Je l’aime – Loulou Robert

Titre : Je l’aime
Auteur : Loulou Robert
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 270
Date de parution : 22 août 2019

 

« L’amour est une belle maladie. »

Ce quatrième roman de Loulou Robert est particulièrement sombre. Plombée par les souffrances de l’enfance, absence d’amour maternel et viol du père, la narratrice peine à se réaliser. Elle rencontre M. l’année de ses dix-huit ans.

Lorsque M. s’absente plusieurs mois pour une enquête, la narratrice souffre de solitude, sombre dans l’alcool. Après le désistement d’un producteur qui lui avait promis un premier rôle au cinéma, elle plonge de plus en plus dans la folie.

Peu de temps après le retour de M., elle donne naissance à Daisy.

« J’avais l’espoir qu’elle serait le remède à une folie, Daisy ne fait que l’accentuer. »

Sa vie de femme au foyer, empêtrée des parents de son mari ne la comble pas davantage.

De son enfance, sa passion amoureuse, sa vie de femme puis de mère, tout est dramatique pour cette femme qui n’est que passé ou futur, jamais présent. Elle ne vit qu’à l’intérieur de ses pensées. Elle ne semble trouver une forme d’apaisement qu’au bilan de sa vie, sans doute après la mort de son père.

Ce roman m’a semblé particulièrement lourd. Depuis son premier roman, Loulou Robert explore ses blessures d’enfance, d’adolescence. Si dans les deux premiers récits ( Bianca, Hope), j’ai perçu une belle lumière, une force de la jeunesse, une envie de découverte. Bien trop dramatique et pessimiste, ce dernier opus manque de nuances pour me séduire.

La confusion des sentiments – Stefan Zweig

Titre : la  confusion des sentiments
Auteur : Stefan Zweig
Littérature autrichienne
Titre original : Verwirrung der Gefühle
Traducteur : Tatjana MARWINSKI 

Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 160
Date de parution : 24 janvier 2019 dans la collection Pavillon Poche

Freud considérait cette nouvelle de Stefan Zweig comme un chef d’œuvre. Pas étonnant, Zweig possède cet « art particulier, qui jaillit comme une flamme. » L’auteur utilise d’ailleurs de nombreuses métaphores autour de l’eau ou du feu qui symbolisent la fluidité et la fulgurance de son écriture.

Le jeune Roland fait ses études à Berlin. Mais il s’adonne davantage aux plaisirs qu’à l’étude. Son père l’envoie alors dans une école de province.
Dès son arrivée, il est subjugué par le discours fougueux d’un professeur sur l’époque élisabéthaine et le théâtre de Shakespeare.

«  Jamais je n’avais vécu chose pareille, l’extase du discours, la passion de l’exposé comme un phénomène élémentaire, et cette expérience surprenante, d’un coup, m’envoûta. »

Roland s’inscrit à son cours. Le professeur lui propose  de loger à côté de chez lui et l’invite souvent à son domicile. L’étudiant plonge dans l’étude pour remercier le maître. Il l’idolâtre tant qu’il en oublie sa vie privée. Aveugle aux réactions des autres professeurs ou étudiants, sourd aux mises en garde de la femme du professeur, Roland constate pourtant les changements étranges du comportement du maître et ses absences soudaines et imprévues.

«  Plus je cherchais à l’approcher, plus il me repoussait avec dureté et même crainte. rien ne devait, rien ne pouvait l’approcher, ni pénétrer son secret. »

Le récit est bref, condensé mais il contient tous les ingrédients nécessaires à l’exposé de passions aveugles du triangle amoureux composé du maître, de l’élève et de la femme du professeur. Roland, dans la fougue de sa jeunesse perçoit son trouble et son élan pour la femme du professeur au tempérament vif et sportif. Beaucoup moins ce sentiment étrange et réciproque pour cet homme mystérieux, passionné et passionnant.

«  Rien ne touche aussi puissamment l’esprit d’un adolescent que les ténèbres sublimes d’un homme d’âge mûr. »

La confusion des sentiments vient aussi de cette différence d’âge entre un jeune téméraire, naïf et la connaissance, le savoir, la domination d’un homme adulte dont chaque parole est loi et grâce.

Quarante après, c’est encore la voix du professeur qui s’exprime par la voix de Roland toujours confus de ses sentiments de désir homosexuel et adultère et de culpabilité.

Cette nouvelle traduction en format poche est l’occasion de redécouvrir ce chef d’œuvre classique et la puissance de l’écriture d’un auteur qui a marqué son temps.

 

L’amour est aveugle – William Boyd

Titre : L’amour est aveugle
Auteur : William Boyd
Littérature anglaise
Titre original : Love is blind, The rupture of Brodie Moncur
Traducteur : Isabelle Perrin
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 448
Date de parution : 2 mai 2019

 

Au village familial de Liethen Manor, Brodie Moncur, seul enfant au teint mat, aux yeux marrons et cheveux noirs d’une fratrie de six filles et trois garçons, était mal aimé de son père pasteur, alcoolique et violent. Sa mère, fatiguée par les grossesses successives, est morte en couches alors qu’il n’avait que quatorze ans. C’est auprès de Lady  Dalcastle, une veuve amie de sa mère que le garçon apprend et s’élève. Elle lui trouve un poste d’apprenti-accordeur chez son cousin, Ainsley Channon, fabricant de pianos à Edimbourg.

« On peut quitter son foyer mais le foyer ne vous quitte jamais…»

Avec l’oreille absolue et un esprit inventif, Brodie donne toute satisfaction à son patron. Celui-ci lui propose de devenir directeur adjoint de sa boutique parisienne en difficulté financière à cause de la mauvaise gestion de son fils, Calder Channon. C’est le début d’une grande aventure riche de rencontres et de voyages sous la plume romanesque et rythmée du conteur William Boyd.

Les idées novatrices de Brodie relancent les ventes sous le regard noir de Calder. Brodie propose notamment de monter un partenariat avec des pianistes célèbres afin de promouvoir les pianos Channon sur les plus grandes scènes du monde. John Kilbarron, celui qu’on surnomme «  le Litz irlandais » accepte sa proposition. Le pianiste est un virtuose, une tornade avec cette « beauté hagarde du débauché. » Brodie le suit dans ses tournées à Bruxelles, Berlin, Vienne, Milan.

« Nous sommes faits pour les complications, nous autres êtres humains. »

Brodie s’éprend de la maîtresse de John Kilbarron, Lyka Blum, soprano russe sans talent. Lors d’un voyage à Saint-Petersbourg, Malachi Kilbarron, un homme sournois qui protège les intérêts de son frère, surprend les deux amants.

Brodie et Lydia s’enfuient à Biarritz, lieu où la communauté russe est importante en 1899 et qui convient à Brodie, atteint de la tuberculose. Mais Malachi ne laissera jamais tranquille Lika Blum. Pourquoi?

«  On peut bien connaître quelqu’un, on ne voit que ce que l’on veut voir, ou ce que l’autre veut qu’on voie »

Ce roman est une succession d’aventures, de voyages jusqu’à Port Blair aux îles Andaman où Brodie se retrouve assistant d’une ethnologue. On ne s’y ennuie pas une seule seconde. William Boyd prend ici sa plume romanesque mais la richesse des aventures et la profonde connaissance du personnage de Brodie en font un récit bien passionnant.

 

 

 

 

L’âme du violon – Marie Charvet

Titre : L’âme du violon
Auteur : Marie Charvet
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 272
Date de parution : 3 avril 2019

 

Pour son premier roman, Marie Charvet construit de manière subtile un récit autour d’un violon, cheminant à travers les siècles avec plusieurs personnages.

Logiquement, c’est Giuseppe, luthier du XVIIe siècle qui ouvre la danse avec la fougue de son petit apprenti. Artisan de grande valeur, Giuseppe signe des instruments de musique de grande valeur.

«  Une âme parfaitement ajustée peut changer la sonorité d’un violon. »

Lazlo est un paria dans la communauté tzigane où il vit, simplement défendu par son oncle. Peu doué pour le commerce, il est un rêveur passionné de musique. Son rêve est de faire danser les foules et surtout la belle Mina au rythme de son violon.

Les deux personnages contemporains sont Lucie, une jeune femme peu sûre d’elle et un peu paumée et Charles, le directeur d’une société  internationale spécialisée dans les fusions et acquisitions d’entreprises.
Pour ses parents, Lucie est une jeune femme instable. Elle se perd dans les sorties,l’alcool,les amours instables comme pour fuir son manque de confiance en elle.  Seule, sa grand-mère lyonnaise, ancienne musicienne, croit au talent de la jeune peintre. Elle garde depuis des années l’instrument de musique de son père, premier violon de l’opéra de Lyon. Elle propose à Lucie de le vendre pour financer sa première exposition.
Charles ne vit que pour son travail. Il aime  la musique classique mais il ne retrouve plus le frisson qui l’avait parcouru en écoutant un concert en 1998 à l’Église Saint-Eustache de Paris. Jusqu’au jour où il entend la violoniste, Aure Van der Eysel à la cathédrale de Stasbourg. La presse prétend que l’artiste joue sur un violon exceptionnel signé d’un célèbre luthier de Brescia.

En suivant de chapitre en chapitre les vies très romancées de Giuseppe, Lazlo, Lucie et Charles, nous déchiffrons les indices, les liens afin de suivre le parcours du fameux violon de Giuseppe.

Le style est fluide, l’intrigue plaisante, la construction originale et bien menée. J’ai passé un bon moment avec ces quatre personnages. Marie Charvet nous fait profiter de sa connaissance sur les bois, les outils utilisés par les luthiers. Elle décrit avec précision le travail de Giuseppe, véhiculant aisément sa passion.

Un roman un peu trop sentimental pour me séduire mais un premier roman honnête et travaillé qui pourra plaire à un large public.

Le rendez-vous du libraire

Caroline Giovannai est une libraire passionnée. En mai 2018, elle a ouvert une librairie pas tout à fait comme les autres à Marseille. Elle nous accueille aujourd’hui dans sa librairie-concept, Au fin limier, 81 boulevard Baille à Marseille.

Caroline, dites-nous quel chemin vous a mené au métier de libraire?

J’ai toujours eu la passion des livres, de la littérature et j’ai toujours aimé partager mes lectures et faire découvrir le monde des livres à des personnes qui ne lisaient pas.

En 2011, je tente une reconversion professionnelle en suivant des formations de Libraire et des stages en librairie. Je suis finalement embauchée dans une librairie mais je gardais toujours en tête d’ouvrir mon propre lieu avec ma personnalité. Et je me suis dit c’est maintenant ou jamais !

Comment est né ce lieu culturel, Au fin limier?

Auparavant c’était un vidéo club : j’aimais beaucoup le fait qu’il y ait des marches pour y accéder comme si c’était un lieu secret loin des tumultes de la rue ! C’est également un lieu où j’ai pu créer des univers : la pièce principale avec les tables de restauration, les tables de nouveautés et les livres, mais également une pièce de détente sur le thème de la mer avec un vrai sable et une sable de jeux ambiance meurtre et enquête !

 

Le nom Au fin Limier renvoie à plusieurs choses : la première c’est que Au fin Limier vous trouvez toujours ce que vous voulez car le limier a sélectionné pour vous des livres plus intéressants les uns que les autres ! Ensuite le logo est un petit chien enquêteur (le limier est le nom d’un chien au flair hyper développé mais également le nom d’un enquêteur hors pair) car j’ai un gros rayon polar : et dernier point j’ai un petit chien et ça me plaisait bien qu’il devienne la petite mascotte du lieu !

 

Pour vous, à Marseille, quelles sont les difficultés de votre métier?

La première difficulté est de se faire connaitre surtout lorsqu’on a transformé un magasin qui existait depuis des  années. Mais à la librairie, je mets en avant les auteur(e)s locaux et ça, les gens de la ville apprécient beaucoup.

Il y a tout de même un vrai retour au commerce de proximité, au local, les clients se rendent compte petit à petit qu’il faut faire travailler les petits commerces sinon ils vont mourir et qu’il n’y aura plus de partage dans nos villes et villages.

Quel est votre plus beau souvenir, votre plus belle rencontre dans votre librairie?

Mon plus beau souvenir c’est le jour de l’ouverture …travailler seule et ouvrir seule une entreprise n’est pas facile et lorsque j’ai enfin ouvert la porte à mon premier client je me suis dit ouah j’ai réussi !
Ma plus belle rencontre …il y en a tellement eu mais je dirais tous les client(e)s qui passent la porte en me félicitant : c’est la plus belle des récompenses.

Quels sont vos trois derniers coups de cœur littéraires ?

Alors j’ai adoré  Moi ce que j’aime c’est les monstres  de Emil Ferris : un roman graphique impressionnant fait au stylo bille très psychologique un chef d’œuvre !

 

La saga  Le règne de l’empereur de Florence et Thomas Gindre : l’histoire a été imaginée par Thomas alors qu’il était au collège et sa maman l’a mise en forme : c’est un roman jeunesse / jeunes adultes de grande qualité et en plus Florence Gindre a crée sa maison d’édition  Marathon Editions  ici à Marseille !

 

Et en dernier je dirais Mille petits riens  de Jodi Picoult : un roman sur le racisme d’une grande profondeur et d’une justesse.

Un petit message, un clin d’œil à ceux qui nous lisent…je vous laisse carte blanche

A la Librairie Au fin Limier le maître mot est la convivialité ! Alors venez découvrir ce lieu où l’on se sent bien et où l’on passe un bon moment !

 

Pour les habitants de Marseille, ou ceux qui y passeront peut-être cet été, je rappelle les coordonnées de la librairie de Caroline :

Au fin limier
81, Boulevard Baille
13006 Marseille
Tel : 04.91.63.38.22
Fax : 09.70.06.21.03
Mail : au-fin-limier@orange.fr

http://www.aufinlimier.f

Le garçon – Marcus Malte

Malte

Titre : Le garçon
Auteur : Marcus Malte
Editeur : Zulma
Nombre de pages : 544
Date de parution : 18 août 2016

Les auteurs de romans noirs ont décidément les bons codes pour écrire un grand récit humain ancré dans le début du XXe siècle. On se souvient du succès de Au revoir là-haut de Pierre Lemaître. Marcus Malte nous offre ici un superbe roman d’initiation couvrant en cinq parties la période de 1908 à 1938.

C’est portant sa mère mourante que nous découvrons Le garçon, un enfant mutique sans nom. Si elle lui avait qu’il fallait brûler son corps à sa mort, elle ne lui avait pas dit ce qu’il faudrait faire après. Il part donc découvrir le monde et découvre son humanité en croisant un attelage et deux chevaux.
Dans un hameau, il est accueilli par un groupe de quatre familles dirigé par Joseph, un ancien maître, propriétaire de grandes exploitations qui a compris à la mort de sa femme qu’il fallait éradiquer cette mauvaise relation maître, valet. Le garçon ne ménage pas sa peine pour participer aux travaux des champs, apprend la vie en communauté jusqu’à ce que le groupe l’exclut le tenant responsable des malheurs.
Avec Brabek, un ogre enchanteur et lutteur nomade, le garçon apprend l’itinérance et l’amitié. Ce  » Quasimodo » au coeur tendre regrette que les hommes passent leur temps à durcir leur coeur, peut-être pour survivre. De cette rencontre, en mémoire de Brabeck, le garçon conserve la roulotte et cet hongre robuste envers lequel il gardera un amour et une responsabilité éternels.
Chaque rencontre se conclut par une perte. Existe-t-il « un endroit où l’on pourrait vivre et demeurer à jamais avec les êtres qui sont chers à notre coeur? »
C’est un accident qui le met sur la route de la jeune mélomane Emma. Soigné par la jeune fille et son père, cette étape est l’occasion de découvrir une famille, la musique et l’amour. Malheureusement la guerre viendra estomper cette sensation de stabilité. Le garçon découvre l’horreur des champs de bataille, devenant malgré tout un héros, un vainqueur étonnamment protégé par sa robustesse ou par la chance.

Cette grande épopée d’un garçon inculte, sûrement plus apte à déceler la folie des hommes dans le chaos du monde est soutenue par un style aux différentes facettes. Les phrases sont courtes, rythmées, palpitantes lorsque l’auteur décrit la rencontre des corps, la passion aux sonorités de l’orage, les combats. Les lettres d’Emma vives, poétiques, coquines viennent s’intercaler avec les récits du front. L’auteur peut citer des pages de membres d’une lignée royale ou enchaîner douze pages de noms de soldats morts au combat. Ou couper la trame romanesque en scandant des évènements qui se sont passés « Cette année-là »
Lyrisme, métaphores, le style est fortement travaillé s’inscrivant dans le registre des auteurs dont il s’inspire en évoquant Notre Dame de Paris, en choisissant les prénoms d’Emma ou de Mazeppa.
Et pour compléter cette richesse déjà bien grande, Marcus Malte ne se prive pas de lancer quelques petites phrases intemporelles sur les travers de l’humanité.
«  Députés, sénateurs, ministres : une minable clique d’affairistes seulement occupés à leurs petits micmacs comptables. »
 » La guerre… est l’apanage de notre espèce »  » elle est le principal caractère dans la définition de l’humanité. »

Un roman d’une grande richesse, où la sauvagerie du monde vient bousculer la naïveté d’une âme pure.

Je remercie Joëlle, Eimelle et Edyta qui m’ont accompagnée pour cette lecture commune.

Trois saisons d’orage – Cécile Coulon

CoulonTitre : Trois saisons d’orage
Auteur : Cécile Coulon
Éditeur: Viviane Hamy
Nombre de pages : 272
Date de parution : 5 janvier 2017

 » Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. Un morceau d’un monde qui dérive, porté par les vents et les orages. »
Tout s’inscrit dans ce lieu puissant, sauvage avec les Trois-Gueules, un défilé de roches grises qui vous prend entre ses dents. Les frères Charrier y ont amené des ouvriers pour y tailler la pierre. Les ouvriers, ces fourmis grises se sont installés, créant le village des Fontaines, bousculant un peu les paysans.
Comme dans tout village, l’intimité y est réduite. Les natifs se soutiennent mais celui qui n’est pas né ici, si il est accepté ne fera jamais partie des leurs. Comme Clément, le prêtre qui, pourtant sait les faiblesses des uns et le silence des autres.
André, médecin lyonnais a choisi de s’installer dans une superbe maison, La Cabane, dans les Haut-Bois. Dans ce lieu grandiose, il tente d’oublier les fantômes d’enfants tués par des bombardements des Alliés ou de ceux qu’il n’a pas pu sauver.
Homme sûr de lui, médecin courageux et compétent, il parvient à se faire accepter aux Fontaines.
Quelques années plus tard, Élise, une femme rencontrée furtivement une nuit de déprime à Lyon avant sa fuite vers Les Fontaines, lui amène Benedict, son fils.
L’enfant voue immédiatement une adoration béate pour son père et, en grandissant, n’aura qu’une envie, lui ressembler et être médecin aux Fontaines.
Adulte, devenu un homme bon mais sans le charisme de son père, il s’installe à La Cabane avec Agnès, une intellectuelle qui allie grâce et beauté. Benedict «  était tombé amoureux d’elle parce qu’il ne pouvait pas la posséder. »
 » Elle détenait cette force qu’il ne possédait pas, cette capacité à se mouvoir gracieusement où qu’elle aille, à donner l’illusion de maîtriser les éléments qui l’entouraient, à inspirer les personnes qu’elle rencontrait. »
Bérangère, leur fille sera la première de cette lignée à naître aux Fontaines. Si elle n’a pas la beauté de sa mère, elle a la volonté de son grand-père. Sa vie sera aux Fontaines et elle se lie très jeune à Valère, l’un des fils d’une des plus grandes familles de paysan.

En insistant sur la force des lieux, sur les caractères de ses personnages, Cécile Coulon tisse patiemment la trame dramatique de cette histoire. Pas de découvertes historiques ou géographiques, pas de réflexion psychologique dans ce roman mais une belle et grande histoire de famille qui prend sa force dans les pierres, la nature sauvage, dans les sentiments passionnés de ses habitants, dans les passions incontrôlables.
A la manière de Ron Rash ou Robert Goolrick, Cécile Coulon a cette puissance narrative, cette façon de jouer avec les forces maléfiques, les signes de bénédiction pour ferrer son lecteur dans une histoire, qui, même si l’on se doute parfois des évolutions, vous emmène là où « la lumière engloutissait les hommes. »

Ne manquez pas l’avis enflammé de Bric a Book.