Le poids du cœur – Rosa Montero

MonteroTitre :Le poids du coeur
Auteur : Rosa Montero
Littérature espagnole
Traducteur : Myriam Chirousse
Titre original : El peso del corazón
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 368
Date de parution : 14 janvier 2016

Avec Le poids du cœur, nous retrouvons Bruna Husky, la techno-humaine des États Unis de la Terre au début du XXIIe siècle pour une nouvelle enquête qui la mènera de Madrid à Onkalo, site de stockage des déchets nucléaires en Finlande.
Pour ceux qui n’auraient pas lu Des larmes sous la pluie, vous pouvez prendre connaissance du monde imaginé par Rosa Montero en parcourant les annexes en fin de livre. Cette enquête peut se lire séparément même si je conseille la lecture du premier opus pour mieux se familiariser avec Bruna.

Bruna est une androïde, réplicante de combat. Sortie des deux ans de travail obligatoire pour son constructeur, elle est devenue détective privée. Bruna a toutefois une spécificité. Son mémoriste (celui qui installe la mémoire des androïdes), Pablo Nopal a dérogé à la règle en lui inculquant ses propres souvenirs de jeunesse, dont la conscience de la mort par celle de ses parents.

 » -Tu m’as donné la peur de la mort..
Mais c’est le don des artistes. Sans peur, il n’y a pas de création.« 

Et la mort est difficile pour les techno-humains puisqu’elle est programmée au bout de dix ans d’existence par une TTT, tumeur totale techno. Elle se souvient encore de la fin de Merlin, le techno-humain qu’elle a aimé durant deux ans.
Bruna tient en permanence le décompte des jours qui la séparent de la mort.
La détective est ici engagée par une veuve, Rosario Loperena, suite au cambriolage d’un diamant noir fait des cendres de son mari, Alejandro Gand.
Dans cette enquête, en s’aventurant dans la Zone Zéro, Bruna récupère Gabi, une fillette de l’Est quelque peu sauvage. La fillette a été exposée à une zone radioactive alors que l’énergie nucléaire est interdite depuis 2059.
Flanquée d’un tactile ( praticien qui calme par l’application des mains), Daniel Deuil puis d’une réplicante activiste, Bruna se rend sur Labari , une des plate formes artificielles qui gravitent autour de la Terre. La récupération d’une carte cachée dans une reproduction du célèbre dessin, Le cri de Munch ( l’auteur explique d’ailleurs en fin de livre une coïncidence assez étrange) les conduit en Finlande.
Les enquêtes sur Labari où l’on découvre une société hiérarchisée en castes, où les femmes et les esclaves n’ont aucun droit et en Finlande, zone dévastée par la guerre sont bien rythmées et percutantes.

L’auteur continue aussi à construire le personnage de Bruna en mettant en évidence les sentiments humains de la réplicante. Son amitié et son inquiétude pour la jeune Gabi, son attirance pour l’inspecteur Lizard, un humain bourru avec lequel elle a déjà eu une aventure dans Des larmes sous la pluie, son lien avec Yiannis, le vieil archiviste, ses humeurs envers Bartolo, un goulu ( animal de compagnie extra-terrestre) en font une héroïne très attachante.

Avec Des larmes sous la pluie, j’avais été subjuguée par ce monde futuriste créé par Rosa Montero. Ici l’effet de découverte est un peu moindre mais j’apprécie d’y trouver une évolution du personnage qui, je le sens, peut nous emmener beaucoup plus loin.

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Dans les eaux du lac interdit – Hamid Ismaïlov

IsmailovTitre : Dans les eaux du lac interdit
Auteur : Hamid Ismaïlov
Littérature ouzbek
Traducteur : Héloïse Esquié
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 126
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Hamid Ismaïlov, né en 1954, est un journaliste et écrivain ouzbek. Il a été expulsé d’Ouzbékistan– devenu un État indépendant en 1991 – en 1994, pour ses « inacceptables tendances démocratiques ». Après avoir vécu en Russie, en France et en Allemagne, il s’est installé à Londres avec sa femme et ses deux enfants. Il dirige à la BBC le service Asie centrale et Caucase. Parlant de nombreuses langues, dont le français, il écrit à la fois dans sa langue natale, l’ouzbek, et en russe. Il est l’auteur de recueils de poèmes et de romans, parmi lesquels Le Chemin de fer est le premier traduit en français. Ce livre, dont il existe une édition russe, et qui a également été traduit en anglais, n’a pas été publié en Ouzbékistan.

Quatrième de couverture :
Un voyageur anonyme a pris place à bord d’un train pour un interminable voyage à travers les steppes kazakhes. Le train s’arrête dans une toute petite gare et un garçon monte à bord pour vendre des boulettes de lait caillé. Il joue Brahms au violon de manière prodigieuse, sortant les passagers de leur torpeur. Le voyageur découvre que celui qu’il avait pris pour un enfant est en fait un homme de vingt-sept ans. L’histoire de Yerzhan peut alors commencer…
À travers ce conte envoûtant, l’auteur nous livre une parabole glaçante sur la folie destructrice des hommes et la résistance acharnée d’un jeune garçon qui voulait croire en ses rêves.
Mon avis :
 » La terre trembla et le tonnerre gronda. Des boules de virevoltants en flamme se mirent à balayer la steppe. Et un second soleil s’éleva dans le ciel. »
En contant sa vie à un passager du train, Yerzhan,  jeune homme de vingt sept ans, doué violoncelliste, nous fait entrer dans l’étrange village de Kara-Shagan où seules vivent deux familles.
Celle des grand-parents de Yerzhan où l’enfant vit avec sa mère muette depuis le viol qui entraîna sa naissance et son oncle Kepek et la maison d’une veuve, Nurpeis qui vit avec Mémé Sholpan et son fils Shaken, sa femme et sa fille Aisulu.
Aisulu et Yerzhan se connaissent depuis leur naissance et s’aiment d’un amour tendre. Il faut dire que les relations amoureuses se font un peu en vase clos.
Dans cette contrée désertique, le quotidien est celui des essais nucléaires qui font trembler le sol et polluent le lac dans lequel, par bravade, Yerzahn plonge.
Même la guérisseuse ne pourra rien pour le faire grandir à nouveau.
«  Mais lorsque Aisulu, son petit bout de chou d’Aisulu, sa petite hirondelle aux ailes fines, sa Sulu, se mit à dépasser Yerzahn, il sentit que quelque chose n’allait pas. »
Hamid Ismaïlov nous place dans une atmosphère de conte, il nous divertit avec des histoires drôles, des aventures comme le parcours avec l’âne, les méthodes pour le faire grandir, les morts étranges des Mémés mais le mal sournois est compréhensible.
 » il ne s’agissait pas seulement d’une bombe atomique. Il s’agissait de la réponse à la course à l’armement, réponse à laquelle ils seraient tous morts depuis bien longtemps. »
Tonton Shaken défend la position communiste contre les Américains et le grand-père pense qu’  » il n’y a rien en ce bas monde qui justifie une guerre. »
Malheureusement dans cette course à l’armement, ce sont de pauvres habitants qui paient.

Un roman divertissant et atypique qui, pourtant, traite d’un sujet grave. Le maintenir dans le flou du conte lui fait perdre en force et en émotion.

Avis de : Blog d’Yv

RL2015