Abraham ou la cinquième alliance – Boualem Sansal

Titre : Abraham ou la cinquième alliance
Auteur : Boualem Sansal
Editeur : Gallimard
Nombre de pages : 288
Date de parution : 1 octobre 2020

 

A Tell al-Muqayyar ( anciennement Ur, la célèbre ville mésopotamienne, patrie d’Abraham), en 1916, Terah voit en son fils Abram la possible réincarnation du prophète Abraham. Son destin est écrit dans la Genèse, il doit suivre la route empruntée par Abraham afin de rencontrer Dieu qui lui dira où conduire son peuple.

Mais les temps ont changé. sur la route de Tell al-Muqayyar à Canaan en passant par Harran, les pèlerins traversent des champs de ruine suite aux conflits entre Européens et Ottomans. Durant leur périple, deux guerres mondiales secouent le Moyen-Orient et les traités redessinent arbitrairement les frontières morcelant les nombreux peuples de la région.

Abraham ou la cinquième alliance est un roman ambitieux particulièrement bien mené par l’auteur qui allie les compositions. Sur fond d’odyssée biblique, avec les passages épiques que cela impose, Boualem Sansal inclut des envolées lyriques suscitées par les lieux traversés, des réflexions philosophiques donnant la parole aux sages qui accompagnent Terah puis Abram, et surtout un apport historique qui aide à comprendre la situation éternellement explosive du Moyen-Orient.

J’ai aimé suivre ce peuple de pèlerins et retrouver régulièrement les échanges entre Terah convaincu qu’il faut aveuglément suivre le récit de la Genèse, Eliezer, le génie tutélaire garant des traditions, Loth, le jeune éclairé qui doute de l’utilité de copier le passé.

« Nous cherchons la Vérité et la Vie, alors que tout autour de nous s’effondre et se reconstruit sur d’autres principes, vulgaires et insignifiants. Nous faisons peut-être fausse route en cherchant Dieu sur le chemin d’Abraham…

je crois que la religion peut attendre, inscrivons-nous dans celui de la politique. Abram vient de le souligner, tout s’effondre autour de nous et va se reconstruire différemment par la main des colonisateurs et du capitalisme mondial, qui ne connaissent que la force de la loi du profit. »

Boualem Sansal explique très clairement comment le monde entier s’est emparé de ce coin de l’univers pour ses richesses en pétrole et son accès à la route des Indes par le canal de Suez. Les Européens, voulant libérer les peuples du joug ottoman ont dépecé cet empire avec les accords de Sykes-Picot en mai 1916.  En 1923, le traité  qui définit les frontières de la Turquie implique le déplacement et l’anéantissement programmé de certains peuples. En 1948, le plan de partage de la Palestine plonge la région dans une guerre éternelle.

« Et l’Éternel dit à Abram : Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cent ans. » Genèse 15,13

En revivant la Genèse, l’auteur nous offre un témoignage historique et une réflexion étayée sur l’évolution des religions. Avec un fond romanesque qui dynamise la lecture,  ce récit est un éclairage simple et précis sur les raisons des convulsions  sporadiques de ce coin du monde, berceau du judaïsme, du christianisme et de l’islam et terre de tant de peuples.

Ce roman est aussi une réflexion osée mais nécessaire sur le devenir des religions.

 « La liberté est ce qui rapproche le plus l’homme de Dieu. Un croyant qui s’enferme dans sa croyance et ses dogmes insulte son Dieu et n’a que mépris pour ses semblables qu’il cherche en vèrité à soumettre