Génération – Paula McGrath

mcgrathTitre : Génération
Auteur : Paula McGrath
Littérature irlandaise
Traducteur: Cécile Arnaud
Titre original : Generation
Éditeur: La Table Ronde, Quai Voltaire
Nombre de pages : 224
Date de parution : 12 janvier 2017

Paula McGrath consacre son premier roman aux désillusions du rêve américain. Sur plusieurs générations, elle construit un roman choral qui met en scène plusieurs personnages aux vies contrariées par les voyages, divorces ou contraintes familiales.

Tout commence avec Paddy, un jeune irlandais qui part tenter sa chance au Canada pour travailler dans une mine en 1958.
 » Ici, tu allais être l’exilé nostalgique, loin de tes vertes vallées. »
Cette partie assez courte initie le lien avec le continent américain d’une famille irlandaise. Celui qui donnera sûrement l’identité et le goût d’ailleurs à plusieurs générations.
La seconde partie, la plus dense et haletante, prend place en 2010 dans l’Illinois, dans la ferme bio de Joe. Joe, fils de Judy, une immigrée juive professeur de piano et de Frank Martello, fait tourner son exploitation en employant des clandestins mexicains comme Carlos ou des bénévoles d’autres continents, des wwofeurs qu’il trouve sur Internet.
Aine, récemment divorcée, quitte son Irlande natale pour vivre cette expérience pendant six semaines avec sa petite fille, Daisy.  » Elle veut simplement qu’il se passe quelque chose » dans sa vie banale.
Sa cohabitation avec l’énigmatique et bourru Joe crée l’épisode intense, dramatique et haletant du roman. Joe et Aine deviennent les personnages principaux, les plus ancrés de ce récit. Mais l’auteur tisse toujours en parallèle les parcours de personnages secondaires, tous aussi intéressants comme Carlos, le jeune Kane ou les parents et connaissances de Joe.
Les deux dernières parties permettent de boucler l’histoire avec son point de départ et de donner au lecteur les clés pour retisser les liens de ces destins familiaux. Paula McGrath continue toutefois à donner de la matière à ses nouveaux personnages, ceux de la troisième génération aux fêlures ancrées dans les épisodes précédents.

Au fil de ma lecture, je ne suis pas parvenue à construire une unité marquante dans cette construction éclatée. L’auteur a construit son roman en reprenant des nouvelles antérieures sur certains personnages. Par exemple, la vie de Yehudit, la mère de Joe, bien détaillée et très intéressante, est une nouvelle intégrée dans ce livre. Je conçois l’épisode de Carlos, le clandestin mexicain, un peu de la même façon. Ce sont des tranches de vie bien construites qui, certes s’intègrent dans le roman global mais me laissent une impression d’apartés.

Paula McGrath n’a pas souhaité se limiter à l’immigration irlandaise. Les personnages secondaires rappellent que l’Amérique était aussi une terre promise pour les allemands, les juifs fuyant le nazisme, les japonais, les italiens, les mexicains en recherche d’emplois. Une terre d’accueil où tous les rêves sont (devrais-je dire « étaient » dorénavant) possibles même si les désillusions sont  parfois cuisantes.

Un premier roman sur un thème cher à la littérature irlandaise qui peut certainement séduire par la richesse de ses multiples portraits mais peut-être dérouter par sa construction ambitieuse.

De très bons avis sur la blogosphère: Les mots de la fin, Mille et une lectures, Cuneipage

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Maintenant ou jamais – Joseph O’ Connor

O'ConnorTitre : Maintenant ou jamais
Auteur : Joseph O’Connor
Littérature irlandaise
Titre original : The thrill of it all
Traducteur : Carine Chichereau
Éditeur : Phébus
Nombre de pages : 384
Date de parution : mars 2016

Fans de rock, vous allez adorer. Les autres s’intéresseront davantage à cette histoire d’amitié qui bouscule la vie des quatre membres d’ un groupe irlandais fictif des années 80, The ships in the night.
Robbie Goulding, fils d’émigrés irlandais, rencontre Francis Mulvey à l’université de Luton, ville proche de Londres. Fran, ce garçon maquillé au look étrange l’intrigue et l’attire. Originaire d’un orphelinat Vietnamien, adopté en premier lieu par un couple irlandais de « salopards », puis par les Mulvey, Fran est un adolescent rebelle, fracassé de l’intérieur.
Robbie lui fait découvrir la musique et sa famille l’accueille avec humour et réserve.
 » Ses yeux étaient comme des lacs froids. Il faisait penser à ces chapelles délabrées qu’on trouve dans le Nord battues par les éléments, mais qui résistent encore. »
Rejoint par Trez, une jeune violoncelliste et son frère, Sean, un joueur de batterie occasionnel, ils montent un petit groupe, jouant dans les squares.
 » Trez est la musicienne la plus douée que j’ai jamais rencontrée, un vrai prodige vingt-quatre carats qui jouait depuis qu’elle avait cinq ans. Fran, avec le temps, allait se révéler un artiste si unique en son genre qu’il aurait pu réécrire les règles de son mode d’expression. Mais c’est Seán Sherlock et personne d’autre qui a fait de nous un groupe, à la dure, sur un tempo d’enfer. Ce garçon était capable de diviser le temps en tranches magnifiques, de retourner les rythmes à l’envers, de les renverser, tandis que le battement insistant et sourd de son irrésistible pied droit sans pareil assenait une basse vicieuse. »
Le groupe donne son premier concert en juin 1983, les critiques presse sont mauvaises. Un héritage inattendu de Fran permet au groupe de s’installer à Londres. Premier enregistrement en studio, envoi d’une cassette vers les radios et télés, concerts universitaires, déplacements dans une voiture d’occasion tractant une remorque à chevaux. Robbie a arrêté ses études, Fran devient de plus en plus accroc à l’héroïne mais même si le groupe peine à vivre ensemble, la reconnaissance commence à venir avec la diffusion d’un titre sur Radio 1.
C’est pourtant le moment que choisit Fran pour lâcher le groupe. Trez part étudier aux États-Unis.
L’amitié prend le pas et les trois garçons traversent l’Atlantique.
Tout repart à zéro. Vie dans les squats, défonce, musique dans Washington Square Park jusqu’à se faire remarquer par le propriétaire d’un petit label, Eric Wallace.
Les années 85 et 86 sont enfin celles du succès jalonnées toutefois par les frasques de Fran et qui sera la gloire et la perdition du groupe.

Vingt-cinq ans après, on retrouve Robbie, ruiné par les procès et fracassé par les déceptions et l’abus d’alcool. Alors que le succès de Fran en solo est éclatant, lui galère dans la misère et les problèmes de santé. Si il aime toujours la musique, il s’en est éloigné le plus possible. Alors qu’elle est pourtant sa seule voie de guérison.
«  Quand on entend  » You make me feel like a natural woman » ou  » The first time I ever saw your face », on sait que malgré toute notre violence et notre vulgarité, nous ne sommes pas des primates- et même si la vanité, la haine, la fragilité, la concupiscence, la stupidité, la cruauté et toutes les petites choses vicieuses du quotidien existent, il y a aussi Bessie Smith et Cole Porter. »
Trez qui connaît bien son ami lui propose de remonter sur scène à Dublin. Mais en trio puisque Fran fait cavalier seul.
C’est sans aucun doute pour moi, la partie la plus touchante. Robbie Goulding, irlandais hypersensible, nostalgique du passé, blessé par l’attitude de Fran, son meilleur ami doit affronter ses démons.
 » En fait, « goulding », c’est un verbe, ça veut dire ressasser pendant trop longtemps sans jamais tourner la page. »

La musique, la création artistique, les aléas et les joies de la scène, les galères des concerts, les personnalités différentes et parfois incompatibles d’un groupe sont autant de thèmes qui rythment ce roman. On ne peut que vibrer pour les rêves de ces jeunes qui voient en la musique un moyen de sortir de leur ennui provincial, de leurs drames d’enfance. Les galères rassemblent, le succès et l’argent déstabilisent les jeunes gens, surtout ceux meurtris par un terrible passé. L’amitié peut-elle résister à certaines épreuves?

Un très beau roman qui m’a surtout convaincue par sa mise en place et sa dernière partie ( les parties liées aux relations amicales). Mais les années américaines, les années concert, si elles m’ont paru un peu plus lourdes, malgré de superbes rencontres avec Patti Smith par exemple ou plus rapidement Dylan, raviront les spécialistes de musique.

Je remercie Babelio et les Éditions Phebus pour la découverte de ce roman à l’occasion de le dernière opération Masse critique.

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Fragiles serments – Molly Keane

keaneTitre : Fragiles serments
Auteur : Molly Keane
Littérature irlandaise
Titre original : Full house
Traducteur : Cécile Arnaud
Éditeur : Quai Voltaire
Nombre de pages : 288
Date de parution : 7 mai 2012

Que je n’aime pas ces ambiances de famille de haute bourgeoisie où les personnages sont  » excessivement superficiels et puérils« , maniérés, prétentieux. Lady Bird, quarante-huit ans, en est l’exemple parfait. Et le ton est donné dès les premiers paragraphes puisque le livre débute sur une conversation futile et bucolique entre la gouvernante, Miss Parker et Lady Bird. La maîtresse de Silverue ne s’exprime qu’en remarques désobligeantes, ordres féodaux, toujours déterminée à contrarier les projets de tous. Son mari, Julian s’efface devant elle et serait prêt à n’importe quel outrage pour protéger sa femme qui, pourtant, dans sa jeunesse n’hésitait pas à le tromper.
Comment les enfants peuvent-ils s’épanouir? Derrière les fleurs, les divertissements se cachent les drames, les mensonges, les jalousies. Alors que Mark, le plus jeune a encore l’innocence, la vitalité, l’espièglerie de la jeunesse, John, l’aîné revient chez lui à Silverue après des mois passés en hôpital psychiatrique. La famille paternelle compte quelques cas de folie dépressive et John semble en avoir hérité. Pour ce retour, la famille a invité Eliza, une amie qui sait écouter et qui a toujours été amoureuse de Julian.
Alors que John semble retrouver l’équilibre entre chasse et pêche avec son ami Nick et l’écoute d’Eliza, Sheena, la fille vit un moment tragique de sa jeunesse. Amoureuse et aimée de Rupert, elle apprend de la sœur de ce dernier que son mariage n’est pas envisageable.
Lady Bird, tout à la préparation de la fête de son jardin qu’elle veut plus belle que sa voisine, ne se rend compte de rien; Ni du malheur de sa fille, ni des douleurs de la gouvernante barbue de Mark qu’elle dirige à la baguette, ni des besoins de Mark ou John. Et comme on ne peut rien attendre d’un Julian désinvolte soumis à sa femme, c’est Eliza qui aidera et poussera Lady Bird à affronter la vérité.
Molly Keane peint avec beaucoup de brio cette société bourgeoise prête à sacrifier la famille pour l’apparence. Si je déteste autant cette Lady Bird, c’est que l’auteur la décrit avec beaucoup de finesse. « Julian est la seule personne qui ne m’en veut pas d’être stupide. » Vieillissante, il reste la seule personne qui lui passe tous ses caprices, la seule personne dont elle veut garder le regard. Incapable de se sacrifier, elle préfère penser que le temps apaisera les rêves de jeunesse de ses enfants. Eliza, plus moderne et réfléchie, pourtant sans enfants sait qu’  » il arrive un moment dans la vie de toute femme où son foyer et ses enfants comptent plus pour elle que n’importe quel homme. »
Cette opposition entre Lady Bird,  femme stupide et capricieuse et Eliza, confidente capable d’abnégation est le point le plus intéressant  dans ce drame grinçant de la bourgeoisie irlandaise des années 30 qui ne m’a pas particulièrement émue.
Retrouvez l’avis de Ariane (Tant qu’il y aura des livres) qui m’a accompagnée pour cette lecture.

 

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Treize façons de voir – Colum McCann

McCannTitre : Treize façons de voir
Auteur : Colum McCann
Littérature irlandaise
Titre original : Thirteen ways of looking
Traducteur : Jean-Luc Piningre
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 320
Date de parution: 4 mai 2016

Ce recueil de nouvelles comprend cinq textes. Cinq nouvelles qui, en  tournant autour de moments tragiques de l’existence éclairent le  comportement du personnage principal. La première nouvelle, la plus longue (175 pages), proche d’un court roman donne le titre à ce recueil.  La seconde histoire, en parlant de la rédaction d’une nouvelle, est une intéressante leçon de création littéraire. Elle montre comment l’auteur nous accroche en donnant de l’épaisseur à son personnage principal. Les descriptions doivent faire ressentir le décor au lecteur, la narration laisse une part de suspense et la chute est une réussite. C’est cette écriture poétique et lyrique qui place le lecteur au plus près des émotions du personnage. En ce sens, Colum McCann est un artiste.

Treize façons de voir nous éclaire sur les derniers jours de Monsieur Mendelssohn, un vieil homme acariâtre à cause de la décadence de son corps qui, pourtant tient encore à assumer seul sa sortie au restaurant avec son fils, Elliot  » l‘homme des hedge-funds, politicien en herbe, coureur bien connu« . A part Sally, son infirmière, Elliot est la seule présence qui lui reste depuis la mort de sa chère et tendre épouse et le départ de sa fille pour une mission diplomatique en Israël. C’est en sortant de ce déjeuner exécrable avec Elliot que le vieil homme se fait agresser dans la rue. Avec beaucoup d’humour, la vieillesse donne certains privilèges, nous suivons le parcours du vieil homme, instants filmés par des caméras de surveillance et observons quelques bribes de son passé. Ce qui est un autre point évoqué par le personnage auteur de la seconde nouvelle : «  Ce qu’il sait, en revanche, c’est que le froid et l’isolement seront importants : parce que ce récit traite de la Saint-Sylvestre, parce que Sandi sera prisonnière dans son cube de solitude humaine, comme la plupart d’entre nous à l’aube d’une nouvelle année, quand nous regardons à la fois derrière et devant nous. » Le passé éclaire souvent les comportements présents.

Sh’khol, la troisième nouvelle traite de la peur de perdre un enfant. Ce mot hébreu qui nomme le parent endeuillé ne se traduit pas en français. Rebecca craint la noyade d’un fils adopté dans un orphelinat russe. Si ce n’est la douleur de la mère, tout reste relativement flou. Peut-être comme le monde vu par cet enfant sourd et sujet aux crises de convulsion.

Être dans la peau de Beverley, une religieuse de soixante-seize ans qui, malgré sa mémoire fragile, reconnaît à la télé en la personne d’un diplomate l’homme qui l’a torturée lors d’un enlèvement cinquante plus tôt dans la jungle est assez aisé tant ce personnage fait vivre ses émotions.  » Suis-je censée accorder mon pardon tout de suite, Seigneur? Dois-je me réconcilier avec le mal? » C’est sans doute ma nouvelle préférée de ce recueil.

Et enfin, Comme s’il y avait des arbres, montre la complexité d’un acte de violence d’un homme poussé à bout. Jamie, sur son cheval avec son enfant de trois ans agresse un ouvrier roumain employé sur le chantier dont il s’est fait viré. Je ne me prononcerai pas sur la morale de cette histoire. Les revers de la vie pousse parfois vers des actes injustes.

C’est toutefois ces comportements (un tantinet racistes) des personnages de la première et dernière nouvelle qui m’ont laissée perplexe et je n’ai pas vraiment adhéré au flux narratif de ce court roman qu’est Treize façons de voir.

Par contre, ce fut un réel plaisir de lecture pour les seconde et quatrième nouvelles.

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Un bon garçon – Paul McVeigh

McVeighTitre : Un bon garçon
Auteur : Paul McVeigh
Littérature irlandaise
Titre original : The good son
Traducteur :
Florence Lévy-Paoloni
Éditeur : Philippe Rey
Nombre de pages : 256
Date de parution :17 mars 2016

«  T’es pas un imbécile, Mickey Donnelly. Tu es plus fort et plus courageux que n’importe lequel d’entre eux. Je sais pas d’où ça vient.
– De toi, M’man. Ça vient de toi. »

Gros coup de cœur pour ce gamin, qui voudrait tant être comme les copains, avoir des amis mais qui, parce qu’il n’a pas la même voix que les autres garçons se retrouvent souvent à errer en solitaire ou jouer avec sa petite sœur ou son chien.
Plutôt bon élève, il pourrait aller au collège de St Malachy’s mais ce sera St Gabriel’s comme la majorité parce que ses parents n’ont pas les moyens. Retrouver la bande des Gros durs, cela lui fait peur. Alors en cette période de vacances,il décompte les semaines qui le sépare de la rentrée et traîne dans les environs d’Ardoyne, quartier difficile de Belfast en rêvant de devenir acteur et de partir en Amérique.
Il faut dire que son quotidien est difficile entre un père alcoolique, un frère agressif, les descentes des soldats anglais, les émeutes et les bombes, les hélicoptères qui surveillent Ardoyne. Sa mère, catholique pratiquante, qui peine à joindre les deux bouts avec les frasques de son mari le met en garde contre les zones interdites comme l’usine a œufs où traînent les sniffeurs de colle, les quartiers protestants et tente de le tenir en dehors des agissements de l’IRA. Pas facile d’empêcher les enfants de voir et de parler quand on vit « au milieu de tout ce qui se passe ».. Mais à Belfast, en plein conflit entre catholiques et protestants,  » bavarder tue ».

La force de ce roman est de sentir l’atmosphère des « Troubles » au travers des yeux d’un enfant. Un gamin comme tant d’autres qui découvre les choses de la vie ( le premier baiser, la mort, la dénonciation, la violence, le poids de l’argent….) mais reste encore dans l’univers du magicien d’Oz ou des jeux d’enfance. Mickey est sensible, débrouillard, attachant, drôle et tellement tendre avec sa maman ou sa petite sœur. La douceur, la naïveté de l’enfance fait oublier la violence de cette période des années 80 qui est pourtant en permanence sous-jacente. Ce qui est, à mon sens, la vraie réussite de ce premier roman.

Un auteur à suivre….

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Le testament de Marie – Colm Toibin

ToibinTitre : Le testament de Marie
Auteur : Colm Toibin
Littérature irlandaise
Traducteur : Anna Gibson
Titre original : The testament of Mary
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 126
Date de parution : 24 août 2015

Auteur :
Auteur irlandais reconnu dans le monde entier, Colm Tóibín a été trois fois dans la dernière sélection du Booker Prize. Aux éditions Robert Laffont, dans la collection « Pavillons », ont été publiés La Couleur des ombres (2014), Brooklyn (2011), L’Épaisseur des âmes (2008) et Le Maître (2005).

Présentation de l’éditeur :
« C’est un livre court, mais aussi dense qu’un diamant. »
Irish Times
Ils sont deux à la surveiller, à l’interroger pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu’elle refuse. Seule, à l’écart du monde, dans un lieu protégé, elle tente de s’opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger. Lentement, elle extirpe de sa mémoire le souvenir de cet enfant qu’elle a vu changer. En cette époque agitée, prompte aux enthousiasmes comme aux sévères rejets, son fils s’est entouré d’une cour de jeunes fauteurs de trouble infligeant leur morgue et leurs mauvaises manières partout ou ils passent. Peu à peu, ils manipulent le plus charismatique d’entre eux, érigent autour de lui la fable d’un être exceptionnel, capable de rappeler Lazare du monde des morts et de changer l’eau en vin. Et quand, politiquement, le moment est venu d’imposer leur pouvoir, ils abattent leur dernière carte : ils envoient leur jeune chef à la crucifixion et le proclament fils de Dieu. Puis ils traquent ceux qui pourraient s’opposer à leur version de la vérité. Notamment Marie, sa mère. Mais elle, elle a fui devant cette image détestable de son fils, elle n’a pas assisté à son supplice, ne l’a pas recueilli à sa descente de croix. À aucun moment elle n’a souscrit à cette vérité qui n’en est pas une.

Mon avis :
 » Je me souviens de trop de choses; je suis comme l’air un jour sans vent, qui se contient lui-même, immobile, et ne laisse rien échapper. Je contiens la mémoire de la même façon que le monde retient son souffle. »
Le style est magnifique mais je ne suis pas vraiment entrée dans cette version de l’histoire. J’aime cette façon dont l’auteur fait de Marie une mère ordinaire, fière de son fils, prête à tout pour le protéger mais aussi une mère qui ne comprend plus vraiment ce fils devenu un homme étrange,  » on aurait dit un inconnu, étrangement pompeux et solennel. » Une mère qui finit par douter et s’enfuir, infiltrant peut-être un doute aussi dans nos croyances.
 » Mes jours à moi se déroulaient dans le silence mais, d’une façon ou d’une autre, la folie qui flottait dans l’air, cet air où les morts revenaient à la vie, où l’eau se changeait en vin, où es vagues de la mer se laissaient calmer par un homme marchant sur l’eau, ce grand dérangement dans l’ordre du monde s’infiltrait tel un voile humide ou une brume rampante dans les quelques pièces où je vivais. »
Est-ce la brièveté du récit, cette narration à la première personne qui fait de Marie un être humainement normal, le doute qui m’envahit sur la finalité du récit ou tout simplement la mauvaise lecture au mauvais moment mais je suis restée en marge et il me reste peu de choses de ce récit pourtant superbement écrit.

Retrouvez l’avis éclairé de Cultur’elle ou de MicMelo qui ont aimé ce roman.

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Eureka Street – Robert McLiam Wilson

McLiam WilsonTitre : Eureka Street
Auteur : Robert McLiam Wilson
Littérature irlandaise
Traducteur : Brice Mathieussent
Éditeur : 10/18
Nombre de pages : 545
Date de parution : première traduction française chez Christian Bourgois en 1997, Editions 10/18 1999

Auteur :
Robert McLiam Wilson est né en 1964 à Belfast ouest, quartier ouvrier catholique de la ville. Il s’expatrie à Londres ou, après des débuts difficiles, il obtient une bourse d’études à Cambridge, qu’il quitte rapidement pour se consacrer à l’écriture. En 1988, il remporte plusieurs prix littéraires en Grande Bretagne pour son premier roman, Ripley Bogle. Il publie ensuite La Douleur de Manfred,Eureka Street et Les dépossédés. Il a été salué par Granta comme un des auteurs les plus prometteurs de sa génération.

Présentation de l’éditeur :
Dans un Belfast livré aux menaces terroristes, les habitants d’Eureka Street tentent de vivre vaille que vaille. Chuckie le gros protestant multiplie les combines pour faire fortune, tandis que Jake le catho, ancien dur au coeur d’artichaut, cumule les ruptures. Autour d’eux, la vie de quartier perdure, chacun se battant pour avancer sans jamais oublier la fraternité.

Mon avis:
Nina (Readingintherain) avait eu un gros coup de cœur pour ce roman et m’avait convaincue à l’acheter. Pourtant, il dormait dans ma PAL depuis quelques années jusqu’à ce que Mimi m’en propose une lecture commune.
Au travers d’une bande de copains catholiques et protestant ( seul Chuckie est protestant), nous découvrons Belfast dans les années 90 à la fin du conflit nord-irlandais.
«  La ville chérit ses murs comme on tient un journal. Selon cette scénographie saccadée, les murs racontent histoires et haines, ratatinées et décolorées par le temps. »
Jake,  bagarreur après une enfance pauvre, est au début du récit récupérateur d’objets impayés. Un sale boulot qu’il supporte de moins en moins. Larguée par sa copine anglaise, « couillon sentimental« , il cherche l’âme sœur sans grand succès malgré sa mine boudeuse de grand séducteur.
Chuckie, un « gros plein de soupe » aux nombreuses rencontres sexuelles, cherche comment gagner de l’argent sans trop se dépenser jusqu’à sa rencontre avec Max, une américaine dont il tombe follement amoureux.
Souvent regroupés dans les bars, la bande de copains discutent de tout et de rien, un peu de politique au fil des événements mais sans chercher querelles même si le sujet peut parfois être explosif, surtout avec Aoirghe, l’amie de Max.Certes, les actes de terrorisme existent toujours,  » on entendait toujours la violence, proche ou lointaine« et l’auteur décrit l’attentat de Fountain Street  en prenant soin de donner de l’importance à la vie des victimes afin qu’ils ne soient pas juste un nom ou un chiffre sur un bilan. Les murs tagués et les fleurs sur le pavé sont les traces des violences.  » Nous sommes terrifiés. Nous devons être terrifiés. Voilà pourquoi ça s’appelle le terrorisme. »
« Belfast est une ville qui a perdu son coeur« . Mais est-elle plus violente que Broadway, New-York ou San Diego où Chuckie découvre le banditisme.
Le chapitre consacré à la description de Belfast est assez remarquable.
 » Mais la nuit, de maintes manières, simples ou complexes, la ville est la preuve d’un Dieu. Belfast donne souvent l’impression d’être le ventre de l’univers. C’est un décor souvent filmé, rarement vu. Dans chaque rue, Hope, Chapel, Chichester et Chief, grouillent les signes émouvants de milliers de morts qui les ont arpentées. Ils laissent leur odeur vivace sur le trottoir, sur les briques et les seuils et dans les jardins. Les natifs de cette ville vivent dans un monde brisé- brisé mais beau. »
Cette amitié entre Chuckie et Jake, ce pardon de Chuckie envers sa mère, les actes de bienveillance et de solidarité de Jake envers ceux que son premier métier a dépossédés ou envers Roche, ce gamin des rues battu par son père montrent toute l’humanité des irlandais qu’ils soient catholiques et protestants.
 » Vous constatez qu’il existe bien une division entre les gens qui vivent ici. Certains appellent ça la religion, d’autres la politique. Mais la division la plus fiable, la plus flagrante, est celle de l’argent. »

Un roman d’une belle humanité dans un pays qui sort d’une crise violente, d’une guerre entre deux factions qui disaient qu’elles ne voulaient pas se battre.

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