La confession de la lionne – Mia Couto

coutoTitre : La confession de la lionne
Auteur : Mia Couto
Littérature Africaine
Traducteur : Elisabeth Monteiro Rodrigues
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 234
Date de parution : janvier 2015

Auteur :
Mia Couto est né au Mozambique en 1955.
Après avoir étudié la médecine et la biologie à Maputo, il devient, en 1974, journaliste d’abord au quotidien Noticias de Maputo, puis à l’hebdomadaire Tempo. Actuellement il vit à Maputo où il est biologiste, spécialiste des zones côtières, et il enseigne l’écologie à l’université.
Pour Henning Mankell, « il est aujourd’hui l’un des auteurs les plus intéressants et les plus importants d’Afrique ».
Ces romans sont traduits dans plus de 22 pays.

Présentation de l’éditeur :
Lorsque le chasseur Arcanjo Baleiro arrive à Kulumani pour tuer les lions mangeurs d’hommes qui ravagent la région, il se trouve pris dans des relations complexes et énigmatiques, où se mêlent faits, légendes et mythes. Une jeune femme du village, Mariamar, a sa théorie sur l’origine et la nature des attaques des bêtes. Sa sœur, Silência, en a été la dernière victime. L’aventure est racontée par ces deux voix, le chasseur et la jeune fille, au fil des pages on découvre leurs histoires respectives. La rencontre avec les bêtes sauvages amène tous les personnages à se confronter avec eux-mêmes, avec leurs fantasmes et leurs fautes. La crise met à nu les contradictions de la communauté, les rapports de pouvoir, tout autant que la force, parfois libératrice, parfois oppressive, de leurs traditions et de leurs croyances. L’auteur a vécu cette situation de très près lors d’un de ses chantiers. Ses fréquentes visites sur le théâtre du drame lui ont suggéré l’histoire inspirée de faits et de personnages réels qu’il rapporte ici. Clair, rapide, déconcertant, Mia Couto montre à travers ses personnages forts et complexes la domination impitoyable sur les femmes, la misère des hommes, la dureté de la pénurie et des paysages. Un grand roman dans la lignée de L’Accordeur de silences.

Mon avis :
 » Nous n’avons même pas besoin d’ennemis. Nous nous suffisons toujours à nous-mêmes pour nous anéantir. »

En 2008, Kulumani, petit village du Nord Mozambique est depuis peu la cible des lions affamés. Mariamar, soeur de la dernière victime et Arcanjo Baleiro, chasseur vont tour à tour raconter leur perception des évènements.
Mariamar connaît bien le village, elle y est née. Elle a déjà rencontré Arcanjo le chasseur seize ans plus tôt, en est tombée amoureuse mais il n’est jamais venue la libérer. Alors, elle se replie sur elle-même avec la mémoire de ses trois soeurs mortes, emportées par la lionne, la peur d’un père violent sous l’effet de l’eau de vie et l’abandon d’une mère qui la rejette. Son seul ami était Adjiru, le frère de sa mère communément appelé grand-père.
 » Je ne suis pas sorcier, je suis uniquement vieux. » Il a la sagesse de l’âge et protège Miriamar en lui apprenant la lecture et les secrets du fleuve Lideia.
Arcanjo, le mulâtre reste l’étranger au village. La chasse semble être avant tout une recherche de lui-même.
 » C’est bien d’être perdu. Cela signifie qu’il y a des chemins. C’est quand il n’y a plus de chemins que c’est grave. »
Pourquoi ne peut-il tirer lorsqu’il se retrouve face au lion? Orphelin à onze ans, il a vu le sang de son père tué par Rolando son frère, muré désormais dans le silence de la folie. Accompagné lors de sa chasse au lion par un écrivain photographe, il trouvera peut-être le salut des mots.
L’auteur nous perd entre la folie et la raison, entre le rêve et la réalité, entre la superstition et la vérité.
 » Il y a dans ce village un serpent qui circule dans le silence des toits et le long des chemins. Cette créature venimeuse cherche les gens heureux pour les mordre et les empoisonner, sans qu’ils ne s’en aperçoivent jamais. Voilà pourquoi à Kulumani, tout le monde souffre du même malheur. »
Les hommes prennent les armes face aux lions et les femmes tentent de faire entendre leurs voix. Mariamar rêve de la liberté du vautour,  » que revienne le temps où, nous les femmes étions des divinités ». Mais la plus virulente et perspicace est sans doute Naftalinda, la femme de l’administrateur, bravant les interdits et poussant les femmes à dire non.
 » Vous faites semblants d’être inquiets des lions qui nous ôtent la vie. Moi, en tant que femme, je me demande : mais quelle vie peut-on encore nous ôter? »
Mia Couto construit une fable qui dénonce les coutumes patriarcales des sociétés africaines, la force des superstitions.
 » C’est cette lionne, délicate et féminine comme une danseuse, majestueuse et sublime comme une déesse, c’est cette lionne qui a semé autant de terreur dans tous les alentours. »
Mais Kulumani a-t-il besoin de la peur animale pour effrayer ses âmes ou l’homme est-il son propre ennemi?
Un roman remarquable qui m’a rappelé La saison de l’ombre de Leonora Miano.

Merci à Victoire pour la découverte de ce livre. Sa chronique est ici

Challenge-rentrée-dhiver-2015-150x149 bac2015

La saison de l’ombre – Léonora Miano

mianoTitre : La saison de l’ombre
Auteur : Léonora Miano
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 240
Date de parution : août 2013

Auteur :
Léonora Miano est une romancière née le 12 mars 1973 à Douala, sur la côte du Cameroun. En 1991, elle s’est installée en France, d’abord à Valenciennes puis à Nanterre, pour étudier la littérature américaine.

Présentation de l’éditeur :
« Si leurs fils ne sont jamais retrouvés, si le ngambi ne révèle pas ce qui leur est arrivé, on ne racontera pas le chagrin de ces mères. La communauté oubliera les dix jeunes initiés, les deux hommes d’âge mûr, évaporés dans l’air au cours du grand incendie. Du feu lui-même, on ne dira plus rien. Qui goûte le souvenir des défaites ? »
Nous sommes en Afrique sub-saharienne, quelque part à l’intérieur des terres, dans le clan Mulungo. Les fils aînés ont disparu, leurs mères sont regroupées à l’écart. Quel malheur vient de s’abattre sur le village ? Où sont les garçons ? Au cours d’une quête initiatique et périlleuse, les émissaire du clan, le chef Mukano, et trois mères courageuses, vont comprendre que leurs voisins, les BWele, les ont capturés et vendus aux étrangers venus du Nord par les eaux.
Dans ce roman puissant, Léonora Miano revient sur la traite négrière pour faire entendre la voix de celles et ceux à qui elle a volé un être cher. L’histoire de l’Afrique sub-saharienne s’y drape dans une prose magnifique et mystérieuse, imprégnée du mysticisme, de croyances, et de « l’obligation d’inventer pour survivre. »

Mon avis :
Léonora Miano, franco-camerounaise, nous entraîne au coeur d’un village d’Afrique, au temps non précisé du début de l’esclavagisme. En utilisant des mots africains, en marquant son récit des coutumes des différents peuples, elle parvient à nous immerger dans ce monde ancestral et sauvage, à nous emmener « de pongo à mikondo » ( du nord au sud) en suivant deux femmes, Ebeise et Eyabe, deux figures fortes venues en cet endroit avec la reine Emene .
Car si les Mulongo ont aujourd’hui des chefs masculins et une coutume de vie mysogine, ils furent sauver par la reine Emene et les deux anciennes sont encore écoutées et respectées.
Les Mulongo sont un peuple pacifique et naïf contrairement à leurs voisins, les Bwele. Leur connaissance du monde  s’arrête au peuple voisin.
Lorsqu’un incendie ravage le village et fait disparaitre 12 hommes, 10 jeunes initiés et deux ancêtres, Mutimbo et Musinga, l’incompréhension des chefs oblige à punir les mères des jeunes hommes en les mettant en quarantaine dans une maison isolée. Leur peine ne doit pas ternir le village.
Eyabe, à l’écoute des mères et des signes divins, sort du territoire, comme la grande reine, pour ramener les disparus et comprendre. Elle découvrira le peuple des marais, les Bebayedi,  ils se cachent pour échapper aux hommes de la côte, territoire du bout du monde.  Ce sont eux, les Isedu, les côtiers cruels, qui ont commencéà marchander avec les étrangers,  « hommes à pieds de poule » venus de l’autre côté de l’Océan.
 » Les mulongo, comme d’autres, s’étaient trouvés mêlés à quelque chose qui les dépassait. »
Eyabe part en cette quête de la vérité, avec son peu de connaissance du monde mais une grande clairvoyance, pour sauver les âmes des mères et des fils disparus.
Ce roman est un voyage, un réel dépaysement qui se mérite car le style, la langue sont difficiles mais nécessaires à une véritable plongée en apnée au coeur de ce monde envoûtant, archaïque, guidés par des croyances naïves mais tenaces.
Je regrette un peu d’avoir lu ce livre en cette période festive et mouvementée de Noël car il faut un esprit disponible pour en apprécier totalement le voyage.

Lénora Miano a obtenu le Prix Femina pour ce roman.

J’ai lu ce livre dans le cadre de la rencontre d’auteurs de Stephie du blog Les mille et une frasques.

MIANO1  plume RL2013

Les racines de yucca – Koulsy Lamko

lamkoTitre du livre : Les racines de yucca
Auteur : Koulsy Lamko
Editeur : Philippe Rey
Nombre de pages : 284
Date de parution : avril 2011

 

Présentation de l’éditeur :
Un écrivain africain vivant à Mexico est atteint d’un incroyable mal : une allergie au papier… Son étiopathe lui conseille de voyager, de retrouver la nature. Il part donc dans le Yucatan animer des ateliers d’écriture dans un village de réfugiés de la guerre du Guatemala des années quatre-vingt. Une de ses stagiaires, Teresa, lui présente son journal des années de guerre. Fasciné par ce texte, l’écrivain décide de l’aider à le rédiger jusqu’au bout. Il va amener Teresa à accoucher des démons qui sommeillaient dans sa mémoire. Mais il va aussi réveiller les siens…Généreux et ambitieux, ce roman tisse des liens solides entre l’imaginaire latino-amérindien et celui d’une Afrique confrontée aux affres des guerres, des trahisons multiples, des errements de politiques suicidaires.

Mon avis :
« Mon humble vœu secret était qu’au terme de sa lecture du livre, le lecteur se rende compte que j’avais écrit pour dire que
cela ne servait à rien de raconter l’horreur du monde et que les mots ne suffisaient pas , n’avaient pas le dos assez large pour porter les corps et les cœurs déchiré
s. »
L’auteur qui a vécu pendant la guerre civile au Tchad , exilé, imagine dans ce roman qu’il ne peut plus écrire son histoire du fait d’une allergie au papier. Sur les conseils de son thérapeute, il rejoint un village de mayas, exilés suite à la guerre du Guatemala des années 80 dans ce village mexicain de Kesté.
En aidant Teresa à écrire ses mémoires de réfugiée traumatisée par les horreurs de l’ extermination des mayas, et en écoutant Maria, il tente d’exhumer son histoire personnelle et celle de Léa, son amie d’enfance, dont le père et le mari ont été tués sauvagement par ce guerrier qu’elle prendra ensuite comme concubin. Et
reviennent sans cesse cette adulation pour son bourreau et l’image de « ce pays de merde que j’adore. »
Car l’amour de sa terre est telle le lien avec la mère, l’exil est un suicide. Il est difficile de se plier à une autre culture, une autre langue et se sentir toujours traiter de nègre ou d’étranger.
Mais, après l’allergie au papier, la volonté du narrateur d’être le passeur de mémoire sera empêchée par le mauvais fonctionnement d’un magnétophone, comme si cette histoire ne devait pas être écrite pour  » ne pas transgresser le silence des vies cachées ».
Le style est d’une grande richesse avec un mélange d’un vocabulaire riche et de langage de la rue. Il écrit avec nostalgie, poésie, et rage. Le récit est toutefois déstructuré, l’auteur se laissant souvent aller dans la description de ses cauchemars. Il insère ses impressions en tant qu’écrivain, décrit les  fiches qui guident son écriture. Mais cette déconstruction reflète l’état de ses souvenirs.
Les racines de yucca est un livre difficile à aborder pour sa construction et son contexte mais il témoigne avec
passion et réalisme de la douleur des exilés, des paysans torturés, des civilisations anéanties  pour l’appât de la terre en vue du commerce et du profit.
 

J’ai lu ce livre dans le cadre du océans organisé par France Ô et  babelio

Pour d’autres critiques, rendez-vous sur la page du livre

tous les livres sur Babelio.com

Ces âmes chagrines – Leonora Miano

mianoTitre : Ces âmes chagrines
Auteur : Léonora Miano
Éditeur : Plon
Nombre de pages : 280
Date de parution : août 2011

Auteur :
Léonora Miano est née en 1973 à Douala, au Cameroun. Après avoir consacré une trilogie à l’Afrique avec L’intérieur de la nuit, classé 5e dans la liste des
meilleurs livres de l’année par la magazine Lire, Contours du jour qui vient prix Goncourt des Lycéens 2006, et enfin Les Aubes écarlates (2009), elle a écrit deux ouvrages sur la communauté afropéenne : Tels des astres éteints et Blues pour Elise (2010). Elle vit à Paris dans le XIIe.

Résumé :
Né dans l’Hexagone, Antoine Kingué, dit Snow, n’arrive pas à surmonter la rancoeur qu’il nourrit envers sa mère, coupable de ne l’avoir pas assez aimé. Elle l’a laissé en pension alors qu’il n’avait que sept ans et envoyé passer les grandes vacances seul au Mboasu, ce pays subsaharien où il ne s’est jamais senti à sa place. Par ailleurs, il est persuadé que son frère Maxime a reçu plus d’affection que lui.

Pour se venger de cette enfance malheureuse, Snow fait payer ceux qui l’ont fait souffrir, rêve de devenir une vedette adulée, une star dont la vie serait enfin brillante et facile.
Quand son frère lui annonce son retour au pays avec leur mère, Snow voit son univers s’effondrer. Sans plus personne sur qui passer sa rage, il se retrouve face à lui-même…

Mon avis :
« Ces âmes chagrines« , ce sont celles d’Antoine et de Maxime, deux des fils de Thamar, mais aussi celles des mère et grand-mère. Tous n’ont pu être aimés comme ils l’auraient voulu.
Est-ce une lignée familiale maudite ou tout simplement, des gens ordinaires qui n’ont pas compris qu’avant tout, l’amour se donne.
Léonora Miano nous décrit ici plusieurs personnages, tous sont importants pour la compréhension du destin de chacun.
Il peut sembler difficile de rentrer dans ce roman, peut-être parce que la narration n’est pas linéaire ou parce que les repères géographiques sont volontairement flous ( Le Continent, le Nord, l’Hexagone, l’Intra-muros).
Mais, petit à petit, le parcours mental d’Antoine se dessine. Enfant chéri, qui pourtant se ressent rejeté par sa mère qui doit agir en fonction de son nouveau compagnon, Antoine, meurtri cherche à se venger. Tout d’abord, en affichant de lui-même une apparence sulfureuse puis en exploitant son frère et brimant sa mère.
Maxime, le fils aîné de Thamar, enfant né d’un viol, est au contraire fier de ses racines, reconnaissant envers les siens. Il est celui qui aide, qui pardonne.
Il y a tant d’actes manqués dans ces vies, de pardons que l’on ne donne pas ( le pasteur Masoma rejetant sa fille Modi, Modi qui laisse sa fille dans l’ignorance de ses origines, Thamar qui ne sait pas aimer ses deux premiers fils, Antoine refusant ses origines et les mains tendues de Maxime et Thamar).
Il faut parvenir au dénouement pour appréhender toute la substance de ce roman, pour comprendre un peu cette vie sauvage et violente de ce pays imaginaire de Mboasu (que l’on peut situer au Cameroun), pour finalement aimer les personnages parfois égoïstes de Thamar et Antoine.
J’avais découvert Léonora Miano, grâce à Contours du jour qui vient, roman qui a reçu le Prix Goncourt des Lycéens en 2006. C’est une auteur que je suivrais régulièrement.
Je remercie chaleureusement les Éditions Plon qui m’ont fait parvenir ce livre.