Le rendez-vous du libraire

Caroline Giovannai est une libraire passionnée. En mai 2018, elle a ouvert une librairie pas tout à fait comme les autres à Marseille. Elle nous accueille aujourd’hui dans sa librairie-concept, Au fin limier, 81 boulevard Baille à Marseille.

Caroline, dites-nous quel chemin vous a mené au métier de libraire?

J’ai toujours eu la passion des livres, de la littérature et j’ai toujours aimé partager mes lectures et faire découvrir le monde des livres à des personnes qui ne lisaient pas.

En 2011, je tente une reconversion professionnelle en suivant des formations de Libraire et des stages en librairie. Je suis finalement embauchée dans une librairie mais je gardais toujours en tête d’ouvrir mon propre lieu avec ma personnalité. Et je me suis dit c’est maintenant ou jamais !

Comment est né ce lieu culturel, Au fin limier?

Auparavant c’était un vidéo club : j’aimais beaucoup le fait qu’il y ait des marches pour y accéder comme si c’était un lieu secret loin des tumultes de la rue ! C’est également un lieu où j’ai pu créer des univers : la pièce principale avec les tables de restauration, les tables de nouveautés et les livres, mais également une pièce de détente sur le thème de la mer avec un vrai sable et une sable de jeux ambiance meurtre et enquête !

 

Le nom Au fin Limier renvoie à plusieurs choses : la première c’est que Au fin Limier vous trouvez toujours ce que vous voulez car le limier a sélectionné pour vous des livres plus intéressants les uns que les autres ! Ensuite le logo est un petit chien enquêteur (le limier est le nom d’un chien au flair hyper développé mais également le nom d’un enquêteur hors pair) car j’ai un gros rayon polar : et dernier point j’ai un petit chien et ça me plaisait bien qu’il devienne la petite mascotte du lieu !

 

Pour vous, à Marseille, quelles sont les difficultés de votre métier?

La première difficulté est de se faire connaitre surtout lorsqu’on a transformé un magasin qui existait depuis des  années. Mais à la librairie, je mets en avant les auteur(e)s locaux et ça, les gens de la ville apprécient beaucoup.

Il y a tout de même un vrai retour au commerce de proximité, au local, les clients se rendent compte petit à petit qu’il faut faire travailler les petits commerces sinon ils vont mourir et qu’il n’y aura plus de partage dans nos villes et villages.

Quel est votre plus beau souvenir, votre plus belle rencontre dans votre librairie?

Mon plus beau souvenir c’est le jour de l’ouverture …travailler seule et ouvrir seule une entreprise n’est pas facile et lorsque j’ai enfin ouvert la porte à mon premier client je me suis dit ouah j’ai réussi !
Ma plus belle rencontre …il y en a tellement eu mais je dirais tous les client(e)s qui passent la porte en me félicitant : c’est la plus belle des récompenses.

Quels sont vos trois derniers coups de cœur littéraires ?

Alors j’ai adoré  Moi ce que j’aime c’est les monstres  de Emil Ferris : un roman graphique impressionnant fait au stylo bille très psychologique un chef d’œuvre !

 

La saga  Le règne de l’empereur de Florence et Thomas Gindre : l’histoire a été imaginée par Thomas alors qu’il était au collège et sa maman l’a mise en forme : c’est un roman jeunesse / jeunes adultes de grande qualité et en plus Florence Gindre a crée sa maison d’édition  Marathon Editions  ici à Marseille !

 

Et en dernier je dirais Mille petits riens  de Jodi Picoult : un roman sur le racisme d’une grande profondeur et d’une justesse.

Un petit message, un clin d’œil à ceux qui nous lisent…je vous laisse carte blanche

A la Librairie Au fin Limier le maître mot est la convivialité ! Alors venez découvrir ce lieu où l’on se sent bien et où l’on passe un bon moment !

 

Pour les habitants de Marseille, ou ceux qui y passeront peut-être cet été, je rappelle les coordonnées de la librairie de Caroline :

Au fin limier
81, Boulevard Baille
13006 Marseille
Tel : 04.91.63.38.22
Fax : 09.70.06.21.03
Mail : au-fin-limier@orange.fr

http://www.aufinlimier.f

Nos richesses – Kaouther Adimi

Titre : Nos richesses
Auteur : Kaouther Adimi
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 216
Date de parution : 17 août 2017

 

«  Charlot a laissé dans ce lieu quelque chose de beau, quelque chose de plus grand que tout ce qui se passe à l’extérieur. »

Cette magie, cette passion pour la littérature imprègnent chaque ligne du roman de Kaouther Adimi. Les amoureux des livres ne peuvent que vibrer devant l’énergie que déploie Edmond Charlot, libraire et premier éditeur d’Albert Camus, devant le respect de tout un quartier d’Alger pour cette minuscule librairie de prêt «  Les vraies richesses » .

En 1936, Edmond Charlot ouvre sa librairie, «  une librairie qui vendrait du neuf et de l’ancien, ferait du prêt d’ouvrages et qui ne serait pas juste un commerce mais un lieu de rencontres et de lecture. » Reprise par sa belle-sœur lorsque Edmond part à Paris pour monter une succursale des Éditions Charlot, le lieu fut repris par l’État algérien dans les années 90 pour en faire une annexe de la Bibliothèque nationale.
Abdallah, «  un être plein de fierté qui a grandi en Kabylie » s’occupe avec amour de cette annexe. Lorsqu’en 2017, le local est vendu à un industriel pour installer une échoppe de beignets, Abdallah s’installe dans la rue, figure vivante de la contestation de tout un quartier.
Le jeune Ryad, étudiant ingénieur en stage usine, arrive à Alger afin de vider la librairie,  nettoyer et repeindre ce lieu devenu sacré pour les riverains.

Kaouther Adimi intercale les récits actuels du séjour de Ryad avec les extraits du carnet d’Edmond Charlot et les récits de l’histoire d’Alger, créant une fiction riche d’évènements historiques, du combat d’un homme pour la survie d’une petite maison d’édition contrariant la mission d’un jeune homme peu intéressé par la littérature mais sensible aux lieux et aux liens humains.

Ce roman est une vraie richesse qui parlera à tous ceux qui sont sensibles à la fermeture de librairies, de lieux de partage autour de la littérature, à tous ceux qui reconnaissent le travail des petits éditeurs toujours à la recherche de publications de qualité, luttant avec des moyens inégaux contre les grosses structures, surtout en période de guerre comme Edmond Charlot lorsque les pénuries de papier et d’encre pénalisaient la production, prenant des risques afin que des textes majeurs soient publiés.
«  Je ne fais pas le poids. Les éditeurs parisiens ont de l’argent, du papier, des réseaux. Et nous? Des écrivains – les meilleurs – de la volonté, mais ça ne suffira pas »
Camus, Vercors, Giono, Saint-Exupéry, Gide, Emmanuel Roblès, Henri Bosco, Philippe Soupault furent publiés par les Éditions Charlot. Autant de belles rencontres au cours de cette lecture.

Mais ce livre est aussi un regard éclairé sur l’histoire de l’Algérie, avec notamment le massacre de Setif en mai 1945 alors que les algériens célébraient la libération d’une guerre à laquelle ils ont largement participé. Prise de conscience et évènement déclencheur du besoin de l’Indépendance. Avec la nuit du 31 octobre au premier novembre 1954 qui marqua le début de la guerre d’Algérie. Et ce jour du 17 octobre 1961 où des centaines d’algériens qui manifestaient à Paris contre le couvre-feu décrété exclusivement pour les Nord-Africains, furent arrêtés, blessés, certains tués et jetés dans la Seine.

Kaouther Adimi nous embarque dans la passion d’Edmond Charlot et nous donne envie de se rendre dans ces ruelles en pente qui conduisent au 2bis rue Hamani pour vivre de plus près la magie des lieux.

«  Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux…
Oubliez que les chemins sont imbibés de rouge, que ce rouge n’a pas été lavé et que chaque jour, nos pas s’y enfoncent un peu plus…Face à l’Histoire, la grande, celle qui a bouleversé ce monde mais aussi la petite, celle d’un homme, Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de vingt et un ans, ouvrit la librairie de prêt Les vraies richesses. »

Un livre que je classe dans mes meilleures lectures de rentrée.

Dans vos librairies, en octobre

librairie

Nous n’avons pas fini de parler de la rentrée littéraire puisque les différents Prix vont continuer leur sélections jusqu’à élire leur lauréat mais mon article sur les repérages de rentrée se limitant à août et septembre, il est temps de reprendre les articles mensuels sur les futures parutions qui vont s’installer en librairie.
Et si la rentrée était particulièrement riche, il y a encore quelques auteurs très attendus ( de moi en tout cas) en octobre.

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