Le poids de la neige – Christian Guay Poliquin

Titre : Le poids de la neige
Auteur : Christian GuayPoliquin
Littérature québécoise
Editeur : Editions de l’observatoire
Nombre de pages : 254
Date de parution : 10 janvier 2018

La neige alourdit le poids de la solitude dans ce huis-clos où deux hommes coupés de leur famille tentent de survivre. Les titres de chapitre sont des centimètres de neige s’accumulant comme une inévitable épée de Damoclès.
Un homme jeune roulait vers le village de son père qu’il n’a pas vu depuis dix ans, ignorant que ce dernier était décédé depuis peu. Sortie de route, accident, il a les jambes broyées sous le véhicule. Dans le village enneigé, une panne d’électricité générale affole les habitants qui voudraient fuir tant que cela est encore possible.
Soigné par la vétérinaire et un pharmacien, le jeune homme mutique est confié au vieux Matthias, un étranger bloqué au village alors qu’il désespère de rejoindre sa femme malade.
Méfiance, dépendance, les relations entre les deux hommes évoluent doucement vers une confiance nécessaire, un divertissement indispensable, une sortie du mutisme pour survivre.
Peu à peu, le village se vide, la nourriture se raréfie et l’étau se resserre sur les deux hommes isolés.
«  La panne, ton accident, ce village, tout ça, ce ne sont que des détours, des histoires incomplètes, des rencontres fortuites. Des nuits d’hiver et de voyageurs. »
Si j’ai aimé l’atmosphère cotonneuse de ce huis-clos, sombrant à «  vingt mille lieues sous l’hiver. », le contexte reste nébuleux, les histoires et relations humaines trop superficielles.
Si Matthias prend une certaine substance à mes yeux, le fils du mécanicien et les habitants du village restent des personnages trop fuyants.

Il pleuvait des oiseaux – Jocelyne Saucier

saucierTitre : Il pleuvait des oiseaux
Littérature québecoise

Auteur : Jocelyne Saucier
Éditeur: Folio
Nombre de pages : 220
Date de parution : Folio 8 janvier 2015, Denoël août 2013
Photographe professionnelle, elle cherche depuis des années des survivants aux Grands Feux du début du XXe siècle dans le nord de l’Ontario.
C’est une vieille dame de 102 ans, aux yeux pétillants d’une lumière rose sur un banc de High Park qui met la photographe sur les traces de Edward Boychuck, un des derniers survivants.
«  Il pleuvait des oiseaux, lui avait-elle dit. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds. »
Dans ses recherches, la photographe atterrit dans un coin de forêt où vivent Tom et Charlie qui ont respectivement 86 et 89 ans. Ted ( ou Edward), le troisième habitant du lieu vient de mourir.
 » Boychuck avait perdu toute sa famille dans le Grand Feu de 1916, un drame qu’il a porté en lui partout où il a tenté de refaire sa vie. »
Un petit coin de paradis, au cœur de la forêt où ces vieillards fuyant soit la maladie, soit la maison de retraite retrouvent la liberté avec leur chien, leurs jeunes amis, Steve et Bruno qui profitent de ce lieu désert pour cultiver de la marijuana.
Tom et Charlie profitent des dernières années car ils savent que la mort n’est pas loin. Ils ne se laisseront pas affaiblir. La boîte de strychnine est à portée de main si les choses tournent mal.
La photographe arrive trop tard pour fixer sur pellicule le regard vide de celui qui a erré longtemps sur les lieux où le Grand Feu de Matheson a fait des centaines de morts.
Mais c’est avec l’aide de Gertrude, la vieille tante de 82 ans de Bruno, échappée de l’asile où elle était enfermée depuis l’âge de 16 ans qu’elle perce le mystère des peintures de Boychuck. Cet homme ne pouvait trouver sa rédemption que dans l’art.
Car Marie-Desneige, nouveau nom pour cette seconde vie de Gertrude, voit des choses que personne ne voit. Avec Tom, Charlie et la photographe qui devient son amie, elle s’ouvre enfin à la vie. Cette vieille dame «  avec ses cheveux mousseux et ses mains comme de la dentelle » a la fragilité d’un oisillon et communique la joie de vivre autour d’elle.
 » Elle avait vu son premier voilier d’outardes, ses premières pistes de lièvre dans la neige » et elle vit son premier amour avec Charlie.
 » Ces deux-là s’aimaient comme on s’aime à vingt ans. »
Quoi de plus touchant que ces vieilles personnes qui découvrent la vie, le bonheur, l’amour. Marie-Desneige a ce pouvoir magique de séduire par sa simplicité, sa candeur. Elle illumine un roman qui était déjà touchant avec les drames individuels autour des Grands Feux.
L’auteur donne envie de continuer et de découvrir l’exposition de la photographe qui unira les tableaux de Boychuck et ses photographies.  » Tableaux et photos qui s’interpellent. »
Je remercie Nathalie de m’avoir accompagnée ( et attendue pour publier sa chronique) pour cette lecture poétique, touchante qui laisse croire au bonheur quelque soit l’âge et les misères vécues.

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La serveuse du café Cherrier – Yves Beauchemin

cherrierTitre : La serveuse du café Cherrier
Auteur : Yves Beauchemin
Editeur : Editions de Fallois
Nombre de pages : 377
Date de parution : 12 septembre 2012

Présentation de l’éditeur :
Le nouveau roman d’Yves Beauchemin, le grand auteur québécois du Matou et de l’inoubliable Juliette Pomerleau (Prix des Lectrices de Elle 1990), a enchanté ses compatriotes.

Une fois encore Yves Beauchemin réussit le tour de force d’entraîner ses lecteurs dans un univers pittoresque, intense et irrésistible.
On y croise des personnages au caractère fort et énergique, ou méchant et rapace, ou faible et effacé. On y est confronté à des situations parfois loufoques, parfois tragiques, parfois attendrissantes, souvent invraisemblables mais toujours plausibles.
L’histoire ? Celle de Mélanie, une jeune femme de 19 ans assez naïve qui, après une enfance pénible à Trois-Rivières à cause d’une mère froide et tyrannique, a refait sa vie à Montréal où elle est serveuse au Café Cherrier.
Au Café Cherrier, on rencontre des gens de toutes sortes. Des jeunes et des vieux, des bienfaiteurs providentiels dont il faut apprendre à se méfier ! mais aussi des amis serviables, des étudiants follement amoureux, des coeurs fidèles. La vie ne réserve pas que des mauvaises surprises.
Histoire aux multiples rebondissements, dialogues savoureux, manigances, fourberies et amour de la vie, le tout dans un décor montréalais minutieusement dessiné : pas de doute, on est bien dans un roman d’Yves Beauchemin.

Mon avis :
Yves Beauchemin est un grand auteur québécois qui a apparemment laissé de bons souvenirs grâce à ses personnages inoubliables.
C’est ce qu’annonce l’éditeur et ce que l’on trouve effectivement sur différents sites.
Ici, Mélanie Gervais est le personnage principal. Élevée aux Trois Rivières par une mère cupide, égoïste et colérique et un père aimant mais soumis, elle quitte la maison familiale après une brouille avec sa mère. Elle trouve des petits boulots et devient serveuse au café Cherrier après la mort de son père lorsqu’elle s’installe à Montréal.
Mélanie est d’une beauté exceptionnelle mais elle est naïve et intéressée par l’argent. Elle est ainsi une proie facile pour les jeunes et vieux profiteurs ou pour les timides prétendants. Ainsi, elle devient la maîtresse d’un soi-disant écrivain, cinquantenaire qui la sauve un jour de malfaiteurs. Elle me fait penser à la chèvre de Monsieur Séguin, attirée par les mauvais destins, inconsciente du danger. Car, libérée d’une mauvaise histoire, elle se rue vers une autre. Même si elle déteste l’attitude de sa mère, elle copie souvent son désir de l’argent facile.
L’histoire n’a vraiment aucun intérêt, ce ne sont que des rencontres douteuses, des aventures inhabituelles un peu caricaturées.
Les personnages sont assez manichéens avec des gentils comme Gerbederose, une haïtienne qui tient le café où travaille Mélanie ou des méchants comme Justin Périgord. Seul Tonio, le plongeur du café, un clochard sauvé par la patronne haïtienne semble avoir une consistance.
L’auteur parvient toutefois à nous faire aimer Mélanie, sûrement par pitié devant sa naïveté.
À part quelques expressions québécoises qui font toujours sourire, je n’aurai pas un grand souvenir de cette histoire rocambolesque.