Confidences passagères – Toufik Abou-Haydar

Abou-HaydarTitre : Confidences passagères
Auteur : Toufik Abou-Haydar
Editeur : Max Milo
Nombre de pages : 188
Date de parution : 12 février 2015

Auteur :
Toufik Abou-Haydar est un auteur libanais. Il a travaillé dans le monde de la presse et de la photo avant de changer de vie et de se reconvertir en chauffeur de taxi parisien.

Présentation de l’éditeur :
Nuit et jour, Toufik sillonne les rues de Paris. Un oeil sur la route, l’autre dans le rétroviseur, ses journées se déroulent au rythme de la poésie du bitume et des rencontres éphémères, ces milliers d’âmes qui arpentent les trottoirs à la recherche d’une banquette salvatrice. À travers la vitre, comme dans le salon d’un psy, on découvre une pléiade de personnages sympathiques, goujats, bourgeois, cadres, sans-dents, voyous, prostituées, touristes en goguette, people, politiques qui viennent s’épancher dans l’oreille rassurante et bienveillante de leur chauffeur.

Pendant que les chiffres du compteur défilent et que vibre l’écho de la circulation, Toufik nous offre une magnifique balade onirique, entre monuments historiques, quartiers populaires et lieux insolites, le tout sur fond de jazz…

Mon avis :
Toufik a quitté ses terres du Liban au début des années 80 pour faire des études de droit en France. Très vite, il a abandonné le choix de sa mère pour sa vraie passion, les études de cinéma. La crise, le mariage et une première naissance lui ont fait lâcher son premier travail pour quelque chose de plus alimentaire, chauffeur de taxi.
 » Pour supporter ce métier, il faut être philosophe ou poète…ou les deux. »
 » Pour ma part, seules trois choses m’aident à rester dans le métier : les couloirs de bus, la radio G7 et le livre de poche. »
Dans sa boîte à gants, il dispose d’une petite bibliothèque. Et, lors des attentes, il nous fait profiter de quelques extraits. Sa deuxième soupape de décompression, c’est le jazz et les CD de Sinatra.
Certes, les horaires et le nombre d’heures de travail sont affolants, mais que de riches rencontres! Des personnages touchants, des célébrités, des hommes politiques, des écrivains sont autant d’occasions d’anecdotes partagées.
Parce que ce chauffeur de taxi est particulièrement humain, il aide les petites vieilles perdues, les balayeurs fatigués, les jeunes filles apeurées, les amoureux transis se retrouvant souvent mêlé aux affaires personnelles de ses clients.
Il ne rate pas une occasion de discuter littérature avec des écrivains ( Andréï Makine, la fille de Nathalie Sarraute, de titiller les hommes politiques, de donner son avis sur le comportement hautain de certaines célébrités ou d’ en apprécier d’autres.
L’auteur est un personnage entier, honnête et intègre et il n’hésite pas à donner les noms des personnages connus, à affirmer leur gentillesse ou leur mépris.
Certains métiers vous mettent parfois face à des situations complètement invraisemblables. Dans ma petite vie bien tranquille, je peine à l’imaginer. Et pourtant, être en contact permanent, parfois à des heures tardives et nocturnes avec cette population parisienne si variée laisse effectivement la possibilité de croiser tous les fantasmes.
Certes, Toufik Abou-Haydar n’est pas un grand littéraire, mais il nous confie le quotidien de son métier en nous faisant partager ses rencontres éphémères. J’ai d’ailleurs trouver plus d’intérêt dans la brièveté des confidences que dans la tentative de conter une histoire lors de cette plus longue course vers Brest.
A lire peut-être si vous souhaitez comprendre la vie des chauffeurs de taxi souvent décriés par les parisiens ou si vous souhaitez vous aussi rencontrer quelques anonymes farfelus ou quelques célébrités.

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Le quatrième mur – Sorj Chalandon

chalandonTitre : Le quatrième mur
Auteur : Sorj Chalandon
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 336
Date de parution : 21 août 2013

Auteur :
Sorj Chalandon, né en 1952, a été longtemps journaliste à Libération avant de rejoindre Le Canard Enchaîné. Ses reportages sur l’Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le Prix Albert-Londres en 1988. Il a publié, chez Grasset, Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, prix Médicis), Mon Traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011, Grand Prix du Roman de l’Académie Française).

Présentation de l’éditeur :
L’idée de Sam était folle. Georges l’a suivie.
Réfugié grec, metteur en scène, juif en secret, Sam rêvait de monter l’Antigone d’Anouilh sur un champ de bataille au Liban.
1976. Dans ce pays, des hommes en massacraient d’autres. Georges a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre. Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s’affrontaient. Son idée ? Jouer Anouilh sur la ligne de front. Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. Les Chiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu’une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Un éclat de poésie et de fusils baissés. Tous ont accepté. C’était impensable.
Et puis Sam est tombé malade. Sur son lit d’agonie, il a fait jurer à Georges de prendre sa suite, d’aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de jouer cette unique représentation.
Georges a juré à Sam, son ami, son frère.
Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines. C’était bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a sauté à la gorge.
L’idée de Sam était folle. Et Georges l’a suivie.

Mon avis :
Le quatrième mur est dans aucun doute le plus lourd des romans de la rentrée que j’ai lus.
Il est question de tragédie, celle d’Antigone ( de Sophocle ou d’Anouilh), cette figure mythique qui symbolise dignité et honneur, qui est le symbole du non au pouvoir portant ses convictions jusqu’à le mort. Mais aussi la tragédie de la guerre au Liban.
Georges a toujours été assez violent dans la défense de ses convictions. Défenseur du jeune Bachir en classe, puis militant pour la défense de la Palestine ou contre les bandes d’extrême droite, il applique la devise « oeil pour oeil, dent pour dent ».
Lorsqu’il rencontre Samuel Akounis, un juif grec opprimé par le régime des colonels, il entend le message  » La violence est une faiblesse » et adhère à son projet de mettre l’Art au service de la Paix. Sam veut monter Antigone à Beyrouth en réunissant des acteurs des différentes origines. Antigone est palestinienne, Créon, chrétien, Hémon, druze, Eurydice et les gardes chiites, Ismene arménienne et la nourrice chaldéenne. Il n’y aura qu’une seule représentation au coeur de la zone des combats. Ce sera une trêve au milieu  de la haine.
Sam, mourant confie ce projet à Georges qui quittera sa famille pour tenter de réaliser la dernière volonté de son ami.
 » Il a dit que la paix ne se faisait pas avec le visage poudré du clown. »
Georges va réunir ces ennemis qui peinent à laisser leurs convictions à la porte du théâtre. Même si les hommes et les femmes, acteurs, actrices font des efforts, la sombre réalité continue et tous se retrouvent sous les bombardements israéliens et au coeur du massacre de Sabra et Chatila.
Comment George peut-il supporter   » les misères de la paix » lorsqu’il revient à Paris, vivre une vie de famille avec la mémoire de la guerre ?
Quelle peut être l’issue décente et digne alors que le rêve de Sam se révèle une utopie ?
A l’image d’Antigone, l’idéalisme de Sam se trouve vite confrontéà la réalité politique.
Ce n’est pas toujours simple de comprendre les enjeux d’un conflit aussi compliqué, de situer les différents camps (sunnites, sionistes, phalangistes…) mais la force de ce livre se trouve dans l’énergie, l’amour d’hommes et de femmes au service d’une cause, d’une utopie, d’une volonté de passer un message de paix dans un enfer de guerre.
J’ai apprécié aussi que l’auteur mette délicatement en opposition la « bêtise » de bandes de manifestants face aux grands problèmes mondiaux, des slogans parfois utilisés sans réfléchir, la futilité des soucis d’une population par rapport aux conditions de vie d’un peuple en guerre.
Le quatrième mur, au théâtre est le mur virtuel, intellectuel qui sépare  les acteurs du public. Ici le quatrième mur donne sur un paysage de guerre.

C’est un livre fort, violent à l’image de la tragédie grecque.

RL2013