Ceux qui partent – Jeanne Benameur

Titre : Ceux qui partent
Auteur : Jeanne Benameur 
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 336
Date de parution :  21 août 2019

C’est toujours un plaisir de se laisser porter par les mots de Jeanne Benameur. Avec Ceux qui partent, elle nous propulse dans le passé et les rêves de migrants, simplement en partageant un soir, une nuit et une aube à Ellis Island en 1910.

«  On ne sait rien des vies de ceux qui débarquent un jour dans un pays. »

Andrew, jeune homme de la bourgeoisie américaine, fils d’une femme descendante de premiers colons du Mayflower et d’un migrant islandais, vient chaque jour à Elis Island capter le regard de ceux qui arrivent plein d’espoir et de peur. C’est un peu de ses origines qu’il cherche et surtout le courage d’affronter sa famille pour imposer son choix de vie.

Le courage, Emilia, une jeune italienne en transit à Elis Island, n’en manque pas. Audacieuse, avide de liberté, elle attire les regards.

Andrew, en quelques clichés, capte toutes les émotions de la jeune femme et de son père, Donato.

Une photo,  un air de violon d’un tsigane, quelques mots écrits sur un carnet par une arménienne fuyant la mort de tous les siens éclairent les vies quittées de tous ceux venus chercher l’espoir ailleurs.

Le voyage est pénible, l’attente insupportable et dégradante. Ils n’ont plus rien que leur langue natale et leur chair. 

«  Une langue est plus sûre qu’une maison. Rien ne peut la détruire tant qu ‘un être la parle. »

La langue, Donato la déclame en campant Énée, héros de Virgile ayant fui Troie en flammes. Tout comme le violon de Gabor, c’est un son d’espoir pour tous ceux qui attendent qu’on leur ouvre les portes de la liberté.

Quand les langues ne se comprennent pas, les élans magnifiques des corps prennent le pas. Emilia en joue sans arrière-pensée en dénouant ses longs cheveux flamboyants. 

«  Si nous sommes faits de chair après tout, c’est que la chair est précieuse. La vie s’y donne et s’y reçoit. »

En cette nuit de transition, chacun, nouveaux ou anciens migrants vont aller chercher au plus profond d’eux-mêmes leur vérité, leur désir le plus profond pour continuer à vivre.

A l’aube du nouveau jour, leurs vies prennent les couleurs de leurs espoirs enfin révélés et affirmés. 

Jeanne Benabeur entrecroise les vies de ceux qui arrivent et de ceux qui sont déjà installés dans le Nouveau Monde. Chaque personnage, et ils sont nombreux, a une belle intensité. Il y a tant de richesse en chaque être. Les routes se croisent autour d’Emilia et Andrew, toutes tournées vers l’espoir de trouver leur accomplissement .

« Les émigrants ne cherchent pas à conquérir des territoires. Ils cherchent à conquérir le plus profond d’eux-mêmes parce qu’il n’y a pas d’autre façon de continuer à vivre lorsqu’on quitte tout. »

Les regards de TOUS les personnages de ce roman restent gravés dans ma mémoire comme des clichés inoubliables.

Mur méditerranée – Louis-Philippe Dalembert

Titre : Mur méditerranée
Auteur : Louis-Philippe Dalembert
Éditeur : Sabine Wespieser
Nombre de pages : 336
Date de parution : août 2019

 

Tout ne commença pas dans un entrepôt sordide à Sabratha, près de Tripoli. Là sont entassés les candidats à l’émigration, dans des conditions déplorables. Hommes et femmes séparés, utilisés comme basse main-d’oeuvre ou plaisir des gardiens, de ces passeurs inhumains qui ne pensent qu’à s’enrichir.

Dans le hangar des femmes, nous faisons la connaissance de Chochana, une jeune nigériane et de Semhar, une érythréenne.

Plus loin, dans un hôtel de luxe, Dima, une syrienne, attend avec sa famille un passage pour l’Europe, fuyant la guerre qui s’est abattue sur Alep et menace Damas.

Quand nous accompagnons ces trois femmes sur le chalutier en partance pour Lampedusa, nous ne connaissons que leur peur.

Au cours de ce voyage insoutenable, nous allons découvrir leur passé, les raisons qui les poussent à risquer leur vie pour fuir leur pays respectif. Ces raisons, nous les connaissons. La sécheresse qui ne promet que la famine et la terreur que fait régner Boko Haram pour Chchana. Un pays en guerre où les jeunes n’ont d’autre avenir que de passer leurs plus belles années dans un service militaire à durée indéterminée pour Semhar. Les soldats de Daech, détruisant les plus beaux sites d’Alep, l’instabilité politique, les bombardements et les attentats pour Dima.

Riches, pauvres, mères, battantes, elles se retrouvent sur le pont ou dans la cale de ce chalutier, soumises aux violences des passeurs et au déchaînement de la Méditerranée.

Louis-Philippe Dalembert s’est inspiré de la tragédie du naufrage d’un bateau de clandestins sauvé par un tanker danois entre Malte et la Libye en juillet 2014 pour dresser ces trois  portraits de femmes, symboles de tant de migrants qui quittent un enfer pour un autre.

Personne ne peut être insensible aux souffrances des migrants. J’ai eu l’occasion de lire plusieurs romans très sensibles sur ce sujet tragique, toujours d’une actualité brûlante ( Pêcheurs d’hommes d’Eric Valmir ou Soixante jours de Sarah Marty). Louis-Philippe Dalembert reste malheureusement sur la description du passé et du présent de ses personnages. Il m’a manqué une dimension supplémentaire pour accrocher à ce récit.

Ce roman fait partie de la sélection finale pour le Prix Landerneau 2019.

 

 

 

 

Pêcheurs d’hommes – Eric Valmir

Titre : Pêcheurs d’homme
Auteur : Eric Valmir
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 306
Date de parution : 4 janvier 2018

Lampedusa, chacun connaît le nom de cette île de la Méditerranée, carrefour macabre de la route des migrants. Mais au-delà du nom, de ce qu’en disent les médias, j’ai découvert la beauté de cette île, le clivage de sa population, le malaise et l’incompréhension des habitants avec le sens du tourisme des uns et l’évidence de la solidarité des autres.

Le nom du narrateur et de l’île, nous ne les connaîtrons qu’à la dernière phrase. Certes, il est facile de deviner où nous sommes mais le narrateur voulait certainement se fondre dans l’anonymat, tout comme ces migrants inconnus. Et d’ailleurs, il semble si perdu qu’il en oublie son identité. 

«  Tout sur l’île nous ramène à la cause des réfugiés. Surtout le regard des autres, les vacanciers, les journalistes, tous ceux qui viennent de l’extérieur…Ils nous obligent à nous définir en fonction des migrants…se positionner pour ou contre…Je ne veux pas entrer dans ce jeu-là, je veux bien les  aider dans les situations d’urgence, les naufrages, tout ça, mais le reste du temps, je veux passer à autre chose…Je veux vivre. Et ce n’est pas égoïste de penser comme ça. »

Il est mal à  l’aise sur son île ou loin d’elle. Devenu incapable de supporter le silence dépressif de son père, pêcheur hanté par la vision de corps ramenés dans ses filets, le sens commercial de sa cousine dont il était amoureux, le racisme de certains, l’absence d’avenir sur son île.
Et pourtant, si perdu dans le froid du nord de l’Italie où il rejoint sa petite amie et tente de faire ses études. Là il manque d’oxygène. Tel un migrant, il ne trouve pas sa place.

Il a bravé sa peur de la mer, comme un défi au nom de son père, en faisant de la plongée. Il rêvait d’aller saluer la Madonnina, cette statue de la Vierge portant son enfant, hommage d’un plongeur sauvé par la solidarité des habitants de l’île. 

Il aime écouter les anciens, les historiens pour mieux connaître cette île de vingt kilomètres carré. Sa position géostratégique fut prisée pendant la seconde guerre mondiale. Ile italienne délaissée , elle se modernise dans les années 50 avec l’installation d’une centrale électrique puis de moyens de communication. En 1986, la Libye envoie des scuds sur la base radar américaine implantée sur l’île. Cet événement malheureux fit connaître cette île au milieu d’une mer cristalline et ses merveilleuses criques. Les européens y voient désormais une destination touristique.

Lampedusa, porte de l’Europe, proche des côtes libyennes et tunisiennes est aussi la seule chance de survie de Somaliens ou Érythréens qui accostent de plus en plus nombreux au début des années 2000. Mais c’est lors du printemps arabe que la situation devient critique avec l’arrivée de migrants tunisiens bien plus agressifs.

«  les limites de notre capacité d’accueil sont dépassés. »

Si Eric Valmir décrit inévitablement les situations critiques des migrants, les accidents, les trafics ignobles sur le « marché des migrants », c’est surtout le malaise du narrateur qui fait de ce roman un récit pesant. Il est évidemment impossible de grandir sereinement dans une telle atmosphère, perdu entre la beauté d’un site et la laideur de l’indifférence de l’Europe face à la situation des migrants.

Car ils viennent tous, pape, présidents, journalistes, sommités européennes faire de beaux discours, des promesses, inaugurer le musée «  de la confiance et du dialogue entre les peuples de la Méditerranée » mais ils s’en vont jusqu’au drame suivant. 

«  Intervenez pour que cela ne se reproduise pas au lieu de construire des mythes auxquels plus personne ne croit et dont la forme ne s’épanouit que dans une lucarne de télévision. »

Grâce à ce roman proche du documentaire, Eric Valmir me fait saisir toute la complexité de cette île, que je connais aujourd’hui un peu mieux . 

«  Ce n’est pas seulement un pont entre les continents mais une terre partagée par des êtres, des cultures et des religions différentes. »

Prendre refuge – Mathias Enard et Zeina Abiracheb

Titre : Prendre refuge
Auteur : Mathias Enard
Illustrateur : Zeina Abirached
Editeur : Casterman
Nombre de pages : 344
Date de parution : 5 septembre 2018

Prendre refuge en ces moments où les choses basculent tant au niveau personnel que dans l’ordre mondial. Voici ce qui a inspiré Mathias Enard et Zeina Abirached lorsqu’ils se sont rencontrés à Beyrouth puis plus tard, à Berlin lors de l’arrivée de réfugiés syriens.

Avec de tels auteurs engagés, il ne s’agit pas de chercher ou trouver un refuge mais bien de le prendre. Et ils le déclinent sous trois angles.

La lecture par Karsten, un jeune architecte berlinois, d’un livre qui montre que l’on ne se convertit pas au bouddhisme mais que l’on y prend refuge. En 1939, deux femmes sont en route pour le Kafiristan, le pays des infidèles. Elles prennent refuge dans la trace des Bouddhas de Bâmiyan, un site magique au creux des montagnes de l’Aghanistan.

L’histoire de Neyla, une jeune syrienne qui vient d’arriver à Berlin. Elle est de suite confrontée aux galères pour obtenir un toit et des papiers, aux barrières de la langue malgré sa grande culture. Mais le plus difficile reste toujours de se construire loin de son pays de coeur. 

Puis le lien entre ces deux femmes et ces deux jeunes gens qui prennent aussi refuge dans l’amour. La réunion difficile de l’orient et de l’occident, de deux constellations qui se font face comme Orion et Scorpion.

C’est le nom de Mathias Enard qui m’a poussée vers cette bande dessinée. Si on y retrouve son thème de prédilection, il y a très peu de textes. Et j’avoue ne pas adhérer à cette avalanche d’onomatopées. 

L’illustration très particulière en noir et blanc prend la parole. Même si je le trouve très efficace, je ne suis pas attirée par ce genre de graphisme. Par contre, j’apprécie la composition de certaines planches, illustrant le rapprochement de deux langues, deux pays, deux constellations.

Cet album signe une belle rencontre, distille un message important. C’est une proposition originale qui permet d’aborder un mode d’expression différent. En saisir la beauté n’est pas une chose naturelle pour un lecteur occidental. Mais là aussi, il faut un engagement personnel. Il faut PRENDRE refuge et se laisser approcher par un autre style. 

Circulus – Marie Rouzin

Titre : Circulus
Auteur : Marie Rouzin
Éditeur : Serge Safran
Nombre de pages : 224
Date de parution : septembre 2018

Circulus commence et finit par une scène étrange où la narratrice, une femme solitaire privée de parole échoue comme attirée par son destin.

Avec elle, on entre silencieusement dans un bois à la périphérie d’une grande ville. Là, elle rencontre Andronica, une femme enceinte de jumeaux, pétrie de colère, des hommes désespérés et une vieille, morte et recroquevillée dans une caisse en bois. Après avoir brûlé le cadavre, tous s’enfuient. La narratrice suit Andronica dans la roulotte de la vieille Sybille où elle accouchera dans la douleur. Le premier enfant se nommera Achille. Alors qu’Andronica est évanouie, Sybille baptise le second Auguste. A son réveil, Andronica s’y oppose, préférant le prénom d’Ido. Seul le père, un compagnon de route qui l’a violée, peut valider le nom de ses fils. La muette accompagne Andronica dans sa recherche du père sur les chantiers de la ville.

«  Elle sera le témoin de tout ce que je vais faire pour que mon enfant ait un nom digne, un nom d’homme. »

S’ensuit alors comme une comptine où chaque personne croisée se joint à Andronica, cette beauté en colère portant fièrement ses fils. Teli est la veuve d’un immigré mort sur un chantier. Tara, migrante qui a fui la guerre pour retrouver les combats d’un pays qui la rejette, déclame ses paroles violentes, maudissant le monde entier. On s’arrête un instant sous la tente des frères Odyn et Faustin, des SDF installés sur le bord du périphérique.
« Aucun d’entre nous ne devraient être dehors. »
Sans eux, les nombreux chantiers de la ville ne se feraient pas. 

Ouvriers, gens du cirque, femmes, tous forment un cortège pour faire valoir leurs droits, celui de rester sur le sol de ceux qui les exploitent dans les chantiers. Cette réunion devient presque festive, matérialisation de quelque chose de beau. Enfin!

Andronica, femme majestueuse, itinérante depuis sa naissance, se veut en guerre pour avoir le droit de dire non. Elle entraîne dans sa fougue tous ces laissés pour compte qui n’ont parfois d’autre issue que l’immolation, la violence ou la fuite.

Ce voyage initiatique dans le monde des migrants, itinérants, en combat permanent pour leur survie est beau, porté par le personnage courageux d’Andronica. J’aurais toutefois aimé en savoir davantage sur le personnage de celle qui nous donne à voir, sans parole, ce monde à notre périphérie. Elle peut sans doute nous représenter, nous qui sommes souvent sans voix face à ces malheureux, incapable d’agir. Peut-être simplement leur donner une existence, une écoute le temps d’une ronde, d’un cercle, d’une figure acrobatique en attendant un nouveau soleil.

Un bon premier roman.

Le prince à la petite tasse – Emilie de Turckheim

Titre : Le prince à la petite tasse
Auteur : Émilie de Turckheim
Éditeur : Calman-Levy
Nombre de pages : 216
Date de parution : 16 août 2018

 

D’Émilie de Turckheim, j’aime la puissance d’imagination, son originalité, sa perception sensuelle. Avec Le Prince à la petite tasse, je découvre la personne. Son ouverture d’esprit, sa générosité, sa passion des livres et ses talents de poète.

Pendant neuf mois, Émilie de Turckheim, son mari et leurs deux enfants ont accueilli dans leur appartement parisien, Reza, un migrant  afghan. Avec ce témoignage, pas de scènes choc des violences vécues sous le joug des Talibans, pas de longs récits des heures pénibles d’exode à travers les différents pays d’Europe. Le passé se lit surtout dans le comportement, le regard, les silences de Reza.

« Comme souvent avec Reza, j’entrevois sa vie par le trou d’une anecdote. »

Bien écrit, sincère, émouvant, il n’a pas cette dimension fantasque des romans de fiction typiques de l’auteur. Mais il éveille les consciences. Avec une grande simplicité, face à la naïveté des enfants encore ignorants des difficultés du monde ou celle de Reza qui découvre un autre univers où la langue est la première barrière, l’auteure montre toute la richesse humaine de cette rencontre.

«  Accueillir quelqu’un est un voyage joyeux. Être accueilli est un voyage sans repos. »

Pendant ce temps partagé, Reza se reconstruit grâce à la confiance, l’intérêt que cette famille lui apporte. Même si l’intégration reste fragile, il peut compter sur l’aide et la compréhension de ses hôtes. Entre lui et Émilie naît une belle connivence.

J’ai découvert et apprécié les goûts de l’auteure. Je la connaissais bonne romancière. Elle est aussi poète, passionnée de lecture et d’art.  Pour son anniversaire, elle offre à Reza «l’éblouissant balbutiant » un livre d’estampes de son peintre préféré, Hiroshige. Je me retrouve dans ses passions.

«  La lecture est une sorte de course d’endurance : au début, c’est difficile, ennuyeux et décourageant. Et puis, à force d’essayer, à force de mettre un pied devant l’autre, à force de pousser ses yeux de mot en mot le long des lignes, quelque chose jaillit. Le monde se rue à l’intérieur de soi. Et tout apparaît. Et toutes les voix s’élèvent. Et tout palpite. Tout tremble. »

Un récit lumineux où «  l’espoir est plus précieux que la réalité ». 

Autres Romans de l’auteur

Ne préfère pas le sang à l’eau – Céline Lapertot

TItre : Ne préfère pas le sang à l’eau
Auteur : Céline Lapertot
Editeur : Viviane Hamy
Nombre de pages : 144
Date de parution : 2018

Il m’a fallu attendre son troisième roman pour découvrir cette jeune auteure, professeur de français à Strasbourg. Belle découverte! J’aime d’emblée son écriture incantatoire, son sens de la tragédie et son regard lucide sur les problèmes actuels de société.

Rien de tel pour ouvrir les yeux que de s’inscrire dans un roman d’anticipation, de travailler ses personnages au plus près en les icônisant, de fondre ses messages dans une fable bien construite, à la fois concise et profonde.

Tout commence avec le mouvement et le désir. Trois cent « nez-verts » assoiffés arrivent à Cartmandua, avec dans le coeur «  Cet espoir immense en la chance d’un autre destin, d’une opportunité, où tout sera aussi facile que le fait de tourner le robinet d’eau froide. Et boire. »

Mais le village tombe sous la dictature de Ragazzini, faisant exploser la citerne qui trônait  comme un trophée de nantis. Installés dans leur confort, personne, hormis Pia, la mère de Thiego, n’a rien vu venir. 

«  On n’écoute pas quand on est trop confortable dans son bien-être. »

Le corps noyé de la jeune Karole, qui avait tant chéri la citerne à son arrivée symbolise la perte de tout espoir. Morte par ce qui devait la sauver. Les images sont fortes pour dénoncer l’inhumanité.

En alternance, nous découvrons Thiego dans la prison de Cartmandua. Le jour de l’explosion de la citerne, il avait appris la maladie de sa mère et décidé de combattre l’injustice avec ses armes, les mots. Dans la tête de Thiego passent toutes les difficultés de la vie en prison, le manque, les regrets, les amitiés et les trahisons. Il résiste en pensant aux mots des livres, aux mots qu’il taguait sur les murs. Il survit en pensant à sa femme, en écrivant son nom sur les murs de sa prison. 

«  Il en aura fallu du sang pour qu’on comprenne que l’eau ça se partage. »

Avec ce roman d’anticipation, Céline Lapertot traduit remarquablement l’espoir et la peur des migrants, l’égoïsme des nantis. La force des mots évoque des images choc, symboliques. Le regard sur notre société est percutant, intelligemment glissé dans cette fable aux personnages d’une grande sensibilité.

 

Je remercie la Librairie Dialogues pour cette lecture de ce superbe roman.