Le meurtre du commandeur 2 – Haruki Murakami

Titre : Le meurtre du commandeur, la métamorphose se déplace
Auteur : Haruki Murakami
Littérature japonaise
Titre original : Kishidanchô goroshi
Traducteur : Hélène Morita et Tomoko Oono
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 473
Date de parution : 11 octobre 2018

 

 » J’aime les choses que je vois. Et autant celle que je ne vois pas. »

Ainsi commence le second volume du roman d’Haruki Murakami, Le meurtre du commandeur.

Le narrateur poursuit ses tableaux en cours, cherchant toujours une nouvelle forme d’art. Tomohiko Amada, le propriétaire de la maison, peintre aujourd’hui alité dans un centre de santé, a fait de sa dernière œuvre,  Le meurtre du commandeur, une toile  expiatoire. Le narrateur doit livrer la sienne.

Mais son environnement est de plus en plus mystérieux. Le vieux peintre  et son histoire le hantent. Il en apprend davantage sur son passé. Son jeune frère a participé au sac de Nankin en 1937, un massacre qui l’a ensuite conduit au suicide.

Ce second tome est particulièrement addictif et rythmé  avec les disparitions concomitantes de Marié ( la jeune voisine qui serait la fille du riche et farfelu Wataru Menshiki) et du narrateur.

Le narrateur plonge dans le monde des métaphores. Le chemin le pousse à faire revivre la scène du tableau La meurtre du commandeur. Un chemin nécessaire pour sauver Marié, un chemin qui le conduit aussi vers la connaissance profonde de son être.

«  Dans cette vie, il y a beaucoup de choses que nous ne parvenons pas à expliquer, et il y en a aussi un certain nombre que nous ne DEVONS pas chercher à expliquer. »

Haruki Murakami, en nous plongeant dans l’onirisme, laisse une large part d’interprétation au lecteur.

Les secrets, les blessures, les désillusions lestent notre pensée. La solitude de l’artiste incite alors à la création libératrice.

 » Depuis le tout début, j’ai voulu faire apparaître dans mes peintures ce dont je suis en quête mais que je ne peux pas obtenir dans la réalité. »

Le meurtre du commandeur est avant tout un grand roman sur la démarche créative, sur l’inspiration puisée dans les blessures de l’existence. Avec sa patte si particulière, l’auteur crée un roman onirique, sensible, marqué par des personnages énigmatiques. L’auteur est aussi un écrivain politique et il n’hésite pas à insérer dans son conte les moments marquants de l’Histoire du Japon. Juste une simple touche qui suffit pourtant à comprendre le passé du pays et son impact sur les mémoires.

Ne ratez pas la chronique d’Ingannmic qui m’a accompagnée pour cette lecture .
Vous pouvez retrouver ici la chronique du premier tome

 

Amrita – Patricia Reznikov

Titre : Amrita
Auteur : Patricia Reznikov
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 384
Date de parution : 11 mars 2020

Hasards de lecture, plusieurs romans m’ont récemment permis d’allier littérature et peinture en découvrant des peintres  ( Walter Spies, Aimée Castain) et maintenant Amrita  Sher-Gil.

« Une comète hongroise, indienne, juive, mais aussi sikhe, française, enfin une biographie improbable. Une grande artiste. Elle a cherché à faire dialoguer l’art moderne occidental et l’art traditionnel de l’Inde. Morte trop tôt. »

C’est en dénichant une petite toile indienne chez Drouot qu’Iris, la narratrice, peintre en manque d’inspiration depuis sa rupture sentimentale, se passionne pour la vie d’Amrita Sher-Gil.

Grâce à ses toiles, et aux photographies prises par le père d’Amrita, Iris retrace la vie de l’artiste de son enfance à sa mort.

Amrita est née le 30 janvier 1913 à Buda en Hongrie de Marie-Antoinette issue de la noblesse hongroise et d’Umrao Sher-Gil, un sikh érudit, ascète et philosophe. Ces deux êtres d’origine bien différente auront deux filles, Amrita et Indira.

A l’issue de la première guerre mondiale, la Hongrie passant sous un régime fasciste, la famille repart s’installer en Inde, à Simla dans les contreforts de l’Himalaya. C’est une petite ville coloniale marquée par le goût occidental. Marie-Antoinette, chanteuse lyrique donne à ses filles une éducation artistique. Amrita aurait pu devenir une excellent pianiste mais elle a une attirance et un don pour le dessin. La peinture permet à la jeune fille timide et introvertie de s’extérioriser.

De ses voyages en Hongrie, en France, en Italie, Amrita puise une large inspiration mais après cinq ans aux Beaux-arts de Paris, la jeune femme veut définitivement rentrer en Inde en 1934. Mais c’est une femme libre, jugée scandaleuse par ses parents qui revient de l’occident.

« Toutes ces années fécondes à Paris, elle aimera, en réaction, beaucoup d’hommes, mais aussi sans doute des femmes. Elle électrise ceux qu’elle approche. Tous, ils évoqueront son charme, son pouvoir de séduction, cette lumière particulière qui émane d’elle. »

En visitant son pays, et notamment les grottes sacrées d’Ellora, Amrita découvre la peinture indienne ancienne. Elle sait dorénavant ce qu’elle veut faire de son art.

«  Que lui a murmuré cet art tout infusé de spiritualité que ne lui a pas dit celui de Paris? Un message essentiel sur notre passage sur terre, sur sa beauté, sa violence, sa sensualité, entre l’Accompli et l’Inachevé? »

Elle décide de vivre enfin au grand jour sa passion secrète et taboue pour son cousin, au grand désespoir de son père et malgré la colère sauvage de sa mère. Elle parvient à faire quelques expositions, vendre quelques toiles mais le couple peine à vivre dignement. Si Amrita sait que la marginalité est souvent le prix à payer pour créer une oeuvre, elle souffre d’anxiété et de dépression face au rejet de ses parents.

Patricia Reznikov choisit de passer par une narratrice actuelle, peintre elle aussi, séparée et sans enfants pour dresser le portrait de l’artiste indienne talentueuse aux moeurs scandaleuses pour l’époque et le pays. Ce biais, soutenu par la description de tableaux ou photos peut rompre le récit. Mais la sensibilité d’Iris, cette soif de connaître le parcours créatif d’une artiste hors norme donnent de la cohérence à la construction. La vie d’Amrita dans un monde en proie aux guerres, à la colonisation est passionnante, la création artistique passe devant tous les drames. Car Amrita est une amoureuse de l’art et de la vie. Cette artiste de talent, femme libre à la vie tourmentée m’a vite fait oublier les écueils qui ont pu me gêner comme par exemple une trop grande richesse de style sur les premiers paragraphes.

Si vous souhaitez admirer le talent d’Amrita Sher-Gil, je vous conseille cet article. Vous y trouverez aussi certaines photographies prises par Umrao, décrites par la narratrice du roman.

 

Le meurtre du commandeur – Haruki Murakami

Titre : Le meurtre du commandeur, Une idée apparaît
Auteur : Haruki Murakami
Littérature japonaise
Titre original : Kishidanchô goroshi, Arawareru idea
Traducteur : Hélène Morita et Tomoko Oono
Editeur : Belfond
Nombre de pages :456
Date de parution : octobre 2018

Le narrateur est peintre mais il brade son talent et gagne sa vie en faisant des portraits. Sa technique particulière est réputée. Il ne fait pas poser son modèle mais l’interroge, l’observe puis il peint de mémoire.

Marié depuis six ans à Yuzu, il quitte le domicile conjugal à la demande de sa femme éprise d’un autre homme. Après quelques mois d’errance, il s’installe dans la maison du père d’un de ses amis des Beaux-arts. Rien de mieux que cette demeure isolée au coeur de la montagne, lieu où vivait un peintre célèbre, Tomohiko Amada. L’homme excellait dans la peinture à l’occidentale mais à son retour de Vienne où il séjourna pendant la période de l ‘Anschluss, il s’est adonné à un nouveau genre, l’art du nihonga ( peinture traditionnelle japonaise de l’ère Meiji).

Le narrateur retrouve caché dans le grenier le dernier tableau du vieil homme, aujourd’hui sénile et reclus dans une maison de retraite. Intitulé Le meurtre du commandeur, ce tableau est une transposition d’une scène du début de l’opéra de Don Giovanni adaptée à l’ère Asuka. Ce tableau d’une grande violence où un jeune homme tue un « commandeur » inspire le narrateur. Lui aussi doit profiter de ce changement de vie pour enfin trouver son art. Il expose le tableau caché dans son atelier, inconscient de ce que va générer cet acte.

Un voisin énigmatique, une clochette qui sonne chaque nuit dans les bois, une fillette étonnante viennent peupler le quotidien du peintre. Visions, souvenirs envahissent son esprit sans jamais toutefois lui faire perdre le fil de son quotidien.

Haruki Murakami possède une façon d’écrire très particulière. L’auteur détaille énormément les actes du quotidien. Il aime aussi récapituler les événements marquants, détachant du discours les indices, les choses exceptionnelles. Il nous plonge dans le mystère tout en nous ancrant dans une réalité concrète.

Réalité ou Idée? Personnage réel ou imaginaire ? Quel est le poids du passé sur les personnages? Quels actes refoulés peuvent cacher les tableaux des peintres?

Le livre 1 s’achève avec de nombreuses interrogations, un goût de merveilleux, un sentiment d’incompréhension mais une sensation que l’intellect devra faire un effort pour appréhender le monde étrange de Murakami.

« Dans un monde invisible aux yeux, dans un monde que la lumière du jour n’atteint pas, autrement dit, dans le domaine de l’inconscient, au plus profond de chacun de nous, advient une immense fluctuation. Par la réaction en chaîne qui se transmet à la surface, elle prend une forme visible à nos yeux.»

Sans plus attendre, j’enchaîne avec le livre 2, même si cette lecture commune n’est prévue que pour le 15 mai.

Lecture commune avec Ingannmic.

Quand arrive la pénombre – Jaume Cabré

Titre : Quand arrive la pénombre
Auteur : Jaume Cabré
Littérature catalane
Titre original : Quan arriba la penombra
Traducteur : Edmond Raillard
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 269
Date de parution : janvier 2020

 

Avant de m’attaquer à Confiteor, le chef d’oeuvre de Jaume Cabré, je rentre dans l’univers de cet auteur avec un recueil de nouvelles.

Ecrites à différentes périodes, peaufinées au fil du temps ou composées spécialement pour ce recueil, ces treize nouvelles ont été choisies pour illustrer un thème, l’univers mental des assassins. Convaincu par le point de vue de Riera Llorca, Jaume Cabré établit une thématique, une atmosphère pour lier ces nouvelles. Et même parfois davantage, en ramenant un personnage ou un tableau de Millet.

Quelle différence y-a-t-il à tuer de sang-froid ou en tant que soldat? Le remords, sûrement. A part dans la dernière nouvelle où un vieil homme ressasse sa culpabilité pour avoir causé la mort de deux hommes pendant la guerre d’Espagne, les autres personnages, assassins par vengeance, métier, nuisance, peur ou instinct n’éprouvent aucune culpabilité, aucun remords. Ils parlent de leurs actes avec le plus grand naturel.

L’enfant délaissé par son père dans une institution catholique, violenté par un surveillant n’aura de cesse de se venger de ceux qui lui ont gâché son avenir. La vengeance et la mort sont pour lui des évidences.

« Je reconnais que j’ai tué cinq fois, mais je ne suis pas violent

Tout comme ce tueur à gages qui exécute ses contrats sans état d’âme ni compassion. Ou ces époux qui souhaitent mettre un terme à leur vie commune. Certains tuent froidement pour se protéger des autres. L’assassin est un berger rancunier, un Prix Nobel inquiet, un père qui n’a plus rien à perdre, une doublure d’un dictateur sénile, un écrivain raté ou un tueur en série.

Le lecteur entre dans un tableau, dans la tête d’un assassin à la recherche du vrai visage, de la lumière. Il en ressort transformé en gardant en tête l’effroyable naturel du criminel.

Jaume Cabré s’amuse à lier ses nouvelles avec un personnage qui passe de l’une à l’autre et surtout avec un tableau, La fermière de Millet. On y aperçoit une paysanne de dos qui marche vers la lumière. Comment ne pas avoir envie de voir son visage et de cheminer avec elle vers la colline de Puig dels Ases?

Malgré le sujet sombre du meurtre, il n’y a aucune noirceur dans ces textes. L’auteur joue des mises en abyme pour intensifier encore l’ambiance mystérieuse, tout en maniant aussi l’humour noir. Jaume Cabré fait de la littérature un art.

« Un étudiant imprudent a dit mais c’est de la littérature, pas de l’art, non? Granell lui a souri et nous a dit à tous, en le regardant lui, si le miracle se produit à travers des mots, nous l’appelons littérature ; s’il se produit de manière éthérée, dans un laps de temps déterminé, nous l’appelons musique; et si le miracle se produit dans un espace matériel déterminé, nous l’appelons peinture, fresque, retable, sculpture. Et si le miracle, c’est l’espace que tu crées, nous l’appelons architecture. L’important, c’est qu’il y ait miracle.  »

Même si le miracle fut pour moi relatif (il est toujours plus difficile de s’immerger dans un recueil de nouvelles), l’originalité du sujet, la construction et surtout l’ambiance créée par le talent littéraire de l’auteur sont remarquables.

Je remercie Babelio et Actes Sud pour l’attribution de ce livre lors de la dernière opération Masse critique.

tous les livres sur Babelio.com

L’écliptique – Benjamin Wood

Titre : L’écliptique
Auteur : Benjamin Wood
Littérature anglaise
Titre original : The ecliptic
Traducteur : Renaud Morin
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 490
Date de parution : 17 août 2017

Benjamin Wood a fait une entrée fracassante en littérature avec Le complexe d’Eden Bellwether. Dans ce second roman, nous retrouvons cette même atmosphère très britannique des milieux fermés et le thème de la folie créative. Avec peut-être la volonté de surfer sur la vague d’un succès et d’en faire trop au risque de décevoir.

La première partie du roman se passe en huis-clos à Portmantle, un refuge pour artistes déprimés sur une île au large d’Istanbul. Knell, une peintre écossaise, l’écrivain Quickman, la dramaturge MacKinney et l’architecte Pettifer, quatre anciens pensionnaires amis accueillent un nouvel arrivant, le très jeune Fullerton. 

Pour entrer dans ce sanatorium, l’artiste doit être coopté et accepter de changer de nom. Là, loin des pressions extérieures, chacun doit pouvoir retrouver le calme créatif et travailler sur le projet qui les ramènera vers le succès.

Knell est troublée par le comportement de Fullerton, un jeune homme extrêmement doué sujet au somnambulisme et aux crises violentes. Personne ne sait vraiment quelle est son activité mais Fullerton fait exploser la routine paresseuse des pensionnaires.

La seconde partie nous emmène dans le passé de Knell. En 1957, Elspeth Conroy ( le vrai nom de Knell) est l’assistante pleine d’admiration du peintre Jim Culvers. Un marchand d’art, spécialiste   » des raouts de nababs et de collectionneurs toqués » découvre son travail. Si sa première exposition est un succès, Elspeth reste insatisfaite de son travail trop commercial. Et la disparition de Jim la peine plus que de raison.

« Si on n’a pas l’ambition d’être le meilleur dans ce que l’on fait, quel est l’intérêt? Si on vise la grandeur mais qu’on échoue malgré tout…très bien. On aura au moins eu le cran d’essayer. Il y a un certain honneur à échouer de cette manière. Mais il n’y a rien d’honorable à se contenter de la médiocrité. »

Avec Dulcie, directrice de la galerie, Elspeth prend le bateau pour les États-Unis. Elle a le secret espoir de retrouver Jim et le moyen d’oublier une aventure avec un journaliste. Victor Yail, un psychiatre tente de lui apporter son aide.

«  Nous avons tous besoin d’un lieu qui soit à nous et rien qu’à nous…Visualisez cet endroit dès que vous vous sentez anxieuse. »

A son retour, Elspeth peine à honorer une commande d’une peinture murale pour un nouvel observatoire. Médicaments, fatigue, pression. Lors de l’enterrement de son ancien professeur, la jeune peintre retrouve Jim. Cette histoire d’amour l’entraîne une nouvelle fois dans l’excès, la jalousie et la dépression.

C’est le moment que choisit l’auteur pour retourner à Portmantle où Knell tente de comprendre le geste de Fullerton.

L’ambiance pesante, énigmatique au sein de Portmantle est particulièrement bien rendue. L’histoire de cette jeune peintre insatisfaite est passionnante. Benjamin Wood est un excellent conteur qui envoute son lecteur avec des atmosphères prenantes et des personnages complexes flirtant avec la folie. Cette qualité de conteur l’entraîne parfois vers quelques longueurs. 

Si l’idée qui sous-tend la construction est bien amenée, donnant ainsi de la crédibilité au scénario, la fin reste un peu abrupte. Elle me semble à la fois intelligente et décevante. Peut-être un peu brouillonne.

L’écliptique reste une lecture agréable grâce au talent littéraire de l’auteur. Une bonne lecture d’été mais, désormais, j’attends de ce jeune auteur une nouvelle prise de risque.

 

Dessine-moi un bonhomme de neige – Amy et Greg Newbold


Titre : Dessine-moi un bonhomme de neige
Auteur : Amy et Greg Newbold
Titre original : If Picasso painted a snowman
Traducteur : Benjamin Kuntzer
Editeur : Palette
Nombre de pages : 44
Date de parution : 25 octobre 2017

Avec ce titre qui rappelle la phrase du Petit Prince à Saint-Exupéry, Amy et Greg Newbold invite le jeune lecteur à découvrir les techniques et particularités des maîtres de la peinture.

Cette leçon de dessin est donné par un petit cochon d’inde trop mignon. De page en page, il montre ce que serait un bonhomme de neige peint par Pablo Picasso, William Turner, Roy Lichtenstein, Georgia O’Keeffe, Gustav Klimt….

Bien sûr, aucun de ces peintres n’a peint de bonhomme de neige mais notre guide utilise le monde de l’enfance pour présenter le style de ces artistes célèbres ou moins connus.

 

Dans cet album, tout attire l’oeil, les formes, les couleurs, le graphisme, ce sympathique cochon d’inde. C’est une façon très vivante et amusante de faire découvrir l’Art aux plus jeunes.

L’attention est toujours sollicitée. «  Combien de bonhommes de neige se cachent parmi les meules de foin de Claude Monet? »

« Le bonhomme de neige de Piet Mondrian est carré. Vois-tu une carotte quelque part? »

En dernière page, l’enfant est invité à dessiner son propre bonhomme de neige. Peut-être le debut d’une grande carrière.

Un répertoire en fin de livre donne aux parents une présentation de chaque peintre.

J’ai reçu cet album dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio.

 

Détails d’Opalka – Claudie Gallay

gallayTitre : Détails d’Opalka
Auteur : Claudie Gallay
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 224Date de parution : avril 2014

Auteur :
Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L’Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d’encre et prix du Salon d’Ambronay), Dans l’or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008, Grand Prix des lectrices de Elle). Aux éditions Actes Sud : L’amour est une île (2010) et Une part de ciel (2013).

Présentation de l’éditeur
:
Évocation subjective et captivante de la vie, de l’œuvre et de l’engagement si singuliers du peintre Roman Opalka, le sculpteur du temps, qui éclaire de façon inattendue la création romanesque de Claudie Gallay, et établit une filiation secrète entre les deux œuvres

Mon avis :
 » Opalka a consacré toute sa vie à raconter la fuite du temps, il en a creusé l’idée, l’a développée, ramifiée jusqu’à sa philosophie et complète perfection, pour en faire un programme, une œuvre d’art qui illustre parfaitement l’idée qu’un artiste qui travaille au plus près de sa vie peut rejoindre un universel qui nous concerne tous. »

Opalka, peintre polonais né en 1931 consacre son oeuvre à la sculpture du temps. De 1965 à sa mort, il écrit en peinture blanche sur un fond noir les nombres de 1 à son infini  atteint lors de sa mort. Enfermé dans le noir d’un camp de concentration, élevé dans l’attente, sa vie influence son oeuvre. Le fond noir de ses toiles sera atténué de tableau en tableau avec 1 pour cent de blanc jusqu’à devenir « ce mur blanc » vers lequel nous avançons. Très vite, il associe à ses tableaux, une photo de son visage vieillissant toujours dans la même exposition et la même tenue. Puis la voix de l’artiste égrenant cette succession de nombres peints rythmera la monotonie de l’épreuve.

opalka1   opalka2 opalka3

Claudie Gallay a aussi ce rapport au temps dans ses romans. Dans Seule Venise, la narratrice se photographie chaque mois et dans Une part de ciel, Carole photographie chaque jour une même scène. L’intérêt de l’auteur pour ce peintre de l’infini ne pouvait donner qu’une belle rencontre.

Dans ce court récit, Claudie Gallay m’a fait découvrir un artiste que je ne connaissais pas, m’a intéressée à son analyse de l’oeuvre grâce à une réflexion pertinente sur le passage du temps, sur l’art conceptuel, sur le sens de la vie d’un artiste.

 » Chaque homme se construit à partir du sens qu’il donne au temps. »

 » C’est seulement quand on tourne le dos à ce que l’on doit faire qu’on se perd. »

 » L’art doit rendre heureux. Être questionnée, interpellée, émue, émerveillée, c’est ce que je recherche dans une œuvre. »

 » Je n’écris pas pour laisser ma trace mais pour donner de l’épaisseur au temps que j’ai à vivre. »

 » L’œuvre d’Opalka, c’est de la vie, il ne revient pas en arrière, il ne recommence rien, il avance avec ses erreurs et il continue. »

Et l’excellence de l’auteur est de savoir communiquer sa passion pour un artiste qu’elle n’a jamais osé rencontrer mais qui guide son oeuvre, de parvenir à insuffler un rythme et même un suspense dans ce récit de la vie d’Opalka en décrivant  » l’allant tenace d’un homme qui s’avance vers la mort. »

Un peu déçue par le dernier roman de Claudie Gallay, Une part de ciel, je retrouve ici une auteur qui sait communiquer ses passions, provoquer le questionnement du lecteur, émouvoir par ses doutes et son acharnement à comprendre.

 » J’aime l’art quand il me raconte une histoire, qu’il m’égare, m’enivre, me trouble ou me dérange, pas quand il va dans le mur en une surenchère qui frise la supercherie. »

Si je remplace « l’art » par « un livre« , vous comprendrez pourquoi j’ai vraiment aimé cette lecture.

Vous trouverez sur le site officiel de Roman Opalka sa biographie complète et les photos de son œuvre.
Roman Opałka (né le 27 août 1931 en France, mort le 6 août 2011 à Chieti en Italie) est un peintre franco-polonais.
De 1965 à sa mort, il se consacre à l’œuvre de sa vie dont le but est d’inscrire une trace d’un temps irréversible. Ses moyens d’expressions sont majoritairement ses « Détails » (ces fameuses suites de nombres peintes sur toile), des autoportraits photographiques, des enregistrements.

La chasseuse d’astres – Zoé Valdès

valdesTitre : La chasseuse d’astres
Auteur : Zoé Valdès
Littérature cubaine
Traducteur : Albert Bensoussan
Nombre de pages : 342
Date de parution : février 2014

Auteur :
Née en 1959 à Cuba, Zoé Valdés vit exilée en France depuis 1995. Poète, scénariste, romancière, elle a vu ses ouvrages traduits dans une quinzaine de langues. Des succès internationaux comme Le Néant quotidien, La Douleur du dollar, La Fiction Fidel ou Danse avec la vie en ont fait l’un des écrivains cubains les plus connus.

Présentation de l’éditeur :
Venue chercher l’inspiration au bord de la mer, Zamia, écrivaine cubaine, rencontre sur la plage une jeune femme mystérieuse, qui se présente comme une chasseuse d’astres. C’est Remedios Varo, grande artiste surréaliste oubliée de nos contemporains, comme beaucoup de femmes. Deux femmes qu’un siècle sépare, et dont les histoires résonnent pourtant avec harmonie.Peintre et artiste surdouée née en Espagne au début du XXe siècle, Remedios Varo fut l’amie de Dali, Lorca et Breton. Elle fuit à Paris au début de la Guerre Civile, puis s’installa à Mexico pendant l’occupation allemande. Zoé Valdés dresse le portrait de cette femme exceptionnelle, de son rapport absolu à l’art, de ses quêtes amoureuses. En creux, se dessine le portrait de Zamia, jeune cubaine qui lutte à sa façon pour faire entendre sa voix d’artiste. Epouse d’un diplomate installé à Paris, elle vit avec le poids de la surveillance, la censure jusque dans son propre foyer, et l’envie désespérée de liberté.Avec La Chasseuse d’astres, Zoé Valdés revient aux thèmes qui lui sont chers : l’élan créatif, l’exil et la manière dont l’art se réfugie parfois dans les moindres recoins de nos vies.

Mon avis :
 » Grande artiste surréaliste du siècle passé, Remedios Varo est aujourd’hui oubliée des amateurs d’art. J’ai écrit La chasseuse d’astres pour qu’elle m’habite toujours. Je pense avoir réussi. Au travers de son histoire, j’ai enfin pu raconter la mienne, sans rancœur, avec passion et avec raison. » Zoé Valdès

L’auteur a plus que réussi ce portrait d’une artiste, une grande amoureuse de l’art, de la liberté et des hommes. Et ce sont même deux artistes qui m’habiteront longtemps.
Zamia, jeune poétesse cubaine, La chasseuse de mers, qui par une espèce de rencontre surréaliste décide d’écrire sur La chasseuse d’astres, une peintre  contemporaine de Breton ou Dali. L’une est née en 1960, l’autre en 1908. Elles ne se sont jamais rencontrées, si ce n’est lors d’un rêve en bord de mer.
Remedios quitte l’Espagne en 1937. Elle fuit l’anarchie avant la guerre civile, sans son premier mari, Gerardo Lizarraga, basque anarchiste.  A Paris, elle vit misérablement avec son second époux Benjamin Péret jusqu’à la guerre. En 1940, elle doit évacuer sous les conseils d’Esteban Frances, son amant, dans le Sud de la France. Peret, communiste est emprisonné. Elle vit quelques temps dans une cabane sur la plage avec son autre amant Victor Brauner, un artiste roumain. Puis, avec l’aide de Varian Fry, œuvrant pour le Comité de salut d’urgence financé par l’américaine Guggenheim (voir Le fil de la vie de Nine Moati), elle prend le bateau à Oran pour Cuba puis le Mexique.
 » C’est au Mexique que je me suis sentie accueillie et assurée. »
Remedios n’était pas le genre de femmes à aimer un seul homme. Elle n’eut jamais d’enfants mais ses maris et amants étaient ses enfants.
 » Elle n’a jamais accepté d’avoir des enfants. Enceinte de Benjamin Péret, elle a avorté, sans traumatisme. Elle était la mère de la lune. »
Elle les aimait tous d’un même amour sincère et fidèle. Seul son dernier mari, Walter Gruen, valorisera son œuvre et la fera connaître par des expositions largement saluées.
Les récits et souvenirs de Remedios se mêlent à ceux de Zamia. Elle, aussi, connaît l’exil à Paris. Elle est mariée à un diplomate devenu violent et a un amant, Alvaro. Sa vie privée est très surveillée par les services de la Sécurité de l’État. Ses écrits avec une autre exilée cubaine, ses photos nues faites pour gagner un peu d’argent lui vaudront un cruel chantage. Zamia rêve aussi de liberté pour assouvir son art de l’écriture. Tout comme Remedios, elle vit d’étranges rencontres, des visions surréalistes, des expériences communes de prémonitions auprès de prêtresses de culte cubain. L’une comme l’autre sont des femmes envieuses de liberté, destinées à transcrire leurs visions et leurs rêves  dans l’art.
 » cette femme, avec sa vie, m’a transmis un legs, m’a faite sa fille, m’a engendrée, parce qu’en m’identifiant à son destin et à ses valeurs elle m’a faite héritière de sa connaissance, de sa poétique, et m’a offert une identité nécessaire pour retourner à ce lieu où je suis partie, où je me suis enfuie, où je me suis égarée…Remedios Varo m’a pressentie avec son art et m’a sauvée du suicide. »
Le roman de Zoé Valdès est d’une richesse inouie. Non seulement, l’auteur illustre les périodes tourmentées de l’Espagne, de la France et de Cuba mais elle  analyse l’œuvre de ce peintre surréaliste bien moins reconnue que Frida Kahlo (qu’elle a croisé au Mexique)  par le biais de sa vie et par la description de certains tableaux.

varorupture   remedios9  remedios6
La construction est complexe puisqu’elle entremêle les vies et souvenirs de Remedios et de Zamia. Mais quel voyage surréaliste !  Un très beau et très riche moment de lecture.

 » On change de lieu on ne change pas de vie, ta vie est la tienne jusqu’au dernier moment, et tu traînes avec elle ta marque de naissance. »

Je remercie babelio et les Éditions JC Lattès pour cette lecture.

tous les livres sur Babelio.com

abc rentrée 14

Nu rouge – Frédéric Touchard

touchardTitre : Nu rouge
Auteur : Frédéric Touchard
Éditeur : Arléa
Nombre de pages : 204
Date de parution : août 2011

Résumé :
Terminant sa thèse sur Édouard Pignon, c’est vers le Nord-Pas-de-Calais, région natale du peintre, que Camille décide de partir.
Elle veut mettre ses pas dans les siens, retrouver les lieux de son enfance, voir de ses yeux les lumières, les gens, les paysages qui ont inspiré le peintre. Mais, très vite, cette quête va prendre une autre dimension. Guidée par Jean, rencontré par hasard et avec qui se noue le début d’une histoire, elle plonge dans une réalité qu’elle n’imaginait pas, faite de luttes et de traditions ouvrières malmenées par la disparition des mines et des filatures. Dumont Cassel à Marles-les-Mines, de Roubaix à Dunkerque, mais aussi à Calais, elle découvre pêle-mêle et en accéléré les blessures de la Grande Guerre, les friches industrielles, l’errance désespérée des sans-papiers. Chaque rencontre, chaque lieu visité lui parlent de résistance et d’engagement politique. Mais que pèse sa vie face à ce destin collectif ? Rien ni personne, même pas Jean, surtout pas Jean et son amour naissant, ne pourra l’empêcher d’aller vers son destin. Et le geste insensé qu’elle décide d’accomplir la révélera à elle-même.

Mon avis :
 » De ce Nord, Camille ignore encore l’ordre et les désordres… »
Moi, ce Nord, je le connais un peu puisque j’y suis née. Et pourtant, j’ai beaucoup appris dans ce livre. L’auteur parle de la région Nord/Pas de Calais sous plusieurs dimensions (géographique, historique, sociale et culturelle).
Bien sûr, j’ai découvert ce peintre, ancien mineur, Edouard Pignon, sur lequel Camille fait sa thèse, mais j’ai eu la surprise d’y retrouver Rémy Cogghe, dont le célèbre tableau Combat de coqs en Flandre est exposé à La Piscine (musée) de Roubaix. J’ai lu récemment un petit livret édité par Invenit sur ce tableau vu par Jean-Bernard Pouy.
Frédéric Touchard nous parle aussi bien des mines, des filatures, de la génèse du magasin Auchan, de la naissance de l’Internationale, du camp de Sangatte, des stigmates de la première guerre mondiale, de la scission belge entre flamands et wallons. Ce livre est d’une grande richesse.
De plus, les personnages sont attachants bien qu’ils soient, à la manière des gens du Nord, très pudiques et humbles. L’histoire d’amour naissante entre Camille, un peu perdue devant son sentiment d’inutilité et Jean qui lui explique son pays, est comme une douce mélodie, un attachement sérieux et simple. Jean respecte la
personnalité de Camille.
Puis, Camille se sent obligée d’agir, peut-être en mémoire de son père. Devant la misère des camp d’immigrés qui attendent vainement un passage vers l’Angleterre, Camille se sent concernée.
Le style de l’auteur est très agréable, avec des petites pensées entre parenthèses, parfois des phrases un peu longues. J’ai ressenti une douce mélancolie à la lecture de ce roman.
Je regrette de n’avoir pas eu quelques reproductions de peintures d’Édouard Pignon.

  touchard1   Nu rouge au cactus

touchard2

                                                                      Combat de coqs

C’est un premier roman encourageant que je conseille aux amoureux de la région Nord/ Pas de Calais.

 


Combat de coqs en Flandre – Jean-Bernard Pouy

pouyTitre : Combat de coqs en Flandre de Rémy Cogghe
Auteur : Jean-Bernard Pouy
Éditeur : Invenit collection Ekphrasis

Résumé :
Une lecture de Jean-Bernard Pouy d’après l’œuvre de Rémy Cogghe

 « Au moins, avec la peinture de la fin du XIXe siècle, il y a, sans vilain jeu de mots, à croûter » : avec sa gouaille habituelle, Jean-Bernard Pouy ouvre l’exercice qui lui a été confié et livre son interprétation du Combat de coqs en Flandre (1889) conservé au musée La Piscine à Roubaix. Il frime, il tergiverse, il tourne autour de la toile tel un fauve entêté. Il y fait intriguer Zola, y reconnaît Victor Hugo, « notre Totor national », en spectateur omniscient, présidant cette assemblée de parieurs qui incarnent à la fois la France qui travaille et la France qui dirige dans une bataille qui pourrait tout aussi bien avoir comme décor la scène d’un théâtre que celle de l’hémicycle.
Faussement enveloppée d’une verve triviale, c’est une réflexion habile sur la tradition et l’interprétation dans l’art que nous livre Jean-Bernard Pouy

Mon avis :
Je ne reviendrais pas sur la qualité de l’édition, déjà plébiscitée lors de ma précédente lecture « L’île engloutie » de Paul Klee commentée par Maurice Pons. Je tiens tout de même à signaler sur cet ouvrage la beauté des planches détaillées insérées dans les pages du commentaire.
Le tableau de Rémy Cogghe est d’un tel réalisme que les portraits ont la définition des meilleures photographies actuelles. Ces extraits m’ont permis d’apprécier les personnages, leurs visages expressifs et profonds. On distingue facilement les différents plans du tableau.
Jean-Bernard Pouy livre ses interprétations successives lorsqu’il détaille ce tableau. De la mise en valeur du symbole français qu’est le coq, de la séance houleuse à l’Assemblée il termine par l’explication naturelle d’un combat faisant l’objet de paris. Son analyse sur l’identité des personnages est fine et perspicace.
Il détermine leur rang social par l’habit, leurs réelles préoccupations par leur regard, leur humeur par leur visage.
Je dois reconnaître que la verve de l’auteur est riche et témoigne de son appartenance à l’Oulipo puisqu’il s’oblige à composer autour de la valeur du coq.
Le texte est moderne et plaisant, même si je n’apprécie pas certaines pensées que je juge pédantes ou misogynes.
L’auteur a pris un réel plaisir à commenter ce tableau et a su nous le faire partager. L’écart entre l’humour du commentaire et la gravité du tableau est un exercice original et maîtrisé.

Je remercie logo_club_miniature  qui m’a permis de lire ce livre dans le cadre de l’opération « Un éditeur se livre »

 

Je remercie l’Éditeur pour cette collection exceptionnelle, qui associe même au livre envoyé un  marque-page aux
couleurs de l’œuvre du peintre d’une grande beauté.