’a faite héritière de sa connaissance, de sa poétique, et m’a offert une identité nécessaire pour retourner à ce lieu où je suis partie, où je me suis enfuie, où je me suis égarée…Remedios Varo m’a pressentie avec son art et m’a sauvée du suicide. »
Le roman de Zoé Valdès est d’une richesse inouie. Non seulement, l’auteur illustre les périodes tourmentées de l’Espagne, de la France et de Cuba mais elle  analyse l’œuvre de ce peintre surréaliste bien moins reconnue que Frida Kahlo (qu’elle a croisé au Mexique)  par le biais de sa vie et par la description de certains tableaux.

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La construction est complexe puisqu’elle entremêle les vies et souvenirs de Remedios et de Zamia. Mais quel voyage surréaliste !  Un très beau et très riche moment de lecture.

 » On change de lieu on ne change pas de vie, ta vie est la tienne jusqu’au dernier moment, et tu traînes avec elle ta marque de naissance. »

Je remercie babelio et les Éditions JC Lattès pour cette lecture.

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Nu rouge – Frédéric Touchard

touchardTitre : Nu rouge
Auteur : Frédéric Touchard
Éditeur : Arléa
Nombre de pages : 204
Date de parution : août 2011

Résumé :
Terminant sa thèse sur Édouard Pignon, c’est vers le Nord-Pas-de-Calais, région natale du peintre, que Camille décide de partir.
Elle veut mettre ses pas dans les siens, retrouver les lieux de son enfance, voir de ses yeux les lumières, les gens, les paysages qui ont inspiré le peintre. Mais, très vite, cette quête va prendre une autre dimension. Guidée par Jean, rencontré par hasard et avec qui se noue le début d’une histoire, elle plonge dans une réalité qu’elle n’imaginait pas, faite de luttes et de traditions ouvrières malmenées par la disparition des mines et des filatures. Dumont Cassel à Marles-les-Mines, de Roubaix à Dunkerque, mais aussi à Calais, elle découvre pêle-mêle et en accéléré les blessures de la Grande Guerre, les friches industrielles, l’errance désespérée des sans-papiers. Chaque rencontre, chaque lieu visité lui parlent de résistance et d’engagement politique. Mais que pèse sa vie face à ce destin collectif ? Rien ni personne, même pas Jean, surtout pas Jean et son amour naissant, ne pourra l’empêcher d’aller vers son destin. Et le geste insensé qu’elle décide d’accomplir la révélera à elle-même.

Mon avis :
 » De ce Nord, Camille ignore encore l’ordre et les désordres… »
Moi, ce Nord, je le connais un peu puisque j’y suis née. Et pourtant, j’ai beaucoup appris dans ce livre. L’auteur parle de la région Nord/Pas de Calais sous plusieurs dimensions (géographique, historique, sociale et culturelle).
Bien sûr, j’ai découvert ce peintre, ancien mineur, Edouard Pignon, sur lequel Camille fait sa thèse, mais j’ai eu la surprise d’y retrouver Rémy Cogghe, dont le célèbre tableau Combat de coqs en Flandre est exposé à La Piscine (musée) de Roubaix. J’ai lu récemment un petit livret édité par Invenit sur ce tableau vu par Jean-Bernard Pouy.
Frédéric Touchard nous parle aussi bien des mines, des filatures, de la génèse du magasin Auchan, de la naissance de l’Internationale, du camp de Sangatte, des stigmates de la première guerre mondiale, de la scission belge entre flamands et wallons. Ce livre est d’une grande richesse.
De plus, les personnages sont attachants bien qu’ils soient, à la manière des gens du Nord, très pudiques et humbles. L’histoire d’amour naissante entre Camille, un peu perdue devant son sentiment d’inutilité et Jean qui lui explique son pays, est comme une douce mélodie, un attachement sérieux et simple. Jean respecte la
personnalité de Camille.
Puis, Camille se sent obligée d’agir, peut-être en mémoire de son père. Devant la misère des camp d’immigrés qui attendent vainement un passage vers l’Angleterre, Camille se sent concernée.
Le style de l’auteur est très agréable, avec des petites pensées entre parenthèses, parfois des phrases un peu longues. J’ai ressenti une douce mélancolie à la lecture de ce roman.
Je regrette de n’avoir pas eu quelques reproductions de peintures d’Édouard Pignon.

  touchard1   Nu rouge au cactus

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                                                                      Combat de coqs

C’est un premier roman encourageant que je conseille aux amoureux de la région Nord/ Pas de Calais.

 


Combat de coqs en Flandre – Jean-Bernard Pouy

pouyTitre : Combat de coqs en Flandre de Rémy Cogghe
Auteur : Jean-Bernard Pouy
Éditeur : Invenit collection Ekphrasis

Résumé :
Une lecture de Jean-Bernard Pouy d’après l’œuvre de Rémy Cogghe

 « Au moins, avec la peinture de la fin du XIXe siècle, il y a, sans vilain jeu de mots, à croûter » : avec sa gouaille habituelle, Jean-Bernard Pouy ouvre l’exercice qui lui a été confié et livre son interprétation du Combat de coqs en Flandre (1889) conservé au musée La Piscine à Roubaix. Il frime, il tergiverse, il tourne autour de la toile tel un fauve entêté. Il y fait intriguer Zola, y reconnaît Victor Hugo, « notre Totor national », en spectateur omniscient, présidant cette assemblée de parieurs qui incarnent à la fois la France qui travaille et la France qui dirige dans une bataille qui pourrait tout aussi bien avoir comme décor la scène d’un théâtre que celle de l’hémicycle.
Faussement enveloppée d’une verve triviale, c’est une réflexion habile sur la tradition et l’interprétation dans l’art que nous livre Jean-Bernard Pouy

Mon avis :
Je ne reviendrais pas sur la qualité de l’édition, déjà plébiscitée lors de ma précédente lecture « L’île engloutie » de Paul Klee commentée par Maurice Pons. Je tiens tout de même à signaler sur cet ouvrage la beauté des planches détaillées insérées dans les pages du commentaire.
Le tableau de Rémy Cogghe est d’un tel réalisme que les portraits ont la définition des meilleures photographies actuelles. Ces extraits m’ont permis d’apprécier les personnages, leurs visages expressifs et profonds. On distingue facilement les différents plans du tableau.
Jean-Bernard Pouy livre ses interprétations successives lorsqu’il détaille ce tableau. De la mise en valeur du symbole français qu’est le coq, de la séance houleuse à l’Assemblée il termine par l’explication naturelle d’un combat faisant l’objet de paris. Son analyse sur l’identité des personnages est fine et perspicace.
Il détermine leur rang social par l’habit, leurs réelles préoccupations par leur regard, leur humeur par leur visage.
Je dois reconnaître que la verve de l’auteur est riche et témoigne de son appartenance à l’Oulipo puisqu’il s’oblige à composer autour de la valeur du coq.
Le texte est moderne et plaisant, même si je n’apprécie pas certaines pensées que je juge pédantes ou misogynes.
L’auteur a pris un réel plaisir à commenter ce tableau et a su nous le faire partager. L’écart entre l’humour du commentaire et la gravité du tableau est un exercice original et maîtrisé.

Je remercie logo_club_miniature  qui m’a permis de lire ce livre dans le cadre de l’opération « Un éditeur se livre »

 

Je remercie l’Éditeur pour cette collection exceptionnelle, qui associe même au livre envoyé un  marque-page aux
couleurs de l’œuvre du peintre d’une grande beauté.

Paul Klee, L’île engloutie

ponsTitre : L’île engloutie, une lecture de Paul Klee
Auteur : Maurice Pons
Éditeur : Invenit
Nombre de pages : 33
Date de parution : 25 février 2011

 

Résumé :
 » Ce sont les tableaux qui nous regardent  » : ces seuls mots découverts au réveil d’un matin onirique, autrefois prononcés par Paul Klee, plongent l’écrivain Maurice Pons dans l’univers de L’Île engloutie (1923), une aquarelle conservée au LaM – Lille métropole, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut, avec deux autres oeuvres de l’artiste. On retrouve avec bonheur cet écrivain à l’oeuvre parcimonieuse et son écriture vagabonde, d’où jaillissent des univers mêlant réalité et fantastique. Maurice Pons réussit avec malice à nous transmettre la ferveur qu’il partage avec Paul Klee pour les mondes du rêve. Ce livre est un voyage au coeur de la peinture, la quête partagée d’un  » paradis inimaginable « .

Mon avis :
Tout d’abord, je tiens à souligner la qualité de cette édition. Elle nous présente de manière complète une oeuvre (reproduction du tableau dans le rabat de la couverture), la biographie d’un peintre et celle d’un auteur.
Je trouve intéressant qu’un célèbre auteur nous traduise son ressenti devant l’oeuvre d’un peintre ou d’un musicien.
Dans ce même domaine, j’ai lu et apprécié « Lettre à Delacroix » de Tahar Ben Jalloun. L’analyse y était plus complète car il s’ agissait de relier plusieurs tableaux du peintre avec un pays, le Maroc. De même, j’ai aimé les romans d’Eric-Emmanuel Schmitt consacrés à Mozart et Beethoven. Je suis passionnée de lecture, mais
sûrement moins à l’aise sur la peinture et la musique et j’apprécie que la littérature me permette une vision éclairée de ces deux autres domaines.
Ici, Maurice Pons intègre un rêve, une idée personnelle dans un tableau de Paul Klee. Effectivement, c’est le tableau qui regarde l’écrivain et  dévoile ses pensées profondes. J’ai beaucoup aimé le style fluide et léger de Maurice Pons que je n’avais pas encore lu.
Face à ce tableau, j’ai eu grâce à l’auteur, une impression de magie, de quiétude devant ce camaïeu de bleus. Le regard se laisse porter et rassurer par cette étoile protectrice au-dessus des maisons.
Je n’ai pas bien saisi le rapport avec la toile du Kremlin mais je suppose que cette étoile a guidé Maurice Pons vers son lieu d’intérêt qui était ce lieu russe. C’est ce que la toile de Klee a vu au plus profond de l’écrivain.

Je remercie Le Club Libfly et les Éditions Invenit pour cette lecture assistée d’une œuvre d’art. Maurice Pons m’ a permis d’accéder à un autre domaine, m’a ouvert une porte vers une œuvre d’art.

Lettre à delacroix – Tahar Ben Jelloun

delacroixTitre : Lettre à Delacroix
Auteur: Tahar Ben Jelloun
Editeur: Gallimard
Nombre de pages: 95

Résumé:
 » Parce que vous êtes « le plus suggestif de tous les peintres », je pense pouvoir vous faire revenir au Maroc par la magie du verbe. Je vous imagine en ce début d’année 1832, jeune homme élégant et réservé, quitter votre atelier de la rue des Fossés-Saint-Germain, laissant derrière vous une lumière retenue, empêchée par un ciel gris et bas d’éclater, une lumière brève et faible à laquelle les Parisiens finissent par s’habituer. Vous sortez de ce quartier et vous vous trouvez, quelques jours après, inondé par une lumière si vive, si pleine et même brutale que vous subissez un choc. Vous êtes à la fris en Méditerranée et face à l’océan Atlantique « . Tahar Ben Jelloun rend hommage à Eugène Delacroix, converti à la lumière lors de son voyage en Afrique du Nord. Mais au-delà du peintre génial, c’est la beauté de tout un pays qu’il célèbre : celle du Maroc.

Mon avis:
Dans cette longue lettre, Tahar Ben Jalloun honore à la fois le peintre Delacroix, le Maroc et ses habitants.
Selon l’auteur, les tableaux de Delacroix, réalisés plusieurs années après son retour, de mémoire ou grâce à ses carnets, font davantage ressortir l’émotion, le souvenir que la réalité. C’est cette absence de réalité qui fait la beauté et la profondeur de ses oeuvres. Le peintre a su prendre l’âme du pays.
Delacroix a su peindre les chevaux, meilleurs amis des marocains et transcrire leur énergie dont ils sont le symbole.
Tahar Ben Jelloun regrette que ces peintures ne soient pas exposées au Maroc, d’autant plus qu’il y a peu de peintres dans ce pays suite à une mauvaise interprétation du Coran.
Ce livre est l’occasion pour l’auteur de présenter le Maroc sous son vrai regard : des gens sauvages mais non barbares, naturels, disponibles, doux et chaleureux. Les marocains ont échappé aux invasions ottomanes et n’ont été que sous protectorat français (contrairement à l’Algérie), ce qui garantit l’authenticité
du pays.
Cette lettre est très agréable à lire grâce au style littéraire de Tahar Ben Jalloun et aux reproductions des peintures et carnets de Delacroix.

 

Le voleur de cygnes – Elisabeth Kostova

kostovaTitre : Les voleurs de cygnes
Auteur : Elisabeth Kostova
Editeur : Michel Lafon
Nombre de pages : 475

Auteur :
Elizabeth Johnson Kostova, née le 26 décembre 1964 à New London (Connecticut), est une écrivaine américaine connue pour son roman « L’Historienne et Drakula », traduit en 28 langues et devenu un best-seller.

Résumé:
Andrew Marlowe, psychiatre, mène une vie parfaitement organisée : il est solitaire, certes, mais ses patients et la peinture lui tiennent lieu de compagnie. Jusqu’au jour où un peintre renommé lacère une toile à la National Gallery. Marlowe tente de comprendre cet acte sacrilège, tâche d’autant plus ardue que cet artiste, devenu son patient, refuse de prononcer un seul mot. Le psychiatre n’aura pas d’autre choix que d’enquêter sur son entourage, les femmes de sa vie et, surtout, cette mystérieuse inconnue que le peintre dessine sans relâche…

Mon avis:
J’ai légèrement peiné sur la lecture de ce livre parce que j’ai trouvé le rythme assez lent et le style un peu lourd et
émaillé de détails insignifiants, superflus, voire parfois un peu grotesques.
 » Sa peau avait un goût piquant, le goût de l’huile d’olive extra vierge pressé à froid. »
 » Il a secoué tristement la tête en regardant une crotte d’oiseau collée sur le bord de la table; »
Je ne cite pas les détails les plus surprenants mais il m’est apparu étrange que Mary, la petite amie de Robert, le peintre
admis en psychiatrie vienne écrire au médecin qu’elle connaît encore à peine les moindres détails de son adolescence.
Mais l’histoire reste  intéressante et se déroule à la manière d’une enquête.
Je reconnais l’importance du travail de recherche de l’auteur sur la période des impressionnistes français. D’ailleurs,
curieusement, le style littéraire s’enrichit lorsque l’auteur décrit les tableaux, et ses analyses sont très perspicaces et professionnelles.
 » Il avait saisi l’instant de choc, d’incrédulité, l’instant où tout bascule. »
Quant aux personnages, j’ai regretté qu’ Andrew Marlow, le psychiatre endosse le rôle principal car je le trouve assez fade.
Il s’éprend des femmes du peintre, sans grande conviction, un peu à l’image d’un transfert psychiatrique. Je n’ai pas ressenti d’émotion profonde chez cet homme, à part un désir de « se caser » à la cinquantaine.
Par contre, le caractère du peintre, Robert Oliver était riche et intéressant mais ce personnage passe rapidement au second
plan, oublié dans son hôpital et son mutisme.
Bien sûr, le personnage de Béatrice de Clerval, la jeune peintre du XIX ème siècle est très romantique. Évoquée par le biais
de sa correspondance avec son oncle et mentor,Olivier Vignot, elle est digne des héroïnes de Maupassant ou Flaubert. Jeune épouse, en manque de maternité, elle s’adonne à sa passion de la peinture et tombe amoureuse du vieil oncle qui révélera son talent. Il y a une très grande poésie et émotion dans l’évocation de leur rencontre charnelle.
L’enchâssement des deux histoires, celle de Béatrice au XIX e siècle et celle, actuelle, de l’enquête du psychiatre permet
de donner un rythme au récit. Le lecteur peut y voir l’évolution des romances entre personnages d’âges différents (Béatrice et Olivier, Robert  ou Andrew et Mary, Henri et Aude).
Globalement, je trouve le contexte du livre sur le monde des impressionnistes bien documenté et enrichissant. La trame de
l’histoire est bien construite et les explications se construisent au fil du récit. L’enquête du psychiatre donnera la raison de l’agression du peintre envers ce célèbre tableau  » Léda vaincue par le cygne ».
Toutefois, je n’ai pas été emportée par l’histoire, sûrement à cause du style et du manque d’intérêt pour le personnage
principal, Andrew Marlow.