En sacrifice à Moloch – Åsa Larsson

Titre : En sacrifice à Moloch
Auteur : Åsa Larsson
Littérature suédoise
Titre original : Till offer åt Molok
Traducteur : Caroline Berg
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 446
Date de parution : septembre  2017

Le roman commence avec une chasse à l’ours, un animal dangereux qui n’hésite pas à tuer chiens et hommes pour se nourrir. Dans les entrailles de celui-ci, on y trouve justement des morceaux d’os, ceux d’un vieil homme disparu depuis peu.
L’auteur enchaîne avec l’assassinat de Sol-Britt, une femme que l’on traite de putain. Elle avait récemment perdu son fils dans un accident et élevait seule Marcus, son petit-fils de sept ans.
L’enquête aurait dû être confiée à Rebecka Martinsson, substitut du procureur ( personnage récurrent chez Åsa Larsson dont je ne connaissais malheureusement pas le passé qui semble cacher bon nombre d’épreuves personnelles) puisque c’est elle et le policier défiguré, Krister Eriksson qui découvrent le corps de Sol-Britt et retrouvent Marcus, caché dans une cabane.
Mais, l’ambitieux et détestable Von Post profite de la faiblesse passagère de Rebecka pour lui souffler l’enquête.
Cette compétition engage le récit vers une enquête officielle semée de fausses pistes et de ratés regrettables et une recherche officieuse plus intuitive de Rebecka.
Celle-ci est curieuse de comprendre la malédiction qui semble peser sur la famille de Marcus.
D’ailleurs, l’auteur nous plonge en parallèle dans l’histoire de Elina Petterson, une jeune femme qui, en avril 1017 quitte Stockholm pour devenir enseignante dans une compagnie minière de Kiruna. Occasion de découvrir les conditions de vie difficiles dans les exploitations minières et de suivre les désillusions d’une jeune femme intelligente mais aveuglée par son amour pour le patron de la compagnie minière.

Åsa Larsson construit lentement mais remarquablement cette histoire qui laisse un suspense entier et de l’action jusqu’aux dernières pages.

De manière assez classique, Rebecka, personnage récurrent, traîne ses problèmes personnels sans rien lâcher de son enquête. Krister Eriksson, dans son rôle de bête défigurée est un personnage attachant, proche de ses chiens et prêt à tout pour aider le jeune Marcus.
Von Post s’impose comme l’idiot ambitieux ajoutant une touche de légèreté à l’enquête.

En sacrifice à Moloch est un roman noir nordique plutôt classique, au style et à l’univers très suédois. On y retrouve l’état d’esprit très ouvert du pays ce qui peut donner à penser que certains passages sont superficiels ou légers. Mais, Åsa Larsson le spécifie dans ses remerciements «  Dans la région de Tornedalen, on ne mâche pas ses mots. » Très natures, les nordiques. Et cela donne une lecture facile et agréable.

J’ai lu ce roman en tant que jurée du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

La montagne rouge – Olivier Truc

truc

Titre : La montagne rouge
Auteur : Olivier Truc
Editeur : Metailié
Nombre de pages : 512
Date de parution : 3 octobre 2016

 

Olivier Truc revient pour une troisième enquête de la police des rennes avec Klemet Nango, toujours en quête d’identité entre son côté paternel de Sami norvégien et sa descendance maternelle suédoise et la blonde norvégienne Nina Nansen.
Ils sont cette fois affectés au sud de la Laponie ( centre de la Suède) où des éleveurs Sami viennent de découvrir des ossements humains dans l’enclos ( la Balva) où ils abattaient leurs rennes au pied de la montagne rouge.
Si en Laponie norvégienne, la présence ancestrale des Sami n’est pas remise en cause, ce qui n’exclut pas d’autres problèmes raciaux, nous l’avons vu dans les précédents romans, à Stockholm se tient un procès sur le droit à la terre entre Suédois et Sami.

 » La Suède refusait de ratifier la convention de l’ONU reconnaissant aux Sami des droits en tant que peuple aborigène, et c’était à cause de la Conféderation des agriculteurs. »

Petrus Eriksson, chef de la Balva au pied de la montagne rouge y représente le peuple Sami. Fier de ses origines, il a le métier d’éleveur dans la peau comme son père et comme il le souhaiterait pour son fils. Mais aujourd’hui encore, même si les bergers ont besoin d’un autre emploi fixe pour survivre, leur identité est avec les rennes et la déforestation des terres par les fermiers causera leur disparition.
Les Sami étant un peuple nomade, aucun papier ne peut prouver leur préséance sur ces terres. Ces ossements retrouvés, datant du XVIIe siècle, pourraient représenter une preuve de la présence ancestrale des Sami, encore faut-il retrouver le crâne absent de cette sépulture.
Klemet et Nina se lancent une fois de plus dans les recherches auprès de musées, collectionneurs et universitaires afin de retrouver ce crâne, prouver qu’il s’agit bien d’un squelette de Sami et ainsi justifier la présence de Sami sur cette terre au XVIIe siècle.

En parallèle, nous suivons les activités de vieilles dames exceptionnelles, organisatrices de bilbingo sillonnant la Suède pour le compte d’un vieil antiquaire qui a visiblement un problème de crâne. Même si l’auteur ne délivre pas tous leurs secrets, quel dommage de nous priver d’une part de suspense.

Comme tout bon auteur de romans noirs avec des enquêteurs récurrents, Olivier Truc poursuit la quête personnelle de Klemet. Un faon recueilli secrètement, un engagement pour Hou chi, neveu de Mademoiselle Chang ( amie de l’oncle de Klemet) et enfant noir privé de droits civiques refoulé par les services d’immigration suédois, et cette histoire de crânes Sami étalonnés à des fins de sélection raciale font resurgir les problèmes identitaires de Klemet.
«  ce mode de vie, on l’avait dans la peau, même avec un creux de plusieurs générations. »

Ce troisième opus me semble moins maîtrisé que les précédents. Si le premier volume, Le dernier lapon m’avait marquée grâce à la découverte du peuple Sami, j’avais déjà senti moins d’intérêt pour le second roman, Le détroit du loup. Olivier Truc nous comble une fois de plus avec l’histoire de ce peuple mais j’ai eu ici un sentiment de dispersion avec les recherches personnelles de chaque personnage et l’impression de revivre un schéma déjà lu dans les précédents romans.

A l’image de Sandrine Collette ( qui selon moi finissait par tourner en rond en tentant de reproduire un premier succès et nous a livré dernièrement un grand roman en sortant de son schéma habituel) , j’attends vraiment de lire les talents de conteur d’Olivier Truc dans un autre domaine que sa zone de confort sur la culture Sami.

rl2016 bac

Le dernier lapon – Olivier Truc

trucTitre : Le dernier lapon
Auteur : Olivier Truc
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 453
Date de parution : septembre 2012

Auteur :
Journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde et du Point, après avoir travaillé à Libération. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste pour la télévision. Il est l’auteur de la biographie d’un rescapé français du goulag, L’Imposteur (Calmann-Lévy). Le dernier lapon est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Kautokeino, Laponie centrale, 10 janvier. Nuit polaire, froid glacial. Demain le soleil, disparu depuis 40 jours, va renaître. Demain entre 11h14 et 11h41, Klemet va redevenir un homme, avec une ombre. Demain le centre culturel va exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Émile Victor.
Mais dans la nuit, le tambour est volé. Les soupçons iront des fondamentalistes protestants aux indépendantistes sami. La mort d’un éleveur de rennes n’arrange rien à l’affaire. La Laponie, si tranquille en apparence, va se révéler terre de conflits, de colères et de mystères. Klemet, le Lapon, et sa jeune coéquipière Nina, enquêteurs de la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante. Mais à Kautokeino, on n’aime guère les vagues. Ils sont renvoyés à leurs patrouilles en motoneige à travers la toundra, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes.
Les mystères du 72e tambour vont les rattraper. Pourquoi en 1939 l’un des guides sami a-t-il confié à l’expédition française ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks traditionnels que chante le vieil oncle de Klemet ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et qui a l’air de si bien connaître la géologie de la région ? À qui s’adressent les prières de la pieuse Berit ? Que cache la beauté sauvage d’AsIak, qui vit en marge du monde moderne avec sa femme à moitié folle ?

Mon avis :
Lire un roman policier est souvent pour moi une détente car c’est l’assurance ( enfin quand c’est un bon roman noir) d’une bonne histoire qui me fait frémir et que je lis assez vite happée par le suspense.
Mais quand un roman noir sait, en plus, allier la découverte d’une civilisation, d’un pays, je suis à la fois divertie et intéressée.
Olivier Truc nous emmène en Laponie au cœur des rivalités modernes entre autochtones, les Sami et habitants des pays qui constituent ce territoire (suédois, finlandais, norvégiens).
 » Avant, la Laponie était une seule terre où les Sami étaient seuls. Ensuite, les bergers finlandais, par exemple, se sont retrouvés coincés, privés de pâturages d’été le long de la côte norvégienne et privés de pâturages d’hiver qu’ils avaient dans ce qui est aujourd’hui le nord de la Suède. »
Les terres Sami sont ainsi convoitées pour les pâturages mais aussi pour la richesse du sous sol en minerai (notamment l’uranium). Comme tout peuple autochtone, il risque d’être anéanti par intérêt financier et par racisme. L’auteur explique la situation en évoquant les rivalités entre les différents partis politiques.
Klemet, d’origine Sami mais dont la famille a quitté le métier de bergers, a connu dans son enfance les persécutions des pasteurs laestadaniens qui voulaient « convertir » les lapons et  anéantir les traditions des Sami. Il a intégré la Police, fait partie de l’enquête sur l’affaire Palme et se retrouve aujourd’hui sur son ancien territoire dans la Police des rennes. Son rôle, avec la nouvelle recrue Nina est de régler les conflits entre bergers. Et ils sont nombreux depuis la redéfinition des frontières.
Son travail quotidien va devenir plus intéressant après le vol d’un tambour ancestral au musée et la mort d’un berger issu d’une famille de chamans. Nina fera le lien entre ces indices et une ancienne expédition de 1939 à laquelle participaient Mons, le français qui avait légué le tambour au musée, des scientifiques et des guides Sami.
Au delà de l’enquête passionnante, l’intérêt du récit se situe dans la découverte d’un peuple et d’une région. En janvier, le pays sort péniblement des journées sans soleil, avec des températures avoisinant les moins quarante degrés. C’est inévitablement une autre façon de vivre, emmitouflé dans les habits en peau de rennes, réfugié sous les tentes Sami.
 » Une peau de renne sauvait la vie. Son père lui avait appris comment traiter les peaux de rennes. Comment en extraire la douceur. C’était ce que son père lui avait transmis de plus important dans la vie. »
Les Sami, personnages un peu primitifs, sous leurs couches de vêtements, sous leur aspect bourru cachent une grande douceur et humanité. Aslak en est l’exemple le plus attachant.
En lisant ce roman, vous découvrirez que les dessins des peaux des tambours, les paroles des chants ( les joïks) peuvent receler des informations importantes sur l’histoire des Sami. Les chamans ont transmis leurs légendes, leurs coutumes, leurs traditions ancestrales au travers de ces dessins et paroles.
Le dernier lapon est un roman très dense, que certains pourront trouver un peu lent dans sa première partie ( les notions de temps et de distance sont différentes en Laponie!) mais qui se révèle finalement d’une grande richesse.
Olivier Truc réussit un roman noir passionnant par sa quête aux indices, intéressant pour la découverte d’une civilisation, fascinant pour son atmosphère dans un climat rude, humain pour l’intimité cachée de ces bergers un peu rustres, moderne pour les rivalités politiques et économiques.
J’ai lu ce roman en tant que jurée du Prix Biblioblog 2013. Le roman d’Olivier a remporté hier le Prix Biblioblog 2013 et faisait aussi partie des finalistes pour le Prix du roman noir SNCF.

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