Mentir n’est pas trahir – Angela Huth

huthTitre : Mentir n’est pas trahir
Auteur : Angela Huth
Littérature anglaise
Titre original : Deception is so easy
Traducteur : Anouk Neuhoff
Éditeur : Quai Voltaire
Nombre de pages : 304
Date de parution : 8 janvier 2015

Gladwyn Purser, quarante-cinq a plutôt bien réussi dans la vie. Marié depuis quinze ans avec Blythe, un enfant, une belle maison, un travail dans l’import-export du sisal, Gladwyn n’a qu’un seul regret, celui de devoir vivre dans cette banlieue parisienne au lieu d’ un endroit comme son Norfolk natal.
«  Il détestait tout dans ce quartier. Il avait écouté Blythe un millier de fois lui expliquer à quel point l’emplacement était idéal: à moins de deux kilomètres de la gare et de ses nombreux trains pour Londres, à huit cents mètres du meilleur supermarché, à quelques minutes à pied de l’excellente école de Tom…Gladwyn ne pouvait pas lutter et, du reste, il n’essayait plus. Et il ne pouvait pas décrire à Blithe l’oppression qu’il ressentait. » Aussi se contente-t-il de marcher dans les Downs lorsqu’il rend visite à sa mère.
C’est lors d’une de ces promenades qu’il rencontre Lara Austin. La jeune femme vient de se fouler la cheville en vélo et, en bon gentleman, Gladwyn l’accompagne aux urgences. Il s’attarde un peu trop, il ne répond pas franchement à ses questions. Et le premier mensonge l’entraîne sur une pente glissante.
«  c’était cela le grand problème de l’amour: le fait de ne pas savoir ce qui se passait dans la tête de l’autre. »
Bien évidemment, il retourne voir Lara, en tombe amoureux et commence une vie compliquée où chaque instant nécessite mensonge et trahison.
Le titre anglais semble plus pertinent puisqu’il met en avant la facilité de la tromperie. Certes, même si Gladwyn doit jongler avec ses téléphones, son emploi du temps et son comportement, son métier, la confiance de Brythe et la sagesse de Lara facilitent sa double vie.
«  le désir était une véritable plaie. Il dépouillait les journées de leur calme et de leur cohérence. »
Mais cette traduction française, Mentir n’est pas trahir, illustre ce que Gladwyn nous laisse percevoir. Cet homme aime profondément sa femme et tient à son foyer mais il désire aussi Lara. Peut-on parler d’amour? Certainement. Peut-on aimer deux femmes en même temps? Et dans ce cas, si le mensonge est inéluctable, y-a-t-il trahison?
Avec ce sujet classique de l’adultère dans le milieu de la bourgeoisie anglaise, Angela Huth capte notre intérêt en nous plongeant avec Gladwyn dans le cercle vicieux du mensonge. L’auteur nous fait vivre les doutes, les peurs, les regrets et les passions de cet homme qui passe du confort peut-être un peu ennuyeux d’une vie aisée, heureuse et bien réglée aux affres de la duplicité.
Angela Huth maintient un juste équilibre entre les épisodes vaudevillesques, l’analyse des sentiments, le suspense pour nous ferrer par cette intrigue qui pourra surprendre par son dénouement.

Un ton et une construction réussis qui m’ont fait oublier les côtés un peu trop lisses d’une Blythe perchée sur son nuage d’épouse parfaite, d’une Laura esseulée prête à croire le premier homme potable et d’un Gladwyn qui profite au mieux de la situation.

J’ai lu ce titre dans le cadre du mois anglais pour une lecture commune dédiée à Angela Huth.

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La couleur du lait – Nell Leyshon

leyshonTitre : La couleur du lait
Auteur : Nell Leyshon
Littérature anglaise
Titre original : The color of milk
Traducteur : Karine Lalechère
Éditeur : 10/18
Nombre de pages : 187
Date de parution : 3 septembre 2015 , Phebus 2014

Nell Leyshon nous rappelle avec la naïveté et l’impertinence de l’adolescence combien était tragique la destinée des femmes au XIXe siècle dans les campagnes anglaises.

 » ceci est mon livre et je l’écris de ma propre main. Nous sommes en l’an de grâce mille huit cent trente et un, j’ai quinze ans et je suis assise à ma fenêtre…je vais vous raconter les choses telles qu’elles sont arrivées … »

Mary, la rédactrice, est la plus jeune des quatre filles d’un couple de paysan du Dorset. Quelle rage pour le père de n’avoir que des filles et en plus cette dernière avec une patte folle. Tant pis, il les fait travailler comme des garçons. Pas le temps de rêver sinon les coups s’abattent sur leur frêle ossature.
La mère a bien compris, elle est devenue une femme austère qui ne dit mot.
Seul le grand-père, handicapé des deux jambes, est un réconfort pour Mary. Ils se ressemblent en ayant gardé une volonté de légèreté, de la lucidité et de  bonne humeur.
Peut-être un peu grâce à lui, Mary aime sa vie de paysanne. Et le déchirement est grand quand son père la loue au révérend afin de s’occuper de sa femme malade. Là, elle y croise Ralph, le fils du pasteur qui n’hésite pas à profiter de son rang pour abuser les jeunes campagnardes. Elle le craint mais Mary est une jeune fille qui a la langue bien pendue et qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense. Son audace séduit toute la famille. Elle est vaillante et attentionnée.
Ses sœurs envient cette nouvelle vie qui lui procure des habits et souliers neufs mais Mary n’en a que faire. La seule chose qui l’intéresserait est d’apprendre à lire et écrire.
En quatre saisons ( les quatre chapitres de cette vie racontée), Mary voit son destin changer.
« Au commencement », était une fille gaie, libre, aimant la campagne et sa famille. La vie ne lui donnait rien, elle ne devait donc rien à personne. Réaliser le rêve d’apprendre à lire et écrire lui coûtera sa franchise. Mais quelle fierté de pouvoir écrire son histoire. Son écriture imparfaite est comme l’éclat d’une fleur sauvage qui a gardé toute son innocence.

Mary est une fille touchante par son naturel, sa franchise, sa générosité.

 » quand je peux rien faire pour changer les choses, je n’y pense pas. si je peux les arranger alors je le fais et je n’y pense plus. »

J’ai lu ce roman dans le cadre du club de lecture du Petit Pingouin vert.

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Murmures dans un mégaphone – Rachel Elliott

murmurs dans un megaphone.inddTitre : Murmures dans un mégaphone
Auteur : Rachel Elliott
Littérature anglaise
Titre original : Whispers through a megaphone
Traducteur : Mathilde Bach
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 446
Date de parution: avril 2016

 » Aucun d’entre nous ne vit la vie qu’il avait imaginée. »
Miriam Delaney a trente cinq ans. Cela fait trois ans qu’elle n’est pas sortie de chez elle. Sa mère, Frances, l’a contrainte a la peur et aux murmures.
 » Toute ma vie j’ai subi les quolibets des gens qui se moquaient de ce que je racontais. C’est mieux si les gens ne peuvent pas t’entendre. »
Frances était une mère agressive, nudiste, menteuse. Elle enlève tout espoir à Miriam en lui disant que son père est mort, que sa grand-mère ne veut plus d’elle, en lui imposant un amant envahissant. Maintenant qu’elle n’est plus là, Miriam peine à se reconstruire. Elle n’a jamais été amoureuse.
 » Je ne sais pas comment vivre sans toi, pas parce que tu n’es plus là, mais parce que tu ne m’as jamais laissé vivre avant. »

Ralph Swoon est psychothérapeute.  » Il est dans le flou depuis tellement longtemps. » Sa femme, Sadie passe son temps à twitter tous les instants de sa vie. Elle mène « une vie de demi-mesures« , « constipée des sentiments« , elle s’intéresse peu à son mari et à ses jumeaux, deux adolescents dont l’un tombe amoureux de son meilleur copain.
Être heureux, être amoureux, c’est quoi? Peut-être comme Kristin Hart, la marraine des garçons avec Carol…Sadie serait-elle plus heureuse avec une femme?
Le jour de son anniversaire, Ralph surprend sa femme en train d’embrasser Kristin dans un placard. C’est le déclic, il part.
Dans une cabane dans les bois où il a trouvé refuge, il rencontre Miriam qui fait sa première sortie depuis trois ans.
 » Un homme, une femme, un chat. Trois cœurs, huit jambes, trois nez, une queue, soixante-quinze ans de vie cumulée. Mélangez et vous obtenez? » : ce roman doux et dingue à la fois. Ils vont se confier, s’aider mutuellement à comprendre le chemin qu’ils doivent choisir.
Sadie, Ralph et Miriam sont en pleine confusion. Ralph aurait-il été plus heureux avec Julie Parsley, son premier amour. Sadie a-t-elle eu de tort de se marier avec Ralph plutôt que de suivre son cœur vers Alison, son amie d’université? Miriam pourra-t-elle enfin trouver une famille et parler normalement sans avoir besoin d’un mégaphone?

Avec une très bonne bande son, ce premier roman de Rachel Elliott traite avec beaucoup d’humour et d’originalité les vies brisées de personnages qui ont perdu pied avec la réalité.
Mais construire des personnages déjantés est une constante chez l’auteur et il y a dans ce roman une galerie de figures très croustillantes.
Un plaisir de lecture.

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L’intérêt de l’enfant – Ian McEwan

McEwanTitre : L’intérêt de l’enfant
Auteur : Ian McEwan
Littérature anglaise
Traducteur : France Camus-Pichon
Titre original : The Children act
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 240
Date de parution : octobre 2015

Fiona Maye est juge aux affaires familiales. C’est un métier très prenant qui pose souvent des cas de conscience afin de sauvegarder l’intérêt des enfants lors de bouleversements du couple, de différences religieuses ou de problème d’éthique. A cinquante neuf ans, elle a parfois l’impression d’être mariée au droit et regrette de n’avoir pris le temps de devenir mère. Depuis le cas où elle dût trancher sur la mort de deux enfants siamois ou la survie d’un seul au détriment de l’autre, elle peine à retrouver une sérénité d’esprit nécessaire à son couple.
Jack, son mari lui reproche de ne plus s’intéresser à sa vie de couple. Il menace de la quitter alors qu’un nouveau cas difficile se présente à elle. Adam, dix-sept ans est atteint d’une leucémie. Afin de lui administrer un traitement qui peut le sauver, l’hôpital doit envisager une transfusion sanguine, refusée par les parents et le jeune garçon, adeptes des Témoins de Jehovah. Où se trouve l’intérêt de l’enfant? Doit-on accepter sa mort ou la déchéance de son corps au nom d’une religion en laquelle lui et ses parents croient sincèrement ou doit-on faire le choix de la vie l’excluant ainsi de sa famille et de sa religion?
L’auteur, sans imposer de jugement, nous invite à réfléchir sur ce cas de conscience. Il laisse une place aux arguments du père et d’Adam. Il donne aussi un sens très fort à la rencontre du juge et du jeune garçon à l’hôpital, ou peut-être s’installe la poésie comme un sens de la vie, substitut à toute religion.
Mais l’histoire ne s’arrête pas au jugement et les tracas professionnels et personnels de Fiona s’imbriquent habilement. Où s’arrête la responsabilité d’un juge? Fiona, respectueuse de la déontologie ne peut entendre les appels du jeune Adam. Mais
 » aucun adolescent n’est une île. », loin de sa religion, Adam a besoin d’une écoute aux appels lancés dans ses poèmes.La ballade d’Adam Henry est magnifique et tellement révélatrice.
De manière concise et efficace, Ian McEwan s’empare d’un nouveau sujet humain pour ouvrir des portes à notre réflexion. Les thèmes sont nombreux : la foi, l’éthique, la jeunesse, le couple, l’engagement professionnel, l’incursion du droit dans le libre arbitre.
L’auteur fait de Fiona, un portrait de femme remarquable et nous donne à voir ses sentiments, ses interrogations ce qui la rend particulièrement émouvante. L’ensemble de ses sujets délicats se fondent dans une description très juste du monde de la justice et s’agrémentent de moments musicaux ou poétiques très vivants.

L’intérêt de l’enfant est un roman remarquable qui séduit et pose des questions fondamentales. Pour ceux qui n’auraient pas la chance de lire ce livre, un scénario est en cours d’écriture par l’auteur pour une prochaine adaptation cinématographique.

Je remercie Ariane de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Son avis.

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Ne t’approche pas – Luana Lewis

LewisTitre : Ne t’approche pas
Auteur : Luana Lewis
Littérature anglaise
Titre original : Don’t stand so close
Traducteur : Perrine Chambon et Arnaud Baignot
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 320
Date de parution : 18 février 2016

Stella, psychologue trentenaire, vit recluse à Hilltop, vaste demeure de son mari, le Docteur Max Fisher, patron de la clinique psychiatrique de Grove Road.

 » Hilltop était son royaume, son château et sa prison. »

Alors que son mari est absent pour deux jours, quelqu’un sonne à sa porte en cette soirée où les routes sont coupées par les abondantes chutes de neige.
Entre la peur et la conscience qu’une personne puisse être en danger, Stella hésite à ouvrir. Blue Cunningham,  » mélange improbable d’adolescente boudeuse et de séductrice » se tient derrière la porte et souhaite absolument voir Max.
Le récit de cette rencontre à Hilltop se croise avec d’une part l’enquête deux ans plus tôt de Stella sur le comportement de Lawrence Simpson, père violent qui réclame la garde de sa fille contre sa femme alcoolique et des séances entre un psychiatre et une jeune patiente nymphomane.

Luana Lewis nous trouble en permanence avec les comportements de ses personnages. Vraie folie ou dépendance aux médicaments, fantasmes ou scènes réelles, protection ou manipulation, Stella est-elle schizophrène comme sa mère ?
 » Je prends des tas de médicaments. Ils m’aident à tenir. Ils ont arrêté les flash-back et les cauchemars. »
Qui ment, qui protège, qui manipule?
Au fil des trois récits, les liens se font, les faits expliquent l’agoraphobie de Stella mais l’ambiance reste en permanence tendue.

Luana Lewis est psychologue clinicienne ce qui lui donne une réelle légitimité dans la vraisemblance de ce scénario. Et ce premier roman est une belle réussite.

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Hamlet au paradis – Jo Walton

WaltonTitre : Hamlet au paradis
Auteur : Jo Walton
Littérature anglaise
Traducteur : Florence Dolisi
Titre original : Ha’Penny
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 352
Date de parution : octobre 2015

Auteur :
Jo Walton, née le 1er décembre 1964 à Aberdare au Pays de Galles, est une romancière britannique de science-fiction et de fantasy.

Présentation de l’éditeur :
Londres. 1949.
Viola Lark a coup
é les ponts avec sa noble famille pour faire carrière dans le théâtre. Quand on lui propose de jouer le rôle-titre dans un Hamlet modernisé où les genres ont été chamboulés, elle n’hésite pas une seconde. Mais l’euphorie est de courte durée, car une des actrices de la troupe vient de mourir dans l’explosion de sa maison de banlieue.
Chargé de l’affaire, l’inspecteur Carmichael de Scotland Yard découvre vite que cette explosion n’est pas due à une des nombreuses bombes défectueuses du Blitz. Dans le même temps, Viola va cruellement s’apercevoir qu’elle ne peut échapper ni à la politique ni à sa famille dans une Angleterre qui embrasse la botte allemande et rampe lentement vers un fascisme de plus en plus assumé.
Hamlet au paradis est le second volume de la trilogie du Subtil changement. On y retrouve l’inspecteur Carmichael, en fort mauvaise posture, ainsi que l’élégant mélange d’uchronie et de polar so british qui a fait le succès du Cercle de Farthing

Mon avis :
Avec ce roman, je découvre l’univers de Jo Walton. Hamlet au paradis peut se lire indépendamment du premier volume même si l’auteur reparle de la paix de Farthing, accord de paix signé avec une Allemagne nazie victorieuse.
Dans cette trilogie, l’auteur a effectivement modifié l’Histoire pour concocter une autre société. L’Angleterre, avec son nouveau premier ministre, Mark Normamby, vire au fascisme et s’apprête à recevoir Hitler à Londres. Dans ce contexte, irlandais, communistes, homosexuels et juifs sont très mal vus. Devant la montée du fascisme, les complots et le terrorisme fleurissent.
L’inspecteur Carmichael revient pour mener l’enquête sur la mort d’une actrice de théâtre lors de l’explosion d’une bombe artisanale.
Et c’est dans l’univers du théâtre que l’action va se dérouler avec la jeune Viola Lark, fille d’un aristocrate anglais, qui vient de décrocher le rôle d’Hamlet dans la pièce peu conventionnelle d’Antony.
La jeune femme se voit contrainte par sa sœur et son oncle à participer au projet d’attentat contre Hitler lors de la première d’Hamlet. Si depuis quelques années elle a coupé les ponts avec ses sœurs, le lien familial demeure indéfectible. Et pourtant, une de ses sœurs, Pip, est mariée avec Himmler et Siddy est une fervente communiste prête à tout. Mais c’est surtout, Devlin Connelly, ce charmant irlandais qui la convainc de participer au complot. Prise dans sa passion du théâtre, elle ne pouvait croire à ces ragots sur d’éventuels camps où seraient martyrisés certaines personnes en Allemagne. Petit à petit, elle découvre la réalité du monde réel.

«  Mais, à mon avis, on n’obtiendra pas la liberté en faisant exploser des bombes. Je pense plutôt que la liberté va de pair avec le choix…
– Hitler a presque anéanti l’idée même de choix depuis qu’il est au pouvoir
. »

En alternant les chapitres consacrés à Viola et à l’enquête de Carmichael, l’auteur insuffle un rythme et un suspens efficaces. D’autant plus que Carmichael est aussi un personnage bien incarné. Policier homosexuel, il pense être pris en otage par son chef Penn-Barkis et se retrouve contraint à accepter une promotion vers la direction d’un service proche de la Gestapo.
Avec un contexte original, bien construit, des personnages d’une grande empathie et un suspense bien mené, Hamlet au paradis est un roman fort agréable à lire. J’ai particulièrement aimé ce mélange d’uchronie et d’ambiance classique d’enquête très britannique.
Et une fois de plus, ma lecture fait réfléchir à l’actualité récente.

 » Les accords de Farthing lui avaient appris qu’on ne pouvait pas changer les choses de l’extérieur; qu’il fallait agir en profondeur, en modifiant le ressenti des gens. S’ils cessaient d’avoir peur, ils n’auraient plus besoin de personne pour chasser les tyrans. »

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Le pacte des menteurs – Rebecca Whitney

WhitneyTitre : Le pacte des menteurs
Auteur : Rebecca Whitney
Littérature anglaise
Traducteur : Nordine Haddad
Titre original : The liar’s Chair
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 316
Date de parution : 24 Octobre 2015

Auteur :
Rebecca Whitney a étudié l’écriture créative à l’Université du Sussex. Après avoir travaillé pour le cinéma et la télévision, elle dirige désormais une société de production avec son mari, réalisateur. Ils vivent à Brighton avec leurs deux enfants. Le pacte des menteurs est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Rachel et David sont l’image même du jeune couple heureux et comblé. Une belle maison à Brighton, une société de production florissante… Jusqu’à cette nuit où Rachel, au volant de sa voiture, cause la mort d’un homme. Un pacte terrible va alors lier les époux à jamais, et les apparences si bien préservées commencent à se fissurer. David et Rachel tentent de reprendre le cours normal de leur existence, mais Rachel, rongée par la culpabilité, se laisse happer par une spirale autodestructrice qui attise les obsessions les plus sombres de David, manipulateur et possessif, et fait remonter en elle des souvenirs d’enfance longtemps refoulés. Rachel parviendra-t-elle à affronter son douloureux passé et à trouver l’absolution pour son crime?
À travers le portrait d’une femme prisonnière d’un mariage toxique, Rebecca Whitney nous montre que, bien souvent, notre part d’ombre n’est en fait qu’un écran de fumée destiné à dissimuler une vérité à laquelle on cherche à échapper…

Mon avis :
David et Rachel se sont rencontrés sur les bancs d’ une fac des Midlands. David, à la décontraction étasunienne a tout de suite séduit jeune fille un peu facile qu’était Rachel.
Aujourd’hui associés à la tête d’une société de production, ils forment un couple moderne, actif et aisé. David trouve son énergie créative dans la drogue, Rachel vit secrètement une aventure avec son dealer.
Lorsque Rachel, encore un peu ivre, percute et tue un clochard dans les bois de Blackthorn Lane en rentrant chez elle, David prend tout en main pour camoufler la culpabilité de sa femme.
Mais, Rachel, femme fragile, est vite rongée par la culpabilité. Pour chercher le pardon, elle enquête sur ce clochard. Le passé de cet homme la rapproche aussi de sa propre enfance en manque de père. Anti-dépresseurs, alcool, remords la plongent dans un spirale sombre où les souvenirs de l’enfance émergent.
David, bien plus attaché à son empire qu’à sa vie de famille, tente de maîtriser les défaillances de sa femme.
 » Je suis un satellite défaillant s’éloignant en vrille du vaisseau mère. Si David n’arrive pas à me ramener, il me désactivera et me désarrimera. »
Très vite, les apparences du couple parfait se brisent, chacun tenant l’autre par des dossiers compromettants.
Rachel se débat entre un passé et un présent qui rappellent toutes les violences de la domination masculine.
Dans ce thriller psychologique, Rebecca Whitney nous perd dans les pensées de Rachel. Persécution, folie, résultat d’une enfance difficile, qui est vraiment Rachel? Est-elle capable d’aimer?
Certains comportements ( notamment celui de Rachel sur les parkings ou l’intervention de Will lors du dénouement), dialogues (surtout ceux de Patty, la mère de Rachel avec sa fille) m’ont semblé assez étranges. L’auteur reste essentiellement dans l’analyse de Rachel, ce qui ne permet de ressentir les événements extérieurs et les autres personnages. En se concentrant sur les racines du mal de Rachel, l’auteur a peut-être manqué de profondeur et d’assurance sur l’ensemble de l’intrigue.
Cela reste toutefois un premier roman assez encourageant, qui a, de plus une couverture très attirante.

 

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