Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu – Pierre Terzian

Titre : Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu
Auteur : Pierre Terzian
Editeur : Quidam
Nombre de pages : 240
Date de parution : 5 mars 2020

 

Pierre, écrivain en herbe français, vient de se marier à une québécoise.

« Adieu la France, les manigances, ici pas de lutte des classes, rien que de la neige et de l’espoir. »

Pour la météo, c’est certain car il fait bien froid en ce mois de janvier 2017. Par contre, côté inégalités sociales, Pierre apprendra bien vite que le Québec n’est pas en reste. Couillard en prend pour son grade!

On ne vit pas de l’écriture. Pierre fait des remplacements dans des garderies de quartier de Montréal. Avec beaucoup d’humour et un regard critique, ils nous parlent des enfants, des membres du personnel, des spécificités de chaque lieu.

Pierre se met à la portée des enfants, parfois loin des consignes farfelues des professionnels. En jouant, dormant avec eux, il sait se faire accepter des timorés comme des plus espiègles.

Par bribes, nous découvrons aussi le chemin de certains éducateurs. Ce qui nous révèle pas mal de choses sur la multiculturalité du Québec, sur les  difficultés à faire valoir les diplômes étrangers.

En naviguant dans plusieurs garderies, nous percevons les différences sociales entre les quartiers anglophones et les autres. Pierre préfère nettement travailler dans une garderie autochtone plutôt que dans celle du quartier financier. Pointent aussi les difficultés de l’éducation entre expériences d’autonomie et restrictions budgétaires.

Le roman de Pierre Terzian est un témoignage intéressant sur la vie au Québec. C’est un roman social à la fois drôle et tendre. Le narrateur s’amuse à nous traduire certaines expressions. J’ai aimé son regard sur une société bigarrée, son amour pour les enfants, son humanité pour les plus humbles. Là-bas, aussi, la tâche noble d’éducateur est insuffisamment reconnue.

La forme du roman est sympathique avec quelques dessins, des variations de graphie et surtout des petites phrases d’enfant entre les chapitres.

Un roman tendre mais aussi un regard social avisé sur la vie au Québec. A découvrir.

 

Dîner à Montréal – Philippe Besson

Titre : Dîner à Montréal
Auteur : Philippe Besson
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 198
Date de parution : 29 mai 2019

 

Dix-huit ans après sa rupture avec Paul Darrigrand, Philippe croise son ancien amant lors de la signature de son roman Se résoudre aux adieux dans une librairie de Montréal.

Surpris, l’auteur parvient toutefois à oser inviter Paul à dîner. Celui-ci accepte mais vient avec sa femme, Isabelle. Philippe viendra avec Antoine, un étudiant rencontré quelques mois auparavant.

Dans ce huis-clos, les conversations sont empreintes de sous-entendus. Paul et Philippe ne peuvent ouvertement évoquer le passé devant leur compagnon. Entre conversations anodines, évocations de leurs vies respectives, Paul utilise souvent l’analyse des romans de l’auteur pour exposer des traces de leur histoire et lancer des questionnements silencieux pour le plus grand malaise de tous.

« la vie ça ne fait pas un livre, jamais, la vie réécrite ça peut en faire un. »

Chacun joue son rôle. Isabelle souhaite éviter les sujets sensibles. Paul surprend en voulant se questionner sur le passé. Antoine assiste au spectacle. Philippe est curieux de comprendre Paul, sans vouloir blesser les deux autres.

Les points cruciaux sont abordés entre les deux ex-amants lorsque Isabelle et Antoine s’échappent pour fumer une cigarette. La conversation directe est alors plus périlleuse.

Philippe Besson poursuit et termine son cycle autobiographique sur ses amours passées. Le talent s’exprime une fois de plus grâce à la sincérité de l’auteur, dans l’analyse sans tabous des sentiments de chacun.

« Le commentaire de l’actualité est une béquille bien commode

Mais ici l’essentiel réside dans l’intime entre la vie assumée de Philippe, bien loin d’être idéale dans les moments de solitude et de doute sur son charme et les réticences de Paul, incapable d’assumer et privilégiant la tranquillité au risque de passer à côté du bonheur.

Dans une conversation policée, l’auteur joue avec la différence entre ce qui se dit et ce que l’autre entend, ne sachant jamais, comme lors de la rupture si le coeur prime sur la raison.

Grâce à la finesse de l’écriture, le regard de l’auteur, nous assistons vraiment à ce dîner à Montréal. Percevant autant les regards, les attitudes que les mots prononcés, le lecteur se positionne en spectateur privilégié de ce huis-clos sous haute tension.