Sous la grande roue – Selva Almada

Titre : Sous la grande roue
Auteur : Selva Almada
Littérature argentine
Titre original : Ladrilleros
Traducteur : Laura Alcoba
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 176
Date de parution : 21 mars 2019

 

Une nuit, sous la grande roue, deux adolescents, Pajaro Tamai et Marciano Miranda, sont allongés dans la boue. Semblant parler au fantôme de leurs pères,ils n’ont plus que la mouvance de leurs souvenirs. Entre ces rencontres avec les deux jeunes garçons agonisants, Selva Almada remonte à leur enfance, à la rivalité entre leurs pères, Oscar Tamai et Elvio Miranda.

Amis d’enfance jusqu’à l’âge de six ou sept ans, Pajaro et Marciano, sont ensuite devenus chacun chef de bande. Ils se partagent la rue, prêts à montrer leur supériorité au moindre prétexte. Cette fois, la bagarre a mal tourné. Pour quelles raisons?

L’auteur excelle à nous plonger dans cette atmosphère virile des familles d’un petit village d’Amérique du Sud. L’atmosphère est étouffante, seulement rafraîchie par le goût des bières glacées sorties du congélateur ou des baignades au lac ou à Entre Rios.

 » Il se souvenait de la fois où il était allé là-bas avec son père, le seul voyage qu’ils avaient pu faire ensemble, le seul qu’il avait fait, lui. Il fermait alors les yeux et revoyait la rivière, les arbres, les collines si vertes; il en venait à sentir sur son visage, de nouveau, la fraîcheur du cours d’eau, l’air subtilement chargé du parfum des fleurs poussant sur le rivage. »

Chacun à leur façon, les pères des garçons ont une part de violence, acceptée, voire appréciée de leur femme respective. L’alcool et le jeu mènent leur vie. Des figures d’homme qui sont des modèles pour leur fils. Même si parfois, la nature est bien différente.
 » Les hommes frappent toujours les femmes, au moins une fois dans leur vie. »

La raison de la bagarre entre Pajaro et Marciano nous ne la comprendrons vraiment qu’à la fin du roman. L’auteur décortique patiemment le passé pour avancer vers le côté inéluctable de cette tragédie.

Depuis Après l’orage et Les jeunes mortes, Selva Almada continue courageusement à dénoncer la violence d’une société patriarcale. Ses personnages écrasés sous le poids d’une éducation peinent à trouver le chemin vers la sérénité et l’accomplissement de soi.

 

La fille du cryptographe – Pablo de Santis

Titre : La fille du cryptographe
Auteur : Pablo de Santis
Littérature argentine
Titre original : La hija del criptografo
Traducteur : François Gaudry
Editeur : Métailié 
Nombre de pages : 384
Date de parution :  13 septembre 2018

 

 

 

 

«  Nous sommes capables de trouver la signification de n’importe quel message codé, à l’exception de celui qui nous est adressé. »

 

Miguel Dorey renonce à ses études de droit pour travailler sur les langages secrets des civilisations oubliées et les messages codés. Enfant, souffrant d’une défaillance auditive, il avait pris l’habitude de déchiffrer les phrases incomplètes et de lire sur les lèvres.

A l’université de Buenos Aires, dans les années 70, il suit un séminaire de Colina Ross, expert en cryptographie qui a travaillé en Angleterre avec Alexander Maldany, le déchiffreur de la langue de Dédale.

Colina Ross devient un homme incontournable pour Miguel, d’autant plus qu’il tombe amoureux d’Eleonora, qui, même si elle le cache à son entourage, se révèle être la fille unique du professeur cryptographe.

A l’instar de son maître, Miguel fonde avec quelques amis Le Cercle des cryptographes de Buenos Aires. Cette association amicale de passionnés peu tournée vers l’agitation du pays, se fait vite reconnaître grâce à sa publication, Les cahiers du sphinx.  Et malheureusement investir par Victor Cramer, homme charismatique qui rivalise depuis toujours avec Colina Ross, et d’autres membres virulents comme Lemos et Cimer. Ces nouveaux venus sont bien décidés à transformer le cercle des cryptographes en un instrument révolutionnaire.

«  Nous autres, lecteurs de langues perdues, scrutateurs des symboles que cachait la réalité, ne prenions pas la peine de déchiffrer les signaux de la catastrophe. »

Pourtant après le coup d’état de mars 1976, Cramer, Lemos, Cimer et Miguel sont arrêtés, détenus dans un sous-sol pour travailler sur du décryptage pour le régime militaire.

La fille du cryptographe est un roman passionnant mêlant fiction et histoire des années du péronisme en Argentine. Basé sur les messages codés, ce récit cumule les énigmes tant sur le passé de Colina Ross, le véritable rôle d’Eleonora prise entre ses origines et sa volonté d’aider les révolutionnaires, l’identité du dénonciateur et la possibilité d’une vie normale après l’emprisonnement et l’exil. Peut-on vivre normalement dans un pays menacé par la dictature? Ou pour tant de raisons personnelles ou professionnelles sommes-nous contraints un jour à regarder la vérité en face?

«  Par les temps qui courent, avait dit Colina, n’importe quelle discussion peut dégénérer en conflit armé. »

Foisonnant, ce roman n’est pas une lecture facile. Ambiance mystérieuse, rebondissements amenés par le bureau de postes des Dieux, terreur, manipulation, torture du régime militaire, tout contribue à donner une couleur sombre et une complexité au récit que la personnalité de Miguel Dorey ne vient pas adoucir. Il reste un intellectuel passionné, déterminé dans ses recherches, parfois naïf mais toujours droit et raisonnable.

Et pourtant, j’ai beaucoup apprécié l’univers de Pablo de Santis qui, d’une belle plume donnant de la puissance à ses descriptions, nous plonge ici dans l’ambiance de la dictature tout en préservant le plaisir de lecture grâce à de multiples intrigues. Ce sont toujours les lectures qui se méritent qui laissent le plus d’empreintes.

L’examen – Julio Cortázar

Titre : L’examen
Auteur : Julio Cortázar
Littérature argentine
Titre original : El examen
Traducteur : Jean-Claude Masson
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 363
Date de parution :   26 avril 2018 en collection Empreinte
Première parution : novembre 2001

Ce premier grand roman de Julio Cortázar est resté inédit pendant trente ans. En tant que premier roman, il n’est peut-être pas le plus abouti mais témoigne apparemment de ce que sera l’univers insolite et angoissant de l’auteur.

La préface de Jean-Claude Masson n’est pas pour me mettre en confiance. Le traducteur annonce des phrases étrangères non traduites ( il y en aura peu et elles restent compréhensibles), des phrases tronquées ( nous sommes souvent sur une transcription de la langue parlée), des jeux de mots ( je ne les ai sûrement pas tous saisis), des références littéraires ou allusions locales et des effets d’organisation de l’écriture. 

Comme Faulkner, Cortázar avait commencé par la poésie « sous l’influence de Mallarmé et des symbolistes français. ». Nous sommes prévenus, «  L’examen n’est pas avare de « passages difficiles » ». 

Clara et Juan, un couple de jeunes gens sont à la veille d’un examen universitaire. Ils déambulent dans Buenos Aires avec un autre couple, Andres et Stella et celui qu’on appelle le chroniqueur. En traversant les rues envahies d’un brouillard étrange, les cinq jeunes gens discutent. Ce sont tantôt des discussions anodines de la jeunesse, tantôt des questionnements intellectuels.

«  Je crois qu’ici nous sommes peu nombreux, que nous servons à bien peu de chose, que l’intelligence élit ses demeures et que l’Argentine n’en est pas. »

En fond de promenade, derrière ce brouillard, on détecte des comportements étranges, comme une femme de blanc vêtue au centre d’un cercle d’hommes, un chien poussé sous un train, des portraits entassés, des gens qui se sauvent suivis par des policiers, un blessé, une forme noire qui se déplace, des coupures d’électricité. Mais l’état de violence n’apparaîtra plus nettement qu’à la fin.

«  fermer les yeux…C’est une vieille coutume dans ce pays. »

Entre temps, il y a une bagarre au théâtre et cette étrange atmosphère lors du jour de l’examen. 

Mais l’ambiance reste toujours dans ce brouillard omniprésent et cette angoisse, cette peur qui se matérialise aussi avec cet étrange Abel qui apparaît sans cesse sur le chemin des cinq jeunes gens. 

«  Il faut que je fasse en moi la part de l’ennemi, celui qui a été dressé pour tuer la partie libre. Celui qui doit être bon, aimer son petit papa, ne pas grimper sur les chaises ni marcher sur les pieds des invités. Je ne peux compter que sur une si faible partie de moi-même; mais ce tout petit peu veille, il est attentif. Baudelaire avait raison, chroniqueur: C’est Caïn, le rebelle, l’être libre, qui doit se méfier du très doux, visqueux, du très bien éduqué Abel... »

L’Examen n’est pas une lecture facile et il mérite sûrement plusieurs lectures afin d’en saisir toute la teneur. A ce stade, je reste tout de même sur une impression assez nébuleuse.

Double fond – Elsa Osorio

Titre : Double fond
Auteur : Elsa Osorio
Littérature argentine
Titre original : Doble fondo
Traducteur : François Gaudry
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 400
Date de parution :   18 Janvier 2018

En 2004, le corps de Marie Le Boullec, médecin de Saint Nazaire est  retrouvé par des pêcheurs à La Turballe. Veuve depuis peu, elle était une femme sans histoires appréciée de son entourage. 

Muriel Le Bris, une jeune journaliste jugée trop fouineuse par le siège central de Rennes et mutée à Saint-Nazaire couvre ce fait divers. Elle apprend du commissaire Fouquet que Marie était d’origine argentine et qu’elle est morte d’asphyxie par immersion, ce qui ressemble étrangement aux vols de la mort pratiqués en Argentine dans les années 70. Tant de femmes de sa génération et de son pays étaient mortes de cette façon cruelle, balancées vivantes d’un avion.

Avec Geneviève, la voisine et amie de Marie et Marcel, un copain d’université qui connaît parfaitement l’espagnol, Muriel va mener une véritable enquête d’investigation sur l’identité de la morte de La Turballe et l’histoire de l’Argentine. Sur l’ordinateur de Geneviève, elle trouve une correspondance entre Marie  sous le nom de Soledad et Matias Cortès, un jeune informaticien dont elle prétend connaître la mère.

En parallèle, Elsa Osorio met en scène Juana, une jeune argentine des forces armées révolutionnaires dans les années 70. Enfermée en septembre 1976 dans un centre de torture ( ESMA), elle devient la maîtresse de Raul, dit Le Poulpe afin de sauver son fils. 

Contre son gré, elle doit infiltrer le comité de boycott de la coupe du monde de football en Argentine et aider Massera, le commandant de l’ESMA à rencontrer Valery Giscard d’Estaing en échange de la libération de journalistes français. Elle devient ainsi une traitre à son pays.

En croisant l’enquête de Muriel et le récit de Juana, le puzzle se reconstitue autour de l’identité de Marie Le Boullec. D’une part, il y a le récit historique des heures sombres de l’Argentine et la vie d’une femme, d’une mère contrainte au pire pour sauver ceux qu’elle aime. D’autre part, il y a le suspense et les rebondissements de l’enquête de Muriel qui dérange la petite vie tranquille de Saint-Nazaire. Violence, cruauté, manipulations, passion d’un côté et enquête, amourette, magouilles de l’autre. Le rythme est dense, le sujet profond. Avec sa modernité et sa franchise, la petite journaliste donne de la respiration à cette histoire tragique.

Dans la lignée de Luz ou le temps sauvage, Elsa Osorio s’empare de l’histoire de son pays avec la dictature argentine. On peut s’y perdre parfois tant les protagonistes utilisaient de noms ou surnoms pour cacher leur véritable identité. Mais l’auteur vient et revient sur le passé en jonglant avec les deux époques, et ce qui peut paraître redondant permet de mieux comprendre, de saisir les détails. Double fond est un roman sombre dont je retiendrais pourtant l’espoir et la volonté d’une femme à vouloir sortir de la peur et à trouver le pardon d’un fils. Mais peut-on échapper à son destin?

Les jeunes mortes – Selva Almada

almadaTitre : Les jeunes mortes
Auteur : Selva Almada
Littérature argentine
Titre original : Chicas muertas
Traducteur : Laura Alcoba
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 144
Date de parution : 8 octobre 2015

Auteur :
Selva Almada est née en 1973 à Villa Elisa (Entre Ríos) et a suivi des études de littérature à Paraná, avant de s’installer à Buenos Aires, où elle anime des ateliers d’écriture. Son premier roman, Après l’orage (Métailié), a reçu un excellent accueil critique
Présentation de l’éditeur :
Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l’histoire judiciaire. Des “faits divers”, comme on dit cruellement, qui n’ont jamais fait la une des journaux nationaux.
Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l’école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d’orage ; María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague ; Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain.
Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse ; elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l’après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante… Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l’indifférence d’une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l’entend. En toute impunité.
À l’heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi. Mais c’est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

Mon avis :
Un dimanche matin de novembre 1986, après une nuit d’orage dans sa maison natale de Villa Elisa, Selva apprend la mort d’une jeune fille de dix neuf ans, Andrea Danne.
 » J’avais treize ans et, ce matin-là, la nouvelle de la jeune morte a été pour moi comme une révélation. Ma maison, la maison de n’importe quel adolescent, n’était pas l’endroit le plus sûr au monde. Chez toi, on pouvait te tuer. L’horreur pouvait vivre sous ton toit. »
Deux autres disparitions vont marquer la mémoire de Selva : celle de Maria Luisa Quevedo retrouvée violée et étranglée dans un terrain vague plusieurs jours après sa disparition en décembre 1983 et celle de Sarita Mundin, jeune fille de vingt ans disparue en mars 1988.
 » Trois adolescentes de province assassinées dans les années 80, trois crimes restés impunis perpétrés à l’époque où, dans notre pays, nous ne connaissions pas encore le terme « féminicide ».
En nous racontant brièvement ce que pouvait être la vie de ces victimes, en enquêtant auprès de leurs proches, Selva Almada met en évidence les conditions de vie des jeunes femmes de condition modeste.
Les adolescentes travaillent souvent dès le plus jeune âge, se marient ou sont enceintes très tôt. Sarita, enceinte à quinze ans fut forcée à la prostitution par son mari.
 » Rendre visite à un homme seul qui en échange donne un coup de main avec un peu d’argent est une forme de prostitution très courante dans les villages de province. »
La domination masculine est violente mais les femmes en parlent à voix basse.
En rencontrant des membres de la famille ou des amis, en allant même consulter La Dame, une voyante tireuse de cartes, Selva tente de dénouer les fils de ces enquêtes inachevées et de sortir ces jeunes victimes de l’oubli.
 » Telle est peut-être ta mission : rassembler les os des jeunes filles, les recomposer, leur donner une voix pour les laisser ensuite courir librement quelque soit l’endroit où elles doivent se rendre. »

Sous un biais davantage journalistique que romanesque, Selva Almada témoigne de la condition des jeunes femmes en Argentine dans les années 80 et de l’impunité qui en résulte.
« Début juin 2015, les Argentins se sont mobilisés massivement contre les violences faites aux femmes » titre le Courrier International en faisant paraître un diagramme avec le nombre de femmes assassinées par pays en Amérique Latine en 2014.
Brésil 4719 en 2012, Mexique 2000 en 2013, Argentine 277 en 2014, Pérou 115 en 2014, Colombie 115 en 2014, Equateur 97 en 2014, Chili 40 en 2014, Uruguay 13 en 2014)

J’avais aimé la force et la précision de l’écriture de Selva Almada dans Après l’orage. Elle met ici ces qualités littéraires au service d’une cause personnelle, témoigner et alerter sur les assassinats impunis de femmes en Argentine.

RL2015

Luz ou le temps sauvage – Elsa Osorio

osorioTitre : Luz ou le temps sauvage
Auteur : Elsa Osorio
Littérature argentine
Titre original : A veinte años, Luz
Traducteur : François Gaudry
Éditeur : Points
Nombre de pages : 473
Date de parution : Métailié 2000, Points 2010

Auteur :
Elsa Osorio, née à Buenos Aires en 1953, a vécu à Paris et Madrid avant de retourner dans sa ville natale. Elle écrit des scénarios pour le cinéma et la télévision.

Présentation de l’éditeur :
Après vingt ans d’ignorance puis de quête, Luz a enfin démêlé les fils de son existence. Elle n’est pas la petite-fille d’un général tortionnaire en charge de la répression sous la dictature argentine ; elle est l’enfant d’une de ses victimes. C’est face à son père biologique, Carlos, retrouvé en Espagne, qu’elle lève le voile sur sa propre histoire et celle de son pays.

Mon avis :
Elsa Osorio construit une fiction passionnante et intrigante en Argentine au cœur de la dictature des généraux. Pendant les années 70, les militaires ont emprisonné et torturé tous ceux qui s’opposaient au régime, tous ceux qui voulaient une autre vie, une autre liberté, ceux qu’ils appelaient les subversifs.
«  Au camp ils te tuent à petit feu, ils t’humilient, ils te cassent, ils te salissent. Ils te tuent plusieurs fois. »
L’auteur s’attache particulièrement au cas de ces jeunes rebelles enceintes qui donnaient la vie en prison. Elles étaient exécutées juste après l’accouchement, leur enfant confié à des proches de militaires en mal d’enfant.
A vingt ans, alors qu’elle devient mère à son tour, Luz ressent des doutes sur ses origines. La mémoire des sens met en évidence tout ce qui l’éloigne de Mariana, cette mère autoritaire qu’elle ne supporte plus depuis l’adolescence. Avec l’aide de son mari, Ramiro dont le père a été tué par les militaires et des Grands-Mères, ces femmes d’une patience incroyable qui tentent de retrouver les disparus de la dictature, elle s’oppose enfin à Mariana et part à la recherche de ses origines. Lorsqu’elle retrouve enfin son père biologique, Carlos Squirru en Espagne, elle lui raconte son histoire pour enfin  » faire la lumière sur cette histoire d’ombres. ».
Le récit alterne les points de vue des différents protagonistes et insère quelques dialogues entre Luz et son père. Ce procédé donne du rythme et de la richesse à un récit qui peut parfois, surtout vers la fin , paraître un peu long.
Chaque étape dévoile la vie de ceux qui ont compté dans la vie de Luz. Avec tout d’abord, Miriam, une belle jeune femme qui rêvant de devenir mannequin finit comme prostituée. Stérile après plusieurs avortements, elle accepte de recevoir un bébé issu des centres de détention dont s’occupe son compagnon, La Bête, bras droit du général tortionnaire Dufau.
Ce qui se passe avec Liliana, la détenue politique qui vient de mettre au monde Luz change à jamais le destin de Miriam.
L’enfant finalement confiée à la fille de Dufau, Mariana, en compensation d’un enfant mort-né va grandir dans cette famille du tortionnaire, sauvé plus tard par « la loi de l’obéissance due« .
Le récit utilise les mécanismes du thriller lorsque Eduardo, le père adoptif de Luz, excédé par le mensonge s’oppose enfin à sa femme « une fille à papa avec une idéologie de merde. » et son beau-père pour connaître les origines de sa fille.
Les récits s’enchaînent, chacun apportant une part de lumière sur les origines de Luz. La peur, les intimidations empêchent souvent la la vérité de se faire.
 » Jusqu’à ce jour, le mal se réduisait pour moi à les conflits avec ma mère, à ce que j’imaginais de Daniel et de ses gorilles, à la trahison d’une amie, autant dire rien, mais que l’homme soit capable d’une telle haine, d’une telle cruauté, d’une telle abjection, était pour moi inimaginable. »
Nunca más. Sur fond de témoignage sur la dictature des généraux, Elsa Osorio nous livre un récit romancé ( peut-être un peu trop pour moi) qui tient en haleine ( malgré quelques longueurs finales ressenties pour ma part) le lecteur par son enquête et ses émotions.

Je remercie Ariane et Mimi pour leur lecture commune.

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Après l’orage – Selva Almada

almadaTitre : Après l’orage
Auteur : Selva Almada
Littérature argentine
Traduction : Laura Alcoba
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 144
Date de parution : 6 mars 2014

Auteur :
Née en 1973 à Entre Ríos, elle vit aujourd’hui à Buenos Aires. Elle a écrit plusieurs recueils de nouvelles. Après l’orage est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Un garage au milieu de nulle part, province du Chaco, nord de l’Argentine. La chaleur est étouffante, les carcasses de voiture rôtissent au soleil, les chiens tournent en rond. Le Révérend Pearson et sa fille Leni, seize ans, sont tombés en panne ; ils sont bloqués là, le temps que la voiture soit réparée. El Gringo Brauer s’échine sur le moteur tandis que son jeune protégé Tapioca le ravitaille en bières fraîches et maté, et regarde avec curiosité ces gens si différents qui lui parlent de Dieu.
Dans ce huis clos en plein air, le temps est suspendu, entre-deux, l’instant est crucial : les personnages se rencontrent, se toisent, s’affrontent. C’est peut-être toute leur vie qui se joue là, sur cette route poussiéreuse, dans ce paysage hostile et désolé, alors que l’orage approche.
Selva Almada signe ici un premier roman époustouflant de maîtrise, avec une prose sobre, cinématographique, éminemment poétique.

Mon avis :
Je suis toujours assez ébahie de voir comment en si peu de pages, un auteur peut me faire percevoir avec autant de précision des personnages et des lieux. Selva Almada cible l’essentiel en choisissant les détails importants à cette compréhension.
Le révérend Pearson a cette obsession du Christ dans chacune de ses paroles. Depuis son baptême évangélique organisée par sa mère pour lui donner un avenir, il use de ses yeux et de ses mots pour « récurer les esprits sales, les rendre à leur pureté originelle et les remplir de la parole de Dieu. » Il sillonne les chemins avec sa fille Léni, adolescente partagée entre l’amour de son père et la vision éclairée de cette croyance omniprésente.
El Gringo Brauer, garagiste cinquantenaire lui, croit davantage à la nature et c’est ainsi qu’il a élevé Tapioca, jeune garçon abandonné par sa mère dans sa station service.
Dans ce huis-clos au sein du garage, conceptions opposées et ressemblances de parcours vont s’affronter entre les quatre personnages jusqu’à ce que la nature et les hommes éclatent.
 » Méfiez-vous des mots forts comme des mots jolis. Méfiez-vous de la parole du patron comme de celle de l’homme politique. Méfiez-vous de celui qui dit être votre père ou votre ami. Méfiez-vous de ces hommes qui prétendent parler à votre place et dans votre intérêt. »

Un premier roman à ne pas manquer.

Selva Alamada sera présente au Salon du Livre du 21 au 24 mars 2014 et c’est dans le cadre d’une lecture commune avec Eimelle que j’ai lu ce roman pour saluer la venue de l’Argentine, invité d’honneur du Salon.