Aux confins du monde – Karl Ove Knausgaard

Titre : Aux confins du monde
Auteur : Karl Ove Knausgaard
Littérature norvégienne
Titre original: Min kamp, fjerde bok
Traducteur : Marie-Pierre Fiquet
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 650
Date de parution : 24 août 2017

Le moins que l’on puisse dire c’est que Karl Ove Knausgaard aime se raconter. Cet auteur norvégien a publié en deux ans (2009 à 2011) six épais volumes de récits autobiographiques. Aux confins du monde est le quatrième volume publié en France chez Denoël.
Chaque volume peut se lire indépendamment. D’ailleurs, je n’ai pas lu les trois premiers volumes et je me suis parfaitement imprégnée de la vie et du caractère de ce jeune garçon. Il faut dire que le style bavard de l’auteur décrit dans les moindres détails ses pensées.

Ce quatrième volume s’intéresse à la période du basculement de l’adolescence à l’âge adulte. Karl Ove vient d’obtenir son bac dans la région de Kristiansand où il vit avec sa mère divorcée et il part s’installer à Håfjord ( au nord de la Norvège) pour un an durant lequel il sera professeur principal remplaçant dans une petite école de ce village qui ne comprend pas plus de deux cent cinquante habitants.
Tout juste dix-huit ans, pas encore adulte. Quitter le cocon familial pour se retrouver seul et face à des enfants et adolescents dont certains ont presque son âge qui s’ennuient dans une région de pêcheurs où il n’y a faire. Bien sûr, Karl Ove pourra mettre à profit cette année pour enfin écrire son recueil de nouvelles.
Mais rien n’est simple pour un adolescent qui a pris l’habitude de se sentir libre en s’enivrant.
«  Comme toujours, l’alcool me donnait un sentiment puissant de liberté et de bonheur, il me transportait en haut de la vague, là où tout était bien, et pour que ça ne s’arrête jamais, ma seule véritable crainte, il me fallait boire toujours plus. »
Encore puceau, Karl Ove ne rêve que de trouver la fille avec laquelle perdre sa virginité, pas facile avec son problème d’éjaculation précoce.
Oui, je dirais que la problématique de ce pavé ne se résume qu’à cela. Et pourtant, pendant ces six-cent-cinquante pages, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.
Il est bien là, le tour de force de cet auteur. Savoir partager avec une précision captivante la platitude de sa vie.
Passionné de musique ( au lycée il écrivait des articles sur des nouveaux disques pour un journal local et travaillait pour une radio locale), une bande son jalonne son quotidien. Influences littéraires ( Kjaerstad, Garcia Marquez, Kundera) pour ce jeune homme qui se rêve écrivain.
Et puis, quel plaisir pour moi, de retrouver les traces de la Norvège et découvrir cette façon de vivre ensemble dans le nord du pays.
Difficile de conseiller ce pavé qui n’apporte finalement pas grand chose si ce n’est un regard très juste sur ce difficile passage de l’adolescence, perturbée par un divorce et un père autoritaire à l’âge adulte dans un cadre nordique exceptionnel.

« Je voulais voler, boire, fumer du shit et expérimenter d’autres drogues, la cocaïne, les amphétamines, la mescaline, déraper complètement et vivre la grande vie rock’n’roll et me foutre souverainement et copieusement de tout. Oh, commej’aspirais à ça! Mais j’avais aussi un autre côté en moi, celui qui voulait être bon élève, bon fils, quelqu’un de bien. Si seulement j’avais pu faire éclater ça en mille morceaux! »
Pas certaine de lire d’autres volumes de cette biographie, mais curieusement, j’ai apprécié cette lecture.

Le château des Pyrénées – Jostein Gaarder

gaarderTitre : Le château des Pyrénées
Auteur : Jostein Gaarder
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 220
Date de parution: février 2010

Avec Le monde de Sophie, Jostein Gaarder m’a mise sur le chemin de la lecture. Ce livre m’a révélé que lire était ouvrir sans cesse des portes sur d’autres mondes, d’autres cadres de réflexion. C’est depuis ce titre que je suis tombée dans la marmite et des années plus tard, j’en ai fait le titre de mon blog.
Bien sûr, j’ai ensuite lu beaucoup d’autres titres de l’auteur. Lorsque Le château des Pyrénées, avec pour couverture ce célèbre tableau de Magritte, est paru, je me suis ruée dessus. Curieusement, je ne l’ai pas lu de suite comme une friandise que l’on hésite à manger. Mon récent voyage en Norvège et peut-être le fait de savoir qu’un prochain roman de l’auteur viendrait prochainement en France ont forcé le destin.
La friandise n’avait pas passé la date limite de consommation et ce fut un pur régal.
Certes, certains pourront trouver ce livre empesé, voire ennuyeux puisqu’il s’agit d’une correspondance entre deux anciens amants. Mais, quelle matière!
«  Notre conscience est-elle seulement un produit de la chimie du cerveau ainsi que des stimuli de cet organe – en incluant ce que nous appelons la mémoire- ou bien sommes-nous, pour abonder dans ton sens, des âmes plus ou moins souveraines, qui, ici et maintenant, utilisons notre cerveau comme maillon entre une dimension spirituelle et l’environnement matériel de ce monde. »
Steinn est un scientifique. Il croit en la cosmologie, l’astrophysique, les lois naturelles. Solrun a la certitude de l’au-delà.
Tous deux se sont connus lorsqu’ils étaient étudiants dans les années 70 et ont vécu cinq ans ensemble. Un accident et une divergence d’interprétation les ont séparés.
Coïncidence, hasard….trente ans plus tard, Solrun et Steinn se retrouvent au même endroit, un même jour, même heure, sur la terrasse de cet hôtel en bois où leur divergence était née.
 » Ne me dis pas que c’est une pure coïncidence! Ne vois-tu pas que nous avons été guidés par une force supérieure. »
La preuve n’en est-elle pas cette image de femme d’un conte populaire, la femme aux airelles rouges.
Plus âgés, la conversation virtuelle entre les deux anciens amants est beaucoup plus constructive et intéressante. Qu’est-ce que la conscience? Existe-t-il quelque chose de divin?
Steinn déploie, avec brio, toutes ses connaissances sur l’origine du monde, le big-bang, les expériences qui prouvent parfois l’égarement des sens face aux phénomènes surnaturels.
 » Contrairement aux animaux, nous cherchons souvent à trouver une raison cachée, par exemple le signe d’une destinée, d’une providence ou de tout autre principe directeur, alors même qu’il n’y a rien à chercher. »
Mais si le big-bang a créé la vie,  » Est-ce que la conscience est un accident cosmique? »
 » S’il existe quelque chose de « divin », il faut que ce soit pendant ou avant le big-bang. »
Solrun lui remémore tout ce qu’ils ont vécu trente ans plus tôt et en esprit réceptif lui parle de ses rêves prémonitoires.
 » Je trouve plus facile de concevoir que deux âmes qui autrefois ont été très proches l’une de l’autre ont la faculté de communiquer à distance quand il s’agit de quelque chose qui les implique profondément sur le plan émotionnel. »
Steinn refuse de se laisser abuser par le paranormal ou la religion. Et sa mise en garde peut incessamment être rappelée.
 » J’ai écrit que les conceptions religieuses peuvent être  » utilisées à mauvais escient »…Pour les fondamentalistes – et il y en a dans tous les coins du monde- tout ce qui est écrit dans les vieux textes sacrés révélés constitue la norme. C’est la raison pour laquelle nous avons en permanence besoin d’une critique de la religion! »
Emportés par leur conversation, chacun en oublie parfois leur conjoint actuel, tant ce besoin de comprendre une histoire qui a marqué leurs vies est nécessaire.
Le fil conducteur de cette passion perdue donne un peu de « suspense » au débat. Qui a raison, qui a tort? Chaque lecteur y retiendra ce qu’il veut y voir.

Non seulement, le discours est passionnant mais le cadre m’a permis aussi de retrouver les lieux magiques récemment visités. Ceci a sûrement augmenté mon intérêt lors de la lecture.
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J’attends avec impatience la traduction française de ce roman repéré dans une librairie norvégienne.

 

 

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Cher Gabriel – Halfdan W. Freihow

freihowTitre : Cher Gabriel
Auteur : Halfdan W. Freihow
Editeur : Gaïa
Nombre de pages : 166
Date de parution : février 2012

Présentation de l’éditeur :
« Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous.
Les
nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n’arrêtent pas pour autant d’être des nuages ?
Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d’eau, le verre ne reste pas moins un verre
. » Cher
Gabriel est une lettre intime et émouvante d’un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. H. W. Freihow met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit. Ce livre compte parmi les plus beaux livres jamais écrits en norvégien. » Dagbladet.

Mon avis :
Halfdan W. Freihow écrit une longue lettre à son fils autiste, Gabriel. Parce que les mots sont souvent difficiles lors d’une conversation, l’auteur à besoin de prendre de la distance, de poser calmement ce qu’il veut dire à son fils.
Dans cette lettre d’une grande pudeur et d’un grand calme, l’auteur exprime la difficulté d’être parent, difficulté décuplée par le fait d’être parent d’un enfant autiste mais aussi et surtout cet énorme amour qui l’aide à dépasser toutes les épreuves.
L’on ressent souvent dans le texte l’épuisement devant toutes ces journées où il faut sans cesse composer, calmer, expliquer, protéger.
 » Il faut que je te dise que maman et moi trouvons que c’est difficile. Parfois, c’est si difficile que nous y arrivons à
peine, car nous sommes exténués et avons surtout envie d’abandonner. Tu remplis chaque heure de notre vie éveillée-et souvent les nuits aussi- avec des exigences et des attentes qui même pour toi sont impénétrables et compliqués, et que nous n’avons pas toujours la force de comprendre, et encore moins d’honorer
. »
Mais l’auteur parvient à rester positif en remerciant cet enfant pour toutes les questions qui s’imposent ainsi dans la vie de l’auteur et qui s’imposeront aussi au lecteur.
 » Mais avant, il faut que je te dise que, à mes yeux, toutes ces questions sont un des cadeaux que tu m’as faits. Sans toi,
je ne les aurais pas posées, ou en tout cas, elles ne m’auraient pas autant préoccupé. »
Car une telle expérience remet inévitablement la vie en perspective. Ce qui nous semble évident, comme les mots, la logique, les codes de la société, doivent ici être disséqués et expliqués.
Il y a bien sûr, dans ce récit, des moments où l’émotion vous submerge. C’est soit la peine de comprendre l’inquiétude du garçon sur sa vie future lorsque ses parents ne seront plus là pour le protéger. Ou le réconfort de mesurer la solidarité avec les jeunes de son âge qui le soutiennent lors d’une course ou d’un
spectacle.
 » Je t’admire, Gabriel, mais en même temps tu me fais de la peine. »
Cette petite phrase résume ce que j’ai pu ressentir à la lecture de ce livre, admiration et compassion pour ce père, qui nous fait partager la vie de tant de parents touchés par l’autisme d’un enfant.
 » Cela veut dire qu’il y a entre 8 et 9 000 autistes en Norvège, presque 120 000 en France et entre 10 et 12 millions dans
le monde »
 » Autant de destinées uniques et exceptionnelles.
« 
 

J’ai lu ce livre en tant que jurée du elle  2013

L’héritage impossible – Anne B. Ragde

ragdeTitre : L’héritage impossible
Auteur : Anne B. Ragde
Editeur : Balland
Nombre de pages : 348

Auteur :
Anne Birkenfelt Ragde, née le 3 décembre 1957 à Odda, est un écrivain norvégien.
Ses débuts en littérature remontent à son premier ouvrage, un livre pour enfant intitulé Hallo! Her er Jo, publié en 1986. Depuis lors, elle a écrit plusieurs livres pour enfants et adolescents, et parmi eux une biographie de Sigrid Undset, pour laquelle elle a reçu le Prix Brage. Son premier roman destiné aux adultes, En tiger for en engel, a été publié en 1990. Elle a écrit plusieurs romans, des thrillers et des recueils de nouvelles. Son roman La Terre des mensonges a reçu un accueil très chaleureux des lecteurs et des critiques, en Norvège comme en France ; le livre a par ailleurs été traduit en plus de 15 langues. Il a été recensé avec chaleur par le Financial Times le 28 avril 2008. La suite, La Ferme des Neshov et L’Héritage impossible, publiés chez Balland comme le premier tome, traduits par Jean Renaud, a connu un égal succès. La trilogie a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation télévisuelle, suivie par plus d’un million de téléspectateurs norvégiens. (Source Wikipédia).

Résumé:
Après le succès de la Terre des mensonges et la Ferme des Neshov, voici la fin tant attendue de la trilogie des Neshov.
Torunn découvre son père, Tor, dans la porcherie, à côté de sa truie préférée. Après cette mort tragique, Torunn reprend la ferme mais la situation financière est catastrophique. Margido lui apporte son soutien financier mais reste très distant. Quant à Erlend, il semble ne pas réaliser la situation.
Pas de « happy end » pour cette histoire de famille, ni de coup de théâtre final : chacun repart de son côté, seul le « grand-père » est heureux d’entrer dans sa maison de retraite.
La vie continue…
En attendant, on se délecte de l’écriture d’Anne B. Ragde, qui a l’art de promener le lecteur dans ce huis-clos familial.
Auteur de romans, nouvelles et livres pour enfants, Anne B. Ragde est traduite dans plus de 15 langues. Ses romans se sont vendus à des millions d’exemplaires en Norvège. La trilogie d’Anne B. Ragde a été adaptée en série TV suivie par des millions de Norvégiens. La Ferme des Neshov a obtenu en Norvège le Prix des Libraires et des Lecteurs.

Mon avis:
Je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire les deux premiers tomes de cette trilogie norvégienne. Peut-être cela m’a -t-il fait défaut pour bien comprendre le secret familial et cerner le caractère de Torunn.
Toutefois, j’ai beaucoup aimé ce style d’écriture qui fait passer avec passion et intérêt des choses insignifiantes mais aussi des états d’âme profonds.
Les personnages sont originaux, caractéristiques, bien cernés et très différents.
Même si j’ai eu du mal à cerner le caractère de Torunn,à comprendre sa dépression, j’ai vécu avec elle ce malaise et cette culpabilité excessive.
Certains lecteurs pourront regretter la noirceur et le choix du dénouement mais Anne B. Ragde sait conter de telles histoires avec passion et dynamisme, sûrement grâce à une palette de personnages authentiques, entiers et attachants.