Un château à Ipanema – Martha Batalha

Titre : Un château à Ipanema
Auteur : Martha Batalha 
Littérature brésilienne
Titre original : Nunca houve um castelo
Traducteur : Diniz Galhos
Éditeur : Denoël 
Nombre de pages : 341
Date de parution :  1 novembre 2018

Seconde lecture de Martha Batalha ( auteure de Les mille talents d’Euridice Gusmão)…et le plus marquant est sans aucun doute le style d’écriture. L’auteur s’empare d’un lieu, la plage d’Ipanema, y construit un château étonnant où débuteront des fêtes ultra-chics brésiliennes. Elle y campe des personnages étonnants et pittoresques balayant plusieurs générations, diverses couches sociales sur un fond très léger d’histoire du pays.

Ce château art déco est construit par Johan, un suédois immense, nommé ambassadeur de Suède au Brésil. Un choix qu’il a fait pour la santé mentale de sa femme, Birgit qui entend des voix. Sa découverte de Rio la déconcerte. Une ville à la fois « belle et dangereuse, riche et très pauvre, moderne à certains endroits et d’un autre siècle partout ailleurs. ». Quand elle arrive à Ipanema, elle sait que c’est là qu’ils doivent habiter, marquant ainsi la fin de l’innocence dans le quartier. 

Ils auront trois enfants, Axel, Vigo et Nils. Trois frères qui tombent sous le charme de la fille du médecin voisin, Laura. Passionnée de théâtre, elle aime se draper d’un châle rouge et jouer devant ses admirateurs. Repoussés par la belle, Axel et Vigo quittent le pays laissant la veuve Birgit, seule avec Nils. 

A la mort de sa mère, Nils épouse Guiomar, la fille d’un notaire. Leur fils, Otavio mène la grande vie, au bras des plus belles femmes, dont la sublime Maria Lucia jusqu’à son mariage avec Estela Aguiar. Ils forment un couple plutôt serein, invitant chaque semaine les parents de Nils ce qui vaut une bataille rangée entre Estela et Guiomar au sujet de prouesses culinaires. 

«  Entre être pliée en deux sur un chevalet de torture ou au-dessus de l’évier de la cuisine, elle préférait encore la cuisine. »

Jusqu’au jour, où Estela et Otavio, chacun violé dans un placard découvrent lors d’une fête chez Maria Lucia une autre sexualité. Estela prend un amant plus jeune, Beto qui sera accidentellement prisonnier de la dictature. Et Otavio découvre qu’il aime les hommes.

C’est avec ce couple extravagant que nous poursuivrons notre aventure brésilienne, dans un pays de plus en plus marqué par la dictature jusqu’à la modernisation du pays dans les années 80.

«  Sur le plan économique, le pays était toujours enlisé dans l’inflation, la récession, le chômage et la dette extérieure. » Mais «  le pays se modernisait. »

Dans cette aventure folle, tout est lié. Les personnages se croisent, rappelant les origines d’une famille dont il ne reste pourtant qu’un vieux coucou ramené de Suède. Le style ironique, incroyablement travaillé et coloré et le pittoresque des personnages cachent une revue sociale et politique du pays. A mon sens, il le cache un peu trop bien. Je ne suis pas vraiment réceptive à l’ironie et aux personnages pittoresques mais je dois reconnaître que le style de Martha Batalha m’a particulièrement impressionnée. Je n’en ferais pas ma préférence mais j’apprécie d’avoir découvert cette auteure au style aussi bariolé que ses personnages.

 

Les mille talents d’Euridice Gusmão – Martha Batalha

BatalhaTitre : Les mille talents d’Euridice Gusmão
Auteur : Martha Batalha
Littérature brésilienne
Traducteur: Diniz Galhos
Titre original :A vida invisivel de Euridice Gusmão
Éditeur: Denoël
Nombre de pages : 252
Date de parution : janvier 2017

Un titre, une couverture, une auteure brésilienne, un premier roman, une phrase en quatrième de couverture «  L’histoire d’Euridice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement.« . Autant d’accroches qui m’ont conduite vers cette lecture.

Euridice et Guida sont les deux filles de l’épicier portugais Manuel et de Dona Ana. Plutôt téméraire, Euridice avait étouffé ses ambitions et choisi de devenir une petite fille exemplaire lorsque Guida a fugué de la maison pour aller vivre avec Marcos.
Désormais, il y avait «  Quelque Chose en Euridice Qui Ne Voulait pas Qu’Euridice Soit Euridice. »
Euridice épouse Antenor, fonctionnaire de la Banque du Brésil. Après les incidents de la nuit de noces qui laissent croire à Antenor qu’Euridice n’est pas vierge, et qui seront un reproche récurent du mari lors des  » Nuits du Petit Whisky« , le couple a deux enfants. Ce qui est bien assez pour Euridice, elle décide de grossir afin d’éteindre les envies de son mari.
Seulement la vie de « femme au foyer » dans le quartier de Tijuca l’ennuie profondément. Elle se lance alors dans des passions successives. L’art culinaire, les radionovelas, la couture. Pour défendre ses activités, Euridice tente toutes « les méthodes de guérilla féminine« , «  le combat de répétition, qui poussait toujours les hommes à dire oui.« , le combat par omission.
Mais chaque fois, Antenor sa braque : «  je vais travailler, et toi tu t’occupes des enfants. »
Il faut dire que la mère d’Antenor, une poétesse ne s’occupait de rien hormis son art. A sa mort, âgé de six ans, il fut élevé par sa tante, une parfaite maîtresse de maison.
Euridice finit prostrée devant les rayonnages de sa bibliothèque. Jusqu’au jour où sa sœur Guida accompagnée de son fils frappe à sa porte.
L’auteur nous conte alors le parcours de Guida depuis sa fugue. Guida, le culbuto  » Quand un coup dur la frappait, elle se redressait toujours ». Parcours mouvementé qui donne aussi l’occasion de découvrir d’autres personnages, notamment son mari et sa riche famille et surtout la prostituée Filomena.
 » Billevesées, coquecigrues et calembredaines« , chaque histoire est l’occasion de découvrir de nouveaux personnages et l’auteure se complait à nous décrire leurs origines et leurs parcours.
Si bien que tant de petites histoires détachent le lecteur d’une intrigue principale.

Ce roman est donc une lecture agréable avec des personnages hauts en couleurs et attachants mais au-delà du plaisir immédiat qui effectivement « illumine notre hiver » et d’une vision ironique de la condition des femmes brésiliennes avec des figures bien différentes de la femme docile à la rebelle, de la prostituée à la mère tyrannique, ce livre ne me restera pas en mémoire bien longtemps.

Des roses rouge vif d’Adriana Lisboa

lisboaTitre : Des roses rouge vif
Auteur : Adriana Lisboa
Littérature brésilienne
Traducteur : Béatrice de Chavagnac
Titre original : Sinfonia em branco
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 223
Date de parution : 2009

Auteur :
Adriana Lisboa est née en 1970 à Rio de Janeiro. Elle a vécu en France et partage aujourd’hui son temps entre le Brésil et les Etats-Unis. Après des études de musique et de littérature, elle devient enseignante puis auteur et traductrice. En 2001, elle publie Des roses rouge vif. Salué par la critique, ce roman l’élève au rang des auteurs les plus importants de la nouvelle génération littéraire brésilienne, Elle a reçu en 2003, le prestigieux prix José Saramago. En 2007, en commémoration de l’élection de l’UNESCO de Bogotá comme ville capitale mondiale du livre, le Bogotá 39 Project l’a choisie comme l’un des trente-neuf écrivains latino-américains âgés de moins de trente-neuf ans les plus importants

Présentation de l’éditeur :
Dans une fazenda isolée de l’État de Rio, près d’une carrière de pierres depuis laquelle on aperçoit la maison abandonnée que hante le fantôme d’une femme assassinée, Clarice vit seule, elle attend sa sœur, Maria Inès, qui arrive de Rio. Dans un atelier près de la fazenda, Tomas peint des tableaux médiocres. Lui aussi attend Maria Inès qu’il a aimée il y a longtemps.
Les deux sœurs ont été séparées quand l’aînée avait quinze ans, elles se sont retrouvées à la mort de leur mère puis à celle de leur père. Chacune revoit sa vie et nous découvre peu à peu leur profonde complicité, le noir passé qu’elles ont toujours occulté, le foulard orné de roses rouge vif qui a marqué leur enfance et les a projetées dans des vies qui leur sont étrangères.
Adriana Lisboa
écrit un roman élégant et fascinant sur un thème classique, elle crée des énigmes et les amène à ce point du dénouement dramatique où tout jugement moral sur les protagonistes relève du domaine de l’indicible.
Un style très littéraire et original allié à une intrigue rigoureusement construite ont valu à cette romancière le Premier Prix Saramago, réservé à un jeune auteur de langue portugaise.

Mon avis :
Depuis que j’ai découvert Adriana Lisboa avec Bleu corbeau, je suis devenue une grande admiratrice de ce style si particulier qui brode par couches successives le passé, le présent et le futur de personnages sensibles et touchants.
imageTout commence avec Tomas, un peintre amoureux jadis de sa belle voisine, Maria Inès, habillée de blanc qui lui rappelle un tableau de Whistler. Mais le temps a passé, Maria Inès a choisi une autre vie en épousant João Miguel. Devenue médecin, sa vie amoureuse ne semble pas une réussite. Pas plus que celle de sa sœur, Clarice.
 » Une partie de Maria Inès est mémoire, la mémoire est vivante dans son corps. »
L’auteur mêle les souvenirs d’enfance, de jeune femme et de femme adulte, dévoilant petit à petit les clés qui permettent de comprendre le destin des deux sœurs.
Comment Clarice  » docile réservée soumise éduquée polie discrète adorable » est-elle devenue une jeune femme alcoolique et droguée puis une femme solitaire?
 » Cette manière lui donnait cette tranquillité qu’elle pouvait imaginer, par exemple, chez une vieille femme qui a pardonné à la vie et oublie les différences entre l’utile et l’aléatoire. »
Qu’est devenu le temps heureux où les deux fillettes mangeaient les goyaves au pied de l’arbre, écoutant  » le tyran quiquivi et le merle au ventre roux. »
Avec beaucoup de douceur, de nostalgie, Adriana Lisboa peint le tableau de ces deux sœurs, complices mais lointaines et laisse apparaître par petites touches le drame de leur vie.

Cette troisième lecture de l’auteur confirme mon affinité avec son style et son univers. Mon auteur coup de cœur de l’année.

bac

Hanoï – Adriana Lisboa

lisboaTitre : Hanoï
Auteur : Adriana Lisboa
Littérature brésilienne
Traducteur : Geneviève Leibrich
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 175
Date de parution : 12 mars 2015

Auteur :
Adriana Lisboa est née en 1970 à Rio de Janeiro. Elle a vécu en France et partage aujourd’hui son temps entre le Brésil et les États-Unis. Après des études de musique et de littérature, elle devient enseignante puis auteur et traductrice. En 2001, elle publie Des roses rouge vif. Salué par la critique, ce roman l’élève au rang des auteurs les plus importants de la nouvelle génération littéraire brésilienne, Elle a reçu en 2003, le prestigieux prix José Saramago. En 2007, en commémoration de l’élection de l’UNESCO de Bogotá comme ville capitale mondiale du livre, le Bogotá 39 Project l’a choisie comme l’un des trente-neuf écrivains latino-américains âgés de moins de trente-neuf ans les plus importants.
Elle sera présente au Salon du Livre de Paris 2015.

Présentation de l’éditeur :
Alex est mère célibataire, elle essaie de concilier les études et le travail dans une épicerie asiatique. Elle vient d’une lignée de femmes vietnamiennes qui ont aimé des Américains, d’abord pendant la guerre du Vietnam puis aujourd’hui à Chicago, où Alex a toujours vécu sans jamais avoir mis les pieds à Hanoï. Fils d’une mère mexicaine et d’un père brésilien, David est passionné de jazz, il joue de la trompette et le futur devrait s’ouvrir à lui sans cette nouvelle inattendue : il est atteint d’une maladie au stade terminal. Mais il est aussi amoureux d’Alex qu’il regarde de loin. Ces enfants d’émigrants vivent dans un mélange de cultures et de coutumes, une véritable mosaïque d’identités. L’urgence de sa situation décide David à liquider toute sa vie et à partir mourir ailleurs. Il demande à Alex où elle aimerait aller, elle répond Hanoï. Il lui propose de l’accompagner. En entrelaçant des vies aussi différentes, Adriana Lisboa construit, avec profondeur et légèreté, autour de personnages fragiles et attachants, une histoire d’amour et de détermination, mais aussi d’acceptation et de renoncement, dans laquelle les choix des personnes peuvent changer le destin de ceux qui les entourent.

Mon avis :
En 2013, j’ai eu un coup de cœur pour Bleu corbeau, découvrant ainsi Adriana Lisboa cette auteure brésilienne que je ne pouvais que retrouver avec ce nouveau roman.
A l’époque, j’évoquais un ton, un style différents mais surtout des personnages tellement touchants, des jeunes gens mais avec des racines familiales fortes et structurantes.
Avec Hanoï, l’intrigue est plus simple, le passé des parents se fond davantage dans l’histoire actuelle, tout en restant un élément essentiel, constitutif des personnages principaux.
David a trente deux ans, largué par sa copine, il vient d’apprendre qu’il n’a plus que quelques mois à vivre. L’histoire pourrait être larmoyante, mais même si l’émotion devient finalement et inévitablement très forte, Adriana Lisboa ne donne pas dans le romanesque et l’apitoiement.
 » Quand on te dit que c’est la dernière gorgée, pensa David, tu t’arrêtes, tu aiguises tes sens et tu sens le goût de la boisson pour la première fois. »
Parce que cette histoire est lumineuse grâce à ses rencontres. Que ce soit avec les jeunes enfants de son immeuble, avec ce vieil homme rencontré sur un banc du parc, avec Trung, le moine bouddhiste propriétaire de l’épicerie asiatique, David donne de son temps si compté, de sa gentillesse de manière si naturelle.
Le seul bien qu’il souhaite garder est sa trompette. N’ayant plus son groupe de musique, il partage la musique qu’il aime tant avec ses dernières rencontres. Il pense souvent à ses parents, à son passé puisqu’il n’a plus d’avenir. Même si il s’attache un peu égoïstement à Alex, son but reste de trouver son cimetière des éléphants.
 » Et ce serait tout, un peu d’été, de musique, de compagnie et un être humain n’a pas besoin de plus, vraiment. »
Il y a beaucoup de douceur et de richesse dans les personnages d’Adriana Lisboa. Ils se retrouvent comme posés là, tentant de composer avec leur passé sans vraiment savoir ce qu’ils vont faire de leur avenir, si avenir il y a. Alors, ils profitent de la richesse de leurs rencontres.
L’auteur (ou le traducteur, je ne sais pas) utilise parfois des répétitions au sein des phrases ce qui peut étonner mais finalement, je trouve ce petit défaut charmant. Cela donne une musicalité et une naïveté au style qui cadre parfaitement avec l’ambiance du roman.
Je suis une nouvelle fois enchantée par l’auteur, je classe ce roman dans mes coups de cœur et j’ai dans la foulée commandé son premier roman, Des roses rouge vif.

bac2015

Bleu corbeau – Adriana Lisboa

lisboaTitre : Bleu corbeau
Auteur : Adriana Lisboa
Éditeur : Métailié
Littérature brésilienne
Traducteur : Béatrice de Chavagnac
Nombre de pages : 224
Date de parution : 19 septembre 2013

Auteur :
Adriana Lisboa est née en 1970 à Rio de Janeiro où elle a passé la majorité de sa vie.
Elle a vécu en France et partage aujourd’hui son temps entre le Brésil et les Etats-Unis.
Après des études de musique et de littérature, elle devient enseignante puis auteur et traductrice. En 2001, elle publie Des roses rouge vif. Salué par la critique, ce roman l’élève au rang des auteurs les plus importants de la nouvelle génération littéraire brésilienne, Elle a reçu en 2003, le prestigieux prix José Saramago.

Présentation de l’éditeur :
Après la mort de sa mère, Evangelina décide de quitter Rio pour les États-Unis, où elle est née treize ans auparavant, et d’y retrouver son père. En compagnie de Fernando, l’ex-mari de sa mère, et d’un petit voisin salvadorien, Carlos, elle recueille les souvenirs des autres pour organiser sa propre histoire. Au cours de ce voyage à travers le Colorado et le Nouveau-Mexique, en écoutant les récits de Fernando, qui a fait partie d’une guérilla maoïste en Amazonie dans les années 70, elle prend conscience du passé du Brésil.
Dans un style sobre et élégant, Adriana Lisboa nous propose une réflexion sur l’appartenance et la construction de soi. Tous ses personnages sont en transit, ils habitent tous des lieux précaires, mouvants, parlent des langues qui ne sont pas les leurs, les mêlent. Elle raconte ces mémoires provisoires, faites de souffrance bien sûr mais aussi remplies d’amitiés sincères, et termine ce roman au moment où la vie de son héroïne commence vraiment, où elle occupe dans le monde un espace qui lui appartient.

Mon avis :
Quand on lit beaucoup, on apprécie un ton, un style différents. Est-ce pour cette raison que je fus conquise pour ce roman ?
Le scénario est simple. Evangelista, jeune fille de treize ans qui vient de perdre sa mère, Suzana, quitte le foyer de sa tante  et le Brésil pour rejoindre dans le Colorado, Fernando, l’ex-mari de sa mère. Son objectif est de retrouver la trace de son géniteur.
La narratrice, Evangelista a aujourd’hui grandi mais elle raconte ces années d’adolescence en quête de ses racines.
La construction est étonnante. C’est un vrai puzzle qui mêle le récit de cette quête, le passé de Fernando et celui de sa mère que la jeune fille reconstitue grâce au souvenir des discussions  avec sa mère ou au fil des confessions présentes de Fernando, mais aussi quelques bribes du futur puisque la narratrice est aujourd’hui adulte.
Avant de rencontrer Suzana, Fernando était un jeune communiste, engagé dans l’Académie militaire de Pékin dans les années 60 puis guerillero dans la forêt amazonienne. C’est l’occasion de revenir sur le passé du Brésil avec la dictature militaire, les tortures subies par les membres de la guerilla. Et c’est aussi une vision de l’exil puisque Fernando a dû quitter le Brésil,  ce fut aussi le cas pour Suzana à une époque et c’est la vie de nombreux habitants sans papiers venus d’ici ou d’ailleurs comme le jeune et touchant Carlos, le petit voisin de Fernando.
L’attrait de ce récit réside dans un subtil dosage des choses, une façon d’amener une révélation puis de passer à l’évènement suivant et y revenir avec l’essentiel. La perception d’une adolescente donne à la fois de l’humour simple, de l’évidence et de la naïveté aux évènements. C’est une jeune fille qui découvre la poésie, la neige, la torture, le vieillissement, l’amour, les conditions des immigrés, la mort, la vie.
 » Pourquoi les gens passaient ainsi de la vie d’une personne à celle d’une autre, changeaient de ville, changeaient de pays et gagnaient de nouvelles nationalités? »
 » Je me demandai si l’espace qu’une personne occupe dans le monde lui survit. »
L’émotion est présente, sans être lourde, dans chaque rencontre. Tous les personnages (sauf les militaires) sont aimables et bienveillants.
Fernando, au passé si complexe, est un être calme, vieillissant, un peu désabusé, content de pouvoir aider Vanja en mémoire de sa mère.
 » Quand l’ennemi avance, on recule, et quand on doit reculer, on trébuche parfois sur soi-même. »
Carlos, ce jeune immigré salvadorien, est touchant par sa naïveté d’enfant, sa volonté d’apprendre et son attachement à Vanja.
On rencontre aussi Florence, une grand-mère artiste perdue dans son monde lunaire,ou  June et Isabel, deux anciennes amies de Suzana lors d’un voyage au Nouveau-Mexique.

Je vous recommande cette lecture que je classe en coup de cœur pour sa différence, sa construction certes un peu complexe mais maîtrisée, son émotion retenue.
 » Puis il détourna les yeux, ni lui, ni moi, nous n’aimions les paroles à l’eau de rose, même celles qui n’arrivaient pas à la surface de l’eau et restaient en embuscade. La simple possibilité, la seule chance qu’une telle chose puisse exister risquait de rendre le monde mou et douceâtre, or dans un monde mou et douceâtre, les gens ne vivent pas, ils ne font que glisser et se lamenter. »

RL2013 plume  13 auteurs

Le manuscrit retrouvé – Paulo Coelho

coelhoTitre : Le manuscrit retrouvé
Auteur : Paulo Coelho
Littérature brésilienne
Traducteur : Françoise Marchand Sauvagnargues
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 178
Date de parution : mai 2013

Auteur :
Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro.  Il a acquis une renommée internationale avec la publication de L’alchimiste .

Présentation de l’éditeur :
14 juillet 1099. Alors que les croisés sont aux portes de la ville, les habitants de Jérusalem se pressent autour d’un homme mystérieux connu sous le nom du Copte pour entendre ses derniers enseignements. La foule, composée de chrétiens, de juifs et de musulmans qui vivaient jusqu’alors en parfaite harmonie, s’apprête à livrer combat et la défaite semble imminente. Mais loin de toute stratégie guerrière, c’est une véritable leçon de vie qui leur est dispensée. Le Manuscrit retrouvé est une invitation à repenser notre humanité qui pose une question d’une brûlante actualité: quelles valeurs subsistent lorsque tout a été détruit ?

Mon avis :
Paulo Coelho a su me séduire avec bon nombre de ses romans ( L’alchimiste, Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré, Le pèlerin de Compostelle, Le zahir, La sorcière de Portobello) parce que j’apprécie que le message primordial de l’auteur soit illustré dans une histoire.
Ici, dans Le manuscrit retrouvé, seules les pensées sont édictées par Le copte. Il répond à toutes les questions de valeurs posées par les habitants de Jérusalem à la veille de l’attaque des francs. Devant le juif, le prêtre chrétien et l’imam, les réponses ont une visée universelle et l’Amour donné et reçu est la lumière suprême.
Le grand message est effectivement d’aimer, de pardonner, de respecter, de se laisser guider par son intuition. Se laisser émerveiller par la nature, voir chaque chose comme au premier jour, garder son enthousiasme. Toute chose est bonne quand elle est faite avec le cœur.
Il me semble que l’on arrive tout de même à une vision très idyllique où nous devons nous réjouir de la solitude, renoncer à la prudence, renier l’injustice du sort et aller combattre la fleur au fusil des ennemis qui n’en sont pas vraiment.
Il n’est jamais inutile de lire de tels messages de zénitude pour tenter d’atteindre un peu la paix de l’âme mais dans le monde actuel la réalité nous éloigne souvent de ces préceptes.

 » La solitude n’est pas l’absence de compagnie, mais le moment où notre âme est libre de converser avec nous et de nous aider à décider de nos vies. »

 » Mieux vaut avoir aimé et perdu que n’avoir jamais aimé. »

 » Recevoir est aussi un acte d’amour. »

«  Mais de quelqu’un qui cherche à te plaire tout le temps, éloigne-toi. »

Je ne contredis pas la philosophie car il est vrai que l’on se sent bien à regarder une fleur, écouter le chant d’un oiseau, à savoir apprécier les petits miracles de la nature. On peut goûter les moments de solitude pour faire le point, on peut se convaincre que l’échec rend plus fort. Mais la solitude existe en tant que fléau, la misère est plus dure pour certains, et les guerres existeront toujours.
L’objectif de Paulo Coelho est louable. Son message est admirable et courageux mais édicté de cette façon, il me semble un peu utopique. Je préfèrerai retrouver le romancier qui sait illustrer sa pensée dans de fantastiques histoires. N’est-ce pas au travers des histoires que les messages sont les plus marquants ?

Tout comme Le Manuel du guerrier de la lumière, ce livre peut se relire à l’occasion pour dédramatiser nos petits tracas.

 » Seul est vaincu celui qui renonce. »

Je remercie les Éditions Flammarion pour la lecture de ce nouveau livre de Paulo Coelho.

Aleph – Paulo Coelho

alephTitre : Aleph
Auteur : Paulo Coelho
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 312
Date de parution : octobre 2011

Présentation de l’éditeur :
Ici commence un nouveau chapitre de votre vie.

Décider. Changer. Se réinventer. Agir. Expérimenter.
Réussir. Oser. Rêver. Gagner. Découvrir. Exiger. S engager.
Penser. Croire. Grandir. Appartenir. S éveiller.
Nous avons parfois besoin de retrouver un sens à notre vie, de lui redonner souffle et équilibre.
Et si un livre avait le pouvoir de vous faire découvrir un monde nouveau ?
Et si, grâce à la magie des mots et d une histoire, vous commenciez un nouveau chapitre de votre vie ?
Aleph est ce livre. Aleph est un voyage qui pourrait bien changer votre existence.

Mon avis :
Paulo Coelho est l’un de mes premiers auteurs favoris, grâce à la lecture de ses  romans, L’alchimiste, Le pèlerin de Compostelle et un de mes préférés, Sur le bord de la rivière Piedra je suis assise et j’ai pleuré.
Aleph
est aussi l’histoire d’une quête personnelle,  mystique à un moment où le narrateur (très proche de l’auteur, c’est une fiction autobiographique) sent ne plus pouvoir avancer dans la vie.  Son maître à penser lui explique qu’il doit se faire pardonner des actes antérieurs pour être enfin en paix avec lui-même. Écrivain de 59 ans, le narrateur décide donc de faire un périple à la rencontre de ses lecteurs.
Et je me retrouve, une fois de plus (après L’inconnue de Birobidjan de Marek Halter et surtout le magnifique
Tangente vers l’Est de Maylis de Kerangal) à bord de Transsibérien (un peu moins romantique) et aux abords de lac Baïkal, toujours aussi majestueux.
J’ai aimé que cette recherche personnelle m’ emmène dans des vies antérieures au temps de l’Inquisition. L’Aleph est le moment présent contenant le passé et les conséquences sur l’avenir. C’est « le point où tout est au même endroit, en même temps. »
Par contre, il me semble que cette recherche de rédemption est légèrement égoïste. L’écrivain utilise la jeune Hilal, rencontrée de manière étrange en Russie, pour obtenir le pardon mais il ne lui donne rien, si ce n’est l’espoir qu’elle aussi trouvera ainsi sa voie.
Il oscille entre désir, jalousie, fidélité, quête personnelle, objectif littéraire.
J’aurais aimé que l’auteur s’axe davantage sur l’acte de la vie antérieure et ses conséquences sur le présent et l’avenir.
L’histoire de Yao, le vieux traducteur triste de la mort de sa femme, cette relation ambiguë entre l’écrivain et Hilal, l’expérience avec le chamane n’apportent rien au roman si ce n’est un côté surfait et irréaliste.
« Mais, écrire, pour moi, c’est surtout un acte de découverte de moi-même »
Un peu trop égoïste, ce roman peut-être….