Aucun homme ni dieu – William Giraldi

giraldiTitre : Aucun homme ni dieu
Auteur : William Giraldi
Littérature américaine
Traducteur : Mathilde Bach
Éditeur : Autrement
Nombre de pages : 312
Date de parution : 7 janvier 2015

Auteur :
William Giraldi est l’auteur des romans Monsters Busy and Hold the Dark. Il est un éditeur pour la revue AGNI l’Université de Boston, et vit à Boston avec sa femme et ses fils.

 

Présentation de l’éditeur :
«Le premier enfant disparut alors qu’il tirait sa luge sur les hauteurs du village. Sans un bruit – nul cri, d’homme
ou de loup, pour témoin
Quand Russell Core arrive dans le village de Keelut, la lettre de Medora Slone soigneusement pliée dans la poche de sa veste, il se sent épié. Dans la cabane des Slone, il écoute l’histoire de Medora : les loups descendus des collines, la disparition de son fils unique, la rage et l’impuissance. Aux premières lueurs de l’aube, Core s’enfonce dans la toundra glacée à la poursuite de la meute.
Aucun homme ni dieu nous entraîne aux confins de l’Alaska, dans cette immensité blanche où chaque corps qui tombe, chaque cri, semble absorbé par la splendeur silencieuse de la nature. Un roman envoûtant, poétique, inoubliable.

Mon avis :
 » Monsieur Core, avez-vous la moindre idée de ce qu’il y a derrière ces fenêtres? De la profondeur de ces terres? De leur noirceur? De la manière, dont ce noir, s’insinue en vous? Ecoutez-moi bien, Monsieur Core, ici vous n’êtes pas sur terre. »
Descriptions de paysages glacés d’Alaska, personnalité énigmatique de Medora Slone, période troublée pour Russell Core, cet écrivain de nature writing, spécialiste et ami des loups. L’ambiance est créée dés les premières pages.
Depuis l’épidémie de grippe espagnole d’un autre siècle, le village de Keelut semble maudit et persécuté par les loups. Avec la fermeture des mines, l’appauvrissement de la pêche dans le golfe, les habitants connaissent la faim. Le seul moyen de gagner un peu d’argent est de s’engager dans cette guerre du désert. C’est ce qu’a fait Vernon Slone, le mari de Medora, la laissant seule avec son fils dans ce village sombre où pourtant la solidarité est plus que présente. Ce village où règne l’omerta, c’est presque une famille avec ses propres lois.Russell Core part à la recherche de l’enfant de Medora. Lorsqu’il découvre la vérité, la meute se réveille. La police de la ville vient en renfort, mais ils sont indésirables dans ce village. Russell Core semble le seul à pouvoir résoudre ce mystère.

 » Il n’y a pas que notre monde qui est sauvage, nous le sommes aussi à l’intérieur, dit-elle. Tout ce qui nous entoure l’est. »

Il ne faut point trop en dire sur le déroulement de l’action qui emmène le lecteur dans des abysses de noirceur. Avec beaucoup de talent, William Grimaldi m’a captivée en décelant au fil des pages l’histoire de ce village et de Medora Slone. Il y a certes beaucoup de violence mais l’équilibre se fait avec le mystère et la poésie des lieux.

Il y a quelque chose de Sukkwan Island, le premier roman de David Vann dans l’atmosphère mais avec une histoire, un mystère et un environnement plus conséquents.

«  Quel était ce lieu, cette terre ensemencée d’angoisse. ces hectares étouffés de neige et comptables de rien?

Un roman noir sauvage et addictif qui marque le lecteur, sans aucun doute.

 

Big Brother – Lionel Shriver

shriverTitre : Big brother
Auteur : Lionel Shriver
Littérature américaine
Traducteur : Laurence Richard
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 448
Date de parution : 21 août 2014

Auteur :
Lionel Shriver, née Margaret Ann Shriver le 18 mai 1957 à Gastonia en Caroline du Nord, est une femme de lettres et journaliste américaine. Élevée dans une famille dominée par les valeurs religieuses importantes, elle changea de nom à l’âge de 15 ans, forte de sa conviction selon laquelle les hommes avaient la vie plus facile que les femmes. Elle s’est installée à Londres en 1997.
Elle a écrit neuf romans mais elle s’est surtout fait connaître après le succès de Il faut qu’on parle de Kevin.

Présentation de l’éditeur :
Le grand retour de Lionel Shriver pour son meilleur livre depuis Il faut qu’on parle de Kevin. Toute sa verve sarcastique, sa profondeur d’analyse, son esprit de provocation dans un roman choc partiellement autobiographique sur un sujet brûlant d’actualité : notre rapport névrotique à la nourriture, et son corollaire, l’obésité alarmante dans nos sociétés occidentales.
Femme d’affaires en pleine réussite, mariée à Fletcher, un artiste ébéniste, belle-mère de deux ados, Pandora n’a pas vu son frère Edison depuis quatre ans quand elle accepte de l’héberger.
À son arrivée à l’aéroport, c’est le choc : Pandora avait quitté un jeune prodige du jazz, séduisant et hâbleur, elle découvre un homme obèse, contraint de se déplacer en fauteuil, négligé, capricieux et compulsif. Que s’est-il passé ? Comment Edison a-t-il pu se laisser aller à ce point ? Pandora a-t-elle une part de responsabilité ?
Entre le très psychorigide Fletcher et le très jouisseur Edison, la tension ne tarde pas à monter et c’est Pandora qui va en faire les frais. Jusqu’à se retrouver face au pire des dilemmes : choisir entre son époux et son frère.
Qui aura sa préférence ? Pourra-t-elle sortir son frère de la spirale dans laquelle il s’est enfermé ? Edison le veut-il seulement ? Peut-on sauver malgré eux ceux qu’on aime ?

Mon avis :

 » Même si les manques nous rongent, la satiété est pire encore. »

Lionel Shriver tire son inspiration de son entourage et surtout des travers de la société américaine. Big Brother est dédicacé à Greg, son frère qui a lutté contre l’obésité mais est décédé à cinquante cinq ans d’insuffisance respiratoire.
L’obésité est un fléau majeur de l’Amérique ( » je jure de me détourner de la graisse qui ridiculise le tour de taille de l’Amérique » ) mais il touche désormais les pays européens.
Pandora, après une enfance difficile dans le milieu de la télévision américaine puisque son père Travis était le père héros d’une série télé et confondait souvent le show et la réalité, s’est désormais taillée une belle place dans l’Iowa en tant que créatrice d’une entreprise florissante de marionnettes. Elle est mariée à Fletcher, un homme très tatillon, surtout sur son régime alimentaire, père de deux adolescents ( Tanner et Cody) d’un précédent mariage raté.
Lorsque Slack Muncie, un saxophoniste new-yorkais, appelle Pandora pour lui conseiller de s’occuper de son frère, elle convainc, non sans mal, son mari d’héberger Edison, ce frère musicien prétentieux et raté, quelques temps.
Quelle ne fut pas sa surprise de retrouver son playboy de frère, blondinet charmeur dans un corps de 176 kilos ! Au delà des moqueries des gens à l’aéroport ou ailleurs, des difficultés matérielles pour loger ou asseoir une telle corpulence, Pandora se demande très vite comment son frère a pu atteindre cet état extrême.
«  Edison était-il gros parce qu’il était en dépression ou en dépression parce qu’il était gros? »
La présence d’Edison va très vite faire éclater la fragile cellule familiale. Pandora, consciente du rôle de la fratrie,  » tiraillée entre deux loyautés, destinée à trahir les deux parties sans satisfaire personne, à commencer par soi  » ne peut renvoyer Edison à sa déchéance new-yorkaise et prend un appartement avec lui pour réussir le pari de lui faire retrouver les 75 kilos de sa jeunesse en un an…
Régime draconien basé sur l’affamement avec pour toute alimentation quatre sachets vitaminés par jour mais aussi et surtout réflexion sur ce qui remplit une vie, sur la vaine quête du désir et la nécessité de la maîtrise de soi.
Si le sujet principal est l’obésité, l’auteur élargit intelligemment la réflexion. Certains se jettent sur la nourriture par désœuvrement, par besoin de combler un vide mais d’autres abusent de l’alcool, de la drogue ou de la recherche de la célébrité, du pouvoir.

«  La réussite professionnelle n’avait finalement pas autant d’importance que ça. Ce n’est pas une raison de vivre. »

 » Quoi qu’il en soit, embrasser avec satisfaction une existence simple et discrète nécessite bien plus de maturité spirituelle que la poursuite insatiable de la célébrité. »

Dans notre société où les rencontres, les liens sociaux se font souvent autour d’un verre ou d’une table, il faut une volonté exceptionnelle pour mener de front une vie sociale et un régime.

Mais avec Lionel Shriver, les personnages sont complexes. A la fois victime et bourreau, chacun va densifier le scénario de cette aventure et le roman devient très vite passionnant.
D’autant plus que de nombreux sujets sur la cellule familiale sont traités en second plan.
Les différentes générations illustrent les différentes visions de l’éducation parentale et les comportements au sein de la fratrie.

 » Je ne veux pas qu’ils pensent qu’il existe un raccourci facile. Je veux des enfants que plus personne n’a aujourd’hui. Qui tiennent bon, font leur part, et n’attendent pas de piston, ni de coup de main. »

 » Petit à petit, on commence alors à comprendre que l’emploi auquel on aspire est plus dur à obtenir qu’on ne l’aurait cru, que l’offre en chair fraîche, en jeunes qui se pensent tout droit sortis de la cuisse de Jupiter, est inépuisable, et que le talent qu’on a n’est pas aussi unique qu’on le pensait. Cela procède sûrement d’un talent rare – réussir à doucher le sentiment de sa propre importance sans éteindre en soi le feu de la passion -, mais les jeunes qui y parviennent deviennent non seulement des cracks dans leur domaine, mais aussi des êtres humains supportables. »

Big Brother est un livre comme je les aime. Traitant d’un sujet important de société, Lionel Shriver m’embarque dans une histoire passionnante, rythmée, triste et drôle, sans oublier de me faire réfléchir. Et, en plus, elle me surprend par une fin inattendue, personnelle et cohérente.
Si j’ai eu un peu de mal à m’adapter au style un peu heurté ( effet de traduction ou patte de l’auteur), je me suis très vite passionnée pour le fond.

Très impressionnée par le film We need to talk about Kevin, je ne manquerai pas de continuer avec cette auteure. D’autant plus que Tout ça pour quoi m’attend dans ma PAL.

Je remercie LNO     pour le prêt de ce livre.

 

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Des idées de lecture pour votre été

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Pour beaucoup, l’été est synonyme de temps libre. Et pour les amateurs de lecture que vous êtes, c’est le moment de chercher les livres qui vont combler vos moments de farniente à la plage ou dans les jardins.

Je vous propose quelques idées triées en fonction de votre humeur et de votre envie du moment. Pour chaque catégorie, je vous propose un livre lu en 2014 et un livre plus ancien.

Dans la catégorie Frisson :

collette   ferey

Dans la catégorie Émotion :

clement  kerangal

Dans la catégorie Grand Roman :

mcEwan plon

Dans la catégorie Décalé:

rudefoucault paasilinna

Dans la catégorie Histoire :

lafon clement

Dans la catégorie Nouvelles :

heureux keret

Dans la catégorie Premiers Romans :

weller  lazar

Dans la catégorie Faits Divers Romancés :

kent dugain

 

Cet exercice que l’on voit fleurir un peu partout n’est finalement pas si simple à réaliser. Catégoriser est souvent réducteur et choisir un seul livre parmi tant de bons souvenirs est frustrant.

Par contre, en lisant ce type d’articles dans les revues littéraires, chez les éditeurs ou sur vos blogs, j’ai trouvé de futures idées de lecture. De quoi faire grossir les PALs !

 

 

 

La femme de nos vies – Didier Van Cauwelaert

dvcTitre : La femme de nos vies
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 304
Date de parution : mars 2013

Auteur :
Didier van Cauwelaert cumule prix littéraires et succès public. Prix Del Duca pour son premier roman en 1982, prix Goncourt et prix Nimier pour Un aller simple en 1994, il a publié récemment Les témoins de la mariée et Double identité.

Présentation de l’éditeur :
Nous devions tous mourir, sauf lui. Il avait quatorze ans, il était surdoué et il détenait un secret. Moi, on me croyait attardé mental. Mais ce matin-là, David a décidé que je vivrais à sa place.
Si j’ai pu donner le change, passer pour un génie précoce et devenir le bras droit d’Einstein, c’est grâce à Ilsa Schaffner. Elle m’a tout appris : l’intelligence, l’insolence, la passion. Cette héroïne de l’ombre, c’est un monstre à vos yeux. Je viens enfin de retrouver sa trace, et il me reste quelques heures pour tenter de la réhabiliter.

La femme de nos vies fait partie des dix ouvrages sélectionnés pour le Prix Cabourg du roman 2013.

Mon avis :
En janvier 1941 Jürgen Bolt, jeune paysan autiste léger, dénoncé par ses parents est interné à l’hôpital psychiatrique d’ Hadamar. Son voisin de lit est David Rosfeld, un garçon juif surdoué dont la mère, célèbre scientifique a été assassinée.
La veille de l’euthanasie de ces jeunes enfants différents par les nazis, Jürgen et David échangent leur identité.

 » Je refuse d’être le meilleur dans une société sans âme qui tue ceux qu’elle juge inférieurs. »

Ilsa Schaffner récupère des enfants surdoués pour les projets scientifiques du Reich. Elle avait repéré David et elle emmènera donc Jürgen. Dans le château d’Helm en Bavière, elle gère une école de surdoués avec son ami Gert qui lui, dresse des chiens pour l’armée nazie. Hitler est très intéressé par les progrès des animaux et attend des enfants qu’ils mettent au point la bombe atomique, chose possible avec les archives de Yael Rosfeld.
Soixante dix ans plus tard, David alias Jürgen est au chevet d’Ilsa et il y croise Marianne Le Bret, sa petite-fille. Elle souhaite arrêter l’acharnement thérapeutique sur sa grand-mère qui pour elle, n’est qu’un bourreau nazi.
Dans une longue conversation indirecte, David tente de réhabiliter la mémoire de celle qui lui a sauvé la vie,  » la femme qui a fait ma vie.« .  Et cette empathie constructive, cette intelligence du cœur qui caractérisent Jürgen m’ont totalement convaincue. Car dans ce récit avec Marianne, Jürgen est à la fois passionnant, fripon, curieux, philosophe. Jürgen communique sa sensibilité lorsqu’il sauve un veau de l’abattoir, sa passion devant la belle Ilsa, son admiration pour l’intelligence et la bonté de David, son impulsivité quand il assène un coup de poing à Hoover qui insulte la mémoire d’Einstein, sa curiosité lorsqu’il se mêle de la vie intime de Marianne.
Certes l’histoire est intéressante avec le projet et le destin d’Ilsa, la rencontre avec Einstein, mais c’est surtout cette façon de raconter qui m’a ravie avec un double objectif pour le narrateur, celui de réhabiliter Ilsa Schaffner et de redonner à Marianne le bonheur et la douceur de vivre.

«  A force de tout garder au fond de soi, on passe pour quelqu’un d’insensible, et on en veut aux autres d’être aussi mal jugés. »

 » Toujours cette peur de blesser ceux qu’on aime en ouvrant notre cœur. Ce qu’ils  déduisent de nos silences leur fait tellement plus mal… »

Je remercie les Éditions Albin Michel pour la lecture de ce nouveau roman de Didier Van Cauwelaert.

Crime d’honneur – Elif Shafak

shafakTitre : Crime d’honneur
Auteur : Elif Shafak
Editeur : Phébus
Littérature turque
Traduit par : Dominique Letellier
Nombre de pages : 410
Date de parution : mars 2013

Auteur :

Fille de diplomate, Elif Shafak est née en 1971 à Strasbourg. Elle a passé son adolescence à Madrid avant de s’établir en Turquie. Après des études en Gender and Women’s Studies et un doctorat en sciences politiques, elle a un temps enseigné aux États-Unis. Elle vit aujourd’hui à Istanbul.
Internationalement reconnue, elle est notamment l’auteur de La Bâtarde d’Istanbul (Phébus, 2007) vendu à plus de 110 000 exemplaires depuis sa sortie en France, Bonbon Palace (Phébus, 2008), Lait noir (Phébus, 2009) et Soufi, mon amour (Phébus, 2010) qui est le plus grand succès de librairie des dernières décennies en Turquie. Forte de ce succès, son œuvre est aujourd’hui publiée dans plus de 30 langues différentes.

Présentation de l’éditeur :

« Ma mère est morte deux fois. » C’est par ces mots qu’Esma, jeune femme kurde, commence le récit de l’histoire de safamille née sur les rives de l’Euphrate et émigrée à Londres en 1970.
L’histoire, d’abord, de sa grand-mère dans le village de Mala Çar Bayan, désespérée de ne mettre au monde que des filles, elle qui sait combien la vie ne les épargnera pas. L’histoire de sa mère, Pembe la superstitieuse, et de sa tante, Jamila la guérisseuse, soeurs jumelles aux destins très différents. L’histoire des hommes aussi, celle de son père, tour à tour aimant, violent, fuyant, et celle de ses frères, Yunus le rêveur, et Iskender. Iskender, l’enfant chéri de sa mère, la « prunelle de ses yeux », son sultan. Son meurtrier.
Enfin, l’histoire de ces immigrés qui ont choisi l’exil pour vivre de miracles et croire aux mirages, qui ont choisi la liberté et l’amour quand d’autres restent ancrés dans les traditions et portent au pinacle l’honneur d’une famille.

Mon avis :

Fille de diplomate, élevée par sa mère, Elif Shafak est profondément enracinée dans la culture turque mais s’enrichit d’autres univers. Ainsi, on retrouve souvent dans ses romans les superstitions et les coutumes orientales mais aussi la défense de la femme et surtout le lien très riche de la mère à l’enfant.
L’auteur dit  » J’aime me perdre quand j’écris, me trouver au niveau de mes personnages... ». Effectivement, Crime
d’honneur nous perd dans les différentes générations pour mieux comprendre le destin d’Iskender, fils chéri de Pembe.
Pembe et Adem quittent Istambul pour l’Angleterre avec leurs deux enfants Iskender et Esma. Yunus, le troisième enfant naîtra ensuite.
L’auteur nous dévoile les sombres histoires des familles d’Adem et de Pembe. Adem a vécu la déchéance de son père dans l’alcool et la fuite de sa mère. La mère de Pembe est morte en couches, espérant enfin mettre au monde un fils après la naissance de huit filles, dont les dernières jumelles, Pembe et Jamila.
Dans chaque famille, il y a la honte de la femme salie que ce soit avec Aïsha, la mère d’Adem ou avec Hediye, la sœur aînée de Pembe. Si la femme est salie, le mari ou à défaut le fils aîné doit défendre l’honneur de la famille.
Lorsqu’Adem se perd dans le jeu et s’installe avec une danseuse, Pembe se retrouve seule avec ses enfants. Si l’homme peut tromper ou mettre enceinte une anglaise, la femme doit rester fidèle et droite.
Dans ce mélange de cultures, ces familles turques ou immigrées, le poids des traditions se trouve confronté à une Angleterre où les extrêmes (punks, immigrés…) cohabitent. Si la jeune génération comme Yunus s’adapte facilement, les mentalités des pères, oncles et même fils aînés évoluent peu. Le devoir d’aînesse se jouera mais Elif Shafak qui mêle habilement les histoires des uns et des autres réserve un dénouement inattendu.
Avec une construction originale, l’auteur nous plonge au coeur de liens familiaux troublés par le poids ancestral d’une société patriarcale, enrichis des superstitions orientales. Mais c’est toujours la force du lien entre la mère et ses enfants, les liens familiaux quelquefois renforcés par la gémellité qui sauve les destinées.  

J’ai lu ce roman dans le cadre du prix-relay-logo, sélection d’avril.

Crime d’Honneur d’ Elif Shafak a été retenu par le jury d’avril. Il était en
compétition avec Luke et Jon de Robert Williams et Yellow birds de Kevin Powers.

plume

Deux étrangers – Emilie Frèche

frecheTitre : Deux étrangers
Auteur :  Emilie Frèche
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 288
Date de parution :janvier 2013

Auteur :
Romancière et scénariste française née en 1976, elle publie ici son sixième roman. Elle est aussi l’auteur de documents et de livres jeunesse.

Présentation de l’éditeur :
Élise n’a pas vu son père depuis sept ans. Il vit au Maroc, il connaît à peine son mari et pas du tout ses enfants, quant à elle, elle ne sait rien de sa vie. À force de ruptures, d’amour blessé et de petites humiliations qui auront jalonné leur histoire, le père et la fille ont fini par ne plus parler la même langue : ils sont devenus deux étrangers.

Et pourtant, lorsqu’Élise reçoit l’improbable coup de fil de son père la sommant de venir le voir, elle obéit aux ordres de ce tyran domestique comme à un vieux réflexe, alors même que son propre foyer est en train de se déliter : elle prend son antique Renault 5, seul héritage de sa mère tant aimée, et met le cap sur Marrakech.
Portrait d’une famille prise dans les glaces de souffrances jamais apprivoisées, trop longtemps tues, Deux étrangers est le roman d’une séparation et de retrouvailles impossibles et néanmoins essentielles. Un voyage dans le temps au rythme indomptable des souvenirs et des émotions, éclairé par un humour
ravageur, une lucidité sans appel et un inextinguible désir de justice.

Mon avis :
Le récit d’Emilie Frèche est une lente introspection au rythme de la vieille Renault 5, seule héritage de sa mère et seul lieu de souvenirs heureux de jeunesse, qui l’emmène de Paris à Marrakech. Pourquoi démarre-t-elle au quart de tour lorsque son père si détesté l’appelle  depuis le Maroc ? Est-ce enfin pour aller quérir son pardon, ressentir un témoignage d’amour qu’elle a toujours attendu ? Ou est-ce pour fuir Simon, le seul homme qui l’a comprise et soutenue, la seule histoire d’amour qu’elle a brisé comme une volonté de casser un couple pour enfin vivre ce qu’elle attendait de ses parents ?
Si le ton, le registre de l’auteur et la façon d’être d’ Élise, la narratrice ne cadrent pas vraiment avec mes affinités, Émilie Frèche a finalement su m’embarquer dans cette aventure, me convaincre en écoutant la narratrice revivre les peurs et doutes de son enfance. Et c’est finalement avec envie que je voulais vivre cette rencontre entre le père et la fille, qui, certes m’a déçue mais n’a pas émoussé l’intérêt que j’ai eu pour cette histoire.
Élise revient sur sa jeunesse, les peurs et blessures, le désir de fuir mais aussi le besoin d’être aimée de ce père tyrannique.
Elle nous dévoile le passé de son père  » un sujet tabou, une blessure à vif  » pour se convaincre de circonstances atténuantes.
Ce voyage  physique est en fait un chemin pour comprendre son père et se retrouver elle-même.

 » Termine ton voyage, va voir ton père. De toute façon, rien ne comblera  son absence. Ni mon amour, ni celui d’un
autre, et nous pourrions être des centaines à t’aimer que cela ne suffirait toujours pas. C’est le sien qu’il te faut.
« 

Au delà de la fine analyse des relations familiales, ce voyage évoque aussi la douleur l’exil puisque  le père a dû quitter l’Algérie en 1957, les différentes judéités ( son père est juif séfarade ou espagnol et sa mère juive polonaise)  et le printemps arabe.

 Je suis contente d’avoir découvert cette auteure que je relirai puisque son précédent roman, Chouquette est dans ma bibliothèque.

Je remercie  Actes Sud pour cette lecture.

   plume  13 auteurs

Wilderness – Lance Weller

wellerTitre : Wilderness
Auteur : Lance Wilderness
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 335
Date de parution : janvier 2013

Auteur :
Lance Weller, né en 1965 à Everett, dans l’État de Washington, vit aujourd’hui à Gig Harbor avec sa femme et quatre énormes chiens. Wilderness est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Abel Truman vit sur la côte déchiquetée du Pacifique Nord-Ouest, dans une vétuste cabane de bois flotté avec son chien pour unique compagnon. Trente ans plus tôt, il a survécu à la bataille de la Wilderness, l’un des affrontements les plus sanglants de la guerre civile américaine. Depuis, Abel est hanté par son passé douloureux, jusqu’au jour où il décide de partir pour un ultime voyage. Mais le vieux soldat ne tarde pas à être rattrapé par la violence lorsqu’un homme au visage déchiré et un Indien aux yeux sans éclat lui dérobent son chien. Laissé pour mort par ses assaillants, Abel part sur leurs traces à travers les Olympics Mountains menacées par la neige. Sa quête l’entraînera sur la route de ses souvenirs et vers une rédemption qu’il n’espérait plus.

Wilderness est une épopée héroïque, la course contre la mort d’un homme à travers l’histoire et le continent américain. Avec cette fresque ambitieuse, Lance Weller s’inscrit d’emblée parmi les nouvelles voix les plus prometteuses de la littérature américaine.

Mon avis :
La Wilderness est cette sombre forêt où eut lieu une des plus sanglantes batailles de la Guerre de Sécession. Et l’auteur ne nous épargne rien des horreurs de combats. Abel Truman y a perdu ses meilleurs amis et gagné des cicatrices.
 » J’ai vu des choses que je ne pourrai jamais oublier. Elles ne me lâchent pas, et si ça arrivait, j’crois que je saurais plus quoi faire. Ni qui je suis. Non. Vraiment, j’peux pas en parler, parce qu’ils ont pas inventé les mots qu’on pourrait utiliser pour raconter ça fidèlement. »
Le récit est bien construit en commençant par la voix d’une vieille dame aveugle, Jane Dao-Ming. C’est elle qui raconte l’histoire de ses pères Abel puis Glenn et Ellen. S’entrecroisent les récits de guerre en 1864, puis ceux de la vie désormais solitaire d’Abel, trente ans plus tard. Il erre avec son seul ami fidèle, le vieux chien Buster.
En proie à ses souvenirs cauchemardesques, il tente de survivre pour son chien aussi, qu’il doit défendre contre l’affreux bandit Willis accompagné d’un indien de la tribu des Haïdas.
Trente ans après cette guerre, les actes de racisme sont encore présents et Ellen, une blanche mariée à Glenn, homme noir ou le jeune indien Silas en savent quelque chose.
Abel s’est retrouvé dans cette guerre par hasard, mais pour fuir aussi sa culpabilité. Il n’avait pas vraiment choisi son camp.
 » Mes parents sont enterrés dans l’Etat de New York, dit Abel. La Caroline du Nord est juste l’endroit où je me trouvais par
hasard quand tout ce gâchis a commencé
. »
Je suis entrée dans ce livre tout doucement car le style très descriptif est au départ assez lourd et lent. Puis, en découvrant les personnages, en comprenant le lourd passé et la gentillesse d’Abel, notamment pour son chien et pour les plus faibles, je me suis accordée avec ce récit qui contient à la fois de la force et de la tendresse.
C’est parfois dur à lire à cause de la barbarie de la guerre et de l’injustice mais en contrepartie il y a tant d’humanité chez certains personnages ( Abel, Hypathia, le shérif, Glenn, Ellen) que l’on bascule vite dans l’émotion.
Le roman a toute sa place dans cette collection Nature Writing, car la nature y est très présente avec sa force, sa sauvagerie et sa beauté.
Pour un premier roman, Lance Weller réussit parfaitement grâce à la force et la construction du récit, et surtout l’humanité et la profondeur du personnage principal.

Encore un auteur à suivre…

Je remercie entree livre qui m’a permis de découvrir ce roman dans le cadre des logo-jeudis-critiques

premier roman