Confidences passagères – Toufik Abou-Haydar

Abou-HaydarTitre : Confidences passagères
Auteur : Toufik Abou-Haydar
Editeur : Max Milo
Nombre de pages : 188
Date de parution : 12 février 2015

Auteur :
Toufik Abou-Haydar est un auteur libanais. Il a travaillé dans le monde de la presse et de la photo avant de changer de vie et de se reconvertir en chauffeur de taxi parisien.

Présentation de l’éditeur :
Nuit et jour, Toufik sillonne les rues de Paris. Un oeil sur la route, l’autre dans le rétroviseur, ses journées se déroulent au rythme de la poésie du bitume et des rencontres éphémères, ces milliers d’âmes qui arpentent les trottoirs à la recherche d’une banquette salvatrice. À travers la vitre, comme dans le salon d’un psy, on découvre une pléiade de personnages sympathiques, goujats, bourgeois, cadres, sans-dents, voyous, prostituées, touristes en goguette, people, politiques qui viennent s’épancher dans l’oreille rassurante et bienveillante de leur chauffeur.

Pendant que les chiffres du compteur défilent et que vibre l’écho de la circulation, Toufik nous offre une magnifique balade onirique, entre monuments historiques, quartiers populaires et lieux insolites, le tout sur fond de jazz…

Mon avis :
Toufik a quitté ses terres du Liban au début des années 80 pour faire des études de droit en France. Très vite, il a abandonné le choix de sa mère pour sa vraie passion, les études de cinéma. La crise, le mariage et une première naissance lui ont fait lâcher son premier travail pour quelque chose de plus alimentaire, chauffeur de taxi.
 » Pour supporter ce métier, il faut être philosophe ou poète…ou les deux. »
 » Pour ma part, seules trois choses m’aident à rester dans le métier : les couloirs de bus, la radio G7 et le livre de poche. »
Dans sa boîte à gants, il dispose d’une petite bibliothèque. Et, lors des attentes, il nous fait profiter de quelques extraits. Sa deuxième soupape de décompression, c’est le jazz et les CD de Sinatra.
Certes, les horaires et le nombre d’heures de travail sont affolants, mais que de riches rencontres! Des personnages touchants, des célébrités, des hommes politiques, des écrivains sont autant d’occasions d’anecdotes partagées.
Parce que ce chauffeur de taxi est particulièrement humain, il aide les petites vieilles perdues, les balayeurs fatigués, les jeunes filles apeurées, les amoureux transis se retrouvant souvent mêlé aux affaires personnelles de ses clients.
Il ne rate pas une occasion de discuter littérature avec des écrivains ( Andréï Makine, la fille de Nathalie Sarraute, de titiller les hommes politiques, de donner son avis sur le comportement hautain de certaines célébrités ou d’ en apprécier d’autres.
L’auteur est un personnage entier, honnête et intègre et il n’hésite pas à donner les noms des personnages connus, à affirmer leur gentillesse ou leur mépris.
Certains métiers vous mettent parfois face à des situations complètement invraisemblables. Dans ma petite vie bien tranquille, je peine à l’imaginer. Et pourtant, être en contact permanent, parfois à des heures tardives et nocturnes avec cette population parisienne si variée laisse effectivement la possibilité de croiser tous les fantasmes.
Certes, Toufik Abou-Haydar n’est pas un grand littéraire, mais il nous confie le quotidien de son métier en nous faisant partager ses rencontres éphémères. J’ai d’ailleurs trouver plus d’intérêt dans la brièveté des confidences que dans la tentative de conter une histoire lors de cette plus longue course vers Brest.
A lire peut-être si vous souhaitez comprendre la vie des chauffeurs de taxi souvent décriés par les parisiens ou si vous souhaitez vous aussi rencontrer quelques anonymes farfelus ou quelques célébrités.

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Pensées éparses d’un rabat-joie – Abel Castel

castelTitre : Pensées éparses d’un rabat-joie
Auteur : Abel Castel
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 128
Date de parution : 26 juin 2014

Auteur :
Abel Castel est un amoureux des mots. Il exerce en tant que médecin depuis près de 30 ans. Pensées constitue son premier recueil d’aphorismes.

Présentation de l’éditeur :
Mes largesses contre vos rondeurs.
Ma vie est un no woman’s land.
Méfiez-vous du temps : il n’a l’air de rien.
Instruisez-vous, cultivez-vous, mais surtout :
vivez ! Ça vous apprendra !
– Tu m’as manqué.
– Beaucoup ?
– De peu.
Je me fais vieux :
je me raconte, je me répands, j’évioque.

Mon avis :
Difficile de résumer un tel recueil. J’ai donc préféré choisir une pensée par thème afin de vous montrer l’ironie, la cocasserie, le jeu des mots, le cynisme, la goujaterie  parfois, la poésie et la finesse, le tout dans l’humour et le sourire.
Les phrases ne sont pas forcément celles que je préfère mais elle illustre l’étendue du registre de l’auteur.
L’amour :  » Sortir en célibataire, c’est partir en pique-nique sans emporter de provisions »
Le passage à l’acte :  » Mes désirs font désordre. »
Une vie :  » A mon père, je dois d’avoir connu ma mère. »
Le bonheur :  » Je plains les gens heureux, ils n’ont plus rien à espérer. »
La conversation :  » On dit qu’il est des pays merveilleux où l’on torture les gens pour les faire parler…Ici, on les tuerait plutôt pour ne plus les entendre. »
Le désir :  » La nostalgie, c’est comme un désir rétrospectif. »
Dialogues :  » – C’est une femme réservée
– A qui ? »
Dictionnaire :  » Avare (adj. et n.) : Dur d’oseille »
La femme :  » Sur le fond, madame, tout nous sépare. Mais je vous rejoins sur la forme. »
Le mariage :  » Avec le temps ma chère et tendre…de plus en plus chère, de moins en moins tendre. »
L’homme :  » Des hommes on peut tout obtenir, mais on ne doit rien attendre. »
L’humour :  » Je ne suis pas d’humour à plaisanter. »
La liberté :  » Il en est mort d’innombrables pour la liberté…qui, peut-être l’ont trouvée. »
Le savoir :  » Sans les jeux télévisés et radiophoniques, combien de leçons apprises pour rien. »
Le temps qui passe :  » On veut tuer le temps, mais ce n’est pas le temps qui nous manque, c’est nous qui le manquons. »
La vieillesse :  » Elle aura bientôt enterré toute sa vie dans ses trous de mémoire. »

J’espère vous avoir mis l’eau à la bouche et que vous aurez envie de sourire en lecture cet été.

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Qui sont les Chinois ? – Elisabeth Martens

martensTitre : Qui sont les Chinois ?
Auteur : Elisabeth Martens
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 320
Date de parution : 5 septembre 2013

 

Auteur :
Élisabeth Martens a passé plusieurs années en Chine. Chargée de cours et de conférences sur la culture, la pensée et la langue chinoises, elle est aussi spécialisée en médecine traditionnelle chinoise et diplômée de sciences biologiques. Elle vit aujourd’hui en Belgique.

Présentation de l’éditeur :
Comment certaines caractéristiques de la langue chinoise influencent-elles la manière de penser et de se comporter des Chinois ?
Recelant une quantité inouïe de trésors philosophiques, le chinois nous invite à penser autrement. Sans verbe « être », sans « oui » ni « non », sans règles de grammaire fixes, sans conjugaison, le chinois ouvre à l’interprétation, la relativisation, et à la contingence.
À travers la linguistique, c’est une manière différente d’envisager le monde, de réfléchir et de construire la société qui apparaît. En nous aidant à mieux comprendre qui sont les Chinois, elle nous interroge également quant à notre propre langage et fonctionnement.

Mon avis :
Langue et société, voici un vaste sujet philosophique. Elisabeth Martens montre comment l’histoire a suggéré la langue et comment la langue reflète le comportement humain. Cette démonstration est assez éloquente lorsqu’on l’applique à la culture chinoise.Personnellement, je ne me suis jamais intéressée à la langue chinoise et j’ai donc appris énormément de choses en ce domaine grâce à l’essai d’Elisabeth Martens. Elle s’intéresse ici à la langue des Han parlée par 92% de la population. Le mandarin est le nom donné par les Portugais à la langue parlée par les fonctionnaires chinois.
En chinois, pas d’alphabet. La langue est syllabique et tonale. Dix pour cent des mots sont des monosyllabes et 90% sont des associations de syllabes. Par exemple, le mot « crise » (weiji) est l’association des syllabes wei (danger) et ji (opportunité). Pas de oui, pas de nom, pas de verbe être, pas de déterminant, pas de grammaire mais des classificateurs qui regroupent les mots par critères de ressemblance, des mots simples qui donnent une notion d’espace et de temps. Curieusement les chinois inversent nos notions de temps et d’espace ( avant midi se dit au-dessus de midi).
Par contre, le chinois utilise des notions difficiles à traduire comme le Qi (souffle vital), le Tao (philosophie chinoise, le Yin et le yang (complémentarité plus que dualité).
 » S’il souffre, le Chinois ne pense pas à parler, il pense à souffler, car il sait que c’est à travers la respiration que le sentiment de bien-être et de déploiement lui reviendra et, avec lui, la disponibilité. »  On croit davantage à l’art-thérapie qu’à la psychanalyse.

Elisabeth Martens en apprenant le chinois dit  » j’ai aussi enregistré « malgré moi » une manière différente de penser, de me comporter et même de bouger« . Bien évidemment, ceci est le résultat de nombreuses années de pratique.
Ce que l’on repère dans le langage (relation, continuité, imitation) se retrouve dans l’état d’esprit des Chinois (ou inversement).Ainsi, si un mot ne prend son sens qu’au milieu des autres, « un être humain n’accède aux « qualités d’être humain » que lorsqu’il se met en relation avec d’autres. »
 » Respecter la continuité de la lignée familiale est le premier devoir moral de tout Chinois qui se respecte. »
 » Les Chinois ont des modèles, ils suivent des exemples, ils s’imprègnent de la vie et des actes de leurs prédécesseurs plus expérimentés. »

Quelques approches de la mythologie chinoise ( Pangu) montrent qu’il n’y a pas de dualité entre corps et esprit en Chine, que la vie et la mort ne sont que continuité. que la plénitude est à l’intérieur de soi puisque chaque être est un mélange de qualités féminines et masculines.
 » Le ciel et la terre étaient confondues et ressemblaient à un œuf au milieu duquel fut engendré Pangu. »
 » Vie et mort qui, pour nous, s’excluent l’un l’autre, sont considérées en Chine comme s’enrichissant mutuellement. »
 » La mort fait corps avec la vie, car sans elle, il n’y a pas de renouvellement, pas de transformation possible. »

Lorsque l’on connaît peu la langue, la mythologie, la philosophie chinoises comme moi, cet essai est une lecture fort enrichissante. L’auteur donne de nombreux exemples afin de nous faire comprendre le mécanisme de la langue parlée. Sa vaste connaissance de l’histoire et de la vie du pays nous aident à mieux appréhender l’état d’esprit des Chinois.
Leurs valeurs d’économie d’énergie, d’écoute de ‘environnement, de partage sont primordiales dans la société de demain. Mais leur facilité à copier pourrait les inciter à intégrer notre système de pensée. Sauront-ils n’en retirer que le meilleur en préservant leurs valeurs?

Je remercie les Editions Max Milo pour cette découverte qui m’a permis de mieux entrevoir la mentalité et la langue chinoises.

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Conflit de voisinage – Rafaële Rivais

rivaisTitre : Conflit de voisinage
Auteur : Rafaële Rivais
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 190
Date de parution : juin 2013

Auteur :
Rafaële Rivais est journaliste au Monde depuis vingt-cinq ans. Elle a passé plusieurs années à Bruxelles avant de revenir à Paris. Cette histoire s’inspire de faits réels.

Présentation de l’éditeur :
Elle se mit à guetter les allées et venues de sa voisine. Quand elle la savait prête à sortir de l’immeuble, elle préparait une bassine d’eau. Elle la vidait sur sa tête. Elle l’entendait avec jubilation remonter chez elle pour se changer. Lorsqu’elle l’apercevait dans la rue en train de rentrer chez elle avec sa poussette double et les petites dedans, elle bravait le flot des voitures pour arriver avant elle au pied de l’immeuble : elle maculait d’huile la poignée de la porte d’entrée.
Audrey Nichelong envie tellement sa voisine, Rachel Kubler, qu’elle lui fait vivre un enfer. Cette dernière, confrontée successivement à l’indifférence du bailleur social, de la police et de la justice, met de côté ses principes pour assurer sa sécurité et celle de sa famille …

Mon avis :
Sartre nous a bien démontré que  » l’enfer c’est les autres » et si on a inventé la fête des voisins c’est bien pour tenter d’améliorer ces relations de proximité qui peuvent parfois être un peu tendues. Ici, la tension devient effectivement un enfer pour Rachel Kubler, cette quarantenaire journaliste, mère de deux jumelles qui vient s’installer dans un logement social à Paris à son retour de Belgique.
Sur le palier d’en face, partageant la même terrasse vit Audrey Nichelong. Une jeunesse très difficile, un divorce, un petit boulot, deux enfants et des chats errants en font une caricature de la fille souffrant d’un complexe d’infériorité, d’une jalousie exacerbée et d’une méchanceté maladive.
Après avoir tétanisée son ancienne voisine, elle s’en prend à « cette bourge de journaliste ».
Très vite, Rafaële Rivais intensifie et dramatise cette relation de voisinage entre la vicieuse manipulatrice et la sociable journaliste.
Derrière cette confrontation, l’auteur met en évidence les difficultés des logements sociaux, l’indifférence de la Police soumise au respect de ses propres objectifs, le classement abusif de la Justice dépassée par le nombre de dossiers.
Avec un style et un œil de journaliste, Rafaële Rivais écorche le système français (en comparaison avec la Belgique) avec notamment la durée de travail hebdomadaire, le prix des loyers, la défection des systèmes de Police et de Justice.
 » Rachel, qui avait goûté pendant dix ans au charme du compromis belge, se dit qu’elle était bien revenue au pays de la lutte des classes. »
Cette fiction inspirée de faits réels est à la fois drôle, effrayante et réaliste même si parfois je me suis demandée si de tels comportements sont possibles.
Après avoir lu ce livre, vous vous rappellerez ce proverbe marocain :  » Choisis tes voisins avant ta maison. »

Je remercie les Éditions Max Milo pour cette lecture qui éclaire (en accentuant) une nouvelle fois une dérive de notre société.

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Tristesse Business – Patrick Landman

landmanTitre : Tristesse Business, Le scandale du DSM5
Auteur : Patrick Landman
Éditeur: Max Milo
Nombre de pages : 124
Date de parution : 25 avril 2013

Auteur :
Psychanalyste et psychiatre, en particulier dans un Centre accueillant des enfants et des adolescents, Patrick Landman a été président de l’association Espace Analytique. Il est entre autres l’auteur de Les limites du corps, le corps comme limite (Erès, 2006).

Présentation de l’éditeur :
Vous avez perdu un être cher ? Votre tristesse devient une dépression. Votre enfant est un peu trop vif ? Il risque d’être un danger pour la société. Vous avez un penchant pour les gâteaux ? Vous souffrez d’un trouble psychiatrique.
La nouvelle pensée unique en matière de santé mentale, édictée par la publication d’un guide international, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, fait autorité et occulte l’écoute thérapeutique au profit de la réponse médicamenteuse : sa dernière version, le DSM-5, recense plus de 350 maladies.
Patrick Landman dénonce les dérives d’une telle mainmise : le champ de la normalité se réduit et nous devenons tous des consommateurs de psychotropes, voire des fous, potentiels.

Mon avis :
Le premier Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ou DSM a été publié aux Etats-Unis en 1952. Cette bible recensait alors 60 troubles mentaux. En 2013, la cinquième version du DSM en comporte 350.
Dans certains états américains, un enfant sur quatre est traité. En France, les chiffres sont en constante augmentation.
Est-ce l’évolution de la société, la moindre tolérance des personnes ou la puissance des groupes pharmaceutiques associés à la rédaction du DSM qui augmentent considérablement le nombre de troubles?
Aujourd’hui un enfant un peu trop remuant, une tristesse suite à un deuil qui perdure plus d’un certain nombre de jours, une tendance à la gourmandise sont traités en psychiatrie et donnent lieu à prescription de psychotropes.
L’auteur met en garde le public et les médecins contre la médicamentation trop rapide de troubles répertoriés dans le DSM. Autrefois, les psychiatres utilisaient le diagnostic clinique basé sur l’observation et l’entretien. Les maladies mentales ne sont pas le résultat de désordres biologiques et le diagnostic clinique reste donc lié aux aléas de la subjectivité du médecin. D’où l’idée de répertorier des comportements dans le DSM pour aider les praticiens  et uniformiser les traitements. Mais cet espèce de système expert ne permet pas de juger les regroupements de comportements, de doser l’importance du trouble et il a surtout été influencé par l’industrie pharmaceutique.
« Elle s’est autorisée à fabriquer, ou plutôt à  » aider à fabriquer », des diagnostics qui pouvaient être des cibles pour les médicaments qu’elle produisait. »
Malheureusement, le DSM est désormais le support utilisé dans les écoles de médecine et recommandé aux généralistes.
Des enfants turbulents se retrouvent ainsi catalogués comme « fous » et enclin aux addictions.
«  Il me semble quelque peu paradoxal de prétendre lutter contre les futures addictions en administrant pour une période indéterminée à un enfant un dérivé amphétaminique répertorié comme stupéfiant. »
La prescription de Ritaline, par exemple est en augmentation.
 » La Ritaline permet d’obtenir une sédation rapide du trouble et autorise l’idée que es parents ne sont pas responsables, ce qui est vrai. »
L’auteur reconnaît l’intérêt d’un document universel mais insiste pour que son usage soit circonstancié et associé à l’indispensable écoute du clinicien.
Grâce à quelques cas concrets, à l’analyse des troubles classiques comme le TDAH ( trouble de l’attention avec hyperactivité) ou l’autisme, l’auteur parvient à illustrer ses propos qui restent tout de même assez complexes dans un langage professionnel parfois difficile à appréhender.

Je remercie les éditions Max Milo  pour cette lecture qui nous aide à prendre conscience d’un des dangers de notre société.

Un père en colère – Jean-Sébastien Hongre

hongreTitre :Un père en colère
Auteur : Jean-Sébastien Hongre
Éditeur : Max Milo
Nombre de pages : 224
Date de parution : mars 2013

Auteur:
Jean-Sébastien Hongre est l’auteur de Un joueur de poker (Anne Carrière, 2010). Originaire de Picardie, il vit à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Et si c’était au tour des parents de se rebeller ?
« Un père en colère » : la révolte d’un homme dépassé par le comportement de ses enfants. Sa lutte pour reconstruire sa famille et renouer avec sa femme. Son cri pour raviver la tendresse dans le cœur de ses deux adolescents en dérive.
Une fiction à l’intrigue implacable, qui ne triche pas avec la réalité et qui creuse au fond de notre époque pour en extraire la voie de l’espérance.

Mon avis :
Stéphane, 48 ans, se rend à Saugny, une banlieue difficile où vivent sa femme et ses deux enfants. Nathalie l’a appelé au secours. Fred et Léa, les deux enfants envahissent la maison avec leurs copains dealers.

«  on ne devrait jamais héberger en soi ces pensées terribles sur ses propres enfants, se dit-il. Mais comment accepter ce que Fred et Léa font subir à leur mère ? Comment accepter qu’ils l’aient manipulée au point qu’un mur de photos soit devenu le seul miroir où elle puisse se regarder. »

Lorsque Nathalie se retrouve dans le coma alors que sa voiture a percuté un mur de plein fouet, Stéphane explose. Son cri de colère, il le lance sur un blog. Il dénonce la responsabilité de ses enfants, drogués et dealers.Ces premiers échanges lui font du bien mais très vite, il s’épanche un peu trop. Lorsque les médias s’accaparent de son histoire, toute la famille se retrouve en danger.

L’auteur met ainsi en exergue la lâcheté de la société face à la ghettoïsation,  les dangers de la médiatisation, les abus des patrons et l’abandon d’une éducation basée sur la fixation de limites.

Certes, la vision de cette société dénaturée est un tantinet partiale et classique. Une génération d’après-guerre qui s’est laissée vivre et en a oublié la rigueur nécessaire à l’éducation des enfants. Des écoles envahies par de jeunes étrangers qui sèment la peur parmi les sages collégiens et lycéens, des professeurs qui préfèrent ne rien voir par peur des représailles et des proviseurs qui craignent la mauvaise réputation. La tentation de l’argent facile pour ces jeunes désabusés par la mauvaise situation économique.

Les enfants de Stéphane ont préféré basculer du côté de la bande des « Gremlins », seul moyen d’éviter les moqueries et coups.

 » Je pense qu’entre être une victime et un bourreau, Fred a fait le choix de manière ultime, radicale, et sans limites. Sans doute qu’il s’est dit que c’était la meilleure façon d’aider sa sœur. »

Nathalie, professeur à Saugny, voulait aider ces jeunes en difficulté et rester sur place pour ne pas être lâche comme les autres. Mais elle ne verra pas la détresse de ses propres enfants.

Pour ne pas tirer de généralités, l’auteur évoque le contre exemple de Kamel, un enfant de la cité qui est en classe préparatoire et qui intégrera Centrale Lyon.

Cette démonstration est très bien construite avec la découverte progressive de ce qui a amené deux adolescents à se détruire et à briser une famille. Le style est très simple, donnant plutôt au récit un aspect de reportage. Même si les constats sont un peu faciles, les dénoncer dans une situation personnelle et concrète leur donne davantage de poids et d’émotion.

Je remercie les Editions Max Milo pour la lecture de ce roman.

Sur le même thème, vous aimerez peut-être, Fleur de béton de Wilfried N’Sonde.

On n’est pas sérieux quand on a 60 ans – Madeleine Melquiond

melquiondTitre : On n’est pas sérieux quand on a 60 ans
Auteur : Madeleine Melquiond
Editeur : Max Milo
Nombre de pages : 174
Date de parution : février 2013

Auteur :
Née en 1945, Madeleine Melquiond est agrégée d’histoire-géographie et diplômée de l’ENS. Après une carrière de journaliste et de pédagogue, elle se consacre à l’écriture. Elle a déjà publié Longtemps j’ai vécu avec une bouteille ( Albin Michel, 2008), collabore à la revue Verso et à La revue des cent voix. Elle participe également à des ateliers d’écriture et de lecture à voix haute.

Présentation de l’éditeur :
Madeleine Melquiond dénonce les clichés sur les seniors, les conseilleurs en tout genre qui prétendent dire aux sexagénaires ce qu’il faut faire et livre un portrait d’elle-même et des retraités tout aussi drôle qu’émouvant.

Elle démontre que les sexagénaires ne sont plus des vieux, mais des adultes enfin détendus, que la société devrait respecter plutôt que de les infantiliser. Elle incite tous ceux qui n’acceptent pas d’être jugés improductifs parce qu’ils ont passé le cap de la retraite à faire entendre leurs voix, diverses et sans complexes, et à ne pas être la proie du « marketing pour seniors ».

Mon avis :
Lorsque j’ai découvert la maison d’édition Max Milo, le titre du livre de Madeleine Melquiond m’a tout de suite accrochée. Ce parallèle avec le ver de Rimbaud, transposé à un âge qui s’approche davantage du mien, me semblait prometteur tant en conseils qu’en divertissement.
L’auteur a 60 ans, elle sait donc de quoi elle parle. Elle est retraitée, ancienne journaliste et pédagogue et connaît donc bien le domaine des  » donneurs de leçons » qui profitent de ce nouveau marché des sexagénaires.
Tout est bien vu avec une bonne dose d’ironie, de remarques acides mais pourtant si réelles. Est-ce la peur de la solitude et de la mort ou ce marketing acharné qui poussent les sexagénaires à avoir un emploi du temps de ministre en répondant aux offres de voyages, de clubs sportifs, de bénévolats, de cours d’université du
troisième âge et même des sites de rencontre.
Je me suis retrouvée dans la morale de l’auteur qui tend à déculpabiliser le sénior et qui prône la sagesse, la paresse, la liberté.
Je rejoins cette citation de Pascal,  » J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne
pas savoir demeurer en repos dans une chambre
. »
Bien évidemment, il est facile de dire qu’il suffit de rester indifférent aux remarques désobligeantes des plus jeunes, d’assumer son âge, ses envies de continuer à porter des jeans ou à faire des tours de manèges tant que la maladie ou les symptômes de dégénérescence ne vous perturbent pas trop la vie.
Chacun a la liberté de vivre son âge comme il l’entend sans se sentir obligé de suivre ces règles de marketing sur la retraite active.
« Ne pas baisser les yeux, c’est plus important que de lisser ses paupières au laser. »
Voici un livre qui me déculpabilise de profiter d’une grasse matinée, de passer un après midi plongée dans la lecture d’un roman, qui m’évitera de porter une coupe courte et rousse et de m’inscrire à un voyage organisé au Maroc ou ailleurs.
Voilà, après ce beau discours, je vais aller faire ma demi heure de marche quotidienne en vieux survêtement molletonné avec mon petit toutou. Mince, j’ai pas de chien, ni de survêtement molletonné.

Je remercie les Éditions Max Milo pour cette divertissante mais réaliste lecture.

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