La compagnie des artistes – Chris Womersley

womersleyTitre : La compagnie des artistes
Auteur : Chris Womersley
Littérature australienne
Traducteur : Valèrie Malfoy
Titre original : Cairo
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 384
Date de parution : 31 mars 2016

 

 

J’ai découvert Chris Womersley avec Les affligés, un roman sombre et mystérieux qui réunit un ancien soldat à la gueule et l’âme cassées et une jeune orpheline. Depuis, je continue à lire cet auteur australien.

La mauvaise pente garde cette narration très imagée et cette obsession du poids du passé mais sa violence avait amoindri mon enthousiasme. C’est donc assez naturellement que j’ai souhaité lire La compagnie des artistes.
En 1986, Tom Button, dix-huit ans quitte le logement familial de Dunley pour s’installer dans l’appartement de sa tante décédée à Melbourne. Il envisage de s’inscrire à l’Université en Arts et Lettres.
«  L’adolescence est un tourbillon où se mêlent complexe de supériorité et doute écrasant. Aujourd’hui les soi-disant experts s’inquiètent du manque d’estime de soi si répandu chez les adolescents, mais c’est en réalité l’une des nombreuses planches nécessaires pour construire le radeau qui nous transporte de la jeunesse à l’âge adulte. »
Encore un peu naïf, mais autonome et prêt à découvrir le monde, Tom s’intéresse aux habitants de l’immeuble. Il est notamment très attiré par Max Cheever, un artiste bohème qui lui fait comprendre qu’il apprendra davantage avec sa bande d’amis plutôt qu’en Université. Max et ses amis, James un oisif homosexuel ainsi qu’ Edward et sa femme, un couple de peintres qui mêle génie et drogue vont accueillir ce jeune homme dans leur tribu. Aveuglé par la beauté de Sally, la femme de Max et par cette immersion dans un monde bohème, Tom mêle dangereusement son avenir au leur.
Si les personnages sont effectivement attirants par leur extravagance, le dénouement de cette histoire est assez prévisible dès les premiers chapitres.
L’univers de ces adultes desoeuvrés est bien campé avec quelques bonnes réflexions sur l’Art, notamment grâce à Gertrude, une peintre capable de copier un tableau de Picasso mais qui ne sera jamais reconnue dans ce monde misogyne.
 » sa motivation, c’était le plaisir de la fraude, celui de berner le milieu de l’art qui l’avait rejetée. »

Mais ce milieu occulte complètement toute relation extérieure, notamment avec d’autres habitants de Cairo ou avec la famille de Tom.   L’intérêt pour les  personnages peut parvenir à oublier certaines scènes peu crédibles.
La compagnie des artistes se révèle être un roman d’initiation peu original, qui malgré quelques bons personnages peine à susciter l’émotion et la passion.

bac

 

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Nos contrées sauvages – Cate Kennedy

kennedyTitre : Nos contrées sauvages
Auteur : Cate Kennedy
Littérature australienne
Traducteur : Carine Chichereau
Titre original : The world beneath
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 350
Date de parution : avril 2015

Auteur :
Cate Kennedy, née en Australie en 1963, est l’auteur d’un récit de voyage et de deux recueils de poésie. La publication de Nos contrées sauvages a été unanimement saluée par la critique comme le signe d’un renouveau du roman australien et a été couronnée par le People’s Choice Award du NSW Premier’s Literary Awards. Il est paru en 2015 aux éditions Actes Sud.

Présentation de l’éditeur :
Dans une petite ville australienne, Sandy élève seule sa fille Sophie. C’est d’un mauvais oeil qu’elle voit l’irruption dans leur vie de Rich, le père de Sophie, qui était parti peu après sa naissance. Soignant son image d’éternel aventurier, Rich propose à sa fille, pour ses quinze ans, un trek d’une semaine sur l’île de Tasmanie. À l’endroit même où Sandy et lui s’étaient rencontrés lors d’une action militante contre la construction d’un barrage.
Sophie, adolescente gothique rivée à son portable, fait tout pour arracher l’accord à cette mère, dont l’affection débordante et les préceptes hippies l’insupportent. Enfin elle aura l’opportunité de faire connaissance avec son père !
Alors que père et fille s’engagent sur les sentiers d’une randonnée vertigineuse, Sandy part en retraite spirituelle pour calmer ses angoisses.
Mais Rich fait courir des dangers à Sophie que même Sandy n’a pas imaginés. Rancoeurs, douleurs enfouies, petits arrangements avec la vérité : Cate Kennedy dresse une cartographie sensible des contrées sauvages de l’âme humaine.
L’enchantement et la force de ce roman émanent du regard vif et décapant, souvent drôle, que porte l’auteur sur ses trois protagonistes. D’une écriture alerte, l’histoire est alternativement racontée du point de vue de chacun d’eux – sous l’angle de trois expériences bien différentes. Tout ici est vibrant de vie.

Mon avis :
En lisant la quatrième de couverture, le lecteur peut s’attendre à une histoire proche du roman de David Vann, Sukkwan Island. Parents divorcés, le père emmène l’enfant en randonnée dans des contrées sauvages afin de renouer une relation filiale.
Mais si les synopsis sont proches, le traitement est relativement différent. L’approche féminine de l’auteur oriente davantage l’intrigue sur les personnages et non sur la randonnée elle-même, qui toutefois nous installe dans un cadre assez exceptionnel.
Sophie, une adolescente émo-gothique, anorexique peine à se construire entre Sandy, une mère coincée dans son univers hippy et Rich, un père absent depuis sa naissance. Son seul refuge est son blog « Ma putain de vie » qui lui vaut l’admiration du corps enseignant.
Elevant seule sa fille, bien décidée à offrir à Sophie une autre éducation que celle qu’elle a reçue, Sandy n’en arrive pas moins à un constat d’échec.
 » Ce soir-là, elle est sortie avec trois baguettes coincées dans son chignon, sa robe orange et une de ces ceintures orientales avec des grelots qui tintent à tout bout de champ. Et puis ces bras chamallows. Jamais Sophie ne sera comme ça. Plutôt crever! »
Le parent absent garde son mystère et son attrait pour une jeune adolescente contrairement au parent qui se doit par sa présence au quotidien d’assurer l’éducation.
Si Rich a le charme de l’inconnu et peut grâce à son anticipation étonner sa fille par un semblant de modernité, il n’en demeure pas moins, comme Sandy, bloqué dans le passé sur cette aventure écologique en Tasmanie pour la défense de la rivière Franklin, là où il a rencontré Sandy.
 » Que peut-on faire après, quand on a vécu ça? A quoi consacrer le reste de sa vie? »
Sandy et Rich, chacun marqué par une empreinte familiale, se posent aujourd’hui des questions sur les notions de perte, de vieillissement et ont la nostalgie de cette passion vécue en Tasmanie dans les années 80.
Adolescente toujours sur la défensive, sur quel adulte Sophie pourra-t-elle compter?
L’un l’a abandonné pendant quinze ans, l’autre n’a pas vu son problème d’anorexie.
 » Les gens ont beau regarder, ils voient ce qu’ils veulent voir, ce qui les arrange. Elle le comprend presque, d’ailleurs, car le désir est si fort qu’il déforme la réalité, l’efface. »

Cate Kennedy propose ici un roman où chacun va apprendre l’impuissance face à ce que l’on ne peut pas changer, va grandir grâce à cette aventure dans les contrées sauvages, celles de Tasmanie mais surtout celles des trois personnages de cette histoire familiale.

 

A la grâce des hommes – Hannah Kent

kentTitre : A la grâce des hommes
Auteur : Hannah Kent
Littérature australienne
Traducteur : Karine Reignier
Éditeur : Presses de la cité
Nombre de pages : 400
Date de parution : mai 2014

Auteur :
Hannah Kent vit en Australie où elle est cofondatrice et rédactrice en chef adjointe d’une revue littéraire. Elle donne également des cours d’écriture et d’anglais à l’Université de Flinders, où elle achève en parallèle son doctorat. A la grâce des hommes est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Agnes Magnúsdóttir, servante dans l’Islande austère et violente du XIXe siècle, est condamnée à mort pour l’assassinat de son amant et placée dans une ferme reculée en attendant son exécution. Horrifiés à l’idée d’héberger une meurtrière, le fermier, sa femme et leurs deux filles évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Seul Tóti, le révérend chargé de préparer la jeune femme à sa fin prochaine, tente de la comprendre. Au fil des mois, Agnes raconte sa vérité, aussi terrible soit-elle à accepter. Mais la justice des hommes est en marche, et pourquoi Agnes réapprendrait-elle à vivre si c’est pour mourir ?
Inspiré d’une histoire vraie, A la grâce des hommes est un roman sur la vérité, celle que nous pensons connaître et celle à laquelle nous voulons croire. Avec ce premier roman à l’atmosphère lyrique et ample, Hannah Kent s’impose d’ores et déjà comme l’un des grands écrivains de sa génération.

Mon avis :
«  Les gens prétendent vous connaître sous prétexte qu’ils savent ce que vous avez fait, mais ont-ils pris la peine d’écouter ce que vous avez à dire ? »

Basé sur des faits réels, Hannah Kent nous raconte l’histoire d’ Agnès Magnusdottir, la dernière personne àêtre exécutée en Islande. Elle était accusée d’avoir participé avec Fridrik Sigurdsson et Sigridur Gudmundsdottir aux meurtres de Natan Ketilsson et de Petur Jonsson en 1828.
Après décision du roi du Danemark qui fait la justice en Islande, Agnes est envoyée dans la ferme de l’officier de police, Jon Jonsson afin d’y attendre sa prochaine décapitation. Là, en compagnie des gens de cette famille et du sous révérend Thorvandur Jonsson dit Totie, elle va réapprendre à vivre normalement en participant aux travaux de la ferme, se confier à Totie et nous évoquer ses sentiments et ses souvenirs.
Dans cette Islande au climat rude, où  » les gens ne vous laissent pas oublier vos fautes« , où les gens de maison doivent rester à leur place, Agnès, enfant abandonnée par sa mère va servir de ferme en ferme jusqu’à être engagée par Natan, cet homme étrange dont elle tombe amoureuse.
 » Dès lors, comment pourrais-je décrire l’instant où j’ai compris que je venais de trouver ce que je désirais ardemment sans le savoir ? Mon esprit en a perdu la trace. Seul demeure le souvenir de ce désir. Un désir si vif, si apte à me pousser vers les ténèbres qu’il m’a terrifiée. »
Hannah Kent nous décrit une Agnes, beaucoup plus nuancée que les souvenirs historiques. Elle est ici un personnage qui parvient à émouvoir son confesseur Totie, ses « geôliers » et bien évidemment le lecteur. Sa condition et son intelligence m’ont fait penser à l’héroïne du roman de Tracy Chevalier, La jeune fille à la perle.
L’auteur parvient ainsi à me captiver sur plusieurs registres : l’intensité des personnages, la technique de narration alternée, le contexte d’un pays et d’une époque ( qui m’a rappelé le roman de Dominic Cooper, Nuage de cendres), l’intérêt croissant pour cette histoire qui se dévoile petit à petit et cette évolution progressive des relations entre les personnages.

J’ai donc passé un très beau moment de lecture avec ce premier roman d’Hannah Kent en pensant à des héroïnes comme Corrag ( Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher) ou Griet ( La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier)

Ce roman sera adapté au cinéma en 2016 par le réalisateur Gary Ross ( Hunger Games) avec Jennifer Lawrence dans le rôle d’Agnès.

Je remercie babelio et les Éditions Presses de la Cité pour l’attribution de ce livre dans le cadre d’une opération Masse Critique spéciale.

 

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Sarah Thornhill – Kate Grenville

grenvilleTitre : Sarah Thornhill
Auteur : Kate Grenville
Littérature australienne
Traducteur : Mireille Vignol
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 256
Date de parution : 2 mai 2014

Auteur :
Kate Grenville est née en 1950 à Sydney. Ses romans sont des best-sellers dans tous les pays anglo-saxons. Ils ont remporté de nombreux prix, dont l’Orange Prize et le Commonwealth Writers’ Prize et sont traduits dans le monde entier.
Son roman Le Fleuve secret s’est vendu à plus de 270 000 exemplaires et a été sélectionné pour le Man Booker Prize.

Présentation de l’éditeur :
Sarah Thornhill est la fille cadette de William Thornhill, ancien bagnard devenu propriétaire terrien le long du fleuve Hawkesbury, des terres hantées par le souvenir de leurs anciens occupants aborigènes méprisés et massacrés. À la mort de sa mère, son père s’est remarié avec une femme ambitieuse et bornée. Mais Sarah mène une vie heureuse près de ce père qu’elle aime. Elle est amoureuse du beau Jack qui l’aime aussi. Pourquoi donc tous s’obstinent-ils à empêcher cet amour ? Quel secret peut bien cacher son père par ailleurs si généreux et attentif ?
Elle devra chercher des réponses dans un passé que tous s’appliqueront à dissimuler et par-delà les mers, en Nouvelle-Zélande, où son frère a disparu en laissant une fillette à demi maorie que William Thornhill est bien décidé à considérer comme faisant partie de la famille, au grand dam de sa femme.
Kate Grenville crée des personnages attachants et des histoires passionnantes, elle sait aussi que les vérités les plus fortes peuvent avoir besoin de détours pour se manifester au grand jour.
Pour son roman Sarah Thornhill, Kate Grenville s’est inspirée de l’histoire de sa famille.

Mon avis :
Kate Grenville nous transporte en Nouvelle Galles du Sud (Sud est de l’Australie), pays immense où la nature est sauvage, les distances énormes et les habitants de multiples horizons. Nous sommes au XIXe siècle,  à l’époque où les bannis installés sur l’île ont fini par créer de riches exploitations, où les colons irlandais s’installent délogés en leur pays par les Anglais et où les natifs, vulgairement appelés les Noirs ou les Naturels sont relégués dans des zones de pauvreté.

Sarah est la seconde fille d’un banni remarié avec Meg, une acariâtre belle-mère pour les cinq enfants vivant sous le toit de Pa Thornhill. Dans cette famille, l’éducation n’a pas d’importance. Mieux vaut être illettré mais avoir un domaine, une richesse. Un banni reste toujours un peu paria mais ses origines se font oublier quand il a fait fortune. Par contre, un Noir ou un fils d’un colon et d’une naturelle seront à jamais la cible de violences et d’ostracisme.

En grandissant, Sarah, jeune fille avide de liberté et d’indépendance, perçoit dans la réserve de son père et dans son attitude face à la misère des Noirs un passé caché aux enfants. Lorsqu’elle apprend qu’un quatrième fils a quitté le toit familial avant sa naissance, elle tente d’en comprendre les raisons. Cette ambiguïté face aux naturels se marque alors davantage quand son ami Jack ramène la fille que son frère Will, décédé en mer, a eu avec une indigène de Nouvelle Zélande. Quand sa belle-mère lui interdit de partir avec Jack, ce noiraud dont elle est amoureuse, son monde vacille et elle ne peut que s’enfuir.

« Quand on se fait seul, on veut en faire profiter les enfants. On ne veut pas les voir tout jeter et retourner là d’où on vient. »

Alors Sarah va grandir, trouver un moyen de fuir cette affreuse belle-mère et vivre une vie certes difficile mais indépendante dans un lieu un peu désert mais propice aux rêveries. Elle découvre l’isolement mais aussi l’amitié et peut-être l’amour. Mais où qu’elle soit, elle garde une étrange attraction pour ces Noirs obligés de quémander auprès des Blancs.

Kate Grenville nous offre le beau récit de cette jeune fille qui doit grandir avec les erreurs du passé de ses ancêtres, trouver sa place sur cette terre rude où se côtoient autochtones, bannis et colons. L’auteur (ou le traducteur) a souhaité rester dans l’authenticité du pays et de l’époque en utilisant un style peu littéraire avec des expressions lourdes et répétitives ( « que j’ai dit », « que je lui ai répondu », « j’ai pas ») ce qui casse un peu le rythme et la sensibilité du récit.

Ce roman m’a un peu fait penser à Une terre d’ombre de Ron Rash. Alors si vous l’avez aimé, celui-ci peut aussi vous plaire.

 

 

 

 

Une rançon – David Malouf

maloufTitre : Une rançon
Auteur : David Malouf
Littérature australienne
Traducteur : Nadine Gassie
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 224
Date de parution : août 2013

Auteur :
David Malouf est l’un des plus grands écrivains australiens contemporains. Son œuvre romanesque (publiée en France chez Albin Michel) lui a valu une reconnaissance internationale. Elle a été couronnée par le prix IMPAC, le Los Angeles Times Book Award et en France, par le prix Femina étranger pour Ce vaste monde.

Présentation de l’éditeur :
Une rançon marque le retour au roman de l’immense écrivain qu’est l’Australien David Malouf, prix Femina étranger pour Ce vaste monde. Il réinterprète ici magistralement l’une des scènes les plus célèbres de L’Iliade. Celle où Priam, du haut des murs de Troie, assiste à la profanation du corps d’Hector, traîné derrière le char d’un Achille rendu fou de douleur par la mort de son ami Patrocle. Prêt à tout pour récupérer le cadavre de son fils, le vieillard, dépouillé des attributs de la royauté, se dirige alors vers le camp des Grecs dans une simple charrette tirée par des mules. Achille et Priam: deux hommes face à leur souffrance, au chagrin, en quête de rédemption. Incandescent et crépusculaire, ce livre au lyrisme puissant et délicat, à l’instar de l’épopée légendaire qu’il restitue, résonne singulièrement dans le monde d’aujourd’hui.

Mon avis :
Comme dans tout texte antique, on retrouve ici les notions de pouvoir, la brutalité de la guerre et le mystère des Dieux.
David Malouf évoque les différents récits de l’Iliade avec la mort d’Hector, fils de Priam le roi de Troie. Achille, chef des Myrmidons peuple grec, a tué Hector pour venger Patrocle, son ami d’enfance, son âme soeur. La peine et la rage d’Achille est si grande qu’il traîne chaque jour derrière son char le corps d’Hector, qui, protégé par les Dieux reste pourtant intact.
Contre l’avis de ses fils et de sa femme, Priam choisit d’aller rechercher le corps de son fils, en se présentant à Achille en homme simple avec un char minable tiré par deux mules et guidé par un paysan, Somax. Avec la plus grande humilité, il porte un trésor à Achille en guise de rançon.
Le voyage de Priam et de Somax (personnage inventé) est un des plus beaux moments du livre. Le roi trouve ainsi goût aux plaisirs simples de mettre ses pieds dans l’eau ou de manger une galette cuisinée par la bru de Somax. Il perçoit tout l’amour que Somax éprouve pour sa famille se souvenant de moments privilégiés avec son fils ou sa petite fille. Alors que Priam, engoncé dans les rituels du pouvoir connaît mal ses cinquante fils et filles. Le pouvoir l’a exclu des joies simples de la vie de famille. Conventions et obligations brident les sentiments.
L’autre moment fort est la rencontre des deux ennemis, le troyen Priam et le grec Achille qui pourtant sous l’aura des Dieux éprouveront des sentiments proches de ceux d’un fils pour son père. C’est un moment de grâce où les sentiments affleurent, sachant pourtant que sitôt la fin du deuil la guerre reprendra.
J’ai beaucoup aimé cette vision d’un extrait de l’Iliade revu en prenant ces détails sous le biais des rencontres humaines. L’auteur évoque ainsi la première rencontre d’Achille et de Patrocle, le sauvetage de Priam par sa soeur Hésione, l’accompagnement de Priam et Somax par Hermès.
Même si les récits de guerre (mort de Patrocle et supplice du corps d’Hector), les interventions des Dieux sont présents, ce côté reste secondaire. L’auteur n’a pas choisi d’insister sur le côté épique et antique, c’est peut-être cette dimension qui m’a manqué.

Je remercie Hérisson pour l’attribution de ce livre lors du partenariat dans le cadre du challenge 1% Rentrée Littéraire 2013.

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La scène des souvenirs – Kate Morton

mortonTitre : La scène des souvenirs
Auteur : Kate Morton
Littérature australienne
Traducteur : Anne -Sylvie Homassel
Nombre de pages : 574
Date de parution : avril 2013

Auteur :
A vingt-neuf ans, l’Australienne Kate Morton écrit Les Brumes de Riverton (Presses de la Cité, 2007), qui connaît un succès mondial. Les deux romans qui ont suivi, Le Jardin des secrets (Presses de la Cité, 2009) et Les Heures lointaines (Presses de la Cité, 2011), lui ont permis de confirmer son talent et sa place sur la scène littéraire internationale.

Présentation de l’éditeur :
Quand le rideau se lève sur les souvenirs enfouis…
La célèbre actrice Laurel Nicolson se rend dans le Suffolk, au chevet de sa mère mourante. En feuilletant un album de famille, la comédienne découvre une photographie qu’elle n’avait encore jamais vue. Datée de 1941, celle-ci montre sa mère aux côtés d’une inconnue – une certaine Vivien, comme Laurel ne tarde pas à l’apprendre. Ce prénom, étrangement familier à ses oreilles, la ramène brusquement cinquante ans en arrière, au coeur d’un après-midi d’été étouffant. L’adolescente rêveuse qu’elle était alors avait assisté à un événement tragique qu’elle avait ensuite tout fait pour oublier.
Hantée par ce souvenir, Laurel décide de fouiller dans le passé de sa famille. L’histoire secrète qu’elle exhume la plonge dans Londres, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Mon avis :
Je n’avais encore rien lu de Kate Morton, cette jeune auteure australienne férue de littérature victorienne. Les bonnes chroniques lues sur les blogs m’ont incitée à lire son dernier roman, La scène des souvenirs. Sa couverture alléchante suggère un personnage secret et envoûtant.
Si au départ, je fus un peu chagrinée par le ton théâtral du récit, le mystère de ce meurtre perpétré cinquante plus tôt par la mère de Laurel, aujourd’hui à l’ approche de la mort, m’a vite fait oublier mes réticences. Il m’a tout de même fallu attendre une bonne moitié du texte pour être complètement ferrée par cette construction remarquable qui dévoile à la manière d’un puzzle l’histoire réelle. Et je dois saluer la mise en scène minutieuse qui m’a tenue en haleine, m’a recadrée à plusieurs reprises grâce à  de nouveaux indices me dévoilant ainsi  la vraie personnalité des protagonistes.
Certes, la construction qui alterne les paragraphes sur l’enquête menée en 2011 par Laurel, la fille aînée témoin du meurtre en  1961 et ceux de l’histoire conjointe de Dorothy, Vivien et Jimmy durant le blitz de 1941, ne facilite pas les choses. Je me suis demandée plus d’une fois si ce qui nous était dévoilé dans l’histoire était connu de Laurel grâce à son enquête. Autant d’indices nous sont donnés dans l’un et l’autre, je devais donc être très attentive à la lecture. Mais le puzzle se met agréablement en place en nous laissant découvrir des personnalités, notamment féminines, complexes.
J’ai aussi beaucoup apprécié le rapport entre Laurel et sa mère. Bien sûr, la curiosité de la fille la pousse à remuer des secrets de famille délicats mais elle veut garder, quelque soit l’issue de son enquête, reconnaissance et amour pour cette mère qui fut pour elle, son père, son frère et ses sœurs une femme aimante et débordante d’imagination.
Kate Morton fait preuve d’un réel talent de conteuse grâce à cette intrigue qui réunit des personnages complexes et attachants. Elle nous comble d’un récit romanesque au suspense accrocheur.
Je remercie les Éditions Presse de la Cité pour cette agréable lecture.

J’ai lu ce livre en Lecture Commune avec Mimi. Retrouvez son avis sur son blog.

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La baie de midi – Shirley Hazzard

Titre : La baie de midi
hazzardAuteur : Shirley Hazzard
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 265
Date de parution : septembre 2010

Auteur :
Née en Australie, fille de diplomates, amie de Graham Greene, Shirley Hazzard a beaucoup voyagé en Asie et en Europe. Elle est l’auteur de plusieurs romans, mais aussi d’essais et de nouvelles. En 1980, Le passage de Vénus l’imposa d’emblée comme un écrivain majeur de notre époque. Le Grand Incendie, paru aux Éditions Gallimard en 2005, a été couronné par le National Book Award.

Présentation de l’éditeur :
Jenny quitte son Angleterre natale et les froides réalités du Nord pour découvrir le Sud et les charmes de Naples. Elle va faire la connaissance d’une écrivaine, la belle et talentueuse Gioconda, et de son amant, Gianni, un metteur en scène romain. Mais à partir de ce trio traditionnel, l’art de Shirley Hazzard, avec le
regard sans concession qu’elle porte sur les faiblesses humaines, va bouleverser la donne. L’étrangère, néophyte et fascinée, perd peu à peu son innocence et, de spectatrice manipulée, devient actrice à part entière. Ainsi apprend-elle que comprendre l’autre, c’est aussi se rapprocher de soi-même. Des ruines somptueuses de Naples à ses terrasses au soleil, ce livre nous promène à travers la ville. Mais c’est surtout d’un voyage initiatique qu’il s’agit : celui qui, par les chemins hasardeux de la découverte d’autrui, mène à la connaissance de soi. Cette tranche de vie qui lie une héroïne et une ville emmène le lecteur de surprise en surprise : l’aventure n’est pas toujours là où l’on s’attend à la trouver

Mon avis :
La baie de midi a été écrit en 1970, par Shirley Hazzard, une auteure australienne. Ceci explique le ton un peu suranné des histoires à l’anglaise associées à la découverte de la langueur napolitaine.
Car l’héroïne, Jenny, jeune anglaise qui à passé son enfance en Afrique pour échapper à la guerre se retrouve en Italie, expatrié pour son travail dans l’armée. Elle a fui le couple de son frère où elle était un peu la pièce rapportée. Amoureuse de son frère, elle comblait les manques intellectuels de sa
belle-sœur.
À Naples, elle va reconduire le même schéma en s’associant au couple de Giaconda et Gianni. Giaconda est une italienne solaire, malgré la douleur de son passé, amoureuse de Gianni, un metteur en scène marié et père de famille qui peut-être tantôt odieux, tantôt passionné mais aussi sensible et attentionné. Les sentiments ne sont pas simples. Il y a la douleur des amours passées, la peur de s’engager, de se découvrir. Jenny aussi, reste incertaine face à Justin, un écossais qu’elle a rencontré à Naples.
 » Comme ils sont tortueux, ces chemins de l’amour, serpentant autour de nous, nous piégeant dans leurs entrelacs,
se faufilant sur la moquette rouge d’un restaurant, grimpant mê
me un murs. »
Face à ces histoires de couple, il y a surtout la découverte de L’Italie d’après-guerre avec cette pauvreté, ces ruines, la beauté volcanique de Naples, les monuments, les terrasses de café. On y découvre chez Gianni,  la vie mondaine de Rome, la douceur et la quiétude de Capri.
Pour Jenny, ce séjour en Italie est une période cruciale de sa vie, une période de reconstruction. Elle n’en sortira pas plus joyeuse mais les souvenirs de cette époque lui laisseront une trace permanente qu’elle tentera de retrouver, une fois adulte.
Mon sentiment vis à vis de ce livre est en accord avec ceux des protagonistes, il me reste une vague ambiance, une perception douce et mélancolique mais pas d’engagement franc.

plume