La vie lente – Abdellah Taïa

Titre : La vie lente
Auteur : Abdellah Taïa
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 272
Date de parution : 7 mars 2019

 

Mounir, d’origine marocaine, vit en France depuis de nombreuses années. Avec un doctorat en littérature française du XVIIIe siècle à la Sorbonne, il reste toutefois toujours inférieur dans cet immeuble de la rue de Turenne. Surtout depuis les attentats de 2015.

«  Les gens en France n’étaient plus les mêmes. »
Depuis quelques mois, il ne dort plus. Devait-il s’installer dans ce quartier de Paris? Comment supporter les bruits de ses  voisines? Même Madame Marty, sa vieille voisine du dessus qui le voyait comme un fils, devient insupportable. Sans réussir à lui faire comprendre qu’il ne supporte plus sa violence sonore, il finit par l’insulter. Des insultes qui le conduisent en garde à vue et dans un acharnement policier à vouloir voir en lui un terroriste.

En cet inspecteur qui l’interroge, Mounir voit un ancien amant, Antoine. Sa première grande rencontre avec un français après les expériences sexuelles, consenties ou subies, dans son village marocain de Salé.

Au travers des histoires d’amour, de famille qui ont construit Mounir, La vie lente est surtout le récit d’une rencontre, d’une amitié entre une vieille femme isolée et un immigré rejeté, accusé.

Mounir a quitté le Maroc pour échapper à la pauvreté. il n’a aucune nostalgie des gens de son pays, peut-être seulement de ses sensations, de la capacité d’aimer, de se mettre en danger.

A quatre-vingt ans, Simone, française, vielle et pauvre est abandonnée dans ce si petit appartement avec toilettes sur le palier. n’est-elle pas, elle aussi, une exclue?

Simone sait que la France peut avoir le cœur dur. Elle se souvient de l’humiliation faite à sa sœur lors de la libération à la fin de la  seconde guerre mondiale.

 » Sans Manon, il y a juste l’attente vaine. Des promesses qui ne se réalisent pas. Le temps et l’espace qui se déforment. La vie lente. Interminable. qui ne signifie plus rien. »

Autour des thèmes de l’homosexualité, de l’exil, de la différence, de l’abandon, Mounir nous plonge dans l’apitoiement sur soi. La lecture se veut donc assez lourde et lancinante. Mais finalement avec le recul, en reprenant mes notes, je me rends compte que tant d’histoires ( celles de Mounir, de Simone, de Majdouline, la cousine de Mounir, même du jeune Turenne ou des portraits de Fayoum) , de thèmes sont abordés. Au-delà des tourments de cet homme désarmé, épuisé, il faut donc savoir reconstruire l’ossature du texte et saisir le regard sur une France où certains se trouvent réduits à leur identité, leurs actes sans chercher à comprendre la richesse de leur vie.

 

 

 

 

 

Le bonheur conjugal – Tahar Ben Jelloun

ben jellounTitre : Le bonheur conjugal
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 368
Date de parution : 22 août 2012

Présentation de l’éditeur :
Casablanca, début des années 2000. Un peintre, au sommet de sa gloire, se retrouve du jour au lendemain cloué dans un fauteuil roulant, paralysé par une attaque cérébrale. Sa carrière est brisée et sa vie brillante, faite d’expositions, de voyages et de liberté, foudroyée.
Muré dans la maladie, il rumine sa défaite, persuadé que son mariage est responsable de son effondrement. Aussi décide-t-il, pour échapper à la dépression qui le guette, d’écrire en secret un livre qui racontera l’enfer de son couple. Un travail d’auto-analyse qui l’aidera à trouver le courage de se libérer de sa relation perverse et destructrice. Mais sa femme découvre le manuscrit caché dans un coffre de l’atelier et décide de livrer sa version des faits, répondant point par point aux accusations de son mari.
Qu’est-ce que le bonheur conjugal dans une société où le mariage est une institution? Souvent rien d’autre qu’une façade, une illusion entretenue par lâcheté ou respect des convenances. C’est ce que raconte ce roman en confrontant deux versants d’une même histoire.

Mon avis :
Le bonheur conjugal n’est pas  facile à atteindre surtout lorsque le mari est un artiste célèbre qui a besoin d’inspirations et de solitude pour sa peinture et la femme une jeune berbère de culture différente et issue d’un milieu pauvre et rural.
De santé fragile, le peintre fait un AVC qui le laisse paralysé et maintenant une simple mouche posée sur le nez devient une torture dont il ne peut se débarrasser.  Curieuse image un peu cruelle pour symboliser cette femme bien plus jeune que lui et autrefois aimée devenue une harpie jalouse et impitoyable.
Après un coup de foudre pour la belle jeune femme et un mariage précipité qui met en évidence le fossé culturel entre les deux familles, les accrochages de la vie de couple s’enchaînent. Pertes des illusions, fuites vers des maîtresses pour lui et vers des amies  ou la famille pour elle.
Difficile de faire la part des choses dans ce genre d’affaire, chacun exposant sa version, chacun ayant ses reproches.
Le peintre se confie en premier. Amoindri par son accident vasculaire, humilié par le handicap, aimé de nombreuses femmes ( attrait de la célébrité ou véritable charisme) et même de cette très jeune infirmière, Imane, l’homme pourrait me convaincre si il ne rejetait pas ce qu’il a adoré, méprisant les croyances des gens des montagnes, reprochant le manque d’éducation des jeunes immigrants de la famille de sa femme.
En découvrant la version manuscrite de son mari, Amina donne sa version de cette histoire de désamour. Et « la trahison est une chose terrible, une humiliation insupportable. » . Elle devient une femme blessée qui mobilise tout son être pour se venger.
C’est toujours avec un style agréable et fluide que l’auteur nous fait découvrir des récits très humains, nous faisant découvrir la culture marocaine (arts, paysages, différences culturelles, vies des femmes).
Toutefois, avec ce thème universel traité en deux versions un peu inégales, j’ai plutôt assisté à un règlement de comptes qu’à une analyse poétique et sensible du désamour.
 » Le mariage n’est rien d’autre qu’une déclaration de guerre célébrée en musique, avec de la bonne nourriture, des parfums, des encens, des beaux habits, des promesses, des chants,etc. »

 » La défaite commence à partir du moment où l’adversaire parvient à vous faire douter de vous-même jusqu’à ce que vous vous sentiez coupable et soyez prêt à agir selon sa volonté, et à vous plier à ses exigences. »

J’ai lu ce livre en lecture commune avec Nath. Retrouvez son avis sur Le coin lecture de Nath.

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L’ampleur du saccage – Kaoutar Harchi

harchiTitre : L’ampleur du saccage
Auteur : Kaoutar Harchi
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 119
Date de parution : août 2011

Auteur :
Née à Strasbourg en 1987, de parents marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d’une licence de Lettres modernes, d’un master de Socio-anthropologie et d’un master de Socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd’hui dans la région parisienne. Zone Cinglée, son premier roman, a été publié en 2009 aux éditions Sarbacane.

Résumé :
Héritiers maudits d’un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d’une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sacrilège traversent la Méditerranée pour connaître, sous le ciel algérien, l’ultime épisode de leur inconsolable désastre. Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d’impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d’une prison française à la quête des origines sous les cieux de l’Algérie, la fable funeste d’une humanité condamnée à s’entre-déchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d’exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.

Mon avis :
Dans cette rentrée littéraire, il est des livres( et des auteurs) dont on parle peu et qui sont pourtant des récits poignants, certes dérangeants mais qui vous laissent une marque indélébile.
Le dernier roman de Kaoutar Harchi, qui m’a été gentiment envoyé par les Éditions Actes Sud, en fait partie.
L’auteur livre ici, une fiction à quatre voix, quatre hommes étroitement liés par leur origine algérienne et par un passé qui rappelle une certaine tragédie grecque.
Le style de l’auteur est vif, cru, tout à fait adapté à l’évocation des désirs masculins allant jusqu’au viol. Mais l’auteur ne se contente pas d’afficher un récit violent, elle nous invite à comprendre les origines de ces actes, notamment en nous illustrant l’extravagance des  figures maternelles.
J’ai apprécié la construction de cette intrigue qui commence par une agression et qui va petit à petit dévoiler les histoires et les caractères des quatre personnages.
L’ampleur du saccage est un roman court mais intense qui me laisse une pression étrange, une réflexion amère sur l’influence des parents et surtout des mères sur les âmes d’enfant.

Encore un grand merci aux Éditions Actes Sud pour la découverte de ce livre et de cette auteure.