Perséphone 2014 – Gwenaëlle Aubry

Titre : Perséphone 2014
Auteur : Gwenaëlle Aubry
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 120
Date de parution : janvier 2016

J’aime particulièrement l’univers, le style et les constructions des romans de Gwenaëlle Aubry. Ces textes profonds, poétiques s’adaptent facilement à la mise en scène, ils gagnent à être lus à voix haute. L’auteur s’attache à créer dans chaque roman de nouvelles formes. Construction en miroir pour Partages, abécédaire pour Personne, bascule entre prose et poésie pour celui-ci. 

 Perséphone 2014, le titre reflète la jonction entre la légende ancienne et le contemporain. Gwenaëlle Aubry commence à écrire ce texte à l’âge de dix-huit, l’âge où elle entre dans la vie. En 2013, elle y revient, consciente que le mythe de Perséphone structure sa vie.

«  Je suis entrée dans le mythe en même temps que dans la vie. »

Perséphone, fille de Zeus et Déméter est enlevée par Hadès, le dieu des Enfers. Elle vivra ensuite deux saisons en enfer et deux saisons auprès de sa mère. 

La romancière philosophe transpose le  mythe sur une vie de jeune fille contemporaine prise entre la vie ordinaire et la vie nocturne de la jouissance. Tout se joue sur cette bascule.

«  Tu sais que derrière la façade ensoleillée des rituels quotidiens se joue une tragédie implacable et sanglante. »

La construction enchevêtrée entre mythe et contemporain est perturbante. Seuls des éléments de contexte nous permettent de saisir si nous sommes avec la figure mythique ou la jeune fille contemporaine.

Perséphone 2014 est un texte intime, ardu qu’il faut lire et relire à voix haute pour en saisir le sens et la puissance. Le style et la construction sont remarquables, jouant sans cesse de la bascule, ce moment du rapt amoureux, de « la terre qui s’ouvre, la faille », ce moment où la jeune fille, source de convoitise, s’élance dans la vie, découvre le désir, la jouissance et s’interroge sur sa capacité à revenir du monde des Enfers.

Gwenaëlle Aubry sera au Livre sur la Place de Nancy pour la présentation de son nouveau roman La folie Elisa.

Danse d’atomes d’or – Olivier Liron

LironTitre : Danse d’atomes d’or
Auteur : Olivier Liron
Éditeur: Alma
Nombre de pages : 234
Date de parution : 25 août 2016

Chez des amis, lors du jeu du Post-it, (vous savez ce jeu où on colle un post-it sur le front des joueurs et ils doivent deviner qui ils sont en posant des questions auxquelles les participants doivent répondre par oui ou par non), O. ( avec le post-it Orphée) rencontre une jeune fille étrange, Loren qui se présente comme Eurydice.
Pour O., c’est le coup de foudre. Cette jeune fille aux cheveux emmêlés, aux yeux fatigués, au sourire mutin est une acrobate qui se veut libre et insaisissable.
 » La seule façon de survivre, c’est de ne pas faire toujours la même chose. De bouger. De n’avoir jamais de certitudes. De changer de vie tous les jours. D’envies. C’est ça, mon système à moi. La société veut m’enfermer dans une case, je le vois bien. Je suis née de parents qui n’étaient pas français, ni l’un no l’autre. Alors tu vois, il voudraient tous me mettre dans la case..par exemple: la fille manouche. Même si c’est absurde, parce que j’ai fait toutes mes études en France. Ou alors, la case de l’artiste. Elle, c’est une artiste. Elle n’est pas très sérieuse, c’est une artiste, elle est un peu spéciale, enfin, vous voyez le genre…Moi, j’emmerde les gens qui me collent dans des cases. Qui me jugent sans connaître, sans savoir. »

Cette partie est sans doute la plus belle avec la grâce des prémices d’un amour fou, puis la fièvre des étreintes jusqu’aux comportements d’urgence qui nous fait sentir la perte d’équilibre de cette belle acrobate.
Eurydice devient Orphée et s’abstient de se retourner laissant O. inquiet puis inconsolable.

La partie transitoire marque une pause dans le récit. L’auteur s’essaie à l’humour, peut-être pour détendre l’atmosphère. Ce n’était pas forcément nécessaire.

Puis, nous retrouvons Eurydice à Cuba. Cachée sous le soleil, elle a voulu croire que tout pouvait recommencer dans un autre pays mais  » la blessure est sans remède« . J’ai trouvé quelques longueurs dans cette partie. Jusqu’à cette lettre laissée à O. comme, finalement, une façon de se retourner.

J’ai aimé le ton tragique et sensuel de cette passion amoureuse avec de très belles envolées lyriques dans la première partie intitulée Orphée. Il me semble dommage d’avoir créer une rupture dans cet élan passionné avec La promenade, ce qui laisse peut-être ensuite moins d’intensité à Eurydice.

Inspiré par le  ballet de Pina Bausch, Orphée et Eurydice, Olivier Liron livre ici un très beau parallèle pour mener cette danse d’amour tragique. Un premier roman prometteur.

rl2016  bac