Confession téméraire – Anita Pittoni

Titre : Confession téméraire
Auteur : Anita Pittoni
Littérature italienne
Titre original : Passeggiata armata
Traducteur : Marie Périer et Valérie Barranger
Edition : La Baconnière
Nombre de pages : 216
Date de parution : 10 mai 2019

 

Confession téméraire est un recueil de plusieurs ouvrages d’Anita Pittoni, figure du monde artistique et littéraire italien du XXe siècle. Il comprend un recueil de dix nouvelles qui donne son nom au livre, un recueil de prose poétique intitulé Les saisons, un texte fondateur qui explique le lien entre quotidien et création et enfin deux hommages, Cher Saba et La cité de Bobi.

Une préface de Simone Volpato, libraire-éditeur, permet de connaître un peu Anita Pittoni ( 1901-1982), sorte de Peggy Guggenheim de Trieste. Tout d’abord, chef d’un atelier d’art décoratif, elle devient éditrice d’un magazine féminin puis fonde une maison d’édition, Zibaldone en 1949.

La lecture des dix nouvelles m’a laissée perplexe. J’ai eu beaucoup de difficulté à entrer dans l’univers de l’auteure. Il y a toujours une part d’irréel assez déstabilisante. La nouvelle qui donne son titre au recueil ne fait que deux pages mais elle définit l’écrivaine.

« Je suis une femme dénuée de toute raison, incapable de sentiments. »

Tout en gardant cette part de mystère, Les saisons est un récit plus suivi et concret qui dévoile un peu la complexité de cette femme, sensible aux «  mouvements d’âmes antiques » qui l’animent.

Anita est une artiste sensuelle qui ressent les évènements avant de les connaître. Elle oscille fréquemment entre des moments de lourde tristesse et des instants de bonheur sans vraiment en comprendre les mécanismes.

«  Ma façon d’appréhender les événements est singulière, je sens une grande difference entre moi et les autres, je ne sais pas en quoi consiste cette différence, je sais seulement, de façon sensible et presque irrémédiable, qu’elle existe, c’est sûrement de là que me vient ce sentiment profond de solitude, dont je m’aperçois à peine. »

Dans La visite, l’auteur nous laisse enfin comprendre sa démarche créative. Des faits banals du quotidien comme un bouquet de cyclamens, déclenchent les souvenirs et la création poétique. C’est souvent un détail qui la fait accoucher d’un magma incandescent.

Sa personnalité continue de se dévoiler avec Cher Saba et La cité de Bobi. Le premier texte évoque une rencontre avec Saba, un auteur qu’elle a eu la chance de publier. Là aussi, elle commence par une scène assez énigmatique et spectaculaire pour ensuite expliquer la genèse de l’histoire.

Le second texte est un hommage à Robert Bazlen, critique littéraire et écrivain italien originaire de Trieste qui a pourtant passer toute sa vie à fuir cette ville si chère à son coeur.

 

Cet autoportrait sensible où les instants de dévoilement se cachent dans la fuite imaginaire ne m’a pas suffisamment permis de connaître Anita Pittoni. J’ai toutefois découvert un style, une démarche créative. Les récits sont souvent insaisissables, à l’image de cette artiste, pétrie de doutes et en proie à d’éternels questionnements. Mais il éveille la curiosité et l’envie de connaître davantage cette figure triestine du XXe siècle car elle a sans aucun doute une personnalité hors du commun.

Tour d’horizon – Kathleen Jamie

Titre : Tour d’horizon
Auteur : Kathleen Jamie
Littérature écossaise
Titre original : Sightlines
Traducteur : Ghislain Bareau
Éditeur : La Baconnière
Nombre de pages : 214
Date de parution : 11 janvier 2019

 

Tour d’horizon est un recueil de treize nouvelles évoquant les rencontres de l’auteur avec la nature sauvage.
Avec sa narratrice, Kathleen Jamie nous entraîne vers les aurores boréales, les squelettes de baleines, les colonies de fous de Bassan, les déplacements des groupes d’orques.
Du gigantisme des baleines à l’infiniment petit des cellules, nous la suivons dans les musées, les laboratoires, les sites archéologiques et surtout sur les îles désertées ( Noss, Saint-Kilda, Rona, Ile de Lewis, les Orcades…) où la nature prend toute sa place.

 » Tout se passe sous nos yeux, et tout ce que tu as à faire, ma grande, c’est ouvrir tes mirettes. »

La défense de l’environnement et les inquiétudes du monde moderne sont présents en filigranes dans les récits de cette mère de deux adolescents.

«  Si nous sommes en crise,c’est parce que nous avons perdu notre capacité à voir le monde naturel,ou à lui trouver du sens. »

Comme dans le musée de Bergen où la narratrice observe des squelettes de baleines, il y a dans ce recueil « une atmosphère métaphysique, si vous voulez, qui invite à la méditation, sur le rapport qu’entretient l’humanité avec les autres créatures, leur souffrance et notre rapacité, et l’étrange beauté de leurs formes. »

Contrairement au récit d’Amy Liptrot, L’écart, ce recueil se concente sur  la contemplation et à la mise en évidence des conséquences des actions humaines.C’est un très beau voyage et une réflexion sur l’environnement, mais il manque peut-être un peu d’ancrage personnel et romanesque pour capter entièrement l’intérêt du lecteur.

Un recueil à lire tranquillement, à reposer et à reprendre pour bénéficier des bienfaits de ses voyages apaisants et vivifiants.