Lettres d’Ogura – Hubert Delahaye

 

DelahayeTitre : Lettres d’Ogura
Auteur : Hubert Delahaye
Editeur : L’Asiathèque
Nombre de pages : 128
Date de parution : 4 janvier 2017

 

Hubert Delahaye nous emmène à Ogura, un petit village du Japon dans une vallée qui vieillit non loin de Kyoto. C’est un lieu hors du temps avec des maisons à l’ancienne qui comprend à peine quatre familles dont il ne reste aujourd’hui que les vieux. Des vieilles femmes qui ont passé des années courbées sur les rizières, les maris qui ont fait la guerre.
«  Au Japon, les mentalités sont marquées par une capacité phénoménale à oublier le passé. »
Les discussions, ici, sont interminables mais on ne parle pas de choses comme la politique. Non, on discute jardinage. La faune et la flore ont une place importante.
 » Mais si on délaisse la nature, elle se vengera. »
Si l’on évoque les traditions d’autrefois, les temps ont changé et les jeunes, parfois avec l’angoisse de laisser seuls de vieux parents, partent vivre en ville.
Avec une vieille dame de quatre-vingt-six ans, l’auteur nous fait vivre le quotidien de ce village où les voisins veillent les uns sur les autres, où le facteur est un personnage important, où les haut-parleurs viennent scander le rythme de la journée, informent et rassurent.
 » La maison est un lieu très privé, un espace personnel indispensable et irréductible où ne peut entrer qui veut. »
Tous vivent en harmonie, simplement et avec beaucoup de retenue. Les Japonais sont des adeptes du compromis.
Si les temples et sanctuaires sont nombreux, l’auteur évoque les différentes divinités avec une certaine ironie. Un sanctuaire qui ne faisait plus recette a été attribué à Tama, un chat errant dans une gare qui avait été promu chef de gare.
«  Les preuves abondent d’un gâtisme national quand il s’agit des chats.  »

Avec ce texte littéraire, Hubert Delahaye témoigne avec beaucoup de tendresse d’ un lieu préservé du Japon. Tout en évoquant les traditions du passé, les mentalités, les façons de vivre, l’auteur nous touche avec cette vieille dame qui semble si heureuse et sereine de profiter de ses derniers jours loin du fracas de la ville.

Ce petit livre me permet de découvrir L’Asiathèque, maison d’édition fondée en 1973 qui s’agrandit en 2015 vers la fiction avec des textes plus modernes d’Asie. En 2017, L’Asiathèque propose des fictions de Taïwan et du Japon.
Lettres d’Ogura est le troisième titre de la collection  » Liminaires« , qui a pour vocation de témoigner d’un ailleurs géographique et cuilturel au travers des textes littéraires.

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Mâ – Hubert Haddad

haddadTitre : Mâ
Auteur : Hubert Haddad
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 256
Date de parution : 3 septembre 2015

Auteur ( source Éditeur):
Auteur d’une œuvre immense, portée par une attention de tous les instants aux ressources de l’imaginaire, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture ou le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre), et tout récemment, Théorie de la vilaine petite fille.

Présentation de l’éditeur :
« La marche à pied mène au paradis. » Ainsi s’ouvre Mā, roman japonais, à la croisée de deux destins et autour d’une même quête, la voie du détachement.
Shōichi porte en lui le souvenir de Saori, la seule femme qu’il ait aimée, une universitaire qui a consacré sa vie à Santōka, le dernier grand haïkiste.
Leur aventure aussi incandescente que brève initie le départ de Shōichi sur les pas de Santōka, de l’immense Bashō et de son maître Saigyō. Marcher, pour cette procession héroïque d’ascètes aventureux, c’est échapper au ressassement, aux amours perdues, c’est vivre pleinement l’instant ! « Le saké pour le corps, le haïku pour le cœur. »
Dans la lignée de l’inoubliable Peintre d’éventail, Hubert Haddad nous emmène sur les sentiers du Bout-du-Monde. Son écriture est comme la palpitation miraculeuse de la vie, au milieu des montagnes et des forêts, à travers le chant des saisons, comme un chemin sur le chemin.

Mon avis :
Moins romanesque que Le peintre d’éventail, il faut ici accepter de suivre l’auteur dans son monde poétique, sa bulle japonaise. Comme le laisse comprendre la présentation de l’éditeur, l’auteur maîtrise parfaitement l’univers des plus grands auteurs de haïkus.
 » Comme Matsuo Bashõ allant dans la foulée de Saigyõ, son aîné de six cent ans, Santõka s’était mis en route derrière ces figures illustres. A mon tour, en parfait inconnu inspiré par une déesse, je reconduis aujourd’hui d’un pas actuel la ronde des pèlerinages dans la merveille de l’instant, comme l’ombre d’une ombre... »
Lorsque Saori rencontre le jeune étudiant Shôichi, serveur au café du Crépuscule, elle voit en ses traits (  » comme tu lui ressembles avec ton air embarrassé et tes yeux de hibou!« ) ceux du poète Santõka devenu moine vagabond, «  un homme qui a longtemps marché pour trouver l’endroit où mourir. »
Des années plus tard, Shôichi part sur les traces du maître, en lisant son histoire écrite par Saori. Les deux personnages, les deux routes se confondent parfois, tant les destinées, le même nom de Shôichi et Saori les rapprochent.
Mais le récit se concentre surtout sur la vie de Shõichi Taedana celui qui deviendra Santõka, brisé dès l’enfance par le suicide de sa mère désespérée de n’être pas aimée par un mari volage.
 » Marcher est une façon de ne pas mourir. » et avec mélancolie et indolence, l’adolescent plonge dans la solitude, puis dans la poésie et le saké.
Même son mariage avec Sato Sakino et la naissance de son fils Ken ne sauront guérir cette plaie béante de l’enfance.
Publication de haïkus, petits boulots jalonnent une route incessante vers Honshu et les îles principales où il loge parfois dans des cabanes préférant ne plus rien posséder mais garder cette liberté d’un émerveillement dépouillé.
Souvent pourtant sa route le ramène sur l’île de Kyushu auprès de son épouse ou à Sabare , pays de son enfance. «  Tout pèlerinage mène au pays de la naissance. »

Hubert Haddad nous emmène une nouvelle fois vers la poésie des auteurs de haïkus, sur les chemins escarpés, les terres sismiques du Japon. Le chemin se mérite mais devient le mouvement même de la vie.

 » N’étant rien, dépossédé, il m’arrive de soupçonner ma déraison de Robinson de la marche à pied. Lorsque l’abandon à soi-même atteint une telle amplitude, il est normal qu’on finisse par emprunter les sentines de la mémoire et par se promener d’une époque à l’autre. Je me sentirai bientôt assez libre pour m’effacer au petit matin comme un collier de rosée sur le dos d’une chenille velue. Quel poids d’appartenance l’illusion accorde-t-elle au voyageur sans attaches?. »

L’avis de  Jérôme

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Kokoro – Delphine Roux

rouxTitre : Kokoro
Auteur : Delphine Roux
Éditeur : Philippe Picquier
Nombre de pages : 128
Date de parution : août 2015

Auteur :
Delphine Roux est née en 1974 à Amiens. Passionnée de littérature jeunesse et asiatique, elle est formatrice et animatrice d’ateliers d’écriture depuis dix ans dans diverses structures d’enseignement du supérieur. Elle est également lectrice bénévole auprès de jeunes enfants et auteur d’histoires pour la jeunesse.

Présentation de l’éditeur :
Dans ce roman se fait entendre une voix ténue et obstinée, attentive aux mouvements subtils de la nature et des âmes.
Koichi et sa sœur Seki n’avaient que douze et quinze ans lorsque leurs parents ont disparu dans un incendie. Depuis, ils ont le cœur en hiver.
Seki s’est réfugiée dans la maîtrise et la réussite professionnelle. Koichi, lui, s’est absenté du monde, qu’il regarde en proximité.Mais le jour où il apprend que sa sœur va mal, très mal, Koichi se réveille et pose enfin les actes qui permettront à chacun de renouer avec un bonheur enfoui depuis l’enfance.

Mon avis :
Delphine Roux semble bien connaître l’univers littéraire du Japon. Ses personnages sont tout en délicatesse alliant simplicité et profondeur d’âme.
Enchaînant les petits chapitres intitulés par un mot traduit en japonais, l’auteur nous déroule la vie de Koichi et Seki, deux adultes lestés par leur drame d’enfance.
Koichi a la douceur de sa mère.  » Maman était la classique femme japonaise au foyer. Ses rêves d’émancipation, elle les avait bien cachés dans le repli de ses silences et de ces gestes. »
Seki, sa sœur a déserté la terre d’enfance pour vivre dans le luxe. Parfois, elle dirige la vie de son frère puis souvent l’oublie. Mais Koichi comprend, il veille sur leurs souvenirs et lui garde secrètement sa poupée Kokoro. Il veille aussi sur sa grand-mère « aux yeux pailletés de mauve » isolée dans sa maison de retraite.
Attentif et dévoué, il affrontera toutes ses peurs pour redonner à sa sœur et sa grand-mère la douceur familiale.
Koichi aime les kit kat au wasabi, une douceur qui me semble bien correspondre à ce court roman.
A découvrir sans modération.

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Le peintre d’éventail – Hubert Haddad

haddad2Titre : Le peintre d’éventail
Auteur : Hubert Haddad
Éditeur: Zulma
Nombre de pages : 192
Date de parution : 3 janvier 2013

Auteur :
Auteur d’une œuvre immense, portée par une attention de tous les instants aux ressources prodigieuses de l’imaginaire, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’intellectuel et d’artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d’écriture et le très remarqué Peintre d’éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l’ensemble de l’œuvre). (source Éditeur)

Présentation de l’éditeur :
C’est au fin fond de la contrée d’Atôra, au nord-est de l’île de Honshu, que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, se cache la paisible pension de Dame Hison dont Matabei apprend à connaître les habitués, tous personnages singuliers et fantasques.
Attenant à l’auberge se déploie un jardin hors du temps. Insensiblement, Matabei s’attache au vieux jardinier et découvre en lui un extraordinaire peintre d’éventail. Il devient le disciple dévoué de maître Osaki.
Fabuleux labyrinthe aux perspectives trompeuses, le jardin de maître Osaki est aussi le cadre de déchirements et de passions, bien loin de la voie du Zen, en attendant d’autres bouleversements…
Avec le Peintre d’éventail, Hubert Haddad nous offre un roman d’initiation inoubliable, époustouflant de maîtrise et de grâce.

Mon avis :
Peintre d’éventail et jardinier, deux métiers d’art qui vont passer de maîtres en apprentis. Trois personnages qui s’isolent du monde pour oublier des drames et trouvent refuge en la pension de Dame Hison, une ancienne prostituée au grand cœur.
Lorsqu’elle achète cette maison à un veuf, elle garde la vieille cuisinière et ce vieil homme isolé dans la baraque du jardin. Peintre d’éventail, Maître Osaki poursuit son art dans le jardinage contre le gîte et le couvert.
Hanté par les yeux d’Osué qu’il a tuée dans un accident de voiture, Matabei Reien trouve refuge en ce gîte peuplé de fugitifs, « d’ombres de la vie« .
« C’était un havre d’oubli plus que de sérénité, un lieu pour disparaître aux autres ou à soi. »
Là, il deviendra le disciple d’ Osaki et perpétuera son art. Le jardin est autant une œuvre d’art que ces éventails peints de paysages et d’haïkus.
« On  peut exprimer sa pensée avec des couleurs, des mots mais aussi avec ce que tu vois : les plantes, l’eau et les pierres. Là, il faut compter avec l’adversité, le vent et la pluie, les saisons. Le jardin vit de ta vie, c’est la différence. »
Mais lorsque la grâce d’Enjo, une jeune fille recueillie par Dame Hison, s’allie à la luxuriance du jardin, la sensualité est à son comble ne laissant ni Matabei, ni Hi-han, son jeune disciple, ni le lecteur insensibles. Mais, Enjo, telle une Eve tentatrice dans le jardin d’Eden causera la brouille du maître et de son disciple.
Si l’amour brise les amitiés, les caprices de la nature ravagent la nature et les hommes. En ce 11 mars 2011, le séisme et le tsunami brisent les rêves de Matabei.
Le langue si belle et opulente de l’auteur qui était au service de la description d’un écrin de verdure reposant vient cette fois décrire la mort et la destruction.
 » Au-dessus des campagnes, très haut, les nuages emportaient avec eux l’énigme d’une vie sereine, en si peu de temps abolie, anéantie, chue dans l’océan comme un cerf-volant au bout de son fil. »
Au départ bercé par la sérénité nippone, le lecteur se retrouve au cœur d’une vie sauvage et d’un air irradié mais la volonté de transmission de l’art et des coutumes ancestrales sera plus forte que le pouvoir de destruction de Dame Nature.
Cette superbe histoire inscrite dans une réalité de catastrophe naturelle est magnifiée par le style incomparable d’Hubert Haddad. C’est une langue poétique, riche de vocabulaire et d’images. Cette trop grande richesse m’a parfois désarçonnée. Entraînée par la langue, j’en oubliais le fond, d’autant plus que la narration est successivement par l’un des trois hommes au service de l’art ( Maître Osaki, Matabei Reien et Xu Hi-han).
Mais l’effort de concentration est largement récompensé par la beauté de ce court roman.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Jury du prixocéans

New Pal 2014

Les évaporés – Thomas B. Reverdy

reverdyTitre : Les évaporés
Auteur : Thomas B. Reverdy
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 300
Date de parution : 21 août 2013

Auteur :
Né en 1974, Thomas B. Reverdy est l auteur de quatre romans aux éditions du Seuil : La Montée des eaux (2003), Le Ciel pour mémoire (2005), Les Derniers Feux (2008) et L Envers du monde (2010).

Présentation de l’éditeur :
A San Francisco, Richard B est recontacté par son ancien amour, Yukiko. Celle-ci sollicite le détective privé pour l’aider à retrouver son père. Tous deux partent au Japon… Ce roman suit quatre personnages en parallèle : Richard B, Yukiko, son père Kaze, et Akaïnu, un enfant des rues dont la famille a disparu dans un tsunami.

 

Mon avis :
Thomas B. Reverdy, en grand connaisseur du Japon, construit son roman autour d’un phénomène étrange de ce pays, les « johatsu ».
Des personnes, criblées de dettes ou témoins de sombres magouilles sont contraintes de disparaître, de s’évaporer, de devenir clandestin en leur pays.
Kaze, marié à Kazumi depuis trente cinq ans, travaillant dans une société d’investissement comprend les profits des investisseurs sur le site dévasté de Fukushima. Licencié, il doit disparaître. Sa fille, Yukiko, revient des Etats-unis avec son ami Richard B., détective et poète afin de retrouver Kaze.
Avec ces trois personnages et le jeune Akainu, un garçon de quatorze ans séparé de ses parents depuis le tsunami, nous découvrons ce Japon magnifique, ancestral mais brisé par la crise, l’omnipotence des yakuzas et par les récurrentes catastrophes naturelles.
L’auteur a su m’émerveiller par ses descriptions de sites naturels, m’interpeller par sa connaissance du pays et surtout m’émouvoir par son témoignage des conséquences du tsunami sur la nature et les hommes et grâce à ses personnages.
Yukiko a un charme fou entre son attachement au pays natal et son vécu aux Etats-Unis. Richard B. a le flegme, le naturel du cowboy et la rêverie d’un poète. Kaze est un homme intègre, gentil et soucieux des autres. Akainu est mon personnage fétiche avec la fragilité de l’enfance, sa solitude enfouie sous une volonté de faire face. Ses pensées et la retenue de ses larmes devant le paysage cauchemardesque de son village d’enfance nous valent un passage d’une grande émotion.
 » Ses yeux se sont emplis de larmes en une seconde, comme si elles attendaient derrière ses paupières, depuis dix mois, la moindre fissure, l’occasion de s’enfuir. »
 » Et peu à peu s’effacent les traces des hommes de la côte, comme s’ils n’avaient jamais existé. La décharge est tout ce qui en reste. Des vies réduites à leurs ordures, comme de la merde, tout juste bonne à engraisser les plantes, parce que la nature s’en fout bien de nous. Voilà ce que vous en pensez. C’est un mélange de rage et d’écœurement qui vous saisit à ce spectacle. Que voulez-vous y faire? L’impuissance, c’est peut-être cela , la honte. »
Un sujet original et intéressant, un pays, des personnages et un style remarquable, une émotion, tous les ingrédients du coup de cœur.

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La nostalgie heureuse – Amélie Nothomb

nothomb2013Titre : La nostalgie heureuse
Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 152
Date de parution : 22 août 2013

Auteur :
Amélie Nothomb est née à Kobé en 1967. Dès son premier roman Hygiène de l’assassin paru en 1992, elle s’est imposée comme un écrivain singulier. En 1999, elle obtient avec Stupeur et tremblements le Grand Prix de l’Académie française. La nostalgie heureuse est son 22ème roman.

Présentation de l’éditeur :
« Tout ce que l’on aime devient une fiction. »
Amélie Nothomb

Mon avis :
Si Amélie Nothomb vit un « contact high » ( ce que l’on ressent au contact d’une personne sous l’influence de drogues) en voyant par le hublot de l’avion la majesté de l’Himalaya, je peux dire sans exagération (ou presque) que je ressens la même chose en lisant un roman de cette auteure très particulière.
Pour une fois, vous ne trouverez pas de personnages surprenants au prénom étrange, même si l’auteur nous parle de sa spécialité en onomastique (étude des noms propres). Nous effleurons à peine une expérience hallucinogène avec le caisson à oxygène. Moins de folie et davantage d’intime pour cette cuvée 2013, puis qu’Amélie retourne avec une équipe de journaliste au Japon après seize ans d’absence.
Plusieurs de ses romans ont déjà évoqué son arrachement au pays et aux bras de sa nourrice Nishio-san à l’âge de cinq ans, ainsi que son premier amour avec Rinri dans les années 89/90.
En 2012, sur les traces de son passé, elle ne retrouve que peu de choses après le tremblement de terre de Kobé en 1995 qui a détruit la maison de son enfance.
 » l’Apocalypse, c’est quand on ne reconnaît plus rien. »
Même si Nishio-san a vieilli, Amélie retrouve dans son étreinte l’amour de son enfance.
 » Mais le cœur est multiple et de même que l’on peut tomber amoureux plusieurs fois, on peut identifier plus d’une femme à la mère idéale. »
Rinri n’est pas rancunier après la fuite d’Amélie et ce qu’elle en raconte dans Métaphysique des tubes qui vient de paraître au Japon après des années de refus de publication de l’auteur au Japon ( suite à la polémique de Stupeurs et tremblements roman qui dénigrait les entreprises japonaises).
Quel plaisir de trouver une Amélie plus intime, plus transparente ! Elle nous fait partager sa nostalgie en parcourant les lieux de sa jeunesse aujourd’hui disparus ( sa maison, son village de Shukugawa devenu une banlieue chic, le parc Shirogane réduit à quelques mètres carrés, son école toujours debout mais différente, sa nourrice abandonnée par sa famille et sa mémoire).
Elle nous fait découvrir la mentalité japonaise.
 » Les japonais font ce qu’ils disent, c’est simple. »
 »  » Natsukashii » désigne la nostalgie heureuse, répond-elle, l’instant où le beau souvenir revient à la mémoire et l’emplit de douceur. Vos traits et votre voix signifiaient votre chagrin, il s’agissait donc de nostalgie triste, qui n’est pas une notion japonaise. »
Elle nous parle avec le témoignage de Rinri du tremblement de terre ressenti jusqu’à Tokyo le 11 mars 2011 et du tsunami de Fukushima.
Toujours aussi court mais très différent, ce roman témoigne de nombreuses émotions personnelles. Amélie nous fait vivre avec elle, le « kensho » ( extase, perception de l’imminence) au croisement de Shibuya à Tokyo.
 » Je ressens le vide. En Occident, ce constat apparaît comme un échec. Ici, c’est une grâce et je le vis comme telle. »
 » Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo.
 »
Le retour sur Paris est difficile et j’ai quitté à regret l’ambiance nostalgique de ce court roman.
Je salue l’auteur qui nous livre cette année un roman plus intime, plus sensoriel. Elle nous dévoile un peu l’âme japonaise, et témoigne des blessures subies par les catastrophes naturelles ( tremblement de terre de Kobe en 1995 et de Fukushima en 2011)

 » Si le temps mesure quelque chose chez un être humain, ce sont les blessures. »

Amélie Nothomb m’a particulièrement séduite cette année.

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Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

otsukaTitre : Certaines n’avaient jamais vu la mer
Auteur : Julie Otsuka
Traducteur : Carine Chichereau
Editeur : Phébus
Nombre de pages : 144
Date de parution : 30 août 2012

Auteur :
Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre (elle a étudié cette discipline à l université de Yale) pour l’écriture. Elle publie son premier roman en 2002, Quand l’empereur était un dieu (Phébus, 2004 ; 10/18, 2008) largement inspiré de la vie de ses grands-parents. 

Présentation de l’éditeur :
L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.

C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
À la façon d’un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leur misérable vie d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail, leur combat pour apprivoiser une langue inconnue, l’humiliation venue des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire…
Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

PRIX FEMINA ÉTRANGER 2012

Mon avis :
Certaines n’avaient pas vu la mer est le premier roman de Julie Otsuka que je lis. Je ne peux donc pas tirer de généralité sur le style mais cette écriture impersonnelle est une vraie gageure sur un sujet aussi humain.
Certaines vont avoir un coup de cœur et certaines vont rester en marge des émotions. Malheureusement, je me classe dans la seconde catégorie.
Ce « nous » permanent noie l’identité et crée un faisceau de destins où les différences se résument à une moyenne banale. Qui fut heureuse malgré tout, qui a souffert de cet exil, qui était aux champs ou dans le commerce. Autant de destins insaisissables.
Certes, le style est très beau, poétique. Le récit s’identifie à un chant choral avec des mots répétés, de longues énumérations à la Prévert comme dans chapitre « Dernier jour » sur les différentes façons de partir.
Et pourtant, tout est présent dans ce court récit. De l’espoir d’un beau mariage qui nécessite cet exil et difficile traversée en bateau, de la désillusion dès l’arrivée aux États Unis, des conditions difficiles de survie, de l’exploitation des blancs, de l’éducation et de l’intégration de leurs enfants et finalement de l’incompréhension des américains qui ont vu disparaître ces habitants dès le début de la guerre au Japon.
Mais, j’avais besoin  pour un si poignant sujet de pouvoir fixer mes émotions sur une destinée concrète, au risque d’avoir un récit larmoyant et pathétique.
Grâce à son talent, l’auteur a créé un superbe tableau sur ce thème historique toutefois comme dans un musée,  j’ai regardé ce tableau, j’ai compris l’évocation du sujet mais je suis restée spectateur. Pour ma défense ou celle de l’auteur (qui certes n’en a pas besoin), plutôt instinctive, je ne suis pas spécialiste de l’art.

J’ai lu ce roman en tant que jurée du elle  .

 rentrée 2012 plume a-tous-prix challengeABC2013