Dieu n’habite pas La Havane – Yasmina Khadra

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Titre : Dieu n’habite pas La Havane
Auteur : Yasmina Khadra
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 295
Date de parution : 18 août 2016

 

 

Né d’une mère choriste, ravissante sirène rousse aux yeux verts et d’un père, beau mulâtre qui ne croyait pas aux idéologies, Juan del Monte Jonava rêve de devenir chanteur depuis qu’il a assisté à son premier concert à l’âge de dix ans.
Cinquante ans plus tard, Juan surnommé Don Fuego sur scène met encore le feu au Buena Vista Cafe en reprenant tous les standards de la rumba, identité culturelle des cubains.
 » Ma voix était mon égérie, ma foi, ma folie. »
Pour vibrer sur scène, Juan a sacrifié sa vie de famille. Sa femme, trop souvent ignorée, l’a quitté gardant sa fille auprès d’elle. Ricardo, leur fils a choisi de vivre avec son père chez Serena, la soeur aînée de ce dernier.
 » Ma famille était un acquis, mon public, une conquête. »
Lorsque le Cafe est racheté par une dame de Miami  » dans le cadre de la privatisation décidée par le Parti », Juan se retrouve sans travail.
 » On est dans un pays où les décisions s’exécutent et ne se discutent pas. »
Juan erre dans La Havane à la recherche d’un nouveau lieu où chanter, sa seule passion jusqu’au jour où il rencontre Mayensi, une jeune beauté flamboyante et mystérieuse venue d’un village de pêcheurs sans autorisation de circuler à La Havane.
Malgré la différence d’âge, Juan en tombe éperdument amoureux. Son admiration, sa folie donnent de très belles (parfois sirupeuses) déclarations d’amour.
«  Pourtant, lorsque Mayensi lève les yeux sur moi, lorsqu’elle me gratifie de son sourire crémeux, je reprends goût aux choses de la vie et je songe qu’en amour l’abdication est une mort insensée, que si j’avais une chance sur mille de conquérir le coeur de la belle, il le faudrait la tenter contre vents et marées. »
Souvent trop de beauté attire des ennuis. Aveugle d’amour, Juan perçoit le mystère de la belle comme une peur légitime s’isolant de sa famille et de son meilleur ami Pachito, un personnage philosophe qui est souvent parvenu à m’émouvoir. Il est sans aucun doute mon personnage préféré avec, là aussi leçons de morale un peu banales mais une forme de sagesse qui me plaît bien.
 » La vie, ce n’est pas que les paillettes, le gros lot et les honneurs. La vie, c’est aussi se casser les dents en gardant le sourire. »
Mais, l’interêt de ce roman qui allie le style fluide et travaillé de l’auteur et une histoire bien construite et passionnante réside surtout dans cette ambiance cubaine. Yasmina Khadra a cette faculté de nous plonger dans un lieu, dans une histoire empreinte de ce lieu pour toujours dénoncer les abus et les vies misérables des opprimés d’un pouvoir.
«  A La Havane, Dieu n’a plus la côte. Dans cette ville qui a troqué son lustre d’autrefois contre une humilité militante faite de privations et d’abjurations, la contrainte idéologique a eu raison de la Foi. »
Si Dieu n’habite plus La Havane, le rêve est toujours possible.
 » En vérité, on ne perd jamais tout à fait ce que l’on a possédé l’espace d’un rêve, puisque le rêve survit à sa faillite comme survivra à mes silences définitifs ma voix qu’on entendra, longtemps après ma mort, s’élever des plantations, se répandre dans la nuit comme une bénédiction, jusqu’à ce que je devienne l’éternel hymne à la fête que j’ai toujours voulu être. »

Moins puissant que La dernière nuit du Raïs, on retrouve ici un Yasmina Khadra plus romanesque mais toujours aussi percutant. Lire la suite

Maintenant ou jamais – Joseph O’ Connor

O'ConnorTitre : Maintenant ou jamais
Auteur : Joseph O’Connor
Littérature irlandaise
Titre original : The thrill of it all
Traducteur : Carine Chichereau
Éditeur : Phébus
Nombre de pages : 384
Date de parution : mars 2016

Fans de rock, vous allez adorer. Les autres s’intéresseront davantage à cette histoire d’amitié qui bouscule la vie des quatre membres d’ un groupe irlandais fictif des années 80, The ships in the night.
Robbie Goulding, fils d’émigrés irlandais, rencontre Francis Mulvey à l’université de Luton, ville proche de Londres. Fran, ce garçon maquillé au look étrange l’intrigue et l’attire. Originaire d’un orphelinat Vietnamien, adopté en premier lieu par un couple irlandais de « salopards », puis par les Mulvey, Fran est un adolescent rebelle, fracassé de l’intérieur.
Robbie lui fait découvrir la musique et sa famille l’accueille avec humour et réserve.
 » Ses yeux étaient comme des lacs froids. Il faisait penser à ces chapelles délabrées qu’on trouve dans le Nord battues par les éléments, mais qui résistent encore. »
Rejoint par Trez, une jeune violoncelliste et son frère, Sean, un joueur de batterie occasionnel, ils montent un petit groupe, jouant dans les squares.
 » Trez est la musicienne la plus douée que j’ai jamais rencontrée, un vrai prodige vingt-quatre carats qui jouait depuis qu’elle avait cinq ans. Fran, avec le temps, allait se révéler un artiste si unique en son genre qu’il aurait pu réécrire les règles de son mode d’expression. Mais c’est Seán Sherlock et personne d’autre qui a fait de nous un groupe, à la dure, sur un tempo d’enfer. Ce garçon était capable de diviser le temps en tranches magnifiques, de retourner les rythmes à l’envers, de les renverser, tandis que le battement insistant et sourd de son irrésistible pied droit sans pareil assenait une basse vicieuse. »
Le groupe donne son premier concert en juin 1983, les critiques presse sont mauvaises. Un héritage inattendu de Fran permet au groupe de s’installer à Londres. Premier enregistrement en studio, envoi d’une cassette vers les radios et télés, concerts universitaires, déplacements dans une voiture d’occasion tractant une remorque à chevaux. Robbie a arrêté ses études, Fran devient de plus en plus accroc à l’héroïne mais même si le groupe peine à vivre ensemble, la reconnaissance commence à venir avec la diffusion d’un titre sur Radio 1.
C’est pourtant le moment que choisit Fran pour lâcher le groupe. Trez part étudier aux États-Unis.
L’amitié prend le pas et les trois garçons traversent l’Atlantique.
Tout repart à zéro. Vie dans les squats, défonce, musique dans Washington Square Park jusqu’à se faire remarquer par le propriétaire d’un petit label, Eric Wallace.
Les années 85 et 86 sont enfin celles du succès jalonnées toutefois par les frasques de Fran et qui sera la gloire et la perdition du groupe.

Vingt-cinq ans après, on retrouve Robbie, ruiné par les procès et fracassé par les déceptions et l’abus d’alcool. Alors que le succès de Fran en solo est éclatant, lui galère dans la misère et les problèmes de santé. Si il aime toujours la musique, il s’en est éloigné le plus possible. Alors qu’elle est pourtant sa seule voie de guérison.
«  Quand on entend  » You make me feel like a natural woman » ou  » The first time I ever saw your face », on sait que malgré toute notre violence et notre vulgarité, nous ne sommes pas des primates- et même si la vanité, la haine, la fragilité, la concupiscence, la stupidité, la cruauté et toutes les petites choses vicieuses du quotidien existent, il y a aussi Bessie Smith et Cole Porter. »
Trez qui connaît bien son ami lui propose de remonter sur scène à Dublin. Mais en trio puisque Fran fait cavalier seul.
C’est sans aucun doute pour moi, la partie la plus touchante. Robbie Goulding, irlandais hypersensible, nostalgique du passé, blessé par l’attitude de Fran, son meilleur ami doit affronter ses démons.
 » En fait, « goulding », c’est un verbe, ça veut dire ressasser pendant trop longtemps sans jamais tourner la page. »

La musique, la création artistique, les aléas et les joies de la scène, les galères des concerts, les personnalités différentes et parfois incompatibles d’un groupe sont autant de thèmes qui rythment ce roman. On ne peut que vibrer pour les rêves de ces jeunes qui voient en la musique un moyen de sortir de leur ennui provincial, de leurs drames d’enfance. Les galères rassemblent, le succès et l’argent déstabilisent les jeunes gens, surtout ceux meurtris par un terrible passé. L’amitié peut-elle résister à certaines épreuves?

Un très beau roman qui m’a surtout convaincue par sa mise en place et sa dernière partie ( les parties liées aux relations amicales). Mais les années américaines, les années concert, si elles m’ont paru un peu plus lourdes, malgré de superbes rencontres avec Patti Smith par exemple ou plus rapidement Dylan, raviront les spécialistes de musique.

Je remercie Babelio et les Éditions Phebus pour la découverte de ce roman à l’occasion de le dernière opération Masse critique.

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Low down – A.J. Albany

albanyTitre : Low down
Auteur : Amy-Joe Albany
Récit américain
Traducteur : Clélia Laventure
Éditeur : Le Nouvel Attila
Nombre de pages : 160
Date de parution : 27 août 2015

Auteur ( source Editeur) :
Amy-Joe Albany passe un vieil album de son père pendant qu’elle travaille sur les décors d’un film : le réalisateur Jeff Preiss, spécialiste de Chet Baker, reconnaît l’interprète et se lie d’amitié avec sa fille – il est l’un des seuls en dehors du monde de la musique à se souvenir de Joe Albany. À sa demande, A.-J. rédige en 2002 des notes sur son enfance, qui deviennent un livre, puis un film, produit par deux musiciens des Red Hot Chili Peppers, avec Glenn Close et deux acteurs de Game of Thrones.

Présentation de l’éditeur :
Splendeur et misère de la vie d’un pionnier du be-bop, le pianiste blanc Joe Albany, compagnon de Charlie Parker, prisonnier des échecs, des drogues et d’amitiés croisées avec la Beat Generation, qui mourut en 1988, « le corps ravagé par un demi-siècle de dépendances et de tristesse ». Un texte sec et lyrique, qui passe de l’humour au sordide, de la naïveté à la crudité, et qui a la force d’un roman noir.

Mon avis:
 » Il est toujours difficile de répondre aux attentes de ses parents, et quand vos parents sont le roi et la reine en titre de tout ce qui est branché, c’est impossible. »
Amy-Joe Albany, fille de Joe Albany ( 1924-1988),  » le meilleur pianiste blanc » selon Lester Young, proche de Charlie Parker raconte son enfance chaotique dans le Los Angeles des années 60.
Entraînée dès quatre ans dans les bars où joue son père, délaissée par sa mère Sheila souvent en pleine défonce, l’enfant grandit comme dans une fête foraine brillant de mille feux.
A cinq ans,  » quand maman mit les voiles, l’unique chose qu’elle me laissa fut son exemplaire des Fleurs du mal. »
Elle vit alors avec son père et parfois avec sa grand-mère, la seule femme qu’elle ait vraiment aimée.
Amy-Joe parle de ses parents, surtout de la carrière de son père qui explosa en Europe aux débuts des années 70. Mais elle évoque toutes ses rencontres, amis de son père ou « jeunes désillusionnés » qui feront son éducation de la vie et de l’amour.
 » L.A. devenait une mère débordée, incapable de s’occuper de tous ses enfants rebelles. »
Entre drogue, sexe, vie nocturne et abandon familial, Amy-Joe ne peut trouver aucun attrait à la vie normale.
 » C’est une gamine pleine d’empathie -toujours du côté des outsiders, de ceux qu’on donne perdants. »
Expulsion de l’école primaire, vol à l’étalage, sexe, drogue, dépression, tentative de suicide, sa vie entre huit et quinze ans lui apprend la rage et l’envie de trouver un amour purificateur dans ce monde déglingué.
Joe Albany fut arrêté à vingt ans pour une affaire de stupéfiants et envoyé à la prison de Rikers Island. Les sévices vécues ont fortement perturbé « ce fils italien aimant, plein d’adoration » l’entraînant irrémédiablement vers la chute.
«  Leur obsession musicale fut la joie qui les guidait, et la défonce, au bout du compte, leur perte tragique. »
Comme Kim, Bunky le bègue ou Alain le nain, tous des enfants violentés par leur père ou élevés dans un milieu difficile, Amy-Joe peine à trouver l’espoir dans ce monde pourri.

Les différents paragraphes annoncés sur des touches de piano enchaînent les rencontres et les événements sans parvenir à créer une entité émotionnelle autre que le sentiment d’un monde bien trop pervers pour une enfant.
Contrairement à Fairyland d’Alyssia Abott qui traite le même thème, je n’ai pas trouvé cet amour et ce respect entre la fille et le père, génie décadent.

RL2015 moisaméricain romancières

La mélodie du passé – Hans Meyer Zu Düttingdorf

MeyerTitre : La mélodie du passé
Auteur : Hans Meyer Zu Düttingdorf
Littérature allemande
Titre original : Das Bandoneon
Traducteur : Rose Labourie
Éditeur : Les Escales
Nombre de pages : 394
Date de parution : juin 2015

Auteur :
Hans Meyer zu Düttingdorf est né en 1967 à Bielefeld. Il est musicien et comédien. C’est son compagnon Juan Carlos Risso qui lui a appris à aimer l’Argentine et le tango. Ensemble, ils ont écrit La Mélodie du passé. Tous deux vivent entre Berlin et Necochea, une station balnéaire située sur la côté atlantique de l’Argentine.

Présentation de l’éditeur :
En vidant l’appartement de sa mère qui vient de mourir, Christina, une jeune journaliste berlinoise, trouve une vieille carte postale représentant un groupe de joueurs de tango, sur au dos de laquelle est écrit un mystérieux message.
Intriguée, Christina décide de fouiller le passé de sa mère et apprend que celle-ci n’était pas celle qu’elle croyait. À la recherche de ses véritables origines, la journaliste part pour l’Argentine.
De l’autre côté de l’Atlantique, elle enquête dans le sillage de son arrière-grand-mère Emma, une jeune femme audacieuse qui a quitté son Allemagne natale dans les années vingt pour trouver le bonheur auprès de Juan, un riche exportateur argentin ambitieux épousé dans la précipitation. La jeune mariée est pourtant troublée par Eduardo, un joueur de bandonéon qui exerce sur elle une fascination irrésistible. Cette passion bouleversera son existence, mais aussi celle de ses descendants.
Un premier roman éblouissant, un voyage à travers le temps et la musique sur les traces d’un amour resté secret pendant près d’un siècle.
Mon avis :
 » Ce quartier était devenu le berceau du tango. Par ses mélodies et ses paroles, cette  » pensée triste qui se danse » exprimait en un soupir la dureté de la vie et l’absence d’espoir dans ce port aux milles couleurs. »
Ce premier roman de Hans Meyer Zu Düttingdorf entrecroise le récit de deux femmes, deux allemandes qui à plus de cinquante d’écart vont être touchées par la mélodie du bandonéon.
Meyer1A la mort de sa mère, Christina, trouve une vieille carte postale représentant un groupe de joueurs de tango au dos de laquelle est écrit  » Le bandonéon porte ma vie. E.« . La jeune journaliste y voit de suite une piste qui éclairera le passé de sa mère orpheline.
En parallèle, nous suivons l’aventure d’ Emma, 21 ans. Elle quitte sa famille pour suivre Juan Hechtl, argentin de 34 ans. Un amour soudain qui lui permet de partir à l’aventure. Mais le frisson du coup de foudre, elle le ressentira plus tard pour ce pianiste de Quequen où elle passe sa lune de miel.
Le tango, cette musique de bas étage pour Juan va toutefois devenir pour Emma la danse de la passion. Car si aucun Hechtl ne porte jamais un bagage, Emma est d’un autre monde. Elle laisse son fils Oscar jouer avec le fils des ouvriers, elle se lie d’amitié avec un couple juif, elle aime ce joueur de bandonéon.
Malheureusement l’enquête sur les origines familiales perd de son intérêt puisque le lecteur découvre l’histoire d’Emma avant de suivre les pas de Christina en Argentine.
Mais l’essentiel est de comprendre comment deux jeunes femmes vont faire naître leur vraie personnalité, vont apprendre à se connaître au contact de l’ambiance argentine.
Et il est intéressant de suivre sur plusieurs décennies les situations sociales en Allemagne et en Argentine. Du krach boursier de 1929. De la remontée économique à la prise de pouvoir d’Hitler aux jeunesses hitlériennes puis des lois raciales de Nuremberg. La volonté d’annexion de la Patagonie par Hitler qui retourne la position de l’Argentine. De la corruption en Argentine, des disparitions à la prise de pouvoir par les militaires en Argentine, du parti péroniste féminin puis de la chute du mur de Berlin. L’auteur construit son histoire sur un riche fond historique des deux pays en présence.
 » L’isolement et l’angoisse sont deux moyens d’asservir les hommes. C’est pour cette raison que je suis si sévère avec ce qui pousse à se replier sur soi. Dans l’histoire de votre pays, Christina, la peur a un temps rendu possible l’inconcevable. Et chez nous aussi, il s’est passé des choses terribles. J’ai perdu de nombreux amis au cours des années soixante-dix. Disparus du jour au lendemain.Et qu’avons-nous fait? Nous avons baissé la tête, de crainte d’être le prochain sur la liste. Un homme effrayé se laisse manipuler. Un homme qui ne craint rien ni personne est un roc.Et quand les intrépides se serrent les coudes, on ne peut plus rien contre eux. »

Une histoire qui ne m’a pas vraiment conquise mais un environnement intéressant et bien maîtrisé.

bac2015

The four roses de Jano&Baru

JanoTitre : The four roses
Auteur : Jano & Baru
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 76
Date de parution : juin 2015

Auteurs :
Baru, Hervé Barulea , né en 1947 à Thil est un auteur de BD. Il a reçu le Grand Prix de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son oeuvre en 2010.
Jano, Jean Leguay, né en 1955 est un auteur, dessinateur et scénariste français. Il a participé à bon nombre de journaux, Métal Hurlant, l’écho des Savanes entre autres.

Présentation de l’éditeur :
Jérémie, alias King Automatic, est un big band à lui tout seul. Au retour d’une tournée, il apprend la mort de sa tante Marie. Farfouillant dans le grenier de celle-ci avec Gilou, son frangin, ils découvrent un 45 tours des années cinquante d’un certain Johnny Jano, ainsi qu’une carte postale dudit Johnny adressée à une certaine Rose. Sur le Teppaz, tourne-disques antédiluvien, Johnny Jano hurle son rockabilly, Havin’ A Whole Lot of Fun : renversant ! Sur la carte postale, ces mots : « For Rose, lovely. Johnny », et une adresse : Rosa Menechetti, East Main 124,New Iberia, Louisiana. Rose ! La grand-mère de Jérémie et Gilou, soi-disant disparue sans laisser de traces. Un secret de famille. Quinze jours plus tard, les deux frères débarquent en Louisiane, l’adresse du dernier domicile connu de Rose dans une main, une Fender Vintage de 67 dans l’autre. Au numéro 124 de East Main street, la porte s’ouvre…
Un vrai vinyle 45T offert dans la 1ère édition !

Mon avis :
La présentation de l’éditeur résume parfaitement le fond de cette histoire illustrée autour de la musique et du secret de famille. Je vais donc surtout m’intéresser à la forme.
Futuropolis produit ici un bel album avec pour cette première édition un 45 Tours vinyle qui nous plonge dans l’ambiance de cette musique américaine d’époque.
Les dessins sont précis et réalistes. Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de camper les personnages avec des têtes d’animaux mais je parviens à l’oublier pendant la lecture.
Les textes sont souvent en langage parlé ce qui n’est pas non plus mon style préféré même si il est ici bien adapté. Je regrette que certaines bulles soient parfois imprécises ce qui n’aide pas au suivi.
Une forme qui a donc peut-être influencé mon avis sur le fond qui, sur la base du bonne idée bien amenée, se révèle ensuite une histoire assez banale et brouillonne.
Il n’en reste pas moins que l’ensemble parvient à plonger le lecteur dans l’ambiance de la musique américaine blues and rock, au coeur de la Louisiane. L’écoute du vinyle est un plus indéniable.

Je remercie Futuropolis et Babelio pour la découverte de cet album.

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Gil – Célia Houdart

houdartTitre : Gil
Auteur : Célia Houdart
Éditeur : P.O.L.
Nombre de pages : 236
Date de parution : janvier 2015

Auteur :
Après des études de lettres et de philosophie et dix années dédiées à la mise en scène de théâtre expérimental, Célia Houdart se consacre à l’écriture. Depuis 2008, elle compose en duo avec Sébastien Roux des pièces diffusées sous la forme d’installations ou de parcours sonores. Elle a été lauréate de la Villa Médicis hors-les-murs, de la Fondation Beaumarchais-art lyrique, du Prix Henri de Régnier de l’Académie Française (2008) pour son premier roman Les merveilles du monde et du Prix Françoise Sagan (2012) pour Carrare
Présentation de l’éditeur :
L’été de ses dix-huit ans, un jeune pianiste reconnaît une chanson que diffuse un autoradio. Il se met à chanter. Son chant brille comme une énigme devant lui.
Encouragé par ses professeurs au Conservatoire et guidé par son intuition, Gil quitte un instrument, le piano, pour un autre, la voix, qui se confond avec lui-même.
On suit la formation du jeune ténor, on pénètre avec lui dans les coulisses du monde de l’opéra. Au plus près des corps et des visages.
Apprentissage des rôles et découverte de soi. Gil est le roman d’une voix. Le portrait d’un talent et d’une inquiétude. Une vie faite de patience et de doutes qu’incarnent…

Mon avis :
Gil a dix huit ans, il vit avec Jorge, son père d’origine portugaise, employé à la Poste et prend des cours de piano avec la rigoureuse ( comme bon nombre de professeurs de musique) Marguerite Meyer. La mère de Gil est internée dans une maison de repos en Suisse et ne pense plus qu’à la chasse aux papillons.
Avant de passer une audition pour le conservatoire de Paris, Gil passe ses vacances près d’Uzès avec son ami Olivier. Et  » Gil d’ordinaire si réservé. Si blotti en lui-même. Qui parlait toujours tout bas. Que l’on faisait répéter tout le temps. » découvre sa voix,  » une voix à la fois plus puissante et d’une étrange limpidité. »
Reçu premier au Conservatoire, il débute dans la classe de piano de son idole, Vlado Blasko mais c’est grâce au professeur de chorale et à la professeur de chant Lucienne Franck que Gil découvre l’enthousiasme en chantant. Commence alors un apprentissage difficile mais qui débouchera rapidement sur des petits rôles dans des opéras de province puis sur une carrière internationale.
Célia Houdart transcrit parfaitement les difficultés de l’apprentissage, les petites déceptions des premiers engagements puis les rencontres providentielles qui mènent aux grands rôles. En pleine gloire, la moindre défaillance soumet l’artiste aux critiques ravageuses des spécialistes.
Rencontres amicales, amoureuses, représentations en Angleterre, aux États-Unis ou en Asie, Gil poursuit sa vie sur un tempo assez lent et monotone. Parfois, il semble troublé par des coups à la porte, par la vision d’un homme étrange, par la rencontre avec un chien. Ce sont autant de moments qui auraient pu densifier l’histoire très plate d’un quotidien, certes d’un ténor célèbre, mais surtout d’un homme sans émotion. Mais non, ce ne sont que des sensations furtives. Le seul moment de grâce est peut-être la présence de sa mère maquillée avec de la poudre de papillon à un de ses concerts. Elle est touchante de poésie, de tendresse et de fierté.
Je n’ai pas été sensible à cette façon de détailler les instants de vie dans des moments de parfaite insignifiance qui, tout de même enchaînés montrent l’éclosion d’une star de l’opéra. L’auteur m’ entraîne parfois vers des pentes fantastiques ou des moments de suspense pour me laisser en plan avec mes incertitudes.
Je termine ma lecture avec l’impression générale d’un roman sans profondeur qui ne me laissera que peu de souvenirs.

Je remercie dialogues pour la lecture de ce roman

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La divine chanson – Abdourahman A. Waberi

waberiTitre : La divine chanson
Auteur : Abdourahman A. Waberi
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 240
Date de parution : 8 janvier 2015

Auteur :
Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l’actuelle République de Djibouti, il vit entre Paris et Washington. Depuis le Pays sans ombre (1994), trilogie consacrée à son pays d’origine, jusqu’à Aux États-Unis d’Afrique, son œuvre romanesque est traduite dans une douzaine de langues.

Présentation de l’éditeur :
La Divine Chanson est un roman, un roman amoureux qui s’empare d’une vie exemplaire, celle d’un chanteur, compositeur, poète afro-américain né à Chicago en 1949, dont nul ne saurait méconnaître l’immense génie et la rude destinée : Gil Scott-Heron, auteur « altier et indémodable » de The Revolution Will Not Be Televised (1971), réinventé ici sous le nom de Sammy l’enchanteur.
Décidément plus humain que bien des bipèdes, c’est un vieux chat roux recueilli dans une rue de Harlem qui nous entraîne, en groupie de proximité, partout où la Divine Chanson continue de tourner, à travers les ghettos noirs ou sur les scènes internationales du jazz, de New York, Paris ou Berlin – ce « grand courant électrique qui rivalise avec le Gulf Stream ».
Et ce n’est pas un moindre mérite du roman que de nous faire découvrir et aimer ce « Bob Dylan noir », depuis l’arrière-pays de l’enfance, « quelque part entre Clarksdale, Mississippi et Savannah, Tennessee », dans le solide giron de Lily, la grand-mère tant aimée, jusqu’aux années de fulgurance. Au terme de ce mémorable et bouleversant voyage, la Divine Chanson ne nous quittera plus, par la fantaisie du chat romancier.

Mon avis :

 » Pas besoin d’être sorcier, j’ai toujours su que mon maître et allié était un homme extraordinaire. J’ai toujours su aussi qu’il tirait le diable par la queue, qu’il portait le poids d’un fardeau jusque dans son sommeil. »

La fée musique s’est penché sur le berceau de Sammy Kamau-Williams. Né à Chicago, Sammy est confié à Lilly sa grand-mère à Savannah dans le Tennessee lorsque Reginald, son père jamaïcain part suivre sa carrière de footballeur et que Bobbie, sa mère rejoint Porto Rico pour travailler.
Là, il apprend le piano, accompagnant sa grand-mère dans les rites initiatiques religieux de source afro-américaine et jouant dès que possible du blues, musique considérée comme satanique.
A la mort de sa grand-mère, cette « battante, activiste chevronnée » qui lui a laissé la mémoire des esclaves africains, Sammy s’installe à New-York avec sa mère. Il a treize ans. Commence alors une éducation qui lui permettra d’affiner ses convictions politiques et d’intensifier son implication contre la ségrégation.
A l’instant du récit (2011), Sammy a soixante deux ans et « le vautour » ou « Papa Legba » planent sur sa destinée puisqu’il est transféré à l’hôpital. Et c’est son chat Paris qui va nous conter ses origines, son éducation, ses succès, ses passages à vide sous l’influence de l’alcool et la drogue.
Cet artifice amène beaucoup d’originalité, de diversité au récit tout en lui amenant le regard d’amour inconditionnel que peut avoir un animal ( pas tout à fait comme les autres) pour son maître.
 » Je ne suis pas un chat de compagnie, je suis le double de Sammy Kamau-Williams. Je lui ai donné mon âme. »
Recueilli alors qu’il traînait lors de sa dernière vie dans les bas fonds de Harlem nettoyés par le maire Giuliani, Sammy l’a appelé Paris parce qu’il a  »
comme cette ville, un gros cœur qui palpite. » Il se ressemblent  » le poil hirsute, l’imagination créatrice et la peau sur les os« , des influences religieuses et une jeunesse difficile.
Paris tente de défendre la mémoire de son maître, engagé dans une vie trépidante pour la musique contre le capitalisme et la ségrégation, mais souvent décrié pour sa folie, ses positions, son instabilité.
«  On présente Sammy comme un être instable, irascible et pas fiable. La rumeur existe pour être colportée. Elle se nourrit de mensonges, de quiproquos et de ragots. »
De manière un peu décousue, peut-être liée aux cheminements de réflexion du chat, Paris dépeint une image vibrante de ce génie du blues, Gil Scot-Héron, le Bob Dylan noir, musicien, poète et romancier.
Ces grands génies ont-ils voué leur âme au diable pour bénéficier d’un si grand talent?
Si des Janis Joplin, Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Amy Winehouse sont disparus jeunes et sont devenus des icônes, Gil Scot-Héron attaché à sa liberté et ses convictions a eu le temps de « décevoir » son public et de tomber dans sa déchéance.
Grâce à ce livre, Abdourahman A. Waberi lui redonne la popularité te la reconnaissance sûrement méritées.
Avec une structure un peu décousue mais un biais original, ce roman m’a permis d’avoir une première approche de la vie d’un artiste américain que je ne connaissais pas. Un voyage réussi même si il était un peu chaotique.

 » Je n’ai jamais fait une grande différence entre les voyages et les livres. La durée des uns ou les pages des autres m’enchantent autant que les paysages de ma vie. »

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