UnPur – Isabelle Desesquelles

Titre : UnPur
Auteur : Isabelle Desesquelles
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 224
Date de parution : 22 août 2019

Lauréate du Prix Femina des Lycéens en 2018, Isabelle Desesquelles s’attaque ici à un sujet difficile, la pédophilie.

Impossible de traiter de telles horreurs de manière frontale. Le style de l’auteur, plutôt abrupt et parfois insaisissable se prête bien à ce genre d’exercice mais ne suscite pas naturellement l’immersion.

J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans cet univers. D’autant plus que le narrateur, avec son récit au passé, celui de son enfance alors qu’il a aujourd’hui la cinquantaine, me laisse une impression lancinante de malaise.

Benjamin et Julien sont jumeaux, nés en 1976 d’une mère, extravagante et belle comme l’actrice qu’elle voudrait devenir. Sa joie de vivre dissimule une blessure d’enfance. Elle a tant d’amour à donner à ses fils.

Lors d’un voyage à Venise, Benjamin, âgé de huit ans, se fait enlever par celui qu’il appellera le gargouilleur. Pendant cinq ans, ce monstre abuse de l’enfant et l’utilise comme complice de ses méfaits.

« Il n’y a plus d’enfance en moi. Je découpe des roues de vélo dans les journaux, continue de chercher des rognures dans le tapis. »

Des décennies plus tard, Benjamin confesse à son jumeau ce qu’il n’a jamais osé dire à personne. Pourquoi ne s’est-il jamais enfui? Pourquoi n’a-t-il pas rejoint sa famille au lieu de fuir au Mexique? Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant qui devient le pantin désarticulé d’un monstre? Que devient cet être, bafoué, avili, quand il grandi? N’a-t-il plus que des désirs malsains à offrir à son entourage? Se punit-il inconsciemment d’avoir accepté l’avilissement?

Isabelle Desesquelles suit Benjamin, cet adolescent en fuite puis cet homme résistant à ses pulsions en Amérique du Sud où il se terre pendant vingt ans. J’attendais le procès annoncé, le retour vers son jumeau. Il sera, à mon sens, bâclé et expédié.

Le style et le ton m’ont tenue à distance ce qui est peut-être préférable sur ce genre d’histoire. Mais, de ce fait, mon esprit devient plus exigeant, plus prompt à trouver les écueils. Les ellipses m’ont gênée. Je reste avec beaucoup de questions et de doutes.

Si le dénouement fait sens, je reste frustrée par la rapidité du procès, la facilité de jugement. Il me fallait sortir de la tête fracassée, du ton lancinant de celui qui restera à jamais un enfant traumatisé. Je n’ai pas trouvé le regard extérieur qui m’était nécessaire.

Si je suis restée en marge de ce texte, Yvan l’a beaucoup aimé.

 

Les lance flammes de Rachel Kushner

kushnerTitre : Les lance-flammes
Auteur : Rachel Kushner
Littérature américaine
Titre original : The Flamethrowers
Traducteur : Françoise Smith
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 540
Date de parution : 14 janvier 2015

Auteur :
Rachel Kushner est née en 1968 en Oregon. En 2008, elle publie son premier roman, TELEX de Cuba (Cherche Midi), finaliste pour le National Book Award et le Dayton Literary Peace Prize. Le livre est classé parmi les best-sellers du New York Times et remporte le California Book Award. Elle a également bénéficié d’une bourse Guggenheim en 2013.

Présentation de l’éditeur :
Reno a trois passions : la vitesse, la moto et la photographie. Elle débarque à New York en 1977 et s’installe à Soho, haut lieu de la scène artistique, où elle fréquente une tribu dissolue d’artistes rêveurs, narcisses qui la soumettent à une éducation intellectuelle et sentimentale. Reno entame alors une liaison avec l’artiste Sandro Valera, fils d’un grand industriel milanais qu’elle suit en Italie où ils sont bientôt emportés dans le tourbillon de violence des années de plomb.
Un tour de force, un roman électrique au centre duquel Reno, jeune femme « en quête d’expériences », se construit face au miroir déformant de l’art et du mensonge.

Mon avis :
 » Ronnie disait que certaines femmes, ce qu’il y avait d’excessif à leur maquillage, à leurs vêtements moulants, gagnaient à être vues par la fenêtre d’une voiture qui fonçait dans les rues. Mais peut-être qu’en fait, les femmes étaient faites pour passer à toute allure, pour n’être qu’un mouvement flou derrière une vitre. Comme les Lilis. Un flash, puis plus rien. Ce n’était qu’une moto mais ça ressemblait à une manière d’être. »
Âgée d’une vingtaine d’années, cette ancienne championne de ski qui dessinait des traces sur la neige, et que tous appelleront Reno puisqu’elle arrive du Nevada, débarque à New York pour allier ses deux passions que sont l’art et la vitesse. En rencontrant Thurman et Nadine la fofolle, elle plonge dans le milieu artistique et décadent du NewYork des années 70. Très vite, elle s’éprend du meilleur ami de Ronnie, Sandro Valero, sculpteur mais surtout fils de l’industriel italien qui produit les pneus des motos Valera.
Artiste, Sandro a rompu avec sa famille laissant son frère Roberto à la tête des usines italiennes. Il offrira toutefois à Reno le dernier prototype de moto Valera qui lui permettra de dessiner des traces dans les plaines de sel de Bonneville puis d’établir le record de vitesse féminin sur un bolide révolutionnaire.
Avant de partir sur le circuit de Monza, Sandro l’accompagne chez sa mère à Bellagio où elle découvre l’ambiance guindée de la haute société italienne et surtout la cruauté de l’odieuse mère de Sandro.
«  Sandro me servait de protection contre cet univers de luxe, de domestique et de coutumes, m’armait contre lui tout en m’y introduisant. »
L’auteur nous immerge alors dans cette Italie en pleine crise contre le fascisme avec l’action de Brigades rouges et les manifestations de la jeunesse gauchiste. Reno plonge dans cette atmosphère de rébellion des exploités contre les nantis et le luxe des riches rues de Rome.
Les lance-flammes est un roman ambitieux qui nous plonge dans le New York des artistes du milieu des années 70 puis dans l’Italie en pleine effervescence sociale.
Dans les deux cas, Rachel Kushner décrit parfaitement l’ambiance des milieux avec la rencontre de plusieurs personnages et la description de nombreuses scènes vivantes et perspicaces. Je peux même regretter que parfois, son ambition aille trop loin au risque de perdre le lecteur. Car elle souhaite nous donner tout ce qui constitue chacun. Du passé des Valera, de l’exploitation des indiens pour la récolte du latex, de l’histoire du gang des rues Motherfuckers des années 60, des records de vitesse, de l’insertion des mires sur les bandes cinématographiques, Rachel Kushner nous instruit. Certes, elle aurait pu se concentrer sur le roman d’initiation de cette jeune femme qui découvre l’art, la politique, l’amour et les différences sociales mais nous aurions pu alors lui reprocher le déjà lu.
Ce roman a sa patte grâce à son ambition et le charme de ses personnages avec une Reno adorablement jeune, n’osant dévoiler ni ses passions ni sa jalousie, un Sandro au charisme et charme indéniable, un Ronnie détaché et fragile, une Giddle paumée et extravagante et tant d’autres figures si bien campées.
Un roman ambitieux avec quelques longueurs mais qui mérite le détour.

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Le soleil des Scorta – Laurent Gaudé & Benjamin Bachelier

tishinaTitre : Le soleil des Scorta
Auteur : Laurent Gaudé
Illustrateur : Benjamin Bachelier
Éditeur : Tishina
Nombre de pages : 368
Date de parution : 8 octobre 2014

Auteur :
Né en 1972 à Paris, Laurent Gaudé est l’un des grands écrivains et dramaturges d’aujourd’hui. Son œuvre renoue avec un souffle romanesque devenu rare. Souvent primé, il a été distingué dès 2002
avec La Mort du Roi Tsongor, puis par le Prix Goncourt en 2004 pour Le Soleil des Scorta. Séduit par
le projet, Laurent a accepté la proposition de Tishina comme la possibilité d’une re-création : une
nouvelle manière de raconter les Scorta, tout à la fois en mots et en images.

Illustrateur :
Né en 1975 à Grenoble, vivant aujourd’hui à Nantes, Benjamin Bachelier est un artiste complet.
Illustrateur jeunesse depuis 10 ans, il est également bédéaste. Après avoir repris Le Legs de l’alchimiste,
collaboré aux Autres Gens, il a récemment publié un Gatsby le magnifique chez Gallimard. Mais Benjamin est également peintre : depuis des années, loin des mots et des histoires, il explore l’étrange beauté du monde avec ses couleurs radicales. Pour la première fois, sa peinture entre ici dans un livre.

Présentation de l’éditeur :
Le Soleil des Scorta, c’est l’histoire d’une famille qui semble écrasée par le destin autant que par le soleil du Sud de l’Italie. De génération en génération, Carmela, Giuseppe, Domenico et les autres aspirent à une vie meilleure. Mais c’est pourtant là, dans les recoins de cette terre aride, qu’ils vont découvrir ensemble le secret du bonheur…
Le peintre et illustrateur Benjamin Bachelier s’empare de leur saga. Sa version de l’histoire est tantôt lumineuse comme le soleil des Pouilles, tantôt sombre comme la misère des Scorta. Dans un foisonnement de techniques – aquarelles, acryliques, dessins et encres – Benjamin réussit, surtout, à donner des couleurs inattendues aux souvenirs et aux rêves des personnages.

Mon avis :
Quel plaisir de pouvoir relire Le soleil des Scorta, ce superbe roman de Laurent Gaudé qui a obtenu le Prix Goncourt en 2004.

Dans ce roman, l’auteur rend un bel hommage à cette région de l’Italie, découverte avec ses parents et ses proches. Les Scorta en sont de magnifiques témoins, ces « cul-terreux » « mangeurs de soleil« , fiers de leurs origines, dévoués à leur famille, respectueux de la parole donnée et du sens de l’hospitalité. Attachés à la religion mais critiques vis à vis de l’origine et le caractère de leur prêtre. Silencieux sur l’origine de la fortune et à la rancune tenace.

Tout commence avec le retour de Luciano Mascalzone dans son village natal, Montepuccio. Après quinze ans de prison, il réalise son rêve (ou presque) de serrer dans ses bras la femme de sa vie. De ce viol consenti naîtra Rocco. Éloigne du village par le prêtre, il sera élevé par les Scorta et reviendra maîtriser le village de Montepuccio.
Marié à une muette et père de trois enfants, il les laissera volontairement dans la misère car le prix d’une vie se mesure à la sueur du front.
Revenus d’un voyage mystérieux aux États-Unis, les trois enfants, Domenico, Giuseppe et Carmela retrouvent leur ami Raffaele et s’installent durablement dans le village de leur père.

 » Nous l’aimons trop cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. »

La judicieuse Carmela ouvre un point de vente de tabac alimenté par l’activité de contrebande de Giuseppe.
Mariages, naissances, les générations se succèdent menant à l’éternel la dynastie des Scorta.
Chaque membre de la famille s’impose de « transmettre à son tour un savoir à l’un de siens. »

Laurent Gaudé nous fait vivre au rythme des Scorta, suer sous le soleil intenable du village, rêver sous les oliviers ou se reposer aux terrasses des cafés.
Leurs vies sont faites d’épreuves, d’espoir, de risques, de rédemption et surtout d’amour pour ceux de leur clan.
C’est en cela que l’illustrateur Benjamin Bachelier apporte son éclairage. Avec des aquarelles un peu naïves, épurées, il donne un visage aux Scorta mais surtout une couleur à leurs émotions.

Les ocre, orange et bleu sont les couleurs du village sous la chaleur. Le rouge traduit la violence et le noir la mort. Le rose est souvent synonyme de l’espoir (les fêtes ou le  rêve new-yorkais). Les aquarelles traduisent aisément les périodes agitées ou le calme d’une journée.

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Ainsi l’auteur et l’illustrateur, l’un par son style et l’autre par ses couleurs, font ressentir aux lecteurs la force de cette terre, les espoirs et les épreuves des Scorta.

 

Un nom, une terre…avec la force des mots et les couleurs des illustrations.

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Après Soie (roman d’Alessandro Baricco)  paru en version illustrée (par Rebecca Dautremer) en 2012,  Tishina nous offre ainsi une superbe occasion de relire Le soleil des Scorta et de plonger encore plus dans cette atmosphère du Sud de l’Italie grâce aux aquarelles de Benjamin Bachelier.

 

 

 

 

Voyage à Florence – Collectif

florenceTitre : Voyage à Florence
Auteurs : Stendhal, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Hippolyte Taine
Éditeur : Pimientos
Nombre de pages : 158
Date de parution : mars 2014

Présentation de l’éditeur :
Considérée comme l’une des plus belles villes d’Italie, Florence s’impose surtout comme la mère des arts.
Qu’il s’agisse de peinture, de sculpture ou de littérature ; de Dante, Michel-Ange ou Botticelli, de tant d’autres encore, tous les arts s’y trouvent réunis dans un foisonnement pour le moins époustouflant.
Berceau de la Renaissance, elle a attiré, et attire encore,  les esthètes du monde entier.
Florence est tellement imprégnée de cette densité qu’elle en est venue à donner son nom à une affection particulière, touchant suffisamment de cas pour être reconnue.
«Le syndrome de Florence », en effet, se rencontre chez le spectateur, qui, touché et submergé par la profusion d’œuvres d’art propre à la ville et ses quelque cinquante musées, en vient à chanceler, être pris de vertige, voire de malaise.
Stendhal en sera la victime, ainsi qu’on pourra le lire dans les pages de ce livre dédié à « la cité des fleurs ».
Dumas, avec sa verve incomparable, fera revivre sous nos yeux la genèse de bien des œuvres, et nous livrera un portrait de haute volée de Dante, le poète en exil.
Gautier se montrera partagé entre la magnificence des sculptures et les yeux subtils des Florentines.
Sur les rives de l’Arno, un voyage en haute compagnie.

Mon avis :
Projetant un voyage à Florence en août prochain, je ne pouvais pas rater ce livre qui rapportent récits et témoignages d’écrivains voyageurs du XIXe siècle dans cette belle cité italienne au charme indolent.
De manière chronologique, ces écrivains de 1817 pour Stendhal, 1840 pour Dumas et Gautier et 1864 pour Taine nous parlent bien sûr de l’architecture mais aussi de la vie aristocrate et populaire et du caractère des florentins.
Patrie des arts par excellence, nous découvrons l’histoire du Palazzo Vecchio, des églises, des nombreux théâtres, du Dôme, du Baptistère mais nous nous promenons aussi le long de l’Arno et surtout sur « la promenade des Caschines, les Champs-Elysées de l’endroit. » Là se promènent Florentins et étrangers « source de fortune pour Florence » avec les belles dames russes, anglaises et françaises.
C’est une occasion de redécouvrir les architectes de chaque époque ( Donatello, Jean de Bologne, Orgagna, Giotto, Michel-Ange, Raphaël…), la forte influence du Moyen-Age qui en Italie fut aussi l’époque de la guerre des rues, les courants politiques et religieux ( guelfes et gibelins), les influences des Medicis et de Cosme l’Ancien, un des rois les plus riches qui entreprit de grandes constructions (  » Protecteur des arts, des lumières et des lettres« ), l’histoire de Dante.
L’architecture est un mélange de quatre siècles d’influence avec une inspiration latine puis grecque, des mélanges gothique, oriental et byzantin, des matériaux comme le marbre, la pierre ou le bronze.Le charme de Florence vient aussi de sa géographie.
 » Florence est dans une vasque de montagne comme une figurine d’art au centre d’une grande aiguière, et sa dentelure de pierre s’argente avec des teintes d’acier sous les reflets du soir. » nous dit le très poétique Hippolyte Taisne.
 » Ces grandes masses de verdure que borde, d’une part, le gentil fleuve Arno, et, de l’autre, l’encadrement des Apennins, dont on aperçoit les croupes lointaines piquées de points blancs par les villas et les hameaux, composent, sous cette belle lumière méridionale, un ensemble admirable et qu’il est difficile d’oublier. » selon Théophile Gautier.
Si les hommes et les femmes ont moins de beauté dans les traits, ils ont cette facilité de vivre, ce sens de la fête. Le grand nombre de théâtres montre un « goût vif pour le plaisir« . Stendhal parle « du génie tranquille, paisible, économe des Toscans. » Dumas évoque l’habitude des mariages à trois. les femmes mariées par convenance, laisse voir avec insouciance leur amant attitré.
«  Une ville complète par elle-même, ayant ses arts et ses bâtiments, animée et point trop peuplée, capitale et point trop grande, belle et gaie – voilà la première idée de Florence. »

Cette lecture  met mes futures retrouvailles avec cette ville sous les meilleures auspices.

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Ballade d’un amour inachevé – Louis-Philippe Dalembert

dalembertTitre : Ballade d’un amour inachevé
Auteur : Louis-Philippe Dalembert
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 283
Date de parution : 29 août 2013

Auteur :
Louis-Philippe Dalembert est né à Port-au-Prince, en 1962. Romancier, nouvelliste, poète et essayiste, cet ancien pensionnaire de la Villa Médicis a publié notamment Le crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, L’Autre Face de la mer (Prix RFO) et Rue du Faubourg Saint-Denis.

Présentation de l’éditeur :
Longtemps après, lorsque les douleurs se seraient refermées, que les survivants raconteraient l’événement sans que l’émotion vînt leur nouer la gorge, certains jureraient avoir senti la veille une forte odeur de soufre dans l’atmosphère. D’autres diraient l’avoir humée depuis trois jours, sans toutefois y avoir prêté attention. Peut-être, allez savoir, l’odeur n’avait-elle existé que dans leur imagination, ou n’avait-elle pas été assez persistante pour qu’on s’en alarmât.
Avril 2009 : la terre tremble en Italie. Dans un village des Abruzzes, un couple mixte, Azaka et Mariagrazia, attend dans la joie l’arrivée de son premier bébé. Sous le regard réprobateur des uns, opposés à la présence des étrangers dans la région, et la curiosité bienveillante des autres.
Si les secousses tendent à exacerber les tensions, elles viennent rappeler à Azaka un épisode traumatisant de son enfance : un autre séisme, à l’autre bout du monde, pendant lequel il fut enseveli sous les décombres. L’histoire se répéterait-elle ? Où qu’il soit, doit-il redouter la colère de la Terre ? Des questions que pour l’heure il refuse de se poser : bientôt il sera père, le bonheur ne lui échappera pas…
Entre chronique au quotidien et commedia dell’arte, Ballade d’un amour inachevé revisite les séismes de L’Aquila et d’Haïti, auxquels l’auteur s’est retrouvé mêlé. Comme souvent chez Louis-Philippe Dalembert, l’humour et la force de vie dominent tout au long du roman.

Mon avis :
Les séismes devaient jalonner sa vie. Cela devait être écrit quelque part, au nom d’un Dieu auquel il ne croit plus. Asaka a fui son pays (Haïti, suppose-t-on, même si ce n’est jamais nommé) pour s’installer dans les Abruzzes. Une région de montagne, là aussi, que lui avait vanté un secouriste italien. Trop de choses à oublier, valait mieux repartir à zéro, ailleurs.
La vie en Italie est difficile pour les extracommunautaires, les « extracom » ainsi abrégé dans ce récit. Grâce à sa gentillesse et sa patience, Asaka parvient toutefois à s’installer. Un vieux commerçant lui fait confiance et lui propose de reprendre sa boutique de photocopies. C’est là qu’il rencontrera Mariagrazia, une italienne de trente-cinq ans qui a tendance à tomber amoureuse d’étrangers, sûrement une envie de quitter ce pays qui l’étouffe.
Il forme un couple mixte en plusieurs sens du terme. Asaka est aussi tempéré que la belle italienne est jalouse et expressive.L’auteur connaît bien et décrit parfaitement cette Italie où la famille est souvent envahissante, où les tendances racistes et fascistes reviennent au galop quand les choses se gâtent pour les gens du pays.
Il a vécu aussi pour si bien le détailler les scènes de tremblement de terre. Quelques secondes de vacarme où l’on reste figé pour ensuite s’évanouir dans un silence mortel que seul viendra rompre les sirènes et les cris.
Malgré ces situations dramatiques, Louis-Philippe Damlembert parvient à alléger le récit grâce à un style simple et fluide et surtout à une vision parfois humoristique des relations sociales. La narration alterne des cris et des respirations, et les points de vue d’Asaka ou de Mariagrazia.
L’ensemble est un mélange d’amour et de réactions de rejet, de beauté et de violence de la nature, de mort et d’espoir.

J’ai lu ce roman en tant que jurée pour le prixocéans et il entre aussi dans le cadre du Challenge haiti1

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La mer, le matin – Margaret Mazzantini

mazzantiniTitre : La mer, le matin
Auteur : Margaret Mazzantini
Editeur : Robert Laffont
Nombre de pages :132
Date de parution : août 2012

 

Auteur :
Née à Dublin, fille d’un peintre irlandais et d’un écrivain italien, Margaret Mazzantini a quarante-cinq ans. Actrice, romancière et scénariste, elle consacre aujourd’hui sa vie à l’écriture et à sa famille.

Présentation de l’éditeur :
En Libye la révolte gronde. La guerre éclate. Dans un pays en proie à la violence, en pleine déroute, certains n’ont plus le choix. Il leur faut partir avant d’être tués, comme Omar, le mari de Jamila. La jeune femme part donc avec son petit garçon, Farid, trop jeune pour comprendre la violence des hommes. Farid ne connaît que le désert. La terre de ses ancêtres bédouins. Il n’a jamais vu la mer. Mais Jamila sait que le salut est là, que leur unique chance de survie est d’embarquer sur l’un de ces bateaux qui promettent de les mener en Sicile.

Jamila a donné tout son argent au passeur, elle n’a plus rien, plus rien que cette dérisoire amulette qu’elle a nouée autour du cou de Farid, plus rien que son châle qui le protégera du soleil et du sel, plus rien qu’un peu d’eau qu’elle lui donne goutte à goutte, pour qu’il ne meure pas. Et cette force que le désespoir
donne aux mères.

De l’autre côté de la mer, vit un autre garçon, Vito, qui ne sait que faire de ses dix-huit ans. Vito est né en Sicile mais sa mère, Angelina, a vu le jour à Tripoli. Pendant onze ans, elle a été arabe. Avant qu’en 1970, Kadhafi, ayant pris le pouvoir, chasse les colons italiens de cette « quatrième rive » de l’Italie où la faim les avait poussés à émigrer. Elle est partie avec ses parents, qui n’ont jamais pu se sentir chez eux en Italie. Un jour, Angelina a su que les Italiens pouvaient revenir en Libye. Faire du tourisme. Kadhafi était l’ami de Berlusconi. Alors Angelina est retournée à Tripoli avec son fils, Vito, et sa mère, Santa. Angelina a marché sur les traces de son passé, de celui de tous ces Italiens qui ont travaillé la terre de Libye, de ses parents qui avaient repris une petite fabrique de bougies. Elle a même retrouvé Ali, son ami d’enfance. Mais la Libye n’est plus le pays de ses jeunes années, et Ali n’est plus le garçon d’autrefois.
L’été n’en finit pas de s’achever. Vito traîne sur les plages son mal de vivre. Sur la grève, la mer dépose les débris d’un naufrage, les débris d’une histoire. Celle de tous ceux qui ont voulu fuir leur pays mais qui n’accosteront jamais aux rives de l’Italie. Vito ramasse ces vestiges sur la plage. Il sait, il sent qu’il lui faut préserver la mémoire de ces jours terribles. Il colle ses trouvailles sur un immense tableau bleu. Au centre, une de ces amulettes porte-bonheur que les mères arabes mettent au cou de leurs enfants pour les protéger du mauvais sort.

Mon avis :
Le roman de Margaret Mazzantini mêle deux histoires, deux souvenirs de mères contraintes à l’exil.
Jamila et son fils, Farid prennent la mer pour fuir un pays en guerre. Omar, le père vient d’être abattu par les
loyalistes.
Des années auparavant (années 70),  Angelina a dû elle aussi fuir ce pays avec ses parents, colons italiens appelés Les Tripolini. Son fils, Vito né en Italie se souvient devant la mélancolie de sa mère et face à cette mer qui rejette encore aujourd’hui des objets des exilés.
Ces deux histoires n’ont que quelques points communs : la mer, un pays, une enfance, un exil. Au travers de ces deux récits, l’auteur évoque le passé et le présent de la Libye.
De manière noble et sensible, le lecteur ressent la souffrance des colons rejetés par un pays qui les avait appelés, l’oubli et l’absence de reconnaissance de l’Italie.

 » Les années passèrent dans cette lutte vaine parce que les paroles deviennent inutiles quand on les répète trop souvent.
Les pensées sont un gaz nocif.
 »
Et comme un pays se souvient parfois mal de son histoire, les réfugiés pâtissent encore des enjeux commerciaux et politiques des pays.
 » S’il n’y avait pas eu cet or noir sous le désert aucun dictateur n’aurait eu envie d’imposer sa loi, et aucun étranger ne
serait venu les défendre en lançant des missiles Cruise.
 »
Margaret Mazzantini livre un très beau texte sur l’histoire et le présent de la Libye. Je regrette un peu le trop subtil mélange des deux histoires qui m’a donné une vision un peu obscure des évènements. L’histoire et le présent se mêle, l’oppression des peuples se ressemblent, la douleur des mères se répètent. Mais, le message m’a semblé moins percutant à cause de la douceur ou de la brièveté du texte.

plume rentrée 2012

La baie de midi – Shirley Hazzard

Titre : La baie de midi
hazzardAuteur : Shirley Hazzard
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 265
Date de parution : septembre 2010

Auteur :
Née en Australie, fille de diplomates, amie de Graham Greene, Shirley Hazzard a beaucoup voyagé en Asie et en Europe. Elle est l’auteur de plusieurs romans, mais aussi d’essais et de nouvelles. En 1980, Le passage de Vénus l’imposa d’emblée comme un écrivain majeur de notre époque. Le Grand Incendie, paru aux Éditions Gallimard en 2005, a été couronné par le National Book Award.

Présentation de l’éditeur :
Jenny quitte son Angleterre natale et les froides réalités du Nord pour découvrir le Sud et les charmes de Naples. Elle va faire la connaissance d’une écrivaine, la belle et talentueuse Gioconda, et de son amant, Gianni, un metteur en scène romain. Mais à partir de ce trio traditionnel, l’art de Shirley Hazzard, avec le
regard sans concession qu’elle porte sur les faiblesses humaines, va bouleverser la donne. L’étrangère, néophyte et fascinée, perd peu à peu son innocence et, de spectatrice manipulée, devient actrice à part entière. Ainsi apprend-elle que comprendre l’autre, c’est aussi se rapprocher de soi-même. Des ruines somptueuses de Naples à ses terrasses au soleil, ce livre nous promène à travers la ville. Mais c’est surtout d’un voyage initiatique qu’il s’agit : celui qui, par les chemins hasardeux de la découverte d’autrui, mène à la connaissance de soi. Cette tranche de vie qui lie une héroïne et une ville emmène le lecteur de surprise en surprise : l’aventure n’est pas toujours là où l’on s’attend à la trouver

Mon avis :
La baie de midi a été écrit en 1970, par Shirley Hazzard, une auteure australienne. Ceci explique le ton un peu suranné des histoires à l’anglaise associées à la découverte de la langueur napolitaine.
Car l’héroïne, Jenny, jeune anglaise qui à passé son enfance en Afrique pour échapper à la guerre se retrouve en Italie, expatrié pour son travail dans l’armée. Elle a fui le couple de son frère où elle était un peu la pièce rapportée. Amoureuse de son frère, elle comblait les manques intellectuels de sa
belle-sœur.
À Naples, elle va reconduire le même schéma en s’associant au couple de Giaconda et Gianni. Giaconda est une italienne solaire, malgré la douleur de son passé, amoureuse de Gianni, un metteur en scène marié et père de famille qui peut-être tantôt odieux, tantôt passionné mais aussi sensible et attentionné. Les sentiments ne sont pas simples. Il y a la douleur des amours passées, la peur de s’engager, de se découvrir. Jenny aussi, reste incertaine face à Justin, un écossais qu’elle a rencontré à Naples.
 » Comme ils sont tortueux, ces chemins de l’amour, serpentant autour de nous, nous piégeant dans leurs entrelacs,
se faufilant sur la moquette rouge d’un restaurant, grimpant mê
me un murs. »
Face à ces histoires de couple, il y a surtout la découverte de L’Italie d’après-guerre avec cette pauvreté, ces ruines, la beauté volcanique de Naples, les monuments, les terrasses de café. On y découvre chez Gianni,  la vie mondaine de Rome, la douceur et la quiétude de Capri.
Pour Jenny, ce séjour en Italie est une période cruciale de sa vie, une période de reconstruction. Elle n’en sortira pas plus joyeuse mais les souvenirs de cette époque lui laisseront une trace permanente qu’elle tentera de retrouver, une fois adulte.
Mon sentiment vis à vis de ce livre est en accord avec ceux des protagonistes, il me reste une vague ambiance, une perception douce et mélancolique mais pas d’engagement franc.

plume