Prendre refuge – Mathias Enard et Zeina Abiracheb

Titre : Prendre refuge
Auteur : Mathias Enard
Illustrateur : Zeina Abirached
Editeur : Casterman
Nombre de pages : 344
Date de parution : 5 septembre 2018

Prendre refuge en ces moments où les choses basculent tant au niveau personnel que dans l’ordre mondial. Voici ce qui a inspiré Mathias Enard et Zeina Abirached lorsqu’ils se sont rencontrés à Beyrouth puis plus tard, à Berlin lors de l’arrivée de réfugiés syriens.

Avec de tels auteurs engagés, il ne s’agit pas de chercher ou trouver un refuge mais bien de le prendre. Et ils le déclinent sous trois angles.

La lecture par Karsten, un jeune architecte berlinois, d’un livre qui montre que l’on ne se convertit pas au bouddhisme mais que l’on y prend refuge. En 1939, deux femmes sont en route pour le Kafiristan, le pays des infidèles. Elles prennent refuge dans la trace des Bouddhas de Bâmiyan, un site magique au creux des montagnes de l’Aghanistan.

L’histoire de Neyla, une jeune syrienne qui vient d’arriver à Berlin. Elle est de suite confrontée aux galères pour obtenir un toit et des papiers, aux barrières de la langue malgré sa grande culture. Mais le plus difficile reste toujours de se construire loin de son pays de coeur. 

Puis le lien entre ces deux femmes et ces deux jeunes gens qui prennent aussi refuge dans l’amour. La réunion difficile de l’orient et de l’occident, de deux constellations qui se font face comme Orion et Scorpion.

C’est le nom de Mathias Enard qui m’a poussée vers cette bande dessinée. Si on y retrouve son thème de prédilection, il y a très peu de textes. Et j’avoue ne pas adhérer à cette avalanche d’onomatopées. 

L’illustration très particulière en noir et blanc prend la parole. Même si je le trouve très efficace, je ne suis pas attirée par ce genre de graphisme. Par contre, j’apprécie la composition de certaines planches, illustrant le rapprochement de deux langues, deux pays, deux constellations.

Cet album signe une belle rencontre, distille un message important. C’est une proposition originale qui permet d’aborder un mode d’expression différent. En saisir la beauté n’est pas une chose naturelle pour un lecteur occidental. Mais là aussi, il faut un engagement personnel. Il faut PRENDRE refuge et se laisser approcher par un autre style. 

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

enard2Titre : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
Auteur : Mathias Enard
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages: 153

Résumé:
13 mai 1506, un certain Michelangelo Buonarotti débarque à Constantinople. A Rome, il a laissé en plan le tombeau qu’il dessine pour Jules II, le pape guerrier et mauvais payeur. Il répond à l’invitation du Sultan qui veut lui confier la conception d’un pont sur la Corne d’Or, projet retiré à Leonardo da Vinci. Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l’étrangeté byzantine, Michel Ange, l’homme de la Renaissance, esquisse avec l’Orient un sublime rendez-vous manqué. Par l’auteur du très remarqué « Zone » (prix Décembre 2008 et prix du livre Inter 2009).

Mon avis:
Comme le titre me le laissait supposer, Mathias Enard nous raconte une merveilleuse histoire en Orient. Et le lecteur est sous le charme, devant cette écriture poétique et enchanteresse.
Non seulement, j’ai découvert une page historique de la vie de Michel-Ange et ainsi compris une partie de son inspiration lors de son œuvre sur La chapelle Sixtine, mais j’ai suivi les passions d’un homme;
Les relations humaines sont ici parfaitement décrites. Michel Ange est un artiste colérique et jaloux.
Déçu par l’intérêt du pape Jules II, il quitte l’Italie à la demande du sultan de Constantinople, ravi d’y construire un pont et de dépasser le génie de Léonard de Vinci.
Avec lui, on rêve à chaque débarquement des navires marchands, on découvre  l’architecture de Sainte-Sophie, on erre dans les quartiers d’immigrés espagnols.
J’ai vibré sous ses accès de colère, souri devant sa passion pour cette jeune danseuse espagnole et j’ai été émue par la passion du poète Mesihi.
Le passage où la danseuse se questionne avant sa tentative de meurtre est remarquable ainsi que tous les chapitres sur le questionnement humain (amour, ambition, jalousie, conspiration).
Ce livre est incontestablement un des meilleurs de la rentrée littéraire.