L’ombre d’un père – Christoph Hein

Titre : L’ombre d’un père
Auteur : Christoph Hein
Littérature allemande
Titre original : Glücksind mit vater
Traducteur : Nicole Bary
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 416
Date de parution : 24 janvier 2019

 

Konstantin Boggosch a soixante-sept ans, il vit paisiblement aux côtés de Marianne dans une petite ville de l’est de l’Allemagne. Ancien directeur du lycée, il est sollicité par une journaliste pour poser avec les trois autres anciens directeurs devant le lycée rénové. A cette occasion, la journaliste voudrait qu’il lui raconte son passé.

 » Le monde est suffisamment grand pour qu’on s’y perde, mais notre vie n’est pas suffisamment longue pour que nous puissions tout oublier. »

Si il refuse l’interview, à nous,lecteurs, il va tout raconter depuis son adolescence jusqu’à ce jour où il reçoit une lettre pour un certain Konstantin Müller.

Né en 1945, Konstantin n’a jamais connu son père mais il va pourtant régir toute sa vie. Sa mère, issue de la bourgeoisie, a choisi de renier et d’oublier cet homme, directeur des usines Vulcano,  tué par les Polonais pour crime contre l’humanité. Gerhard Müller, proche du frère de Heinrich Himmler, avait construit un camp de concentration dans le bois de Ranen, à côté de son usine.
Si le frère de Konstantin, soutenu par son oncle, vénère son père, Konstantin suit sa mère dans la volonté d’oublier. Mais le jeune homme ne se libèrera jamais de ce fardeau écrasant. Après la défaite,  fils de nazis ne peuvent pas être acceptés au lycée et passer le baccalauréat. A quatorze ans, Konstantin élève très doué, refuse d’aller en apprentissage et s’enfuit en France. Son rêve est de rejoindre Marseille pour s’engager dans la légion étrangère.
Doué pour les langues, grâce à sa mère qui imposait une langue différente chaque jour de la semaine, Konstantin devient l’assistant d’un libraire marseillais, ancien résistant revenu d’un camp de concentration. Après quelques années très riches en découvertes et amitiés, titulaire de sa première partie de bac, il souhaite retourner en Allemagne pour voir sa mère. En pleine construction du mur de Berlin, le retour au pays est difficile et irréversible.
Empathique, intelligent, volontaire, Konstantin est voué à la réussite même si le passé de son père est toujours là pour contrer ses ambitions.

 » Tu n’es pas son fils, tu es sa dernière victime. »

Ce roman d’initiation nous plonge dans l’Allemagne d’après-guerre jusqu’à quelques décennies après la chute du mur de Berlin. Le thème principal est bien évidemment le poids de l’héritage d’un père criminel de guerre,  « l’extension de la sanction aux proches » . Christoph Hein la décline sur toute une vie, car ce fardeau peut suivre plusieurs générations. Alors qu’il n’avait rien à raconter à la jeune journaliste, Konstantin nous passionne avec sa vie semée d’embûches et de belles rencontres. Un roman passionnant et une belle réflexion sur l’ héritage historique.

 » Ne peut-on pas me juger d’après ce que je suis et ce que je fais?«