Sous les lunes de Jupiter – Anuradha Roy

RoyTitre : Sous les lunes de Jupiter
Auteur : Anuradha Roy
Lettres Indiennes
Titre original : Sleeping on Jupiter
Traducteur : Myriam Bellehigue
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 320
Date de parution : 1 février 2017

 

 » Jarnuli rayonnait vers l’Asie, le monde entier, le système solaire, l’univers. C’était le sortilège secret de tout écolier, et même encore celui de Badal quand il souhaitait echapper à son oncle et à sa tante : vivre sur Jupiter et dormir sous ses nombreuses lunes. »

Nomi, élevée en Norvège par une mère adoptive dont elle ne supporte plus les non-dits, revient en Inde sur les traces de son enfance. Elle a fait le tour du monde, s’asseyant devant chaque mer, attendant que celle-ci lui rappelle le jour où on lui a enlevé sa mère après l’assassinat de sa famille. C’est à Jarnuli, devant l’océan qu’elle a senti la mémoire de son horrible passé. Séquestrée dans un ashram avec d’autres jeunes orphelines, elle fut battue et violée par Guruji, le gourou pédophile soutenu par des disciples riches et puissants.
Sur les traces de son passé, elle s’étonne des chansons tristes du vieux vendeur de thé qui lui rappelle la gentillesse du jardinier de l’ashram. Elle craint un vieux moine qui semble la suivre. Elle détaille les bas reliefs du temple du Soleil où les scènes érotiques la mettent mal à l’aise.

 » Dans l’Inde antique, pas de frontière entre la vie et l’amour. L’érotique, c’est la création, et c’est pour ça qu’on le célèbre dans nos temples. »

Si le parcours de résilience de Nomi est le thème principal du roman, Anuradha Roy ne la laisse pas seule face aux drames du passé.
Nomi rencontre trois vieilles dames dans le train qui la mène à Jarnuli.  Gouri, une grosse dame « moelleuse comme un soufflé », compétente en spiritualité est en proie aux pertes de mémoire. Elle est accompagnée de Vidya et de Latika, une vieille dame coquette qui refuse de vieillir.
Sur place, elle vient tourner un documentaire sur les temples de Jarnuli avec Suraj, un photographe violent en plein divorce qui se révèle être le fils de Vidya.
Badal, guide touristique croise Nomi et les vieilles dames et devient lui aussi une figure importante de tous ces angoissés qui rêvent d’un ailleurs, d’une autre vie.
Et ce marchand ambulant, Johnny Toppo, point de passage de tous les personnages, qui chante ses souvenirs et se contente de peu.

«  Vous savez, les gens comme moi, ça fait longtemps qu’on détruit leurs rêves à force de coups. Pas de temps pour les étoiles. Je demande juste un coin de terre pour dormir, un bout de tissu pour me couvrir et de quoi manger pour mon prochain repas. »

Anuradha Roy construit des personnages complexes, meurtris par des blessures du passé, en proie à un présent insatisfaisant ne leur laissant que peu d’espoir d’avenir serein. Si ce n’est de larguer des bouteilles à la mer, de pouvoir oublier le passé et de libérer de sa propre vie.

«  C’est comme si tu sortais de ta vie. Comme si tu quittais ta propre histoire, que tu disparaissais. Tu n’as pas envie parfois de quitter ta propre vie? »

Les quelques zones d’ombre planant sur le passé ou le présent des personnages ne font que les rendre plus mystérieux, surprenants. Dans cette ville imaginée où la religion est souveraine parmi les temples, les ashrams et les fidèles, les personnages terriblement humains se croisent, traînant leur fardeau  et créant ainsi une traversée hypnotique  très attachante.

⭐️⭐️⭐️⭐️

 

Elle lui bâtira une ville – Raj Kamal Jha

Kamal Jha

Titre : Elle lui bâtira une ville
Auteur : Raj Kamal Jha
Lettres Indiennes
Titre original : She will build him a city
Traducteur : Eric Auzoux
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 416
Date de parution : 5 octobre 2016

 

Dans ce roman énigmatique et subjuguant, Raj Sharma Jha tisse les histoires de trois personnages principaux appelés Homme, Femme et Enfant.
Homme est un jeune homme, fils d’un homme simple, devenu riche en sélectionnant des projets immobiliers pour les banques. Il habite un 2000 mètres carrés à Appartment Complex à proximité du Mall, le plus grand centre commercial de l’Inde au coeur de New City. Dans le métro, dans sa voiture avec chauffeur sur les seize voies d’autoroute menant au Mall, il observe et s’évade souvent dans des délires macabres, des idées de viol ou de meurtre, des ballades irréelles à Paris, Singapour où habitent ses meilleurs amis ou dans les nuages. Un jour, il emmène chez lui une femme et sa fille qui tient un ballon rouge pour une nuit, le temps qu’elles se douchent, mangent et se reposent. Un ballon rouge qui devient un témoin, un lien entre deux mondes, la réalité et l’imaginaire, le luxe et la pauvreté. Homme vit dans le royaume de l’argent où tous les délires sont possibles, où chacun sera son obligé pour quelques roupies.

Femme est un mère vieillissante, perturbée par le retour de sa fille qui cherche un asile où on ne lui demandera rien. Que lui est-il arrivé pour qu’elle soit si triste et fatiguée? Elle qui, toute petite remerciait sa mère d’être toujours là pour elle et voulait qu’une dame de quatre mètres puisse à son tour câliner la mère. Jusqu’au jour, où le père décède. La fille l’attend, le voit depuis la fenêtre comme un fantôme qui veille sur elles. Elle ne supporte pas que sa mère ait une histoire d’amour avec un ancien étudiant de son père. A dix-neuf ans, elle fugue.

Enfant est un bébé abandonné sur le seuil de l’orphelinat Little House, sous le seul regard d’une chienne Bhow. Le directeur n’en revient pas, un garçon en bonne santé abandonné. Il n’y avait alors qu’un seul garçon trisomique dans cet orphelinat. Kalyani, une infirmière de vingt quatre ans dont toute la famille vit dans un bidonville s’en occupe avec amour jusqu’au jour où elle doit quitter Little House et où le bébé disparaît lors de l’effondrement d’un mur suite à un orage.
Bhow le conduira auprès de Violets Rose, une vieille dame qui hante le cinéma Europa du Mall depuis que les investisseurs ont annexé les terres de ses parents pour construire New City.

L’auteur développe les trois histoires qui semblent ne jamais se rejoindre. Il nous perd dans le mystère, la poésie, le rêve, les hallucinations sans jamais nous lâcher vraiment. Car la réalité de la vie de cette grand ville indienne est bien là avec le côtoiement du luxe incroyable et des bidonvilles. Près du Mall, de l’hôtel de luxe, juste au-delà du pont de l’autoroute, il y a un autre monde, celui des mendiants, handicapés, sdf.

Avec les vies de ses trois personnages principaux mais aussi d’autres personnages riches ou pauvres qui les croisent, Raj Kamal Jha dresse une photographie glaçante de la société indienne où les pauvres et les riches vivent côte à côte.
D’un côté, c’est la privation d’eau et d’électricité, des salaires de misère pour des travaux difficiles, des viols, le handicap, la maladie, mais on n’y pleure pas sauf si quelqu’un regarde. De l’autre, des voitures avec chauffeur, des suites de luxe, des plaisirs aussitôt satisfaits.

J’ai suivi l’auteur avec beaucoup d’intérêt et d’attente dans cette ambiance étrange ( j’ai parfois pense aux romans de Murakami) où le mouvement peut s’arrêter, où l’un entre dans une scène de cinéma, où un ballon vous emmène côtoyer les avions mais où la réalité fait vite redescendre le lecteur sur cette terre difficile pour les déclassés.
Je ne serais peut-être pas allée naturellement vers ce genre de roman sans mon intérêt pour la littérature indienne. Et j’aurais raté une lecture qui se démarque largement dans mon programme de rentrée. Le ballon rouge m’a moi aussi transportée dans un univers inhabituel pour un étonnant voyage.

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La nuit aux étoiles – Shobhaa Dé

DéTitre : La nuit aux étoiles
Auteur : Shobhaa Dé
Lettres Indiennes
Titre original : Starry nights
Traducteur : Sophie Bastide-Foltz
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 400
Date de parution : mars 2010, Babel, juin 2016

Shobhaa Dé est une auteure et journaliste très populaire en Inde. Même si Starry nights est le premier roman traduit en France, Shobhaa Dé a écrit 13 ouvrages qui ont tous un grand succès en Inde. Elle a fondé et dirigé trois magazines dont un consacré au cinéma. Née dans le sud de l’Inde et habitant à Bombay, elle nous parle dans ce roman d’un monde, celui de Bollywood qu’elle connaît bien.

Aasha Rani, jeune fille ravissante à la peau très noire est propulsée dans le monde du cinéma par ses parents. Son père, célèbre propriétaire d’un studio à Madras était déjà marié quand il a rencontré sa mère Gheetha ( Amma), jeune fille de quinze ans qui voulait devenir danseuse. Amma élèvera seule ses deux filles.  » Que peut bien faire une femme seule et sans ressources comme moi? » Vendre ses filles au « monde tapageur du cinéma indien. » Pour atteindre son objectif, elle n’hésite pas à pousser sa fille dès son plus jeune âge à faire des photos dénudées et des tournages porno et à la mettre dans le lit des producteurs comme Kishenbai qui lui fera faire son premier film.
Son succès fait très vite de Aasha Rani une star protégée par Sheth Amirchand, un membre du Parlement aux activités douteuses. Si elle connaît le grand amour dans ce monde-là avec Akshay, un acteur déjà marié, elle n’y voit aucun mariage heureux et ne vivra que des passions intenses mais passagères avec des acteurs, metteurs en scènes ou producteurs.
Le monde du cinéma est  » un monde complètement à part, qui n’avait rien à voir avec la réalité. Un monde fondé sur des illusions et des rêves en technicolor. »

C’est en Nouvelle-Zélande, loin de son pays et du monde surfait du cinéma qu’elle rencontrera son futur mari à Wellington. Jamie Jay Philips, néo-zélandais, féru de cinéma indien l’a toujours admirée. Jay lui montre qu’une nouvelle vie est possible. La naissance de leur fille Sasha les comble.

Lors d’un voyage avec Jay et Sasha à Londres puis en Inde, Aasha Rani constate qu’elle est toujours reconnue par son public. Mais en Inde, les choses ont bien changé. Son père est malade et abandonné. Sa mère a fait de sa sœur Sudha une star odieuse qui s’accapare les biens de la famille.
Pourtant là où son mari et sa fille ne voient que saleté, misère dans les rues de Bombay, Aasha s’amuse des regards joyeux de ces gens qui se jettent des couleurs pour la fête du printemps. Très vite, elle se laisse reprendre par l’ambiance des studios.  » C’est ton public. Ils t’adorent. Ils te veulent. »

Comment être respectée quand on est une femme, surtout dans cette profession  » qui grouillait de gens sans scrupules, de requins, de voleurs, de maîtres chanteurs, et de traîtres. » Aasha n’a que sa beauté, son charme pour vivre. Loin de Jay et de sa fille repartis en Nouvelle Zélande, peut-être trop âgée pour un cinéma qui ne parie que sur des adolescentes, spoliée par sa mère et sa sœur, toujours prête à écouter ses instincts de séduction, Aasha verra-t-elle encore que  » l’Inde peut aussi être très belle. »?

Avec cette histoire romanesque, Shodhaa Dé illustre parfaitement le milieu du cinéma indien où les stars font partie des symboles de la réussite sociale, non sans y perdre leur innocence. Une réussite pourtant éphémère dans un milieu corrompu et dans un pays où les femmes restent les obligées des hommes et de ceux qui ont de l’argent.

 » Les hommes sont cruels. Très cruels. Il n’y a pas de justice en ce monde. Et aucune égalité entre hommes et femmes. Ne va pas croire que le mariage y change quoi que ce soit. Ça ne fait même parfois qu’aggraver les choses. Qui a l’argent détient le pouvoir – n’oublie jamais ça. Il est le maître du jeu. Quand tu repenseras à ton propre mariage, tu verras que j’avais raison. La seule différence, c’est que certains hommes arrivent à ne pas montrer leur sentiment de supériorité. Ce sont ceux qu’on dit « cultivés ». Les autres ne s’en cachent pas. Ils font en sorte que leur femme se sente leur obligée. C’est la meilleure façon de les faire taire. »

Ce roman dépaysant et passionnant, même si la dernière partie à Londres me semble superflue, montre un personnage ambigu, capable de sentiments de respect envers sa famille et d’amour profond pour Akshay mais superficielle quant à sa volonté d’être adulée et faible vis à vis de ses besoins sexuels. Là repose sûrement toute l’ambiguïté d’une société puritaine en pleine révolution sexuelle où les gens prennent les bains de mer habillés, où les filles sont encore vues comme des fardeaux par leur père mais où par exemple les danseuses de Bollywood affichent sans complexe des poses lascives très suggestives.
Malheureusement, les mères se révèlent ici une fois de plus les vecteurs d’un système qui les écrase.

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Dans les jardins du Malabar – Anita Nair

Nair1Titre : Dans les jardins du Malabar
Auteur : Anita Nair
Littérature indienne
Titre original : Idris, keeper of the light
Traducteur : Dominique Vitalyos
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 440
Date de parution : 2 juin 2016

Anita Nair me ramène à la période des empereurs Moghol ( Les ravissements du Grand Moghol de Catherine Clément) mais cette fois avec les aventures d’un marchand africain sur les côtes du Malabar ( sud ouest de l’Inde) au XVIIe siècle.

Idris, encore jeune garçon somalien, perd son œil droit lors d’un ouragan qui surprend la caravane de son père, Samataar Gulid, marchand de la route de la soie. Trente cinq ans plus tard, de nouveau en Inde et devenu marchand itinérant, il assiste à la fête du Mamangam, grande foire organisée par le nouveau Zamorin. Là, il rencontre un jeune garçon, aussi noir que lui qui rêve de devenir Châver, ces guerriers dont l’objectif est d’assassiner le Zamorin. Très vite, Idris devine que Kandavar, ce jeune garçon de neuf ans n’est autre que son fils, issu d’une relation éphémère avec Kuttimalu, femme nayar, noble de caste inaccessible à Idris.

 » Idris Maymoun Samataar Gulid, Originaire de Dikhil, éternel voyageur qui cherche la mesure de la Terre et de l’homme. » se retrouve imperceptiblement tiraillé entre  » son besoin de vagabonder jusqu’alors irrépressible de ses pieds et de son esprit » et sa nouvelle responsabilité de père.
«  On pensait à soi à travers son enfant, on réprimait ses autres projets, cessant d’accorder la priorité à celui que l’on voulait être. »

De haute stature, parlant plusieurs langues, avec son œil d’or et ses multiples connaissances, Idris charme naturellement son entourage. Il convainc l’oncle de Kandavar de le laisser emmener l’enfant un an à travers le pays, l’éloignant ainsi de ses instincts guerriers qui le poussent vers une mort inéluctable.
Même si la religion hindoue interdit de traverser la mer, Idris embarque Kandavar sur un bateau vers Ceylan en compagnie d’un jeune Khalasi ( marin), Sala Pokkar.
«  il avait entraîné le garçon loin de ses repères afin de lui inculquer une notion d’émerveillement face à la vie, de l’initier aux splendeurs d’un monde situé par-delà son horizon. »
Pour Kandavar ( et le lecteur) commence l’aventure. Apprendre à lutter contre le mal de mer, à naviguer avec les étoiles, découvrir la pêche aux perles vers Tûttukuti, l’extraction de diamants à Kollur. Chaque fois, Idris se débrouille pour entrer sur les marchés dominés par les colons portugais puis néerlandais.

Anita Nair crée un personnage énigmatique, ensorcelant et captivant avec Idris, cet homme qui donne de  » la profondeur au plus infime détail. » Ses périples placent ce roman sous le signe de l’aventure avec une découverte de l’Inde de l’époque marquée par les règles des castes, les lois et coutumes.
Dans cette quête incessante de l’aventure et de la bonne affaire, Idris commence à percevoir grâce à son fils le souvenir, la compassion, le repos apaisé de l’homme qui peut trouver son foyer.
 » Depuis de nombreuses années, Idris s’abstenait d’avoir recours au réconfort de la mémoire…Or voilà que ce passé revenait le hanter de plus en plus souvent. Était-ce à cause de Kandavar? Le passage à la paternité du nomade qu’il était avait-il déclenché un bouleversement... »

L’époque complexe et le vocabulaire ( recensé dans un glossaire en fin de roman) issu des langues parlées par Idris ( malayalam, somalien, arabe) compliquent la plongée du lecteur dans cette grande aventure. Les voyages, les péripéties qui s’enchaînent ne laissent pas de répit mais éloignent aussi des sentiments des personnages. Le lien père-fils se situe davantage dans la découverte des événements que dans la compréhension mutuelle, donnant, à mon grand regret, une prédominance de roman d’aventure.

Toutefois, ce roman est le premier volet d’une trilogie et je perçois très bien ( peut-être à tort) comment le côté humain et l’histoire du pays peuvent venir intensifier la force des personnages, tant pour Idris que pour les personnages secondaires auxquels le lecteur s’attache en seconde partie du roman.

Même si la lecture de ce premier tome ne m’a pas totalement séduite, l’envie d’en savoir davantage et de densifier cette première partie est évidente. Anita Nair est parvenue à faire miroiter une belle promesse.

J’ai lu ce titre dans le cadre d’une Masse critique spéciale et je remercie Babelio et les Editions Albin Michel pour cette découverte.

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Bien comme il faut – Sandip Roy

RoyTitre : Bien comme il faut
Auteur : Sandip Roy
Littérature indienne
Titre original : Don’t let him know
Traducteur : Marie Antilogus
Éditeur : Les Escales
Nombre de pages : 320
Date de parution : 17 septembre 2015

Auteur :
Sandip Roy est né en Inde. Il vit à San Francisco avant de s’établir à Calcutta. Il écrit régulièrement pour des publications indiennes et américaines telles que le Huffington Post et est en charge de la rubrique culture du site Firstpost. Bien comme il faut est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Une ville universitaire au cœur de l’Illinois. Dans son petit appartement, Romola, jeune mariée fraîchement arrivée d’Inde, attend avec impatience sa première lettre en provenance du pays. En ouvrant par erreur une enveloppe qui ne lui est pas destinée, sa vie bascule. Des années plus tard, lorsque son fils Amit tombe sur cette même lettre, il pense avoir découvert le secret de sa mère. Mais les apparences sont parfois trompeuses.
Amit ignore qu’Avinash, son père dévoué, surfe à l’occasion sur des sites gays, incapable de refouler son attirance de toujours pour les hommes. Avinash, lui, ne se doute pas que sa femme, si docile, a jadis été courtisée par un bel acteur de Bollywood, dont elle garde le souvenir dans les pages de son journal intime, caché parmi ses saris de soie.
À Calcutta, dans la maison pleine de vie où il a grandi, Amit a toujours été protégé des secrets de ses parents. À présent ingénieur installé à San Francisco, il reste tiraillé entre sa nouvelle vie et celle qu’il a laissée derrière lui.
Des jeux adolescents aux tourments d’une vie d’adulte, des salons de coiffure de Calcutta aux McDonald’s de Californie, Bien comme il faut est une ode à la famille et aux sacrifices que l’on fait pour les êtres aimés. Tendre et puissant, ce roman marque l’arrivée d’une voix forte sur la scène littéraire internationale.

Mon avis :
Je ne refuse jamais l’occasion de lire de la littérature indienne. Ce livre avait en plus la promesse de découverte d’une nouvelle plume puisqu’il s’agit d’un premier roman.
L’auteur construit cette histoire familiale en reprenant plusieurs récits déjà publiés dans des anthologies. Et malheureusement, la construction en souffre un peu mais permet aussi d’avoir des anecdotes des différentes générations.
Nous commençons cette histoire avec Amit, indien installé en Californie. Même si il garde en lui le poids des traditions, il fait partie de la première génération à avoir épousé une américaine. Lorsqu’il reçoit sa mère, Romola venue de Calcutta quelques années après la mort de son mari Avinash, Amit croit déceler un secret de la jeunesse de ses parents.
Au fil des chapitres, l’auteur nous entraîne dans l’enfance des parents, puis le temps du mariage et enfin l’époque actuelle d’Amit.
Si les fils partent faire leurs études aux États-Unis, la tradition familiale les contraint à revenir au pays épouser une indienne. Il fallait protéger « l’honneur de la famille contre les méchantes Américaines, irrespectueuses, instables, adeptes du chewing-gum et des cigarettes. » C’est ce que fera Avinash, contrairement à ses pulsions homosexuelles en épousant Romola, qui elle renonce à l’acteur de ses rêves. Après une brève installation en Amérique, Romola contraint Avinash à revenir s’installer près de leurs familles à Calcutta.
L’auteur donne un panorama des traditions de l’Inde notamment sur les rites funéraires, les contraintes de mariage, la mauvaise influence de Bollywood, l’importance du regroupement et du soutien familial, notamment en les opposant aux libertés des États-Unis. Toutefois, même avec des anecdotes amusantes sur le passé des uns et des autres, l’ensemble m’a paru assez superficiel et creux.

RL2015

De haute lutte – Ambai

Titre : De haute lutteambai
Auteur : Ambai
Littérature indienne
Traducteur : Dominique Vitalyos et Krishna Nagarathinam
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 224
Date de parution : 5 février 2015

Auteur :
Ambai, nom de plume de C.S. Lakshmi, est une femme de lettres, originaire du Tamil Nadu, au sud de l’Inde. Écrivain, traductrice, universitaire reconnue, Ambai compose patiemment une œuvre d’une grande finesse littéraire, récompensée par de nombreux prix.
L’œuvre d’Ambai est une immense découverte, inédite en français.

Présentation de l’éditeur :
Depuis sa plus tendre enfance, Cempakam vit dans la demeure d’un grand maître du chant traditionnel. Héritier d’une longue lignée de musiciens, il l’a accueillie, l’a formée à son art comme il l’a fait avec son propre fils, Shanmugan, au mépris des bonnes âmes qui voudraient que le chant soit réservé aux hommes. Devenus adultes, Cempakam et Shanmugan se marient – mariage d’amour entre deux artistes déjà reconnus. Mais le sentiment d’infériorité de Shanmugan face à l’éclatant talent de sa femme l’emporte insidieusement sur les valeurs transmises par son père. En bon époux hindou, il la cantonne peu à peu à la maison et l’éloigne de la scène…
Avec De haute lutte, et à travers les trois autres longues nouvelles qui composent le recueil, Ambai explore avec un regard singulier et une étonnante liberté de ton, demi-teintes soudain balayées par un trait percutant, toute la complexité du statut des femmes dans l’Inde d’aujourd’hui.

Mon avis :
Chentaramai, Châyâ, Cempakam et Chentiru, quatre femmes à des époques différentes de la vie.
La première est très jeune et elle est invitée à une journée commémorative du poète Muttukumaran, ce père qu’elle a peu connu mais qu’elle découvre par le récit de sa mère. Cette première nouvelle érige le portrait de l’homme indien, soucieux d’être celui qui est reconnu au détriment de l’épouse. Cette domination est plus ou moins violente mais souvent sournoise.
Châyâ est une jeune épouse, mère d’un jeune enfant. Brimée par la pingrerie excessive de son mari, elle courbe le dos et édicte silencieusement des lois contre les hommes. Son mariage avait été arrangé par sa famille. Enfin surtout son père, car sa mère n’était jamais consultée pour les décisions de la famille. Timidement, Châyâ tente de braver les décisions abusives de son mari jusqu’à penser au divorce,  » pensée interdite aux femmes hindoues depuis des temps immémoriaux. »
Cempakam, mariée par amour au fils de son maître de chant, Ayya, s’efface pourtant devant lui. Elle a toutefois bien plus de talent que lui et Ayya lui a toujours assuré. Douce et intelligente, parviendra-t-elle à imposer son talent.
Enfin, Chentiru est une femme mature qui ressent le besoin de s’isoler, de se ressourcer dans la forêt loin de son mari. Celui-ci la soutient dans la gestion de leur entreprise commune mais elle est souvent écartée par les autres administrateurs.  » Le jour est venu de réécrire nos épopées. » Dans sa maison forestière, elle écrit donc son histoire proche de celle de Sîta, l’épouse de Râmâ.
Si ces quatre femmes sont proches des « 
pativrata » : « épouse modèle, entièrement dévouée à son mari qu’elle considère comme son seigneur » ( oui, ils ont même un mot pour désigner cet état), elles sont par contre intelligentes, éduquées et un peu rebelles.
Ambai, en illustrant la condition de la femme hindoue, ne dresse pas un portrait sombre des hommes. Les pères ( comme Ayya) sont parfois très compréhensifs et les maris ne sont pas tous obtus. Par contre, il est clair que la femme doit se battre pour s’imposer dans le couple et la société.
Ces nouvelles sont toutes bercées par la culture tamoule, notamment avec la poésie et surtout la musique carnatique. La dernière nouvelle nous permet de retrouver quelques épisodes du Râmâyana.
Le style de l’auteur est d’une grande pureté. Et si le lecteur peut se perdre avec les termes étrangers, un glossaire en fin de livre permet de mieux comprendre les références.
A découvrir.

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L’inconnue de Bangalore – Anita Nair

nairTitre : L’inconnue de Bangalore
Auteur : Anita Nair
Littérature indienne
Traducteur : Dominique Vitalyos
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 400
Date de parution : mai 2013

Auteur :
Originaire du Kerala (province de l’Inde du sud), Anita Nair passe son enfance à Madras et obtient un diplôme en langue et littérature anglaises. Elle voyage en Angleterre et aux États-Unis avant de s’installer à Bangalore où elle vit aujourd’hui. D’abord chroniqueuse pour le Times of India, elle travaille ensuite en tant que directrice de création pour une agence de publicité.

Présentation de l’éditeur :
Bangalore, la cosmopolite Silicon Valley indienne, s’apprête à célébrer la première nuit du Ramadan. Le quartier musulman de Shivaji Nagar brille de mille feux lorsqu’un jeune prostitué est attaqué et brulé vif dans une ruelle sordide… Confiée à l’inspecteur Borei Gowda, quinquagénaire désabusé, l’affaire ne fait que commencer. Un nouveau meurtre similaire est bientôt perpétré, et les témoins évoquent la présence sur les lieux d’une créature d’une grande beauté. Une première piste ?
Après Compartiment pour dames et Quand viennent les cyclones, la romancière Anita Nair dévoile avec ce suspense une nouvelle facette de son talent. Sur fond de corruption et de magouilles politiques, L’inconnue de Bangalore nous immerge dans les réalités controversées de l’Inde contemporaine, ses castes, ses fêtes religieuses, ses cinémas porno, ses policiers apathiques et ses créatures ambigües. Une fresque magistrale sur un pays en pleine mutation, écartelé entre tradition et modernité.

Mon avis :
Un roman policier indien, ce n’est pas si courant. Moi qui suis particulièrement attirée par ce pays, je ne pouvais pas le rater. Et ne serait-ce que pour la découverte de la vie indienne en cette ville particulière de Bangalore, ce roman vaut le détour.
Le style est maitrisé, l’intrigue est bien menée, l’enquêteur Borei Gowda possède à la fois un sale caractère de têtu et bougon mais aussi un humour et une tendresse cachés. Même si le rythme n’est pas trépidant, je me suis accrochée à cette enquête sur des meurtres en série, meurtres d’hommes toujours sur le même rituel. Nous sommes en plein dans la nouvelle société de Bangalore où trafic de drogue et de faux billets émerge, où traînent de plus en plus de travestis, où les députés véreux font de l’argent, où la Police préfère enquêter sur ce qui peut déstabiliser le pays plutôt que sur des meurtres d’hommes de la rue.
Le tempérament  de Gowda donne une touche personnelle à l’enquête. C’est un homme qui vit en permanence son investigation au détriment de sa vie personnelle qui est pourtant, elle aussi en pleine révolution. Jamais vraiment au repos, ce sont de petits riens qui le font progresser vers le dénouement. Déjà déclassé suite à une affaire avec des politiques qui a mal tournée, il n’a plus rien à perdre et n’hésite pas à affronter supérieurs et députés. Il est à la fois craint et admiré.
Je ne sais pas si L’inconnue de Bangalore est le thriller de l’été mais il possède de bons atouts et intéressera de nombreux lecteurs soit pour le dépaysement, soit pour la personnalité de l’enquêteur ou pour l’intérêt de l’intrigue.

plume  polars  bac