Bacchantes – Céline Minard

Titre : bacchantes
Auteur : Céline Minard
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 112
Date de parution : 2 janvier 2019

 

J’ai découvert Céline Minard avec Le grand jeu, un roman en apparence obscur qui pourtant cache une étonnante réflexion. J’avais très envie de replonger dans l’univers original de cette auteure.

Bacchantes est,  selon moi, un exercice de style. Il y a comme un parallèle avec la série La casa de papel. En tout cas, cette mise en scène grandiose et extravagante d’une prise d’« otage » m’y a fait penser.

Trois femmes exubérantes, Bizzie la Clown, Silly la Brune et Jelena la Bombe braquent à Hongkong les bunkers d’Ethan Coetzer,un ancien ambassadeur sud-africain. Ces bunkers climatisés ne contiennent pas des billets de banque mais les bouteilles de vin les plus chères du monde conservées dans un environnement physique optimal.

 » C’est un braquage ou un spectacle de cabaret? »

Leur tenue, leur maquillage, leurs numéros de spectacle ont de quoi décontenancer Ethan Coetzer inquiet pour ses bouteilles, Jackie Thran la cheffe de brigade et Marwan le négociateur.
Après soixante heures de négociation et avec l’approche imminente d’un cyclone, la tension monte rapidement.

Si Jackie Thran parvient à identifier les femmes grimées, le mobile et le dénouement ne me semblent pas évidents.

 » Vous ne pouvez plus entrer. Nous avons tout ouvert. Nous avons tout relier. »

Phrase plutôt sibylline. Si l’exercice de style est fort bien réalisé et agréable à lire, le récit me semble bien trop creux sur le fond.

Envoyée spéciale de Jean Echenoz

echenozTitre : Envoyée spéciale
Auteur : Jean Echenoz
Éditeur : Les Éditions de Minuit
Nombre de pages : 320
Date de parution : janvier 2016

Cette chronique va être très difficile à faire parce que l’on ne peut que se délecter d’un tel style au service d’une brillante parodie d’espionnage mais finalement je n’ai que peu adhéré à l’intrigue.
Et personnellement, surtout dans ce style burlesque, j’ai besoin d’une vraie histoire et si possible d’un brin de tendresse au moins chez un personnage. Ici, ils sont surtout déjantés et burlesques.
Constance est une jeune oisive, épouse de Lou Tausk, homme riche depuis son seul succès musical planétaire ( genre Born to be alive de Patrick Hernandez).
 » vie matérielle facile, vie maritale pas. »
Elle se fait kidnapper par Victor et ses deux acolytes ( face de lamantin et d’autruche un peu empotés mais sympathiques). L’histoire n’est finalement pas très importante. Demande de rançon auprès de Lou Tausk, qui, conseillé par son avocat et cousin Hubert, ne réagit pas. Et finira même par se consoler avec la secrétaire de l’avocat pendant que Constance apprécie sa captivité améliorée par ses deux geôliers amoureux.
Puis changement de décor. On passe de la campagne française à la Corée du Nord avec ses carences alimentaires, ses restrictions, ses mises en scènes, ces chemins balisés interdisant certaines villes de Province.
Constance doit séduire le premier conseiller de Kim Jong-un, Ce qui sera relativement facile pour cette belle femme (  » coupe à la Louise Brooks et courbes à la Michèle Mercier-ce qui n’a pas l’air d’aller très bien ensemble mais si, ça colle tout à fait. »)
Cette partie me rappelle le film The interview de Seth Roger et Evan Goldberg ( au moins sur le fond, mais sans comparaison sur la forme). Les occidentaux ne sont pas dupes des mises en scène, et l’auteur utilise aussi l’ironie comme dénonciation.
Jean Echenoz ne se limite toutefois pas à cette intrigue puisque l’on suit aussi bon nombre de personnages, tous aussi bizarres. Lorsqu’on force des êtres peu scrupuleux à devenir espion, il faut s’attendre à tout et à n’importe quoi. Plusieurs points de vue dont celui de l’auteur qui guide et motive son lecteur.

Mais la performance de ce roman est essentiellement dans le ton et le style. L’auteur s’amuse avec ses personnages, dérive sur une image pour notre plus grand plaisir ( truculent parallèle entre les papillons et les phéromones d’éléphante, décrit à merveille rues, paysages et frontière entre Corée du Nord et Corée du Sud.

 » Dans de telles conditions, l’entretien des forêts sur cette terre étant bien sûr hors de question, celles-ci font preuve d’une densité exceptionnelle et, dans leur opulence, se développe une flore rare et disparue du reste de la péninsule. Il en va de même pour la faune: débarrassée de toute présence humaine, la DMZ est devenue en soixante ans un parc naturel involontaire-destin semblable à celui, entre autres et pour d’autres raisons, du site de Tchernobyl ou de l’archipel Montebello. Soit un sanctuaire où se reproduisent en paix des espèces quasi introuvables ailleurs telles que l’ours noir, le cerf tacheté, la chèvre sauvage angora, la panthère de Chine ou le léopard de l’Amour. »

On en prend plein les yeux avec humour et élégance.

 » On oublie trop souvent que les jambes des femmes leur sont également utiles pour avancer : on les tient tellement pour des objets d’art qu’on tend à négliger cet usage fonctionnel. »

Même si je préfère largement les biographies romancées de l’auteur telles Courir, Des éclairs, je ne peux que conseiller Envoyée spéciale pour son style et son ton.

Je remercie Babelio et Les Éditions de Minuit pour l’attribution de ce livre dans le cadre de la dernière opération Masse Critique.

Challenge-Rentrée-littéraire-janvier-2016-150x134

tous les livres sur Babelio.com